‹ A travers le GrönlandChapitre 84 sur 100 · DESSIN" D'A. BI.OCH · texte numérisé non relu

DESSIN" D'A. BI.OCH

D\\rRÈS l M. NIOTOGRAPIIIE.)

de véritables rivières, recouvertes d'une épaisse couche de neige; leurs vallées tracent en quelque sorte des chemins entre deux hautes murailles de glace. Une fois, en suivant un de ces cours d'eau, nous arrivons à un défilé tout juste assez large pour permettre notre passade. Au tond du ravin coule un mince filet d'eau qui nous monte à la cheville; dans l'après-midi, celle zone est enfin traversée : désormais chacun de nous peut haler sans aide son traîneau. Plus loin le glacier devient 1res uni ; malheureusement le vent contrarie toujours notre marche. Après un assez long trajet, nous rencontrons une moraine située à l'est de la terre ferme. Elle doit se trouver,

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pensai-je, au point de jonction de deux courants de glace, el je prends le parti de passer au nord de celle moraine. La tente esl alors dressée, Balto va chercher de l'eau pour faire le calé. Pendant ce temps, deux d'entre nous partent à la découverte pour chercher le point où nous devrons atterrir. A peu de distance du campemenl nous reconnaissons de suite que la descente doit s'effectuer de ce côté. Nous croyons nous trouver sur la partie méridionale du glacier qui descend dans le fjord de Godthaah. Nous retournons au cam-

SVERDIIDÏ KEELEUIISSAM U\ VICISSITUDES DE l..\ vil; lllMUM:. LE 83 SEPTEMBRE. (DESSIN DE NASSES, d'aPRÈS USE PIIOTOGRAPJIIE.

pement avec celle bonne nouvelle. Le café est rapidement avalé et nous poursuivons notre roule, avec l'espoir de fouler bientôt la terre. A noire grand regret, nous ne pourrons atterrir ce soir. L'obscurité nous oblige à nous arrêter; néanmoins nous sommes satisfaits : nous avons approché de l'extrémité inférieure du glacier beaucoup plus que nous ne l'espérions en parlant.

Le lendemain le camp esl levé de grand matin. Coûte que coûte, nous voulons atteindre aujourd'hui l'extrémité du glacier. Au début, nous avançons rapidement : la glace est unie, l'inclinaison de la pente accélère notre marche, eu même temps le vent nous

A TRAVERS LE GRONLAJND.

pousse. Un peu plus loin, le glacier présentant de nouveau une surface accidentée, je pars en reconnaissance. A peu de distance du point où j'ai laissé mes compagnons, j'arrive au sommet d'une pente. Le placier descend directement dans un petit lac dont les eaux alimentent un torrent serpentant au milieu des montagnes. A droite l'inlandsis s'abaisse également par une pente parsemée de pierres sur une moraine frontale. La descente doit être facile sur cette glace unie. Bientôt mes camarades arrivent et à leur grande

J ARRIVAI BIENTOT AT SOMMET DUNE PENTE DE CI.ACE. (lIESSIX U A. BLOCil, D APRES OSE PHOTOGRAPHIE.;

joie ils aperçoivent la terre ferme tout près de nous. En avant donc pour la descente! nous filons rapidement et bientôt nous voici sur le bord du lac. La traversée de l'inlandsis du Gronland est terminée!

Nous passons le lac pour atteindre l'autre rive. La couche de glace qui le recouvre est mince; en marchant avec précaution, aucun incident ne nous arrive. Enfin, nous touchons terre. Quel plaisir indescriptible de sentir sous ses pieds le sol, de voir des pierres, des mousses, du gazon.

Derrière nous s'étend la masse froide de l'inlandsis, devant nous ce ne sont (pie collines qui se suivent les unes derrière les autres

DESCENTE VERS L'AMERÀLIKFJORD.

comme les vagues de la nier. Voilà le chemin que nous devons prendre pour atteindre le fjord.

Ravna lui-même est tout joyeux. Le pauvre bonhomme! depuis longtemps il avait perdu l'espoir de se retrouver jamais sur la terre ferme. La première chose qu'il l'ait avec son camarade Balto, une fois qu'il a quitté la brassière du traîneau, c'est d'aller se promener sur les montagnes, comme le jour où nous avions débarqué sur la côte orientale.

Maintenant il est temps de songer au dîner. La joie d'avoir réalisé

DERRIERE NOUS L IXLAXDSIS DESCENDAIT DANS Lt: LAC. ;D APRES DSE rilOTOGRAPHIt\)

notre entreprise ne peut calmer notre appétit : au contraire la satisfaction que nous éprouvons tous nous fera trouver un plaisir à nous restaurer.

