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Lyschauder, Grônlandske Chronica, Copenhague, 1U

5. Antérieurement à ces expéditions, John Davis avait retrouvé la côte occidentale du Grônland (1585-1587), et l'avait longée jusqu'au 72' degré de latitude nord. C'est, croyonsnous, le premier Européen qui ait abordé sur cette terre depuis les Normands.

et l'Anglais James Hall. On était par avance si assuré du succès, que des Norvégiens et des Islandais furent embarqués à bord des navires pour servir d'interprètes avec les descendants des anciens colons. On ignorait alors la position de VOsterbygd, comme l'indiquent les instructions remises aux voyageurs par Christian IV. L'Eriksfjord, écrivait le roi, est situé sur la côte sud-est entre le GCT cl le 61e degré. Richardsen devait explorer cette région où se trouvait, croyait-on alors, VOsterbygd, et après cela remonter la côte orientale.

D'après la Grônlandske Chronica 'de Lysehander, Richardsen arriva en vue de la côte orientale, le S juin, par 59° de latitude nord. La banquise l'empêcha d'aborder. Il remonta ensuite vers le nord le long de terre, toujours d'après le récit de Lysehander, et essaya plusieurs fois de se frayer un passade a travers les glaces. Le 1er juillet, entre le 65e et le 64e degré, il lit une nouvelle tentative, mais sans plus de succès que les précédentes. Après cela, par suite du manque d'eau ou du mauvais temps, le navire se dirigea au sud et revint en juillet à Copenhague.

En 1652, 1653 et 1654, Ueurik Môller, haut fonctionnaire des douanes danoises, envoya trois expéditions au Grônland, sous la direction du Hollandais David Danell.

Au cours de son premier voyage, Danell essaya à diverses reprises d'atteindre la côte orientale1. Après avoir contourné l'Islande par le nord, il fit ensuite route vers le sud-ouest et arriva le 29 mai par 64° 19', à 50 milles, croyait-il, du R.e\kjames. Le 2 juin, il était en vue de la côte orientale, probablement dans les parages du cap Dan2; mais à 4 ou 7 milles de terre", les glaces l'arrêtèrent. Le

1 . Le seul document existant sur ce voyage est une relation adressée à Frédéric III et écrite par un certain Christian Lund d'après les journaux de Danell. Elle est conservée au département des manuscrits de la Bibliothèque royale de Copenhague. En 1787, John Krichsen imprima un extrait de ce récit. (Voir les Gronlands histor. Mindesmserker, III, p. 713-720.)

2. Je n'ai pu découvrir dans quel document le capitaine A. Mourier avait reconnu que Danell avait signalé un promontoire situé par 07° et un second par 05° 50'. (Voir l'article sur la croisière de l'Ingolf en 1879, publié dans le Geoyrajisk Tidsskrift, Copenhague, vol. IV, p. 51, 1880.)

3. Dans sa relation, Danell mentionne un groupe d'îles qui seraient situées à 5 ou 4 milles de la cote au sud du cap Dan, et auxquelles il avait donné les noms de Hvidsa lien (Selle blanche) et de Uaslelôst skib (le Navire démâté). C'étaient vraisemblablement de

9 juin, Danell voulut chercher un mouillage, vraisemblablement au sud du cap Dan; là également la banquise, large de 2 milles, l'empêcha d'approcher de terre. Un canot fut alors mis à l'eau et quelques matelots essayèrent de le traîner sur la glace jusqu'au rivage, mais cette tentative ne réussit pas. L'expédition se dirigea alors vers le sud; trouvant partout la côte barrée par la glace, elle doubla le cap Farvel et atteignit le littoral occidental.

Pendant le voyage de retour, à la fin de juillet, Danell fit une nouvelle tentative pour atteindre la côte orientale; cette fois, semblet-il, il faillit réussir. Le 25 juillet, il se serait trouvé à l'entrée d'un fjord complètement libre, et si la nuit n'était pas arrivée, il y aurait pénétré à toutes voiles. Plus au nord, vers le 63e degré de latitude, il aurait approché à 1 mille de terre.

Au xvne siècle, l'état des glaces était donc le même en juin et juillet qu'à l'époque actuelle.

L'année suivante (1655) en juin, Danell longea la côte orientale du Gronland jusqu'au cap Farvel; partout la glace l'empêcha d'atterrir. Le l'J juin, par 64° de latitude nord, il avait cru reconnaître dans un cap le Herjolfsines des anciens Scandinaves; à 5 ou 6 milles de ce point il fut arrêté par les glaces. Après cette navigation sans résultat, l'expédition se dirigea vers la côte occidentale.

