I. Robe en Fourrure. (Noie du traducteur
caleçon de même tissu, un jersey également de laine, un pantalon, une jaquette et des jambières en vadmel1.
La laine a sur le coton et les peaux l'avantage de laisser la transpiration s'exercer librement. Pendant le voyage il nous arriva de surabondamment; pour éviter les refroidissements, les précautions les plus minutieuses durent être prises; sur le glacier, dans les endroits difficiles, nous étions souvent obligés de quitter nos jaquettes, et nous transpirions comme par les grandes chaleurs de l'été.
Chaque homme était muni d'un léger pardessus en toile à voile. Ce vêtement n'était malheureusement pas imperméable, mais dans les tourmentes de neige il nous rendit de grands services, en arrêtant la line poussière neigeuse que le vent chassait. Sans la protection de ce pardessus, ces fines particules auraient pénétré à travers tous nos vêtements et, en tondant au contact du corps, nous auraient trempés. Ce vêtement était garni d'un large capuchon, pouvant être rabattu sur la ligure pour l'abriter des morsures de la gelée.
Nous étions chaussés de brodequins connus en Norvège sous
le nom de lauparsko.
Ils étaient en cuir, au lieu d'être en peau brute, comme ils sont généralement. Ces chaussures, dont la l'orme rappelle les komager des Lapons et les kamikkes des Eskimos, os « laupahsko ». sont laites d'un morceau
de cuir, relevé sur les côtés et cousu à un second morceau qui recouvre la partie supérieure du pied. Les Islandais font usage de brodequins du même genre très grossièrement confectionnés. Nous avions les pied- enveloppés de deux paires de bas épais, et sur le soufflet de la chaussure était appliquée une bande de peau de mouton destinée à tenir chaud et à absorber l'humidité.
1. Drap grossier, tissé parles paysans norvégiens. (Note du traducteur.)
Ces brodequins sont très pratiques pour la marche sur les ski ou sur les raquettes. Ils sonl plus solides que les hudsko' et les komager dos Lapons, mois pas aussi chauds que les mocassins. Pendant le voyage sur l'inlandsis, à la fin de l'étape nous trouvions uns bas gelés à la semelle des souliers.
Les Lapons avaient chacun deux paires de komager. Balto en avait en outre apporté une troisième, à mon intention.
Les bons mocassins sont faits avec la peau des jambes des rennes mâles. La peau des membres postérieurs est employée pour la semelle elles côtés, celle des membres antérieurs pour le dessus de la chaussure; le tout est ensuite cousu ensemble, la fourrure tournée vers l'extérieur. La peau delà tète du renne sert également à fabriquer des mocassins; mais ces chaussures ont l'inconvénient d'être moins solides que celles faites avec la peau des jambes.
Les komager, que les Lapons remplissent de Carex vesicaria, et dans lesquels ils ne mettent ni bas ni chaussettes, sont très chauds et très agréables dans les courses sur les ski. Ces chaussures se détériorant rapidement à l'humidité, je n'en avais pas emporté pour les membres de l'expédition. À quelques milles de la côte orientale je chaussai les mocassins dont m'avait fait cadeau Balto; ils me servirent pendant tout le voyage et durant l'hivernage; lors de notre retour en Norvège, ils n'étaient cependant pas complètement usés; notez que Balto les avait déjà portés pendant un hiver. Les mocassins de ce genre sont très pratiques dans les expéditions arctiques; leur légèreté permet d'en emporter plusieurs paires pour chaque personne, mais il est nécessaire d'en prendre grand soin si l'on veut qu'ils fassent un long service. Lorsque les komager sont mouillés, il faut, le soir, retourner la fourrure à l'intérieur et dormir ainsi chaussés : pendant la nuit l'humidité disparaît.
Nous avions les mains couvertes de moufles en laine; par-dessus, quand le temps était très froid, nous mettions des gants en peau de chien garnis extérieurement de leur fourrure. Les Lapons employèrent les gants en peau de renne dont ils se servent l'hiver. Remplis de carex, ils sont, comme les komager, très chauds. Pour manier
1. Chaussures fabriquées avec un cuir de. bœuf grossièrement tanné ou même de la peau de bœuf encore garnie de poil. Les patineurs emploient également beaucoup les komager.
