‹ A travers le Brésil au pays de l'or et de diamantsChapitre 40 sur 50 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Iv'Ecole des Mines, — Le Docteur Costa Sena. — Les élèves et les professeurs. — Excursion à Itabira. — L'hôtel Idéal. — Les mines de fer. — Un orage au Brésil. — Retour à Ouro-Preto. — Les étudiants et le Docteur Costa Sena. — Les concerts à Ouro-Preto. — Excursion aux mines d'or de Passagem. — M. Bensusan et l'hospitalité brésilienne. — Excursion dans le massif de l'Itacolomy. — A la recherche d'une fougère rare ! — Ce qu'on apprend avec un chasseur. — Le Musée de l'Ecole des mines. — La météorite d'Uberaba. — Retour à Rio. — Nouvelles excursions au Corcovado et à la Tijuca. — La photographie en voyage.

5 SEPTEMBRE. — De retour dans l'ancienne capitale de Minas, ma première visite fut pour l'École des mines.

Le D^ Costa Sena, son éminent directeur, était rentré. S. Exe. le ministre Sa m'avait donné pour lui une lettre d'introduction et c'est avec la plus extrême cordialité qu'il me fit visiter le magnifique établissement dont la destinée lui est confiée.

Placée au sommet de la ville dont elle occupe le point le plus élevé, l'École des mines est installée dans l'ancien palais du gouverneur.

On ne peut guère faire l'éloge de son architecture. Bile consiste en une masse de bâtiments sans style, très lourds, précédés d'une terrasse à laquelle on accède par un chemin en pente, qui n'a rien d'artistique.

Quand on a franchi la porte d'entrée, on se trouve dans une longue cour rectangulaire, dont le centre est occupé par un joli jardin où s'épanouit toute la flore brésilienne.

Les quatre corps de bâtiments qui l'entourent sont occupés au rez-de-chaussée par divers laboratoires.

Au premier étage, court un immense balcon qui en fait le tour et qui donne accès aux pièces principales : bibliothèque, m.usée miner alogique, salons de réception, ejtc.

De ce 'point, la vue sur la montagne est magnifique. On embrasse un paysage étendu et l'on peut, en contemplant les parois déchiquetées des rochers, se rendre compte de l'importance des anciens travaux de mines qui ont bouleversé le sol autour de l'ancienne capitale et qui sont depuis longtemps abandonnés.

M. le D^ Costa Sena m'accompagne et m'explique les rouages compliqués de l'École.

Tout d'abord, voici le musée de minéralogie et de géologie. Installé dans une suite de longues pièces dont les murs,

OURO PRETO. — VÉcole des Mines.

ainsi que la partie centrale, sont garnies de larges vitrines, il renferme une belle collection de minéraux, comprenant à peu près toutes les espèces et surtout, en grande quantité, celles que l'on peut spécialement récolter au Brésil.

Ainsi que je l'ai déjà fait ressortir en parlant du Musée national de Rio, elles sont fort nombreuses, et il est peu de pays réunissant un si grand nombre de types minéralogiques.

Une classification méthodique permet aux élèves de trouver rapidement les échantillons qui peuvent les intéresser.

Au point de vue de l'étude générale de la minéralogie, cette collection est parfaitç et ne laisse rien à désirer. Mais, de même qu'à Rio, je pensais rencontrer à Ouro Preto, comme minéralogie locale, des échantillons plus riches que ceux qui représentent les principaux types

Je croyais trouver de magnifiques euclases, des diamants merveilleux, des séries variées de tourmalines de toutes les couleurs !... Les spécimens existant ne sont pas à la hauteur de l'importance d'un semblable établissement.

De même que dans d'autres pays, hélas ! que je n'ai pas besoin de nommer, le budget accordé aux musées scientifiques est tellement restreint qu'il est impossible de donner aux collections le développement auquel elles auraient le droit de

OURO PRETO. — Entrée d'une ancienne mine.

prétendre. Chaque jour, de nouvelles espèces minéralogiques sont découvertes, venant compléter des groupes. Elles devraient figurer dans les grandes écoles... On est souvent bien longtemps à les attendre !

Il existe actuellement encore bien des vides à combler.

Le musée géologique, très complet, est fort intéressant à parcourir et tous les éléments d'étude y sont largement représentés.

Avec une générosité dont je lui suis profondément reconnaissant, M. le Dr Costa Sena a bien ■ voulu m'offrir une série complète de toutes les belles espèces brésiliennes, et surtout me donner pour mes excursions les renseignements les plus détaillés.

Connaissant à fond tous les travaux publiés sur la minéralogie et la géologie du Brésil et ayant puissamment contribué par ses recherches personnelles à en augmenter le nombre, j'avais trouvé en lui le guide le plus savant et, comme je devais le voir bientôt, l'ami le plus bienveillant et le plus dévoué que je pouvais espérer. Avec quelle joie il me fit parcourir tous les services, m'expliquant les mille et un détails de l'enseignement si compliqué de l'École.