Plus tard, au mois d'août, en revenant en Danemark, Danell fit, croit-on, une nouvelle tentative pour atteindre le littoral est. Sa

gros isbergs, très abondants dans ces parages. 11 arrive du reste à de plus expérimentés de commettre de pareilles erreurs. Des cinq îles aperçues par Danell le 6 juin, « cinq étaient entièrement couvertes de glace; une seule, très liante, ayant 1 mille (?) de tour, avait un aspect noirâtre i). Cette description s'applique très exactement à des isbergs. Le dernier était vraisemblablement couvert de débris moraiuiques, ce qui est assez fréquent dans ces parages. En 1882, je vis précisément sur la cote orientale une de ces montagnes de glace toute noire de pierres, et que tout d'abord je pensai être une île. (Voir le travail que j'ai publié sur ce sujet dans le Nyl Magazin for Nalurvidenskab. Krisliania, 1856.) En 1820, Graab prit probablement les sommets du cap Dan pour les îles de Danell qu'il crut avoir retrouvées. 11 est en effet peu plausible qu'un explorateur aussi expérimenté ait confondu des isbergs avec des terres. Le commandant llolm croit que l'île appelée par Danell Uvidsadle est un nunalak de l'inlandsis (piton rocheux isolé au milieu du glacier). (Meddeleher om Gronland, vol. IX, p. 201.) Après avoir aperçu ce rocher pendant notre dérive sur la banquise le long de la cote, je ne crois pas pouvoir partager l'opinion de. mon collègue danois. Cela me parait d'autant plus impossible que Danell affirme s'être approché à 5 milles de son île. Le pic en question ayant l'aspect d'une selle blanche, on peut lui conserver le nom donné par le commandant llolm.

IIISTOIUOIÏE DES EXPÉDITIONS. 159

relation ne le dit pas expressément, elle rapporte seulement que l'expédition revint, en Islande, la glace barrant toujours l'accès de la côte orientale.

En 16j4, Danell retourna au Grônland. Celle fois il semble avoir simplement longé la partie méridionale du pays en taisant route vers la côte ouest.

En 1670,un capitaine nommé Otto A xelsen fut envoyé par le roi de Danemark à la recherche du Grônland. Sur ce premier voyage nous îfavonsaueun renseignement. L'année suivante, Axelsen repartit, mais ne revint plus. Son navire fut probablement brisé par les glaces. Sans aucun motif plausible, Danell a va il place sur la côte orientale l'ancien Ilerjolfsnaes. Trompé par celte identification, Theodor Thbrlacius plaça de ce côté l'Osterbygd sur sa carte du Grônland (1068 ou 1007), et désormais pendant longtemps les érudits furent induits en erreur sur la véritable position de l'ancienne colonie normande. Les marins n'ayant pas trouvé de descendants des Scandinaves sur la côte occidendale, Thorlacius avait accepté avec d'autant plus de confiance le renseignement donné par Danell. Désormais les expéditions essayèrent d'atterrir sur la côte orientale pour rechercher YOstcrhjfjd.

En 1721, Hans Egede arriva au Grônland et y fonda plusieurs colonies. Notre compatriote avait entrepris ce voyage pour apporter les lumières du christianisme aux descendants des colons Scandinaves. N'en ayant pas trouvé sur la côte occidentale, il resta persuadé qu'ils habitaient la côte orientale.

La compagnie de Bergen qui avait envoyé Egede au Grônland lit explorer la côte orientale par un navire, l'Egte Sophia, commandé par le capitaine Hans Fœster ' . Du 00e au 00° 50', partout il trouva les approches de la terre barrées par les glaces. Le 12 mai, le navire arriva en vue de la côte, et pendant trois mois croisa le long de la banquise, approchant parfois à 1 mille de terre; nulle part il ne trouva une ouverture pour se glisser à travers les drilis.

L'exploration de la côte orientale parait avoir été ensuite abandonnée pendant longtemps. En 1780, à l'instigation de l'évêque

1. D'après un document on date du 29 aoùl 1 7*24-, reproduit dans les Meddelelser ont Grônland, Copenhague, 1889, vol. IX, p. 28-29.

1G0 A TRAVERS LE GRÔNLAND.

Paul Egede, fils do Hans Egede, deux navires commandés par le capitaine lieutenant Paul deLôwenôm furent expédiés pour rechercher YÔsterbygd.

Le 5 juillet, l'expédition aperçut une région montagneuse entre le 65e et le 66e degré de latitude nord. Toute la journée et le lendemain matin, la terre resta en vue. Lôwenôrn fut sans doute effrayé par la banquise, car après cette tentative il revint en Islande, où il mouilla quelque temps dans le Dyrafjord. Ce fut la seule fois qu'il parvint en vue de la côte orientale. Le 25 juillet, il reprit la mer; mais le lendemain, ayant rencontré des glaces au large de l'Islande, il ne persévéra pas dans sa tentative et retourna en Danemark avec le plus grand des deux bâtiments qui lui avaient été confiés. Ce navire, précédemment employé comme baleinier, était très solide; néanmoins Lôwenôrn approcha moins près de la côte orientale que ses prédécesseurs. Ce marin n'avait pas, il est vrai, l'habitude de la navigation au milieu des glaces. Apres le départ de Lôwenôrn, le second navire de l'expédition, le Jaht, Deit nye Prove, commandé par Christian Theslrup Egede (un des fils de l'évèque Paul Egede), fit route vers la côte est du Grônland. Egede avait choisi pour second le lieutenant en second C.-A. Rolhe.

Entreprenant et courageux, Egede s'occupa avec toute l'ardeur de la jeunesse de retrouver YOsterhyc/d et de réaliser le rêve de son père. Le 8 août, le jour même où Lôwenôrn partait pour le Danemark, il prenait la mer sur son jakt pour essayer d'atteindre la côte orientale du Grônland.