\ TRAVERS LE GRONLAND.
les instruments el pour dessiner, nous avions des doigtiers de laine. Noire coiffure consistait en un bonnet également en laine, qu'on pouvait enfoncer jusqu'aux oreilles et dans le cou. Avec nos capuchons en vadmel, la figure était ainsi parfaitement protégée, même par les froids les plus rigoureux.
Une expédition qui se propose l'exploration des glaciers doit toujours emporter de bonnes lunettes fumées. Pour avoir oublié de s'en munir, Maïsseïev échoua dans son exploration, en 1839, à la Nouvelle-Zemble. Les verres lûmes dont nous nous servîmes étaient
les uns unis, les autres concaves, pour protéger les yeux de tous côtés. J'employai une paire de conserves de cette dernière forme, que m'avait donnée Nordenskiôld, et en fus toujours très satisfait. Nous mimes également des lunettes en bois noir percées d'un petit trou horizontal, semblables à celles en usage chez les peuples des régions polaires. Comme elles n'ont pas de verres, il ne s'y dépose pas d'humidité, dont la présence arrête la vue; par contre, leur champ es! étroit, ce qui esl très gênant pour un patineur. On pourrait, il est vrai, remédier à cet inconvénient en perçant une fente perpendiculaire à la première.
Notre tente, faite à Copenhague sur le modèle de celle dont s'était servi le lieutenant de vaisseau Ryder pendant ses explorations sur la côte occidentale du Grônland, était divisée en cinq morceaux : deux parois, l'entrée, le fond et un plancher en toile à voile imperméable. Je pensais que les différents fragments pourraient être employés comme voiles pour les traîneaux, mais je dus renoncer à cette idée : le morceau formant les parois, et le fond étaient en si mince coton que le vent aurait pu les déchirer. Que serions-nous alors
LUNETTES ES Buis.
devenus sans tenle, au milieu du glacier, par des froids de ÏO degrés?
La (juestion de poids étant toujours importante dans les expéditions arctiques, je recommanderai aux futurs explorateurs d'emporter des lentes dont toutes les pièces, même le plancher, soient cousues ensemble. Ces abris auraient la forme d'un sac et ne présenteraient d'autre ouverture que la porte; dans le plancher seraient ménagés deux trous pour passer les montants. En cas de besoin, le plancher servirait de voile, après avoir eu soin d'attacher le toit de la lente à l'avant du traîneau, pour qu'il ne pùl être déchiré par le vent. Dans une lente construite d'après ce modèle, la neige ne peut pénétrer par les ouvertures au bas des parois : c'est un grand avantage. Sur l'inlandsis, nos sacs de couchage étaient souvent, au réveil, recouverts de neige; notre tente était juste assez large pour pouvoir étendre nos deux sacs en les plaçant tête-bêche. Elle était soutenue par deux bâtons réunis au sommet par une traverse. Ces bâtons nous servirent d'alpénstocks.
L'abri était assujetti sur le sol par des cordes fixées à des piquets en fer. Je ne me souviens plus du poids de la lente seule; avec les piquets et les cordes, elle pesait S kilogrammes. Notre abri tint parfaitement sur la neige. Pendant plusieurs tempêtes, le vent faillit cependant l'enlever; aussi je recommanderai à tous les voyageurs d'avoir des piquets supplémentaires, pour les cas de gros temps. Nous en avions bien emporté plusieurs, mais ils furent avariés ef il ne nous fut pas facile de les réparer.
Dans une expédition arctique, l'appareil de cuisson est un objet de première importance. Sans une lampe, impossihle en effet de se procurer une goutte d'eau dans ces déserts glacés. Avant tout, cet appareil doit utiliser entièrement les produits de combustion cl donner la plus grande quantité possible de chaleur. Un arrive ainsi à réduire la provision de combustible nécessaire cl à diminuer le poids des bagages.
Le meilleur combustible est l'alcool. Outre l'avantage de la propreté, il présente celui de développer une somme considérable de chaleur comparativement à son poids. Pour éviter toute perle de ce précieux liquide, on doit le renfermer dans de solides réservoirs. Mais l'alcool est un grand tentateur, et dans les expéditions, les
32 A TKAYERS LE GRONLAND.
hommes n'onl que trop envie d'y goûter. Afin d'enlever pareil désir à mes compagnons, j'ajoutai à Pespiït-de-vin de l'alcool méthylique.