Tout ce qui intéresse l'exploitation minière est, en effet,

admirablement représenté. Les innombrables modèles employés dans cette industrie spéciale, constituent une branche importante des collections. Depuis les plus anciens jusqu'aux plus modernes, on les rencontre tous : instruments pour laver ror,c dragues pour les recherches de diamants ; types variés de fourneaux pour l'extraction des divers métaux, etc. J'ai pu admirer tout cet ensemble représentant les types les plus perfectionnés, en usage non seulement en Amérique, mais encore chez les principales nations européennes.

A ce point de vue, l'école d'Ouro Preto me semble occuper le premier rang et je crois que, sur ce chapitre, il y aurait beaucoup d'emprunts à lui faire.

Cette École des mines présente, en outre, de nombreuses annexes que l'on ne saurait soupçonner avant d'en avoir franchi le seuil. De puissantes machines à vapeur, des dynamos d'une force extraordinaire, les plus beaux types de l'industrie moderne, sont toujours prêts à fonctionner pour répondre aux exigences des divers laboratoires.

OURO PRETO.

Ajoutez à cela une superbe bibliothèque contenant des milliers de volumes, recevant toutes les publications périodiques étrangères, et l'on n'aura qu'une faible idée des ressources accumulées dans la vieille école, qui est une des gloires du Brésil.

Et que dire de l'enseignement? On peut le citer comme modèle ! I^es élèves, outre les ressources si variées que nous venons d'énumérer, possèdent un corps de professeurs de la plus haute valeur et qui, ce qui ne se rencontre pas toujours, ont su conquérir l'amitié de toute cette j eunesse intelligente qui fréquente l'École.

Rien n'est plus charmant pour le voyageur qui passe, que de voir avec quelle affabilité et quelle aménité, les cours terminés , se prolongent les conversations entre élèves et professeurs.

Tel,je vis le Dr Costa Sena entouré de

jeunes gens, attentifs à sa parole et l'interrogeant curieusement sur des points qu'ils n'avaient pas compris. Se mettant à leur niveau, il provoquait les questions. lyC voilà, le vrai professeur et tel que je le comprends. Aussi est-il adoré de ses élèves, qui ne se cachent pas pour lui témoigner leur respectueux attachement et lui sont entièrement dévoués parce qu'ils savent qu'ils peuvent compter sur lui et qu'il ne leur marchande pas les bienfaits de sa science !

J'ai assisté maintes fois à ces relations entre maître et élèves; la familiarité n'excluait jamais le respect et, dans la cour de l'école, Costa Sena ressemblait plus à un père

OURO PRETO. — Église au fond de la vallée.

entouré de ses enfants qu'à un sévère professeur, comme on en rencontre tant, malheureusement!

Notre visite de l'École terminée, le D^" Costa Sena me fit l'amitié de m'inviter à déjeuner et je n'ai pas oublié les bonnes heures passées ensemble à causer de notre science favorite! Bn le quittant, je pouvais compter un nouvel ami.

6 SEPTEMBRE. — Excursion aux mines de fer d'Itabira. Itabira est une station du chemin de fer Grand Central.

OURO PRETO.

Partant d'Ouro Preto à six heures du matin, on arrive à neuf heures à Miguel Burnier, sur la ligne principale, où Ton change de train, et où l'on a tout le temps de déjeuner, en attendant celui qui, parti la veille au soir de Rio, arrive vers onze heures.

Je ne m'étendrai pas longuement sur les aspects pittoresques de la route. Partout des travaux d'art remarquables, au milieu de ce pays montagneux, où le panorama varie à l'infini.

lycs chemins de fer au Brésil ne sont pas très rapides, ce qui permet au voyageur de noter au passage ime foule de détails intéressants.

lyC botaniste, en particulier, se fait facilement une idée générale de la flore qui est d'une richesse incroyable.

Les talus, le long de la voie, sont émaillés d'une quantité

de fleurs, plus curieuses les unes que les autres, et c'est pour le naturaliste un nouveau supplice de Tantale, de ne pouvoir les recueillir au passage.

lycs parois des ravins surtout, arrosées par de gracieuses cascades qui descendent des hauteurs, sont couvertes d'une luxuriante végétation où dominent les palmiers et les fougères arborescentes, du milieu desquels, tranchant sur la teinte d'un vert généralement foncé, émergent de grands

OURO PRETO.

arbres couverts de fleurs bleues ou jaunes, entourés de lianes flexibles qui retombent en festons gracieux.

Ces arbres, quelquefois très élevés, sont eux-mêmes couverts d'une foule d'espèces parasites qui ont élu domicile dans les moindres interstices des branches et mélangent entre elles les couleurs chatoyantes de leurs fleurs. On croirait voir, suspendus à leurs rameaux, d'innombrables bouquets prêts à être cueillis.

Je reconnais au passage de jolies BroméUacées aux fleurs roses et bleuâtres, des aroïdées avec leur spathe couleur vermillon, des orchidées dont les tiges délicates se balancent dans le vide et des touffes flottantes de cactus qui, comme je l'ai déjà dit plus haut, donnent aux grands arbres que

l'âge a courbés l'aspect de vieillards, avec de longues barbes grises ou blanchâtres.

Il est sept heures quand le train s'arrête à Itabira et la nuit est venue!