Arrivé le 16 en vue de terre, probablement au nord du cap Dan, il fut arrêté par la banquise, large en cet endroit de 28 milles. Quatre jours plus tard, au sud de ce point, devant un fjord large de 4 milles, vraisemblablement le Sermilikfjord, il approcha de la côte à une dizaine de milles.

Des tempêtes obligèrent ensuite Egede à revenir en Islande.

En 1787, Egede et Rothe ne firent pas moins de six tentatives1 pour atteindre la côte orientale du Grônland en partant d'Islande.

1. La première fut entreprise du 1" au 12 avril, la seconde Ju 8 au 18 mai, la troisième du 8 juin au 3 juillet, la quatrième eut lieu du SO juillet au 10 août, la cinquième du 2G au 51 août, et la sixième du 11 au 29 septembre.

Une seule luis ils réussirent ;'i arriver en vue de terre. Pendanl cetle campagne, ils avaienl à leur disposition deux navires. Le 17 et le 18 mai, en s'engageant dans une large baie de la banquise, ils réussirent à approchera 24 ou 28 milles de la côte, au nord ducap Dan'.

La dernière tentative eut lieu du 11 au 29 septembre. D'après les renseignements que nous possédons sur la marche des glaces au sud du cap Dan, il paraît extraordinaire qu'Egede n'ait pu débarquera cetle époque. Il se trouvait, il est vrai, au nord et à l'est de ce promontoire, de plus le temps était gros et brumeux.

En l8oo, le 28 et le 29 juillet, le lieutenant de vaisseau français Jules de Blosseville aperçut la côte orientale entre le 68e et le 69e degré, mais ne put y débarquer, toujours à cause des glaces. Il alla ensuite en Islande réparer des avaries, puis en repartit le 5 août pour le Gronland. Au cours de cette nouvelle tentative, le navire se perdit corps et biens2.

En 1859, le colonel américain Schaffner vint au Gronland avec le trois-mâls barque Wyman, reconnaître si un câble reliant l'Amérique à l'Europe pourrait y atterrir. Parlant de Julianehaab le 10 octobre, il doubla le cap Farvel et remonta la côte orientale jusqu'à la hauteur du fjord Lindenov (00° 25' de latitude nord). Nulle part il ne rencontra de glaces, comme cela arrive à cetle époque avancée de l'année, mais une tempête du nord-est l'empêcha de débarquer et l'obligea à prendre le large.

1. La relation d'Egede renferme une remarque intéressante sur la force du courant dans ces parages : « Les deux journées précédentes, le courant se mouvait dans la direction du nord; chaque fois, en effet, pendant ces deux jours, nous trouvâmes, en faisant le point, le navire à 7 milles 1/2 plus au nord que ne l'indiquait le livre de loch. Je crois que le golfe de la banquise, dans lequel je me suis engagé pour approcher de terre, a été formé par ce courant. » En 1 87'.', à pou prés au mémo endroit, ['Ingolf trouva une baie dans la banquise, et le 11 juin nous-mêmes en rencontrâmes une à peu près à la même place. En 1S82, j'eus l'occasion d'observer un régime des courants très curieux entre le 66" -40" et le 66° 50', c'est-à-dire bien au nord du point où se trouvait Egede. Bloqué le 25 juin, le navire sur lequel je me trouvais dériva le long de la côle jusqu'au il juillet, à l'ouest et un peu au nord, à raison de 2 milles par vingt-quatre heures, plus tard nous dérivâmes dans une direction méridionale. Le régime des courants le long de la cole orientale du Gronland me parait très variable.

2. M'occupant ici seulement de la partie méridionale de la cole orientale, je ne parlerai pas des expéditions qui ont exploré la région nord de ce littoral, telles que celles de Scoresby, Sabine et Clavering, etc.

Le 18 juillet 1860, Mac Clinlock arriva avec le Bulldog en vue du cap Walloë (60° 54' de latitude), ety fut arrêté par la banquise. Après cette tentative, il se dirigea vers la côte occidentale, puis vers l'Amérique. Revenant en Angleterre après avoir relâché à Julianehaab, il s'approcha une seconde fois de la côte orientale. Le 8 octobre, le Bulldog se trouvait dans le voisinage du détroit du Prince-Christian très près de terre (60° 2' de latitude nord); la glace était très clairsemée. Dans la nuit une violente tempête obligea le navire de gagner la pleine mer.

La même année, le 1 1 septembre, le colonel Schaffner revint sur la côte orientale, à bord du Fox, vapeur en bois, commandé par le célèbre explorateur polaire sir Allen Young. Il réussit seulement à approcher du cap Bille (62° de latitude nord). Cette expédition et celle du Bulldog avaient été entreprises pour s'assurer de la possibilité de faire atterrir un câble télégraphique au Grônland. D'après les renseignements que m'a donnés Allen Young, il aurait pu débarquer au cap Bille, néanmoins le navire en resta éloigné de plusieurs milles.

Le 12 septembre, par 61" 54' de latitude nord, la glace était compacte le long de terre.

