Isbergs
2. Une saga islandaise en fournit une preuve pour le détroit de Danemark. Un habitant de cette île, raconte-t-clle, gravit les montagnes pour reconnaître si la glace s'éloignait de la côte. La banquise s'étendait cette année-là jusqu'à l'Islande.
du xvie siècle seulement furent organisées les premières expéditions pour retrouver le Grônland. La côte est étant plus rapprochée d'Europe, ce fut de ce côté que les premières tentatives furent dirigées.
En 1579, l'Anglais James Allday1 fut mis à la tête de deux navires et chargé d'atteindre le Grônland2. Un journal, tenu à bord ilu bâtiment sur lequel Allday se trouvait, est le seul document que nous possédions de ce voyage3. Le 26 août à six heures du matin, sept jours après avoir quitté l'Islande, l'expédition arriva en vue île la côte orientale. Il est impossible de déterminer avec certitude le point où elle parvint. A mon avis, elle serait arrivée un peu au nord du cap Dan. Elle lit ensuite route au sud-ouest et, le 29, s'approcha à 2 milles de terre, mais là elle fut arrêtée par la glace.
S'étant éloignés de la côte, les navires d'Allday rencontrèrent du gros temps, et après avoir couru de grands dangers battirent en retraite sans avoir aperçu une seconde fois la côte.
Suivant toute vraisemblance, les renseignements donnés dans le journal du bord sont exacts. Cette expédition serait donc celle qui, jusqu'en 1885, aurait le plus approché de la côte orientale du Grônland. A la fin d'août, dans les parages du cap Dan, la banquise est en effet généralement peu compacte. Dans le courant de ce mois, notre expédition trouva la mer complètement libre dans cette région4.
Allday attribua l'insuccès de son entreprise à son départ tardif. L'année suivante, une nouvelle expédition fut organisée; elle n'eut aucun résultat, croit-on; en tout cas, il n'existe aucun document sur ce voyage.
1. Les documents norvégiens l'appellent encore Jacob A Max ou Aldag.
2. L'expédition d'Allday n'est peut-être pas la première qui ait été organisée pour retrouver le Grônland. D'après une proclamation de Frédéric II aux habitants du Grônland, en date du 12 avril 1568, un navire commandé par un certain Kristiern Aalborg devait partir celle année-là pour les anciennes colonies perdues; nous n'avons aucun renseignement sur cette expédition. Plus tard, Frédéric II a également entamé des négociations avec un Russe, Peder Nichetz, qui prétendait connaître la route du Grônland. (Il confondait probablement avec le Spitzberg ou la Nouvelle-Zemble.) Nous ignorons également le résultat de ces négociations.
3. Il est reproduit dans les Griinlands historiske Mindesmserker, Copenhague, 1845. vol. III, p. 641-647.
4. A peu près à la même époque (1576 à 1578), l'Anglais Martin Frobisher avait déjà accompli trois voyages pour découvrir le passage du nord-ouest. Au cours de ces explorations, il avait aperçu la côte sud-ouest du Grônland qu'il crut être le Friesland des Zeni, et qu'il appella la Nouvelle- Angleterre.
150 A TRAVERS LE GRONLANP.
En 1581, le Norvégien Mogens Heinessôn1 entreprit à ses frais un voyage pour retrouver les « colonies perdues ». Le roi de Danemark lui avait promis une récompense en cas de succès. Mogens Heinessôn prit la route suivie jadis par les Normands, et après avoir aperçu le « Hvidsàerk » parvint en vue de la côte orientale. Le récit de son voyage, contenu dans la Gvônlandske Chronica', fournit une nouvelle preuve qu'à cette époque la banquise était aussi dangereuse que maintenant. D'après ce document, Heinessôn, en partant d'Islande, fit route vers l'ouest, puis, après avoir doublé le Hvidsaerk , serait arrivé en vue de terre. C'est probablement l'auteur du récit qui a placé ce Hvidsasrk entre l'Islande et le Grônland, d'après l'opinion commune du temps. Il me semble peu plausible d'admettre que ce fut un isberg. Le navire de Heinessôn, ajoute ce document, aurait été arrêté dans sa marelie vers la côte par un aimant placé au fond de la mer. Le courant qui porte dans le sud-ouest aura probablement empêché le navire d'avancer vers le nord-est. Les marins qui ont essayé de remonter ce courant connaissent sa violence.
Les expéditions équipées par le Danemark en 1605 et commandées par l'Ecossais John Cunningham3, les Anglais James Hall et John Knight et le Danois Godske Lindenov, n'essayèrent point de débarquer sur la côte orientale. Celle de 1606, commandée par ce dernier marin, ne fit également aucune tentative pour y atterrir. A mon avis, Godske Lindenov n'a point atteint pendant son premier voyage la partie méridionale du littoral est, comme quelques auteurs le croient. Ces expéditions ont débarqué seulement sur la côte occidentale. Le résultat de ces explorations n'ayant point répondu à l'attente, on resta persuadé que les explorateurs n'avaient point découvert la riche Osterbyijil.
En 1602, pour retrouver les anciennes colonies Scandinaves, fut organisée une nouvelle expédition commandée par Carsten Richardsen
1. Moyens Heinessôn était à cette époque inscrit comme bourgeois à Bergen. 11 est né aux Ferô de parents norvégiens, et est regardé comme le second héros national par les habitants de ce pays, la première place appartenant à Sigmond Brestesôn.