Je sors de la gare... à la recherche de la ville ! Si elle existe, elle doit être fort éloignée, car je n'aperçois, pour tout éclairage, que deux ou trois lueurs vagues à l'horizon.

Mais je suis habitué maintenant, depuis mon aventure d'Itararé, à ces sortes de surprises, et bravement je me mets

OURO PRETO. — Vue prise dans la montagne.

en route. Il fait d'ailleurs un temps magnifique, le ciel scintille d'étoiles et la lune même, qui commence à se lever, éclaire suffisamment mes pas.

On m'avait indiqué, comme bon, « l'hôtel Idéal » ! Ce titre pompeux résonnait bien à mon oreille et j'escomptais depuis longtemps l'idée de rencontrer un gîte confortable; malheureusement, plus je marchais et moins l'hôtel apparaissait.

Ayant rencontré par bonheur un habitant du pays, je pus me faire comprendre et, de la façon la plus hospitalière, il s'offrit de m'y conduire.

Je lui tournais le dos ! Dix minutes après, nous arrivions

devant une sorte de rancho, à peu près dans le genre de celui d'Itararé et d'une simplicité toute primitive. C'était le fameux hôtel Idéal, le premier d'Itabira !

Comme j'avais faim et que j'étais fatigué, je le trouvai charmant. Il était d'ailleurs tenu par de braves gens qui s'empressèrent autour de moi, cherchant visiblement à m'être agréable. Je fis honneur au festin, où figurait l'inévitable « feijoada » et au dessert, après avoir dégusté une excellente tasse de café et joué avec les enfants de l'hôtelier, j'étais de la maison.

OURO PRETO. — Près de la gare.

On me donna la meilleure chambre, irréprochable au point de vue de la propreté, mais garnie d'un de ces lits brésiliens, sorte de plancher couvert d'un simili-matelas et qui, paraît-il, est le seul adopté dans tout le Brésil.

Kn voyage, il est nécessaire de s'habituer à tout : partant de ce principe, je constatai le matin, quand un soleil radieux vint me réveiller, que j'avais passé une nuit délicieuse !

Inutile de se mettre en frais pour visiter la ville d'Itabira, pour la bonne raison qu'elle n'existe pas ! Ce que l'on entend par ce nom est un petit centre d'habitations analogues au grand hôtel Idéal, mais d'une architecture encore plus simple, et qui s'étendent en longueur devant la gare.

Bh bien ! le jour où les mines d'Itabira auront pris l'extension qu'elles méritent, à une date encore imprécise mais fatale, on verra probablement naître, à la place de la modeste Itabira de 1910, quelque vaste et opulente cité, digne du grand établissement métallurgique qui a déjà fait ses preuves aujourd'hui et qui sera peut-être alors, avec ses ressources minières inépuisables, le fournisseur du monde entier !

Telles étaient mes réflexions, lorsque guidé par deux bam-

OURO PRBTO. — Dans la montagne.

bins du pays, auxquels j'avais offert 2.000 reis, une fortune, je m'acheminai vers l'usine d'Esperança, pour le directeur de laquelle j'avais une lettre du D^' Costa Sena.

lya route, à travers un pays boisé, est très pittoresque et la flore d'une grande variété, ce qui, pour le botaniste, est un charme de plus.

Après deux heures de marche, j'aperçus, au fond d'un vallon, les bâtiments de l'exploitation. Javais à peine eu le temps de faire passer ma carte, que j'étais reçu de la façon la plus charmante par son aimable directeur qui me fit l'honneur de me présenter à sa famille, une vraie famille patriarcale, dont j'ai gardé un bien excellent souvenir.

Je visitai les services de ce grand établissement, qui possède des ateliers de toutes sortes agencés pour pouvoir faire face aux mille besoins d'une vaste exploitation.

Comme je l'ai dit plus haut, quand, au lieu de recourir au bois pour la chauffe du haut fourneau, on pourra disposer sans compter d'une houille^de bonne qualité ou bien qu'on aura pu créer une source électrique suffisante, nul établissement au monde ne pourra rivaliser avec celui d'Itabira.

Quand on pense que le mont Itabira, qui fournit le minerai, n'est tout entier et dans toute sa profondeur qu'une masse donnant à l'analyse 75 % de fer métallique, que tous les ^environs renferment des gisements analogues dont le rendement oscille entre 66 à 70 % de fer pur, on reste confondu et on

se demande même si jamais pareille réserve est susceptible de pouvoir s'épuiser.

lya visite de tous les détails que comporte une semblable exploitation demande plusieurs heures et les minutes avaient passé vite à écouter les explications de son aimable directeur; il était déjà tard quand je pris congé et je n'avais juste que le temps de regagner mon hôtel avant la nuit.

Pour ne pas m'égarer, il m'engagea à suivre la voie ferrée jusqu'à la station d'Itabira.

Cependant, depuis une heure déjà, le ciel s'était couvert.

itabira; — I^a forêt.

de nuages. Le vent s'était élevé et, de temps en temps, le tonnerre, grondant au loin, annonçait l'orage.

Je n'avais pas fait un kilomètre qu'une pluie diluvienne se mit à tomber. Par bonheur, une sorte de cahut^ de cantonnier m' apparut sur la voie, où je pus m' abriter tant bien que mal, tandis que l'orage continuait à se déchaîner.