Le lendemain, le navire fut arrêté par la banquise à trois quarts de mille de la côte près d'Omenarsuk. La couleur foncée du ciel audessus du fjord de Lindenov fit penser au capitaine Allen Young que la mer était libre dans cette direction et que l'atterrissement était par suite possible. Dans la soirée, une tempête obligea le Fox à prendre le large.

En 1865, deux vapeurs en fer, le Baron-Hambro et la Caroline, essayèrent d'atteindre cette côte. Ils avaient été armés par une maison anglaise qui avait obtenu du gouvernement danois le privilège de fonder un comptoir sur la côte orientale du Grônland. L'expédition, commandée par l'Anglais Taylor, partit de Hambourg le 21 août, pensant trouver la mer libre à cette époque tardive. Cet espoir fut déçu : partout l'accès de la côte était barré par des masses de glace impénétrables pour des navires en fer.

En 1865, Taylor revint dans ces parages avec l'Erik, un vapeur en bois construit pour la navigation dans les mers polaires. Par deux

l'ois il ne [ml réussir à Ira verser la banquise qui bloquait la côte sous le G5e degré de latitude nord.

Du (3 au 10 juillet 1879, le croiseur danois Ingolf, commandé par le commandant A. Mourier (second, lieutenant Wandel), longea la côte orientale du Gronland du 69e degré de latitude nord jusqu'aux approches du cap Dan. Le navire entra dans une ouverture de la banquise et s'approcha de la montagne Ingolf à une distance de 16 à 20 milles sans pouvoir atterrir.

A la suite de cette expédition, le commandant Mourier affirma qu'il était impossible d'aborder la cote orientale du Gronland par la pleine mer'. Quatre ans après, l'événement devait démentir ses prévisions.

Comme je l'ai déjà raconté, je me trouvais, en 1882, à bord du baleinier Viking devant la côte est du Gronland. Le 25 juin, le navire fut pris dans les glaces entre le 66e et le 67e degré et pendant plusieurs jours dériva vers terre. Le 7 juillet, par 66° 50' de latitude nord et 32° 55' de longitude ouest, nous nous trouvions à environ 24 milles de terre. Nous dérivâmes ensuite vers le sudouest jusqu'au 17 juillet, date à laquelle nous sortîmes de la glace2.

En 1885, Nordenskiôld fit, avec le vapeur en fer Sofia, deux tentatives pour atteindre la côte orientale. Le 12 juin, il arriva en vue du cap Dan ; arrêté par la banquise, il fit route vers le sud le long de la côte jusqu'au cap Farvel. Partout la banquise était compacte. Nordenskiôld entreprit ensuite sur l'inlandsis une exploration dont nous parlerons plus loin, puis au commencement de septembre il essaya de nouveau d'aborder sur la côte orientale.

Le ("septembre, au sud du 62e degré de latitude nord, la Sofia rencontra un large «champ » de drifis (il s'étendait à 25 ou 30 milles en mer) devant le glacier de Puisorlok. Au sud de cette masse de glaces « la mer paraissait libre dans la direction de terre" ». Près de la côte, la route fut barrée par une banquise large seulement de G milles. Le navire aurait pu traverser ces glaces sans trop de ilifli-

1. A. Mourier, Orloggsskonnerten Ingolfs Ekspeditioni Danemark» strœdet, 1, 187','. Geografisk Tidssknft, vol. IV, 59, Copenhague, 1880.

2. Voir Lancjs Grônlands Ostkyst. Geografisk Tidssknft, vol. VII, p. 76-70, Copenhague, 1884.

5. A.-E. Nordenskiôld, la Deuxième Expédition suédoise au Gronland. Traduil par Rabot, p. 571. Hachette.

culte, mais M. Nordenskiôld ne voulut pas l'exposer aux dangers qu'entraîne toujours pareille entreprise, celte partie du littoral n'étant pas habitée.

En 1888, les glaces présentaient un peu au sud de Puisortok sensiblement la même disposition que lors de la croisière de la Sofia. Nous rencontrâmes en effet un « champ » s'avançant au large et un banc de drifis le long de la côte. Dans cette région les courants me paraissent avoir, tout au moins de temps à autre, un régime irrégulier.

Au nord du 62e degré, ayant aperçu une profonde échancrure qui paraissait s'étendre jusqu'à la côte, Nordenskiôld lit route vers terre; cette fois encore, une mince bande de glaces l'empêcha de débarquer. Désirant atterrir sur un point du littoral situé plus au nord, il n'essaya pas de se frayer un passage à travers ces drifis, « opération qui, suivant toute probabilité, n'aurait présenté aucune difficulté sérieuse ».

Le 4 septembre enfin, le vaillant explorateur réussit à traverser un banc de glaçons assez clairsemés immédiatement à l'ouest du cap Dan, et fit entrer la Sofa dans une baie qu'il appela port du Roi Oscar. Ce jour-là et le lendemain matin, les membres de l'expédition s'occupèrent à terre de diverses recherches scientifiques. Ils trouvèrent de nombreuses traces fraîches du passage d'indigènes, mais n'en aperçurent aucun, ce qui est assez curieux, cette région étant habitée par plusieurs clans d'Eskimos. L'arrivée de l'expédition échappa à l'attention des naturels. Le seul vestige laissé par les savants suédois était une bouteille vide de bière, provenant de la brasserie de Carlsberg, que les Eskimos trouvèrent et qu'ils remirent l'année suivante au commandant llolm comme un objet surnaturel.