La disposition adoptée pour noire appareil de cuisson me fut suggérée par celui employé par Greely (voir la relation de ce voyage p. 207). Après plusieurs expériences, mon ami le chimiste Schmelck et moi dressâmes le plan de l'appareil représenté page 40. La partie inférieure est occupée par une lampe garnie de six mèches. Grâce à une aération suffisante dans cette chambre de chauffe, la combustion complète de l'alcool est assurée. Circulant autour de la flamme, l'air atteint rapidement une température élevée, et, une fois échauffé, empêche l'air froid de pénétrer. La chaleur devientelle trop forte dans la chambre de chauffe, on ouvre alors les trous disposés sur les côtés. Le réservoir destiné à la cuisson des aliments présente une forme cylindrique et est en cuivre étamé; il est traversé par une cheminée, également en cuivre, conduisant l'air chaud de la lampe à la partie supérieure de l'appareil, où se trouve un second réservoir, destiné à la fonte de la neige. De là, l'air chaud s'échappe par des trous situés au-dessous de ce second réservoir. Tout l'appareil est enveloppé de feutre, et la partie supérieure garnie d'un couvercle.
Par des froids de 40 degrés, et en employant de la neige à la même température, une heure était nécessaire pour préparer 5 litres de chocolat et obtenir 4 litres d'eau un peu au-dessus du point de congélation. En moyenne, 55 centilitres d'alcool suffisaient pour la préparation de chaque repas.
Des expériences faites après notre retour par le professeur Sophus Torup, de Kristiania, montrèrent que, dans les circonstances les plus favorables, 48 pour 100 de la chaleur produite par l'alcool employé étaient perdus. C'est un déchet que les expéditions précédentes ne paraissent pas avoir évité. Des perfectionnements pourront probablement réduire la quantité d'alcool employée.
Chacun de nous portail sur la poitrine une petite bouteille en ferblanc remplie de neige. La chaleur du corps servait ainsi à nous procurer un peu d'eau.
Dans une exploration en traîneau, la nourriture de la caravane
(•(insiste principalement en vivres secs; les viandes conservées dans des bbîtes en fer-blanc sont certes plus agréa Ides el de digestion plus facile, mais elles ont l'inconvénient d'être liés lourdes.
Nos rations devaient se composer d'environ 250 grammes de viande séchée, d'une égale portion d'aliments gras, d'une quantité supérieure de biscuit, et enfin de chocolat, de sucre, de peptones, de soupe aux légumes, etc. La ration journalière de chaque homme était de 1 kilogramme environ. Elle consistait en 200 grammes de matières albuminoïdès, 240 de matières grasses et 250 de farines et de sucre. Les expériences faites dans l'armée allemande montrent qu'un homme soumis à de dures fatigues a besoin par jour de :
Matières albuminoïdès 191 grammes.
Matières grasses 63 —
Farines et sucre 007 —
Comme 100 grammes de matières grasses ont une valeur nutritive égale à 250 grammes de farineux et de sucre, notre ration correspondait à :
Matières albuminoïdès 200 grammes.
Matières grasses 63 —
Farines et sucre 657 —
Par des froids aussi terribles que ceux que nous avons supportés, on a besoin d'une grande quantité de carbone; nos rations furent, par suite, à peine suffisantes. Elles l'auraient été cependant, si elles avaient contenu les diverses matières alimentaires dans la proportion indiquée pins haut. Par suite d'une erreur, les substances grasses nous manquèrent.
La maison Beaùvais, de Copenhague, chargée de me livrer noire provision de pemmican, m'avait informé qu'elle le préparait suivant la méthode américaine. Pensant que son pemmican était composé, comme les autres, de viande séchée mélangée de moitié ou d'un tiers de graisse, je commandai la quantité dont j'avais besoin sans demander aucune explication. Au dernier moment, lors de mon passage à Copenhague, j'appris que le pemmican en question ne contenait au contraire pas de graisse. C'était une nouvelle fort
désagréable. Nos approvisionnements comprenant du beurre et des pâtés de foie, je pensai <jue nous pourrions suppléer ainsi à celte disette. Ce fut une erreur, et pendant le voyage nous souffrîmes beaucoup du manque d'aliments gras.
Sur le conseil du commandant Hovgaard, j'emportai îles pâtés de foie de Beauvais. Dans des expéditions en traîneau, cet aliment n'est guère pratique : d'abord il u'est pas nourrissant comparativement à son poids; en second lieu, l'eau qu'il contient venant à geler, le tout forme bientôt une masse dure comme la pierre. En essayant de découper ces pâtés, nous cassâmes plusieurs couteaux; pour les partager, nous dûmes employer la hache.