On ne se doute pas, dans nos pays, de ce que peut être une pareille tempête. C'est un véritable déluge; en quelques minutes, tout est raviné et les chemins sont transformés en ruisseaux. Je restai blotti sous ce misérable abri pendant plus d'une heure. L'eau avait fini par crever la toiture et tombait en cascade sur ma tête.c Quand la rafale prit fin, j'étais trempé jusqu'aux os, aussi mouillé que si j'avais passé quelque rivière à la nage. Mais, en ces pays fortunés, le mauvais temps ne dure guère. Les nuages avaient disparu rapidement, laissant reparaître un soleil radieux, qui, en quelques minutes, m'avait fait oublier ma mésaventure.

A six heures, j'étais de retour à l'hôtel Idéal, enchanté de mon excursion et de l'aimable hospitalité que j'avais rencontrée sur ma route.

ITABIRA.

I,a forêt.

Autour d'Itabira, le pa^^s est fort pittoresque et je décidai d'y rester une journée entière pour explorer les pentes boisées que j'apercevais à l'horizon.

Le lendemain, je partis de bonne heure, emportant naturellement des provisions de bouche, car il est inutile de compter trouver en route la moindre ressource.

Mon instinct ne m'avait pas trompé et je fis, en effet, dans cette région, une des plus jolies explorations botaniques de riion voya"ge. Quand je revins le soir, ma boîte de fer-blanc renfermait des trésors. Je ne puis malheureusement énumérer ici les plantes merveilleuses que je récoltai dans cette seule excursion ; ce serait dépasser les limites de ce modeste volume et le sujet serait réellement un peu trop spécial.

ITABIRA. — I.a gare.

9 SEPTEMBRE. — Ayant fait mes adieux aux braves gens de l'hôtel Idéal, qui n'est pas luxueux, mais qui est certes hospitalier, je pris le train du matin pour regagner Ouro Preto.

A Miguel Burnier, j 'eus le plaisir de rencontrer M. le D^" Costa Sena qui rentrait également chez lui et nous nous installâmes de notre mieux dans un coin du wagon, pour pouvoir causer à notre aise.

Soudain, une bande de jeunes étudiants, qui revenait de Bello Horizonte où s'était tenu un Congrès, envahit notre compartiment. Le train s'était remis en route et toute cette jeunesse, exubérante de gaieté, savourait largement le plaisir de cette bonne liberté qui fait le charme des voyages,

lorsque l'un des jeunes gens ayant aperçu Costa Sena qui causait avec moi, signala à ses amis la présence du maître.

Spontanément tous se levèrent et, tournés de son côté, lui firent en chœur une chaude ovation. Un instant, le bruit du train disparut sous les hurrahs qui se croisaient en tous sens : « Hurrah, Costa Sena, hurrah ! ! ! »

Je me penchai vers le sympathique directeur et je ne pus m'empêcher de lui dire combien j'étais moi-même touché des marques d'affection que lui prodiguaient ses élèves.

« Vous pouvez être fier, lui dis- je, de cette manifestation

ITABIRA. — Hôtel Idéal.

bien spontanée, en vérité. C'est, à mon avis, le plus bel hommage rendu à votre science et, en même temps, de la part de vos élèves, une réelle marque d'estime publique et de respectueuse affection ! »

Bt les hurrahs continuaient encore lorsque Costa Sena, se levant, alla se mêler au groupe qui l'avait acclamé.

I/' excellent homme était allé leur dire que son compagnon de route était le D^" lyatteux, professeur d'histologie de Paris, dont les cours avaient été suivis par une centaine de leurs compatriotes. On juge de ma surprise en voyant toute la bande m' acclamer à mon tour !

Je remerciai de mon mieux, en quelques mots que le D' Costa Sena voulut bien traduire et je terminai en criant à mon tour : « Hurrah ! vivent les étudiants brésiliens ! »

Quand nous arrivâmes à Ouro Preto, toute la bande accompagna le maître jusqu'à son domicile et j'étais déjà rentré à mon hôtel, que j'entendais encore les hourras s'éteindre dans le lointain !

lycs distractions sont assez rares à Ouro Preto. Cependant, deux fois par semaine, un orchestre, dans le genre de nos sociétés d'orphéons, composé, non pas seulement d'amateurs, mais de véritables artistes, se fait entendre le soir sur une des grandes places de la ville.

Ces concerts sont fort appréciés par les habitants, qui accourent en foule, heureux de venir applaudir les interprètes et enchantés de se réunir quelques instants tout en entendant d'excellente musique.

lya grande place qui s'étend devant l'hôtel Martinelli est précisément un des lieux de rendez- vous.

J'achevais de dîner lorsque retentirent les premières mesures et je m'installai sur le balcon, d'où je dominais toute la scène.

Le ciel était étincelant d'étoiles, la nuit tiède et je sentais des brises parfumées arriver jusqu'à moi. Je m'étais penché un instant et je ne tardai pas à m' apercevoir qu'elles émanaient d'un groupe charmant de jeunes filles qui, assises sous le balcon, s'étaient réunies, pour assister au concert.