Le o septembre, la Sofia reprit la mer pour tenter d'atteindre une seconde fois la côte au nord du cap Dan. Cette tentative ayant échoué et la provision de charbon étant très entamée, l'expédition battit en retraite1.

En 1881, l'état des glaces ayant été particulièrement favorable dans le détroit du Danemark, plusieurs baleiniers norvégiens

1. On raconte en Islande qu'en 1756 plusieurs liateaux pêcheurs mouillèrent sur la côle orientale du Grônlaml, au nord-ouest du Vestfirdir (Island). Ce renseignement ne mérite peut-être pas une très grande confiance. (Voir Geografisk Tiddêkrift. Copenhague, vol. Vil, p. 117 et 176.)

HISTORIQUE DES EXPÉDITIONS. li;;,

purent approcher à petite distance de la côte, au commencement, de juillet, sous le 67e degré de latitude nord. L'un d'eux, le capitaine A. Krefting, captura des phoques à capuchon tout près de terre, et aurait pu atterrir si cela avait été utile.

La côte orientale du Grônland a été le théâtre de luttes désespérées contre les éléments, dont je dois rapporter ici les principaux incidents.

L'année 1777 est une année de deuil dans les annales des expéditions arclicpies; elle a été marquée par une des plus terribles catastrophes survenues dans les régions polaires. Celte année-là, les glaces étaient particulièrement compactes le long de la côte orientale du Grônland. Du 24 au 28 juillet, vingt-sept ou vingt-huit baleiniers appartenant à diverses nationalités1 furent bloqués dans la banquise entre le 74e et le 75e degré3. En août, une partie de ces navires parvinrent à se dégager, mais douze3 restèrent emprisonnés. Dérivant avec la banquise vers le sud, ils furent les uns après les autres broyés par les glaces. Le 19 et le 20 août, six bâtiments furent brisés à peu près au même endroit entre le 67° 50' et le (38e, a une distance de 12 à 14 milles de terre. A la lin de septembre, les navires encore intacts se trouvaient entre le G5e et le 64e degré. Le 11 octobre, à 5 ou 6 milles de terre, par 61° 30' environ, c'est-à-dire près d'Anoritok, où nous-mêmes avons débarqué, le dernier navire fut coulé. Depuis le commencement de juin, les naufragés avaient dérivé pendant cent sept jours, sur une dislance d'environ 1080 milles marins. La vitesse de la dérive avait été, en moyenne, d'environ 10 milles par jour, el pendant les dernières semaines beaucoup plus rapide qu'au début du blocus. Durant cctle période elle avait atteint 18 milles.

Des naufragés, les uns se réfugièrent sur ceux des navires qui

1. Cette flottille comprenait, croit-on, 9 hambourgeois, 8 anglais, 7 hollandais, -2 suédois, 1 danois et 1 brémois.

2. Souvent, dans ces parages, des navires ont été bloqués par des glaces, mais jamais il n'est arrivé une aussi terrible catastrophe que celle de 1777. Ainsi, en 1769, au commencement de juillet, quatre bâtiments furent pris dans la banquise par le 76° degré de latitude nord et dérivèrent jusqu'au milieu de novembre. A cette époque ils se trouvaient par 69° de latitude. Deux réussirent à se dégager; sur le sort des deux autres, on ne fait rien.

5. Six hollandais et six hambourgeois, croit-ou. Les équipages étaient composés en majorité de Danois de la côte du Jutland, du Slesvig et du Holstein.

n'étaient pas encore brisés, les autres campèrent sur la banquise'. Parmi ces malheureux la détresse était grande; beaucoup mouraient de privations, d'autres de froid, d'autres enfin se noyaient. Une petite quantité de provisions ayant été seulement sauvée, tous souffraient de la faim. Sur le dernier navire échappé au désastre on ne comptait pas moins de deux cent quatre-vingt-six hommes." Les vivres manquaient pour ainsi dire; à la fin, la ration journalière de chaque homme se composai! de H) cuillerées de bouillie de farine ou de légumes.

Au commencement d'octobre, douze hommes essayèrent de gagner terre en traversant la banquise (G."0 de latitude nord). Arrivés à une île, ils ne purent traverser le chenal qui les séparait de la côte ei battirent en retraite vers le navire. C'est la première fois, dans les temps modernes, qu'on avait pu atteindre un point de la côte orientale du Grônland par la pleine mer". Après le naufrage du dernier navire, les équipages s'établirent pendant plusieurs jours sur la banquise. Pensant, avec juste raison, que si une troupe aussi nombreuse arrivait dans les établissements danois ou chez des Eskimos, il serait impossible de la nourrir, ils se divisèrent en plusieurs caravanes. Une se dirigea vers le nord; une autre, la plu- nombreuse, voulut atteindre la côte occidentale en traversant l'extrémité méridionale du Grônland. Ces deux caravanes périrent entièrement. Un troisième groupe, composé d'environ cinquante hommes, longea la côte vers le sud, et rencontra des Eskimos au nord du cap Farvel, probablement à Alluk. Les indigènes accueillirent cordialement les naufragés, leur donnèrent des vivres et leurs OUtniaks pour continuer le voyage. Cette troupe arriva finalement aux établissements danois du littoral ouest. Un quatrième groupe, également de cinquante bommes, dériva sur la banquise et doubla le cap Farvel. Après de dures privations qui réduisirent son effectif, les uns réussirent à atteindre Frederikshaab, les autres Codtbaab. Plusieurs escouade* qui n'avaient pas pris place sur le navire