Le chocolat à la viande de Rousseau a l'avantage d'être très nourrissant et d'avoir un goût agréable. J'en emportai 20 kilogrammes. Ce chocolat contient plus de 20 pour 100 de viande en poudre. Nous le mangions par petites portions pendant les marches et toujours il nous réconfortait. Comparé au pemmican, il est de digestion facile. Pour un aliment c'est tout à la fois un avantage et un inconvénient, car peu de temps après l'avoir absorbé on se sent de nouveau l'estomac vide. Certaines personnes digèrent difficilement le pemmican et ne se l'assimilent pas. Les expéditions arctiques doivent emporter des vivres de digestion facile : les aliments présentant cette condition nourrissent beaucoup plus que les autres relativement à leur poids.
Nous avions une provision de knxkkebrôd1, qui est, comme on le sait, une galette légère et qui ne présente pas l'inconvénient d'exciter la soif; nous primes aussi des biscuits à la viande {meal-biscuits\. et des soupes de légumes allemandes connues sous le nom à'Erbsenwurst, de la maison À. Schôrke et Cic, de Gôrlilz. Nous emportâmes également des soupes de haricots et de lentilles (Bohnenwurst, Linsenwurst). Outre les légumes, ces conserves contiennent du lard et du jambon. J'essayai également des soupes du même genre fabriquées par une maison de Londres; renfermant moins de lard, elles nous semblèrent moins bonnes.
Nos approvisionnements comprenaient 1 litre 1/2 d'essence de
1. Galette en orge qui remplace le pain en Suède. (Xotc du traducteur.)
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café. Chaque fois que nous en humes dans l'après-midi ou le soir, nous dormîmes très légèrement et même pas du tout la nuit suivante. Nous en hornâmes alors l'emploi au déjeuner. Celle fois encore, l'essai ne nous réussit guère. Après cela je renonçai à l'usage du café, au grand désespoir des Lapons1.
A mon avis, le thé est une boisson préférable au café. Une fois notre provision de chocolat épuisée, nous prîmes le malin du thé léger avec du lait condensé.
Je suis absolument opposé à l'emploi des excitants, tels que le thé, le café, le tabac et l'alcool. L'alimentation doit toujours être simple et naturelle, surtout lorsque l'homme est soumis à de dures fatigues dans un climat très froid. 11 faut ignorer la physiologie pour croire que les excitants ont une influence salutaire sur le corps et l'esprit. Si les stimulants n'exercent pas sur une personne d'effets pernicieux, ils causent toujours une excitation temporaire suivie aussitôt après d'une dépression physique. Les excitants, à part le chocolat, ne contiennent du reste aucune matière nutritive.
Il peut arriver, m'objeclera-t-on,qu'à un moment donné il devienne nécessaire de stimuler les forces de la caravane. Pareille éventualité ne se présente jamais pendant une expédition en traîneau, où tous les efforts doivent tendre à obtenir des hommes un travail réglé et soutenu.
Ces considérations paraîtraient peut-être superflues, si les dernières expéditions arctiques n'avaient pris de grandes provisions de tabac et de spiritueux. Lisez par exemple la liste des boissons alcooliques emportées dans la dernière expédition arctique allemande, à bord des navires Germania etHansa (voir l'introduction, pages il et 46). On ne saurait trop déplorer l'usage des spiritueux lorsqu'il conduit à des drames comme ceux qui ont signalé le voyage de Greely. Ainsi nous voyons le brave sergent Rice, à moitié morl de faim el de froid, avaler du rhum mélangé d'ammoniaque, dans
1. Les effets de cette essence de café sur nous tous, même suc les Lapons, étaient frappants. Ils seraient dus, d'après les renseignements que m'a donnés le professeur Torup, à la caféine, qui est un poison 1res violent. Vraisemblablement l'essence de café contiendrai! celte substance en beaucoup plus grande quantité que le café préparé suivant le mode habituel.
l'espoir de se soutenir, puis tomber clans les bras de son ami Frederick, qui, pour réchauffer son camarade, n'a pas craint de se dépouiller de tous ses vêtements par un froid terrible. Devant une pareille abnégation, l'émotion vous gagne; et dire que tout ce courage a été dépensé en pure perte! Inutile déparier ici des scènes qui marquèrent la fin de cette expédition. L'alcool affaiblit en abaissant la température du corps et en diminuant les facultés digestives; il fait en outre perdre l'énergie lorsqu'on est affamé et épuisé. Un explorateur expérimenté des régions arctiques, Jules Payer, affirme qu'une petite ration de rhum est nécessaire aux expéditions en traîneau, surtout par les basses températures. Mais c'est précisément par les temps froids que les spiritueux sont préjudiciables à la santé.