ITABIRA.

Sur ma table était un bouquet. Je cueillis une rose et, arrachant un pétale, je le laissai tomber au hasard sur les têtes charmantes que je contemplais du balcon.

Je vis un petit bras s'élever et chasser l'objet qui s'était arrêté dans la chevelure.

J'en laissai tomber un second. Alors, deux ou trois têtes se levèrent et j'achevai d'effeuiller ma fleur, ce qui provoqua un rire général !

Il ne me restait qu'à présenter mes excuses pour cet hom-

ITABIRA.

mage que je venais de rendre à la beauté brésilienne et, quand je descendis, je n'eus que quelques mots à dire pour comprendre que j'étais pardonné ! ! !

L'une d'elles ajouta qu'elle avait deviné de suite que je devais être Français !

10 SEPTEMBRE. — 7 heures du matin. — J'avais décidé la .veille d'aller visiter les mines d'or de Passagem et chargé mon hôtelier de faire le nécessaire pour me procurer des mulets et un guide.

La mine est à trois ou quatre lieues d'Ouro Preto et au Brésil, autant que j'ai pu le voir, les habitants ne semblent

pas être amateurs de la marche. Aussi témoignent-ils très peu d'enthousiasme quand on leur propose de faire à pied la plus légère excursion.

Il faut reconnaître que les mulets, dans leur genre, sont excellents dans tout l'État de Minas, mais j'estime qu'après une journée passée à caracoler à travers les chemins épouvantables qu'on rencontre, on éprouve une fatigue plus considérable que si l'on avait fait la route à pied.

Enfin, force était de s'incliner devant les habitudes locales,

ITABIRA. — I,es mines de fer.

ce que je fis. Le fils de mon hôtelier, petit garçon de quatorze ans, très intelligent, très déluré et d'une complaisance à toute épreuve, devait m'accompagtier.

Je sautai en selle et nous prîmes le chemin de la montagne, en suivant la grande rue principale qui monte dans la direction de l'École des mines.

-'Je ne puis, malgré toute ma bonne volonté, faire l'éloge des routes. Elles me rappellent les fameux « caminos reaies » des îles Canaries, alors que dans les mêmes conditions, il y a quelques années, je faisais l'ascension du pic de Ténériôe, en traversant la zone volcanique des Cafiadas.

A chaque pas, on rencontre des obstacles qui entravent la

marche des animaux et surtout des inégalités de terrains telles que Ton est forcé, pour ne pas être projeté en avant, de serrer vigoureusement avec les jambes les flancs de la bête, qui n'avance qu'avec des secousses de reins, capables de désarçonner les plus habiles cavaliers. Il en résulte, en peu de temps, un véritable supplice, qui se traduit généralement par des crampes violentes dans les mollets.

Mais on est récompensé de ces petites tribulations jjar la beauté du paysage que l'on traverse. J'ai déjà payé, à ce

ITABIRA.

sujet, mon tribut d'admiration dans les excursions précédentes, je ne pourrais que me répéter encore.

Il était midi quand nous atteignîmes les premières maisons de Passagem.

Mon jeune guide, très dévoué et très adroit, se chargea de porter ma carte et une lettre de recommandation au directeur de la mine, M. Arthur Bensusan, qui me fit le plus cordial accueil et l'honneur de me présenter aussitôt à sa charmante femme. L'hospitalité la plus parfaite m'attendait et j'étais à peine entré que M°^^ Bensusan, pensant que j'étais à jeun, prenait la peine de me faire servir à déjeuner.

Comment pourrai-je reconnaître toutes les prévenances dont j'ai été l'objet?

Qu'il me soit permis d'exprimer ici à mes aimables hôtes toute ma gratitude et de leur adresser un souvenir affectueux.

Sous la conduite de M. Bensusan, je visitai la mine en détail. On peut considérer cette magnifique exploitation comme un modèle du genre.

Tous les perfectionnements que comporte la technique la plus moderne s'y trouvent réunis.

Le minerai exploité est une roche quartzeuse très dure, contenant du mispickel aurifère.

PASSAGEM. — Mines d'or.

Ateliers.

Ce qui frappe tout d'abord, en entrant, c'est le bruit formidable des pilons en action. Il s'agit, en effet, de réduire le minerai en poudre impalpable et de le faire passer par une suite de lavages, durant lesquels il abandonne peu à peu les parties les plus lourdes, qui ne contiennent pas d'or.

I/'opération se termine en soumettant les derniers résidus au traitement par le cyanure. C'est la méthode adoptée aujourd'hui et celle qui donne le meilleur rendement.

Pour décrire l'outillage, il faudrait un volume. Partout ce sont des roues gigantesques qui tournent sous l'impulsion de l'eau, des pilons qui font trembler le sol, des conduites d'eau multipliées à l'infini et amenant sur des toiles tendues et agitées automatiquement de mouvements vibratoires, les

boues contenant des parcelles d'or impalpables, mais qui s'enrichissent de plus en plus, à mesure qu'elles s'éloignent de leur point d'origine.

Ce monde de machines marche avec une régularité mathématique. Il semble qu'une vie propre le dirige.