1. Deux navires réussirent plus tard à sortir de la banquise.

2. i!i hommes, appartenant à une troupe de 160 hommes établis dès le 50 septembre sur la banquise, essayèrent, dit-on, d'atteindre la cote sur le 63° degré de latitude nord. Celte tentative n'eut, croit-on, aucun succès.

resté le dernier intact se laissèrent dériver sur la banquise jusqu'au cap Farvel et, en octobre et novembre, arrivèrent aux établissements danois. Une troupe de six matelots, montés dans deux embarcations, atterrit au nord de Godthaab. Au moment du naufrage de leur navire, ces six hommes avaient sauvé deux canots et une grande quantité de vivres. Au lieu d'aller, comme leurs camarades, chercher un refuge sur un autre bâtiment, ils étaient restés sur la banquise. Ils prirent ensuite la mer, doublèrent le cap Farvel, remontèrent la côte occidentale, et finalement atterrirent sur un petit îlot au nord de Godthaab. Ne sachant où ils se trouvaient, les naufragés résolurent d'hiverner sur ce récif. A l'aide de rames et de voiles ils établirent un abri, et vécurent là des provisions sauvées du naufrage. Les malheureux eurent à souffrir du froid et du manque d'eau: lorsque la mer était grosse, les vagues balayaient leur récif et menaçaient de les emporter. A la lin de mars, des Grônlandais découvrirent la retraite des naufragés et les conduisirent à Godthaab. Ces six hommes avaient parcouru une dislance de 682 milles marins, soit sur la banquise, soit en canot.

Dans celle catastrophe de 1777, trois cent vingt hommes environ périrent, cent cinquante-cinq seulement atteignirent les établissements danois, d'où ils revinrent l'année suivante en Europe. Inutile d'ajouter qu'ils furent admirablement accueillis, aussi bien par les Eskimos que par les Danois1.

Pendant l'hiver 1809-1870, un événement non moins dramatique se passa sur la banquise de la côte orientale. Nous voulons parler du voyage de la Ilansa, un des navires qui transportaient la deuxième expédition polaire allemande à la côte est du Grônland.

La Germania réussit, comme on le sait, à se frayer un chemin à travers les glaces vers la côte. Pendant ce temps, la Huma, comman-

I. Jules Payer, dans la relation très inexacte qu'il a publiée de cette catastrophe (Die Osterreichisch-ungarische Nordpol-Expedition in tien Jahren 1872-1874, Vienne, 1876, p. 481), affirme que les survivants, dont il fixe bien à tort le nombre à douze, auraient été fort mal traités dans les colonies danoises et pendant leur voyage de retour en Europe. Le capitaine C. Normann, dans un article publié sur ce naufrage dans le Geographisk Tiddskrift, vol. II, p. 49-63, Copenhague, 1878), a rétabli la vérité, et il faut espérer qu'elle ne sera plus contestée. Son travail, auquel nous avons fait plusieurs emprunts, contient de nombreux extraits des récits publiés jadis sur ce dramatique événement.

dée par le capitaine Hegemann, était bloquée dans la banquise le 6 septembre, par 74° 6' de latitude nord et 16° 50' de longitude ouest1, à environ 58 milles de terre. Le navire dériva ensuite vers le sud le long du littoral, à une petite distance de la côte. Le 19 octobre, il fut brisé par les glaces et coula par 70° 50' latitude nord et 20° 50' longitude ouest, à quelques milles de la côte de Liverpool. L'équipage, ayant réussi à sauver des vivres, bâtit sur la glace une butte, à l'aide de l'approvisionnement de charbon. Il passa dans cet abri la première partie de l'hiver, tout en dérivant vers le sud. Pendant une tempête, le 15 janvier (66° de latitude nord), le radeau de glace ayant été fendu précisément sur l'emplacement de la hutte, les naufragés se réfugièrent dans les canots. Plus tard ils construisirent un second abri sur un autre glaçon. Leur dérive continua vers le sud, jusqu'au 7 mai, date à laquelle l'expédition se trouvait par 61° nord, à quelques milles de la côte, non loin d'Anorilok. Abandonnant alors leur glaçon, les naufragés se mirent dans les embarcations, et le 4 juin réussirent à débarquer sur l'île Iluilek, située par 60° 55' de latitude nord environ. Continuant ensuite leur route vers le sud, ils arrivèrent le 15 juin à la mission des Frères Moraves de Friedrichsthal, à l'ouest du cap Farvel.