Une Ibis le repas fini, on s'occupe de préparer les charges que chacun de nous doit descendre jusqu'au fjord. Nous voulons emporter la plus grande quantité possible des choses les plus nécessaires.

Afin d'avoir immédiatement des matériaux pour la construction du bateau, nous prenons quelques-uns de nos bâtons en bambou. Les autres, on viendra les chercher pendant queSverdrup travaillera à l'embarcation. Les bagages dont nous ne pouvons nous charger

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sont entassés sur les traîneaux el recouverts de prélarts. Après cola, en marche pour le bas de la vallée!

Au moment du départ, dous pouvons nous rendre compte de toute la force que Ravna a dans son petit corps. Pendant la traversée de l'inlandsis, son traîneau avait toujours été le pins léger de tous, et néanmoins il se plaignait toujours. Cela était trop pesant à tirer pour un vieillard comme lui. exclamait-il sans cesse, et il nous obligeait à de fréquentes haltes pour l'attendre. Aussi quel ne fut pas mon étonnement, au moment du départ, lorsque je vis Ravna prendre, outre la charge qui lui incombait, le sac renfermant ses effets! J'essayai de le dissuader d'emporter tout ce bagage; comme d'habitude il n'écoula aucune représentation : à aucun prix il ne voulait se séparer du sac renfermant son Ancien Testament. Celte lourde charge ne parut pas le gêner autrement, et pendant toute la durée de l'étape il marcha aussi vile que les autres. Il pensait sans doute qu'il était désormais inutile de ménager ses forces, et voulait nous montrer ce dont il était capable. Balto disait donc vrai lorsque à chaque instant il s'écriait en parlant de son camarade : « Ravna, ah! c'est un solide gars ».

En certains endroits le terrain présente une pente liés accusée, des monceaux de pierres éboulées el des marais. Avec les lourdes charges que nous avons sur le dos. la marche n'est naturellement pas 1res rapide. < Quel agréable parfum répand ici la terre, s'écrie Ravna à plusieurs reprises : cela sent comme sur les pâturages à rennes du Finmark. » Ravna a raison, les plantes et les mousses répandent dans l'air une douce senteur.

Dans la soirée nous arrivons à un lac très long, que nous avons appelé précisément, à cause de sa forme, le lac Long. Dans cette nappe d'eau débouche un glacier venant de l'ouest, probablement un bras de l'inlandsis qui contourne les montagnes situées derrière nous.

Nous traversons le lac sur la glace; à plusieurs reprises celle-ci fléchil sous nos pas : il est prudent de se rabattre du côté de terre. Le soir nous installons le campement sur la rive orientale du lac. Pour la première fois depuis le commencement du voyage nous dormons sur une couche d'arbrisseaux et d'herbes. Avec quel plaisir nous nous y étendons en respiranl l'air embaumé par les

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effluves d'une piaule dont l'odeur rappelle celle des bois de conifères !

Pendant le souper je prie Ravna de faire un grand feu devant la tenle. Nous avions réuni une provision de combustible et il me semblait que ce sérail une joie de voir flamber un beau brasier. Ravna n'es! pas rependanl de cet avis, et de suite présente des objections. Ces broussailles, n'en aurons-nous pas besoin demain matin pour faire le déjeuner? « N'en existe-t-il pas d'autres tout

DANS LA SOIRÉE SOLS ARRIVONS AU LA.NGVAND. (u'.U'lU.S L'Nt PHOTOGRAPHIE.)

près de ta tente? lui répondis-je. — Soit, réplique Ravna, mais je n'ai pas d'écorce de bouleau pour allumer le feu. — Tu n'en auras pas davantage demain, lui dis-je à mon tour ; allume donc maintenant ces broussailles. » Ravna se décide enfin, et bientôt un brasier flambe joyeusement, éclairant notre groupe en train de manger au fond de la tente. C'est pour nous une chose tout à fait extraordinaire d'avoir une lumière aussi vive au moment du souper, alors que tant de fois auparavant nous avons dû manger dans l'obscurité la plus complète.

Ravna esl resté dehors accroupi devant le brasier; il est inutile

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qu'il suit là et je le rappelle dans la tente : maintenant le bonhomme ne veut plus quitter sa place.

Après le souper les fumeurs bourrent leurs pipes de mousses ou d'herbes sèches et dégustent ce tabac d'un nouveau genre autour du feu de bivouac. Comme dans la chanson, nous sommes tout à la joie, heureux d'avoir accompli la traversée du Grônland.