Beaucoup de personnes pensent que les boissons alcooliques peuvent rendre des services comme médicaments. C'est également une erreur; qu'on me cite un cas où leur emploi ait eu un résultat efficace! Tant qu'on ne m'aura pas fourni cette preuve, je serai d'avis de ne jamais emporter d'alcool dans les expéditions arctiques'.
L'usage du tabac en voyage est beaucoup moins préjudiciable que celui des boissons fortes; cependant, lui aussi exerce une influence fâcheuse sur l'organisme lorsque les hommes sont soumis à de dures fatigues et n'ont point une nourriture abondante. 11 détermine notamment des troubles digestifs et affaiblit le corps et l'esprit. Si l'on veut interdire complètement l'usage du tabac, aux membres de l'expédition, on ne doit pas oublier que la plupart des hommes ont une telle habitude de cet excitant qu'ils ne peuvent s'en passer. Par suite, pour ménager une transition, il est nécessaire de restreindre peu à peu l'emploi du tabac. Un chef d'expédition ne doit pas pour ce motif engager de fumeurs endurcis. Quatre de mes compagnons fumaient; seuls le vieux Ravna et moi n'avions point celte habitude. Notre provision de tabac était très petite, et pen-
1. M. Sophus Torup, professeur de physiologie, m'a signalé d'intéressantes expériences, failes sur les soldats anglais. Il s'agissait de parcourir une dislance dans le moins de temps possible. A quelques militaires on remit diverses quantités de cognac, à d'autres simplement de l'eau. Toujours les premiers arrivés furent ceux qui avaient absorbé la moindre quantité d'alcool.
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danl la traversée du Grônland j'autorisai seulement une pipe le dimanche et à la fin de chaque étape importante.
Outre les vivres donl je viens de donner la liste, nous emportions du beurre, du flétan séché qui était très gras el qui fui par suite pour nous un régal, une petite quantité de gruyère et du mysosl', deux boîtes de biscuits de mer, de la confiture d'airelles rouges (Vaccinium vilis idsea), des peptones et quelques boites de lait condensé.
La fabrique de conserves de Stavanger nous fit en outre cadeau de boîtes de conserves, dont nous appréciâmes le contenu pendant notre dérive sur la banquise et notre navigation le long de la côte orientale du Grônland. Grâce à ce supplément de vivres, nos approvisionnements durèrent deux mois et demi. A notre arrivée à Godthaab nous avions encore une certaine quantité de viande Séchée, qui servit pendant longtemps à la nourriture de plusieurs d'entre nous. Le jour de Noël nous mangeâmes même de cette viande qui avait fait le voyage de l'inlandsis.
Nous emportions en outre deux fusils avec des munitions. Chaque fusil avait, deux canons, l'un du calibre de 9 millimètres pour la balle, l'autre de 20 pour le plomb. J'avais choisi de petits calibres pour que les munitions ne fussent pas trop lourdes. Ces armes étaient excellentes pour tuer les phoques et les oiseaux. Pour l'ours, elles auraient été également suffisantes entre les mains d'un bon tireur. Ces fusils devaient servir à nous procurer des vivres sur la cèle orientale, notamment en cas d'hivernage. Dans ce but j'avais l'intention de laisser sur le littoral un fusil et un dépôt de munitions. Sur la côte occidentale, pour le cas où nous n'arriverions pas immédiatement à un établissement danois, ils devaient nous rendre les mêmes services. Avec un fusil et des cartouches, on a toujours chance, sur le bord de la mer, de se procurer des vivres.
Voici maintenant la liste des instruments que nous emportions :
1° Un excellent théodolite avec son trépied. Il ne pesait pas moins de 5 kilogr. 02. Les expéditions futures se serviront avec avantage d'instruments en aluminium, qui est, commeon le sait, un métal léger.