Des premiers jours de septembre, date à laquelle la Hansa fut bloquée dans les glaces, jusqu'au moment où l'équipage abandonna la banquise2, le 7 mai 1870, la dérive fut d'environ 1080 milles marins. La banquise parcourut ces 1 080 milles en deux cent quarante-six jours; sa vitesse de déplacement a donc été de 4,4 milles par vingt-quatre heures, vitesse inférieure de plus de moitié à celle observée en 1777. Peut-être le courant est-il moins violent en hiver et dans le voisinage de la côte. En novembre fut notée la vitesse

1. Le navire fut ainsi pris dans les glaces à peu près au même point où l'avaient été les baleiniers en 1777.

2. L'expédition de la Hansa abandonna son radeau de glace à peu près dans les mêmes circonstances que nous, le 29 juillet 1888. Le 6 mai, les naufragés ne soupçonnaient guè.e qu'ils pourraient bientôt quitter leurs glaçons; le. lendemain, quel ne fut pas leur étonueinent de trouver des nappes d'eau libre s'eiendant jusqu'à la côte, et en même temps de reconnaître qu'ils avaient dérivé de 8 milles dans la direction du nord depuis la veille. Également sous cette latitude le courant paraît avoir un régime irrégulier. La nuit qui précéda le jour où nous abandonnâmes notre glaçon pour nous diriger vers terre, le mouvement de dérive vers le sud fut très faible.

moyenne de dérive la plus élevée, 7,8 milles marins. Le glaçon de la Hansa se trouvait alors au nord de l'Islande.

Le glaçon de la banquise, sur lequel nous dérivâmes pendant onze jours, se mouvait en moyenne à raison de '2i milles par vingt-quatre heures; le plus souvent nous observâmes une vitesse de 28 milles. Vraisemblablement le courant est plus fort en été et sur la lisière de la banquise. Le long de la partie méridionale de la côte, la dérive des naufragés de 1777 fut beaucoup plus rapide au sud qu'au nord; au sud du 64e degré de latitude nord, elle atteignit 18 milles marins par vingt-quatre heures1.

Sous le 61e et le 62e degré de latitude nord, la direction et la vitesse du courant paraissent très irrégulières, probablement sous l'influence d'un courant dirigé vers le nord. Ce courant, agissant sur la banquise, pousse la glace vers le large. Au nord du cap Dan, le courant parait également irrégulier.

Tous les renseignements hydrographiques que nous possédons sur la côte orientale du Gronland prouvent qu'au sud du 69e degré de latitude nord le courant polaire subit des variations périodiques, qui sont probablement la résultante de variations éprouvées par le courant portant vers le nord.

Les expéditions dont nous venons de présenter un résumé n'ont pas contribué à nous faire connaître la côte orientale du Gronland. Les renseignements que nous possédons sur ce littoral, principalement sur sa partie méridionale, nous les devons à quelques explorateurs dont nous allons maintenant rappeler les voyages. Leurs travaux, surtout ceux de l'expédition danoise dirigée par le commandant Holm, ont rendu possible notre succès. C'est donc pour nous un devoir de les mentionner ici. Les voyages de Danell ayant, croyait-on, prouvé l'impossibilité d'atteindre la côte orientale par la pleine mer, on songea tout naturellement à partir de la côte ouest et à

\. Un peu au nord du cap Dan la vitesse du courant est inférieure à celle observée près de ce promontoire et [dus au sud. Les baleiniers norvégiens qui fréquentent le détroit de Danemark savent tous que le courant devient de plus en plus rapide à mesure qu'ils approchent du Dan Plusieurs de ces bâtiments ont été bloqués pendant un temps plus ou moins long dans la banquise, mais la dérive n'a jamais été, que je sache, très considérable.

170 A TRAVERS LL" GRÔNLAND.

avancer vers l'est en longeant la côle. Pareil plan de voyage fut exposé dès 1664 par P. -H. Resen ', et en 170." par Arngrim Vidalin.

Hans Egede, l'apôtre du Grônland, supposant, comme nous l'avons raconté plus haut, que VO&terbygd avait dû être située sur la côte orientale, entreprit en 1725 un voyage pour atteindre cette partie du littoral. Arrivé le 26 août à Nanorlalik, près du cap Farvel, il rebroussa chemin, faute de provisions suffisantes. Le meilleur moyen pour atteindre YOsterbygd était à son avis de longer la cote dans des embarcations grunlandaises.

En 1755 Mathias Jochimsen partit de Godthaab pour mettre ce plan à exécution; par 61° de latitude nord, il fut arrête par les glaces.

Plus heureux fut le brave Peder Olsen Wallôe. En août 1751, il quitta Godthaab dans un oumiak1 monté par quatre Eskimos et deux Européens. Cette année-là, il atteignit seulement la région où se trouve aujourd'hui Julianehaab, y fit des recherches el y hiverna. L'année suivante, il doubla le cap Farvel, remonta la côte orientale jusqu'à une île qu'il appelle « Aenese ■», située par 60° 56' (?) de latitude nord, puis là battit en retraite. Wallôe est le premier Européen qui ait atteint la partie méridionale de la côte est. Ce brave voyageur ne fut guère récompensé de son succès : revenu en Danemark, il vécut misérablement et mourut en 1795 à l'hôpital Vartov, à Copenhague, à l'âge de soixante-dix-sept ans.

A la fin du xvme siècle, Eggers prouva que YOsterbygd était situé sur la côte sud-ouest et qu'on avait été jusque-là trompé sur sa véritable position par une interprétation erronée des anciens documents.