Tout cet ensemble fait grand honneur au savant directeur, qui, constamment en éveil, ne ménage ni sa peine ni sa science.

Restait la partie la plus intéressante, la visite de la mine.

PASSAGEM. — Mines d'or.

Après m' avoir fait revêtir un costume de mineur, pantalon et blouse en tissu imperméable et coiffé d'un chapeau assez solide pour protéger la tête contre le choc des inégalités qui hérissent toujours les parois, le directeur me confia à son contremaître.

L'entrée de la mine est un tunnel en plan incliné, à pente assez rapide et qui s'enfonce à plus d'un kilomètre dans la rriontagne.

Des rails le parcourent dans toute son étendue. Nous montons sur un chariot actionné par l'électricité et à une vitesse vertigineuse, éclairés seulement par nos lampes fumeuses, nous filons vers les entrailles de la terre. L'impression est fort ori-

ginale et cette promenade clans la nuit noire très fantaisiste.

Après dix minutes de course désordonnée, on met pied à terre dans une immense excavation, dont les parois blanchâtres sont parsemées de veines jaunâtres qui ressemblent à de l'or, mais qui ne sont que des pyrites arsenicales, contenant plus ou moins du précieux métal et à l'état impalpable.

La roche est fort dure et la tâche fort pénible pour les ouvriers qui travaillent à l'aide du pic et du marteau.

Mon guide me promène à travers diverses galeries et m'ex-plique qu'il existe plusieurs étages superposés. I^e terrain est tellement résistant qu'il est inutile de recourir aux boisages habituels. On se contente de laisser intacts des îlots de roche qui servent de colonnes de soutien.

lya mine de Passagem consiste "en une énorme veine aurifère, émettant de nombreuses poussées latérales. Son épaisseur minimum est de 6 mètres^ et en atteint jusqu'à 14, en certains endroits.

Son étendue en profondeur est inconnue, mais il est facile de se rendre compte de son existence sur toute la propriété, car, pendant deux lieues, on la voit en affleurement, sans solution de continuité, le long de la gorge profonde qui la borde et au fond de laquelle coule le Rio del Carmo.

Des forages exécutés récemment ont permis de reconnaître, en des points nouveaux, la continuation de la veine aurifère,

En montant à l'Itacolomy.

et un nouvel essor va encore, de ce fait, être donné à l'exploitation.

Après avoir atteint l'extrémité de la galerie, nous revînmes sur nos pas et, un quart d'heure après, remontant sur notre chariot électrique, nous étions ramenés à l'orifice du tunnel, enchantés de retrouver le ciel bleu et moi, très heureux de l'intéressante promenade que je venais de faire au pays des ténèbres.

Pour terminer, M. Bensusan me montra la poudre d'or qui

OURO PRETO — I,ac dans la montagne.

vient chaque jour s'emmagasiner dans le co^re-fort. Il paraît, si je me souviens exactement du chiffre, qu'on en extrait chaque mois pour une valeur d'environ 60.000 francs.

Avant de prendre congé, il me fallut accepter encore une petite collation, et M"^^ Bensusan, qui est une musicienne hors ligne et d'un grand talent, voulut bien, pour moi, entr 'ouvrir son piano.

Douée d'une mémoire prodigieuse, elle interpréta plusieurs morceaux que je lui demandai, avec un sentiment et une délicatesse, que l'on ne peut espérer trouver que chez une véritable artiste.

C'est avec regret que je quittai cette maison hospitalière.

Mais je n'avais juste que le temps pour regagner Ouro Preto et, appelant mon guide, je montai en selle et m'éloignai, encore sous le charme de l'agréable journée que je venais de passer.

Il était nuit quand nous mîmes pied à terre devant l'hôtel ^lartinelli.

J'étais ankylosé littéralement en descendant de ma monture. J'aurais été certainement moins fatigué si j'avais fait la route pédestrement. D'ailleurs, j'étais entraîné depuis

OURO PRETO. — En allant au lac.

plusieurs semaines, exécutant journellement des promenades botaniques avec une moyenne de 20 à 25 kilomètres.

II SEPTEMBRE. — Sans perdre de temps et remis de rhes fatigues de la veille, j'étais levé à six heures pour aller faire une excursion dans le massif de l'Itacolomy. Il existe en ces régions une flore d'une richesse et d'une variété inouïes.

On m'avait signalé la présence d'une fougère très rare, un « Trocopteris » poussant dans les rochers, près du sommet, et un brave garçon, François, mis à ma disposition par le D^ Costa Sena, se chargeait de me conduire à la localité, qu'il connaissait.

Iv'excursion devant durer toute la journée, nous empor-

tâmes des provisions de bouche, car, en ces régions, il est inutile d'espérer trouver en route la moindre ressource.

On descend jusqu'à la gare d'Ouro Preto, puis, prenant à gauche, on longe une rivière très pittoresque qui roule de l'or. En passant, nous apercevons des négresses, les jambes dans l'eau, manœuvrant des toiles destinées à recueillir au passage les parcelles du précieux métal qui viennent se déposer dans la trame.