La nuit est magniûque et la température douce. Nous restons longtemps autour de mitre brasier avant de songer à aller dormir. Sverdrup affirme n'avoir jamais passé une soirée aussi agréable; plusieurs d'entre nous partagent, j'en suis sûr, son opinion.

Couché dans l'herbe je m'amuse à observer la physionomie de Ravna. Le bonhomme, jusque-là toujours grognon, a une mine souriante. « Que penses-tu de ce pays? lui demandai-je. — Ma foi, je viendrais volontiers m'y établir avec mon troupeau de rennes, mais le voyage est trop coûteux pour moi, répondit-il. — Peut-être le gouvernement danois ou bien celui de Norvège le transporterait ici gratis, répliquai-je. ■ — Avant de me décider, je réfléchirais », dit-il. Après tout, ne se trouverait-il pas bien ici : partout il y a de bons pâturages pour son troupeau; le renne sauvage n'est pas rare non plus dans la contrée et bientôt Ravna deviendrait riche. 11 serait seulement difficile de se procurer du combustible pour l'hiver, et encore ne pourrait-il faire une provision de tourbe comme plusieurs Lapons établis sur une île de la côte de Finmark. « La côte occidentale me plaît beaucoup, dit en terminant Ravna, c'est un bon pays pour un vieux Lapon, on y trouve beaucoup de rennes sauvages, et la contrée ressemble au Finmark. »

Le lendemain 25, nous poursuivons notre route à travers la vallée. A l'extrémité du Langvand, pendant une balte, nous apercevons au loin un lièvre; nous le voyons courir pendant quelques instants, puis aller se gîter sous un escarpement rocheux. En me dissimulant derrière de grosses pierres je réussis à m'en approcher, el à une dislance de plusieurs centaines d'alen je l'élends raide d'une balle. Les autres poussent un vigoureux bourra, tout joyeux à la pensée de manger ce soir de la viande fraîche.

Après cela nous continuons la marche à travers la vallée. En

DESI ENTE VERS L'AMERMJKFJORD. 525

certains endroits elle es! étroite, encombrée de moraines croulantes et coupée d'escarpements rapides.

A notre gauche s'étend une large branche de l'inlandsis, poussant devant elle de puissantes moraines, el hérissée de cônes de glace entièrement couverts d'argile et tic graviers. La niasse de débris pierreux étendue sur ces monticules est si épaisse que la glace n'apparàîl nulle part; de loin on prendrait ces cônes pour des mamelons de terre.

Après quelques heures Je marche, nous arrivons au sommet

WMÏÏJWÈ&

LEVÉE DO CAMP LE !r, SEPTEMBRE. (d'aTBÈS L'Ni: PUOIOGBAPIIIE.]

d'une pente escarpée, au pied se trouve un lac où débouche un bras de l'inlandsis, à l'est. De là la vue s'étend au loin sur la glace jusqu'au nunatak Nuriatarsuk, à l'est de Kahgersunek. Le point extrême que Sverdrup et moi avons atteint dans notre reconnaissance du 22 septembre n'est pas loin Ici nous sommes encore à plus de H kilomètres de l'extrémité supérieure du fjord. Il scia dune impossible d'y arriver aujourd'hui, comme nous l'espérions. Vers midi nous nous trouvons devant un grand lac en partie bordé de rives argileuses. Ce sol éminemment plastique porte les traces du passage de nombreuses bandes d'oies sauvages. C'est probablement, en automne.

une station pour ces oiseaux, lorsqu'ils émigrenl vers le sud ïc long de l'inlandsis, et que les nappes d'eau ne sont pas encore gelées.

Sur cette argile, comme sur tous les terrains meubles que nous avons rencontrés jusqu'ici sur notre route, nombreuses traces de rennes. Plusieurs datent seulement de quelques jours; toutes indiquent que les animaux ont dévalé dans la direction du fjord. Pendant tout le trajet j'ouvre l'œil pour découvrir un de ces ruminants; malheureusement c'est peine perdue. Pour le dîner nous faisons balte à l'extrémité méridionale du lac, que nous avons appelé « lac des Oies ».

Le soleil est aujourd'hui étincelanl, le ciel bleu, et tout a l'enlour des montagnes pittoresques; en été, cette vallée doit être un véritable Eldorado pour les chasseurs. Les rennes ne sont point rares ici, les oies non plus, et avec eux on doit trouver des troupes nombreuses de canards, d'échassiers et d'autre gibier d'eau.