En 1 829-1 850, le capitaine de la marine royale danoise W.-À. Graah accomplit son célèbre voyage en oumiak, le long de la côte orientale du Grônland5. Le 1er avril, il atteint ce littoral et le 20 juin, par 61° 49', prend le parti de se séparer de ses compagnons européens et de poursuivre seul le voyage dans un oumiak monté par six Eskimos. Sept jours après, par 65" 57', les Grônlandais l'abandonnent, sauf trois jeunes filles qu'il décide à venir avec lui comme rameuses. Le 25 juillet, Graah campe sur une île qu'il appelle Yendom (Retour),

1. Meddelelser om Grônland, Copenhague, 1S81), vol. IX, p. 26.

2. Grand canot indigène en peau de phoque. (JSote du traducteur.)

5. AV. -A. Graah, Undersôgelses-Reise til Ostkysten af Grônland, Copenhague, 1852.

située par 65° 15' de latitude nord, et le 18 août bâtit un eairn sur l'île du Dannebrog (05° 19'), le point le plus septentrional qu'il ait atteint; au delà, la glace lui bai rail la route, l'allant ensuite en retraite, il hiverne dans une localité appelée par lui Nukarbik el qui actuellement porte le nom d'Imarsivik (05° 22'). Pendant toul l'hiver Graah fut malade et souffrit de cruelles privations; il n'en perdit pas pour cela courage, et le 5 avril se remit en roule pour essayer de pousser au delà du point atteint par lui l'été précédent vers le nord. Le 25 juillet, il dut battre en retraite sans avoir même pu arriver à File du Dannebrog. Le 16 octobre, l'expédition rallia Frederikshaab, sur la côte occidentale.

Celte exploration particulièrement remarquable rapportait des documents précis sur la côte est du Grônland jusqu'au 05e degré de latitude. Nulle part Graah n'avait rencontré de ruines nordiques; il semblait donc prouvé que \'Ôsterbygd n'était pas situé sur le littoral oriental. Le seul objet européen trouvé par Graah est un canon découvert à Koremiut, dans l'Uarketfjord (61° 17'), provenant probablement de quelque navire pris dans la banquise et échoué ensuite sur la côte.

En 1881 eut lieu la troisième expédition dirigée vers la côte orientale du Grônland. Elle fut entreprise par le missionnaire morave Drodbeck. A Narsak, sur la rive nord du fjord Lindenov ou Kangerdlugsualsiak (60° 50'), Drodbeck découvrit une ruine nordique, la seule connue sur cette côte. Dès le commencement du siècle elle avait du reste été signalée par Giesecke, d'après le témoignage des Eskimos.

La dernière exploration entreprise sur cette côte est celle du commandant Holm, de la marine royale danoise. Elle n'a pas duré moins de trois ans, de 1885 à 1885. Les collaborateurs de Holm étaient : le lieutenant de vaisseau V.-Tli. (larde, commandant en second; M. Peter Eberlin, botaniste et géologue; le Norvégien H. Knutsen, géologue; deux Grônlandais, les frères Petersen, engagés comme interprètes.

Le premier été, l'expédition, montée sur quatre oumiaks et dix kayaks', atteignit Iluilek, sur la côte orientale (00° 52'), où elle

1. Longue périssoire en peau dans laquelle un seul homme peut prendre place, et sur laquelle les Eskimos chassent el pèchent. [Note du traducteur.)

172 A TIUVERS LE GROMLAND.

établit un dépôt de vivres. Le 10 août, elle rebroussa chemin pour aller hiverner à Nanortalik, son quartier général.

L'année suivante, Holm se remit en roule. Il avait avec lui quatre oumiaks et sept kayaks, montés par trente et un indigènes. Le 18 juillet, à Karra Akungnak, il renvoya une partie des équipages grônlandais et le 28 arriva à Tingmiarmiul. Là, le lieutenant Garde repartit à Nanortalik pour compléter les observations faites en chemin, pendant que le commandant Holm, avec Knutsen, l'interprète Johann Petersen, poursuivait sa roule vers le nord.

Le 25 août, cette expédition parvint à l'île du Dannebrog, le point le plus septentrional atteint par Graah, et le 1er septembre à Angmagsalik, près du cap Dan, où était établie une population relativement nombreuse (400 habitants).

Le commandant Holm hiverna sur ce point, et le 9 juin suivant battit en retraite vers le sud. Le 16 juillet, il rencontra à Umanak le lieutenant Garde venu au-devant de lui, et le 18 août l'expédition entière rentra à Nanortalik, d'où elle revint en Danemark.

Les résultats scientifiques de celte exploration ont été considérables. Ces voyageurs ont étudié avec le plus grand soin la côte orientale du Grônland jusqu'au 60e degré de latitude nord, recueilli de précieux renseignements sur la population éparse dans cette région et exécuté des cartes exactes qui nous ont permis de nous diriger pendant notre navigation le long de cette côte.

ENFANTS ESKIHOS

LILE kUTDLEK HT LE CAP TORDENSKJOLD VUS DE KEKEKTARSUAK. (U AI'UI S l\\l; ESylTSSE DE I. AUTEUR.

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