Abordant alors la montagne sur la droite, on s'élève graduellement jusqu'à un petit lac très pittoresque, autour duquel se rencontrent les traces d'anciennes exploitations de minerais de manganèse.

Continuant à monter, après deux heures de marche, nous arrivons dans un endroit rocheux où, paraît-il, les serpents ne sont pas rares.

De cet endroit élevé, la vue est merveilleuse; des pics surgissent de tous côtés, séparés par des vallées profondes, couvertes d'une végétation intense, mais généralement assez sèches.

Au-dessus de nous, se dresse le sommet de l'Itacolomy, avec ses grosses pierres isolées, en forme de p^^amides, qui le font reconnaître de très loin et lui donnent son aspect original.

L'endroit est propice et nous faisons, à l'ombre d'un rocher,, un excellent déjeuner, arrosé d'une bouteille de Bordeaux, que j'ai eu soin de glisser dans le panier au moment du départ.

Pendant que le brave François est parti à l'aventure en quête de la fameuse fougère, j'allume philosophiquement ma' pipe et seul, assis sur un vieux tronc d'arbre, je laisse mon regard errer à l'horizon, savourant dans sa magnificence un des plus beaux panoramas qu'il soit donné à l'homme de contempler.

Conduit par François, je m'engageai résolument dans un dédale de rochers éboulés et je pus récolter moi-même la plante convoitée. C'est une petite fougère, sortant du type commun, et poussant sur les pierres, en formant des rosaces à la manière de certains saxifrages. Elle est très rare et c'est à grand'peine que je réussis à en trouver cinq ou six

échantillons. La saison, malheureusement, n'est pas propice, la plupart des pieds rencontrés étant presque desséchés.

Malgré tout, je réussis à en découvrir deux exemplairesconvenables, dans des trous profonds, où le soleil n'avait pu pénétrer. Le reste de la journée fut consacré à herboriser et, comme toujours, je rapportai une abondante moisson.

Le brave François, lui aussi, n'avait pas perdu son temps; en grand chasseur qu'il était, il avait découvert des pistes

MÉTÉORITE D'UBERABA Échantillon poli, laissant voir la grenaille de fer natif.

intéressantes. Il me donna sur ce sujet des explications très curieuses et très pratiques.

Tantôt c'était un tatou dont on trouvait la trace, tantôt un tapir ou un agouti. I^à, un serpent avait passé; ailleurs, on avait affaire à un fourmilier, etc.

Si j'avais disposé d'un temps plus considérable, j'aurais aimé accompagner dans sa course un de ces chasseurs indigènes, qui, lorsqu'ils sont intelligents, sont très intéressants à faire causer.

A sept heures, nous étions de retour et j'avais le plaisir de retrouver le D^ Costa Sena, qui avait bien voulu accepter à dîner. Nous passâmes une soirée charmante, mais trop courte^ à causer des questions minéralogiques intéressant son beau pays.

12 SEPTEMBRE. — Voici déjà quinze jours que j'ai quitté Rio. J'entrevois, hélas! la fin de mon voyage.

Cette journée sera consacrée à l'étude du Musée de l'École •des mines.

Je fais quelques échanges J'obtiens, entre autres échantillons, un fragment de la fameuse météorite, dite d'Uberaba, tombée le 23 juin 1903.

I^a chute eut lieu, à dix heures du matin à Dores de Campos Formosos, municipe d'Uberaba, à 30 lieues de cette ville, et le bolide faillit, dit-on, emporter la tête d'une personne •qui se tenait non loin de l'endroit où il s'enfouit en terre.

Cette pierre appartient au type montréjite. J'en ai fait des plaques microscopiques transparentes, dont on trouvera -ci-après les principaux aspects reproduits en photographie.

Elle a d'ailleurs été étudiée déjà à fond au Brésil et par M. le D^ Costa Sena, en particulier, si je ne me trompe.

MÉTÉORITE D'UBERABA. — Enstatite, Péridot, Fer natif. I^umière directe : 150 diamètres.

MÉTÉORITE D'UBERABA. — I^umière directe : 150 diamètres-.

MÉTÉORITE D'UBERABA. — I^umière directe : 150 diamètres

M:ÊTÉ0RITE D'UBERABA. — lyumière directe : 150 diamètres.

MJ^TÉORITE D'UBERABA — Péridot, Enstatite, Fer natif. lyUuiière directe : 150 diamètres.

^■^^^Jl^

MÉTÉORITE D'UBERABA. — Péridot dominant, Fer natif. Lumière directe : 150 diamètres.

13 SEPTEMBRE. — C'est ma dernière journée à passer à Ouro Preto. Le D^" Costa Sena m'a invité à déjeuner et nos deux caractères ont si bien sympathisé, que c'est avec un véritable chagrin que je vois s'approcher le moment du départ. Et puis, j'avais noué un grand nombre de relations dans la ville; je commençais à être connu. On savait que j'étais le Français envoyé en mission au Brésil et je ne me gênais pas pour dire combien tout me séduisait dans ce beau pays! Je connaissais de nombreux étudiants. J'étais professeur comme leur maître Costa Sena, et sa popularité rejaillissait un peu sur moi! Bref, je me sentais chez moi dans cette ville hospitalière. En écrivant ces lignes, je songe aux amis que j'ai laissés sur ma route, escomptant le bonheur que j'éprouverai si quelque bon vent me permet encore une fois d'aller jeter l'ancre sur leurs rivages ensoleillés !