Le soir le campement est établi dans une petite plaine voisine d'une mare d'eau, dans un cirque couvert de broussailles et de verdure. Nous faisons bouillir le lièvre dans un réservoir à alcool vide; juste au moment où il est cuit, la marmite culbute et toute la soupe est répandue. Le morceau principal du festin est, fort heureusement, sauvé du désastre.

A chacun de nous il n'échoit qu'une très petite portion de viande, mais comme elle nous semble bonne! Nous ne sommes pas accoutumés à de pareils morceaux ; la chair nous parait surtout tendre en comparaison du pemmican, que les mâchoires mal garnies ne peuvent entamer qu'avec peine. Sverdrup et moi, qui, sous ce rapport, n'étions pas bien armés, choisissions pourtant les morceaux les moins durs. Devant nous flambe un beau brasier, la soupe aux légumes est excellente, et tous nous sommes gais et pleins d'entrain.

Le 26 septembre nous continuons la descente de la vallée, espérant atteindre les rives du fjord dans la soirée. Le sol est constitué par des terrasses, à travers lesquelles la rivière s'est creusé un lit profond. Sur un grand nombre de points poussent des massifs de saules et d'aunes qui atteignent la taille d'un homme. Ces derniers arbustes sont encore verts, le-- premiers au contraire on! des feuilles

DESCENTE VERS LWMER.VLIKFJORI). 525

jaunes, effet du froid survenu il y a quelque temps. Maintenant, pendant la journée, le thermomètre s'élève à l'ombre à -(-42°, et les nuits sont douces comme en Norvège à pareille époque.

Les terrasses sont découpées transversalement par de profonds ravins creusés par des ruisseaux; dans les endroits où leurs pentes sont couvertes de broussailles, la traversée n'en est pas facile.

La vallée que nous suivons est très intéressante pour des géologues. Un peu plus bas, un éboulement déterminé par le courant de la rivière dans ces terrasses meubles a mis à jour de nombreux subfossiles (Mi/tihis cilulis). La présence de ces coquilles nous explique le mode de formation de ces terrasses. Jadis cette vallée était un fjord; l'argile et le gravier apportés de l'inlandsis par les torrents ont peu à peu comblé l'extrémité supérieure de la baie, et ultérieurement le sol a subi un mouvement d'exbaussement.

Le 26 au soir, nous arrivons à l'extrémité inférieure de la vallée. Le lendemain nous sommes debout de grand matin, et avalons en bâte notre dernière portion de thé, un peu de pain et de pemmican. Des vingt-cinq tablettes de ce hachis que nous avons emportées, nous n'en avons plus maintenant que dix-huit. Le restant, Sverdrup et moi en aurons besoin pour le voyage jusqu'à Godlbaab; il est donc nécessaire de nous mettre aujourd'hui à la portion congrue.

Après le déjeuner, Sverdrup et Balto s'occupent immédiatement de la construction du canot. Pendant ce temps je prends quelques observations, et les autres font leurs préparatifs pour aller chercher dans le haut de la vallée les bagages ahandonnésau pied de l'inlandsis. Chacun de ceux qui doivent partir reçoit des provisions pour la journée : du pain, du chocolat mélangé à de la viande et du pâté de foie pour deux repas.

A cette troupe, ainsi qu'à Balto qui la rejoindra plus tard, je remets une courte instruction. Les camarades doivent, avant tout, rapporter les instruments, les journaux de roule, le restant des provisions, et prendre ce qu'ils pourront porter des autres bagages.

Aussitôt après, la petite troupe se met en marche par un temps magnifique, accompagnée de nos meilleurs souhaits, pendant que Sverdrup, Balto et moi nous nous occupons du bachot. Je pensai