14 SEPTEMBRE. — Je serre la main de rexcellent homme qui dirige l'hôtel Martinelli.

Le train pour Rio part à six heures et demie et son fils m'accompagne jusqu'à la gare.

lyC soleil levant illumine les belles montagnes où j'ai fait de si ravissantes excursions ; j'entrevois dans le lointain, et pour la dernière fois peut-être, les sommets arides de l'Itacolomy, où j'ai porté ma course vagabonde.

J'emporte, comme souvenirs de voyage, plusieurs centaines de plantes, récoltées par moi et une série non moins belle d'espèces minéralogiques, qui seront, à Paris, le joyau de ma collection.

Les principaux types sont reproduits en couleur, dans les planches qui accompagnent cet ouvrage.

J'ai décrit précédemment en détail le trajet de Rio à Ouro Preto. Je n'y reviendrai pas.

A sept heures du soir, je débarquais à Rio et, à huit heures, je retrouvais à l'hôtel Bellevue la chambre qu'on avait eu la complaisance de me conserver.

Il me semblait rentrer chez moi! Le lendemain, d'ailleurs, je revoyais les amis que j'avais quittés momentanément et entre autres de Barros qui, un des premiers, était venu me serrer la main. Notre amitié, bien que récente, n'en était pas moins sincère et le temps n'a pu que la développer encore. Combien de fois, de retour à Paris, n'ai- je pas regretté l'ami absent, la si cordiale hospitalité trouvée au sein de sa famille, les bonnes causeries les coudes sur la table et... que sais-je?

De retour à Rio, je m'empressai d'aller présenter mes respects à S. Bxc. le ministre de l'Industrie qui m'avait prêté un si puissant appui, et remercier son secrétaire particulier, M. A. de Sa, auquel je garde également une bien vive reconnaissance pour tous les services que sa haute position lui a permis de me rendre.

Pendant les trop courts moments que j'ai pu causer avec lui, il m'a été donné d'apprécier l'extrême courtoisie de son caractère et sa haute culture intellectuelle.

— iOl -

C'est aussi grâce à son intervention que je pus luc présenter auprès de S. Exe. le ministre de l'Agriculture, M. Rodrigues, qui, comme je l'ai dit au commencement de ce volume, et avec une bienveillance dont j'aime à me souvenir, voulut bien faciliter mon voyage en me faisant rembourser intégralement mes frais de déplacement sur tous les réseaux brésiliens.

Avant de reprendre le paquebot pour rentrer en France, je disposais encore d'une douzaine de jours, que j'emplo^^ai à mettre un peu d'ordre dans mes collections et à faire encore quelques excursions dans les environs immédiats de la ville.

C'est avec un charme nouveau que j'explorai encore une fois les massifs de la Tijuca et du Corcovado, où je fis de fructueuses récoltes botaniques.

Je revis également avec grand plaisir le Musée national, heureux de le parcourir cette fois plus posément, toujours sous la conduite de son savant directeur, M. de Lacerda et de ses deux fidèles collaborateurs, qui me firent admirer en détail les magnifiques collections d'ethnographie dont l'ensemble est > véritablement merveilleux.

Enfin, pour compléter la collection de vues photographiques , je fis, dans les îles de la baie de Rio, plusieurs excursions, à la recherche des plus beaux sites et toujours très embarrassé de faire un choix au milieu de ces panoramas grandioses, tels qu'on les rencontre à chaque pas, dans ce groupe unique au monde. J'ai rapporté de ce voyage 450 clichés, dont les plus jolis figurent dans ce volume. Il n'est que justice de noter qu'ils ont été obtenus avec le blocknote de Gaumont, qui est bien le plus ravissant petit instrument que l'on puisse rêver. Son volume est si réduit que, tous les matins, je partais avec 36 petits clichés enfouis dans mes poches et que nul ne pouvait se douter que j'emportais sur moi de telles ressources photographiques.

26 SEPTEMBRE. — Demain, j'aurai quitté le Brésil 1 Le Magellan, bateau des Messageries maritimes, est en rade. Je

vais à l'agence, retenir ma place, ce qui me procure le plaisir de causer avec son directeur, M. Carrique, qui, avec la plus extrême complaisance et une hospitalité toute brésilienne, se met entièrement à ma disposition pour le transport à bord de mes bagages et de mes collections. J'apprécie à sa valeur cette faveur toute particulière qui m'évitera une foule d'ennuis et surtout les disputes presque fatales qu'il faut prévoir avec les bateliers, à la merci desquels on est livré et dont il faut accepter toutes les conditions.

Le soir, je suis invité à dîner une dernière fois par la famille de Barros et l'affectueuse cordialité avec laquelle je suis reçu n'est pas faite pour adoucir l'amertume du départ. Comment oublier les heures charmantes passées sous ce toit hospitalier?

Ce seront les dernières mains amies que je presserai en quittant le sol du Brésil.

' Jl

' Si

Page 1