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tout d'abord construire un canot long et étroit, croyant qu'une embarcation de ce genre serait plus légère à ramer. Pour obtenir celte forme, de nombreuses coutures auraient été nécessaires afin d'ajuster nos prélarts, aussi Sverdrup fut-il d'avis d'employer comme coque la toile servant de plancher dans la lente en lui donnant simplement la forme d'un canot et en coupant les parties qui n'étaient plus imperméables. Malheureusement nous n'étions pas bien outillés pour la coulure de la toile à voile, et le travail avança lentement. Nous étions en outre incommodés par des milliers de petites mouches. Impossible de se débarrasser de ces insectes. Elles étaient encore plus désagréables que les moustiques sur la côte orientale. Pendant un moment j'aidai les autres à coudre la coque du bachot, mais dans cet art j'étais loin d'être aussi habile que Sverdrup et Ballo. J'abandonnai alors la partie et m'en allai couper dans les taillis des bois destinés à renforcer les bordages. (les taillis atteignaient la hauteur d'un homme, et en élevant les bras j'arrivais tout juste à leur sommet. Plusieurs présentaient un tronc épais, quelques-uns avaient même, à la racine, la grosseur de la cuisse. La plupart étaient noueux et contournés; par suite il étail assez difficile de trouver du bois de construction. En cherchant bien, je réunis cependant les matériaux dont nous avions besoin; les brandies que je coupai n'étaient ni droites ni unies, mais en pareille circonstance il faut se contenter de ce que l'on a. Pans la soirée l'embarcation fut terminée. Elle mesurait une longueur de 2 ni. Mi. une largeur de I m. 12 cl avait une profondeur de <l m. 61.

Il s'agissait maintenant de fabriquer les rames. Des brandies fourchues qui1 l'on recouvrit de Loile à voile servirent de feuilles aux avirons, et pour les tiges qous utilisâmes nos bâtons en bambou.

Le lendemain "28, Ballo nous quitta pour aller rejoindre dans le haut de la vallée nos camarades partis à la recherche des bagages.

Vers midi les rames sont prèles. Nous dînons, faisons un paquet de la tente et des sacs de couchage, le chargeons de pierres pour qu'il ne soit pas enlevé par le vent, el embarquons nos bagages dans le canot. Nous emportons deux sacs, contenant des vêlements, une chemise, des bas, des chaussures, des caleçons, des gants imper-

DESCENTE VERS L'AMERALIKFJORD.

méablcs; pour dormir la nuit, les Lapons nous ont prêté leurs pœsks et leurs mocassins. Nous prenons en outre l'appareil photographique, un fusil, des cartouches, douze paquets de boudins de pois verts, sept livres de chocolat à la viande, un sac de biscuits, une boîle de paie de foie, trois livres de beurre, cinq tablettes de pemmican, trente-trois biscuits à la viande, deux lasses destinées à servir d'écopes et de verres tout à la fois, et une bassine pour faire la

L'EXTRÉMITÉ SUPÉRIEURE DE L'AtfERALIKF.Kiun, 27 SEPTEMBRE. (d'aPRÈS UNE PHOTOGRAPHIE. )

cuisine. Celle énumération montre que noire embarcation pouvait contenir un bagage assez volumineux.

Nous transportons d'abord toutes nos provisions à la rive et après cela le canot. Nous espérions pouvoir ramer sur la rivière jusqu'à la mer. Hélas! quelle déception! Le cours d'eau manque de profondeur; lorsque nous sommes deux dans l'embarcation, elle louche et reste immobile sur le sable. Pour alléger le bachot, je débarque et m'achemine à pied, pendant que Sverdrup, le moins lourd de nous deux, essaye de le faire avancer en le poussant avec une perche.

Cela ne va guère mieux, Sverdrup doit se mettre à l'eau et tirer le canot dans une eau glacée. Partout nous éprouvons les plus grandes difficultés. Souvent nous enfonçons jusqu'au-dessus de la ceinturé dans l'argile détrempée el dans l'eau. Après une marche d'une demi-journée dans cette bouillie nous sommes exténués. Enfin, après tous ces efforts, nous arrivons à un point d'où nous pensions pouvoir gagner facilement le fjord. Nouvelle déception. La nier est encore loin et jusque-là la rivière l'orme un long délia découpé de torrents où la profondeur est même moindre que plus haut. Nulle pari l'embarcation n'a assez d'eau pour Huiler, el nous devons la perler à travers cette plage d'argile. Avec quel plaisir, après ce pénible travail, nous nous reposons le soir'. Encore aujourd'hui une nuit magnifique. Dès que la dernière lueur du crépuscule a disparu, le ciel s'allume d'étoiles brillantes, puis l'aurore boréale promène se- lueurs pâles au milieu des blancheurs de la lune. A-sis autour d'un feu de bivouac, nous causons maintenant de la traversée de l'inlandsis comme d'un rêve dont il ne nous resterait qu'un vague souvenir.

Le souper avalé, nous nous glissons sous des taillis de saule-, bien enveloppés dans nos paesks, el bientôt nous nous endormons profondément.

NOTRE I 1X01 I' 1PRKS I SE PHOTOGRAFME.)

EX ROUTE VERS GODTHAAB. (DESSIN DE HOLMBOE. d'aTRÈS DXE PÏIOTOGRAPIIIE.]

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