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PRÈS DES MONTS ZAHROUN

11 Février.

Le soleil brille clans le ciel d’un bleu intense. De fraîches haleines soufflent toutes parfumées d’odeurs d’arbres et de plantes, et la caravane avance allègrement dans un pays vallonné, fertile, sillonné de ruisseaux et de petites rivières.

Toujours à notre gauche, se découpent dures et sombres les crêtes déchirées des monts Zahroun. On longe le pied de leurs derniers contreforts. Sur des pentes raides, couvertes de forêts et d’épais fourrés, on aperçoit des villes blanches, ceintes de murs, des villages fortifiés, des cercles de tentes de Bédouins, et sur leurs sommets surgissent, semblables à de formidables remparts ruinés, des rangées de rochers abrupts.

Nous suivons, pendant un temps très long, des dessus de plateaux couverts, à perte de vue, de palmiers nains et d’ajoncs, où paraissent très gris de grands espaces dénudés. Puis on se retrouve dans des terres en culture, autour de villages à toits de chaume; et les étendues vertes de palmiers nains et d’ajoncs recommencent infinies, monotones et tristes.

Nous nous écartons peu à peu des montagnes de Zahroun, que nous

laissons de plus en plus sur notre gauche. Maintenant elles nous apparaissent indistinctes, noyées dans une teinte bleue uniforme.

Une ville se présente étrangement située sur les cimes extrêmes de deux monts séparés par une profonde déchirure verticale, comme si elle eût été pourfendue par un gigantesque coup d’épée. Les Arabes nous disent que ces deux portions détachées ne formaient primitivement qu’une seule et même montagne sur laquelle s’élevait la cité.

A la suite d’un tremblement de terre, la montagne s’était entr’ ouverte et un abîme s’était creusé entre les deux parties de la ville violemment désunie.

On s’arrête pour le « lunch » auprès d’un ruisseau. Ingram en rapporte des brassées de cresson dont nous nous régalons. Nous sommes à un embranchement de chemins, et avons le choix entre deux routes qui se dirigent sur Ouezzan : Antonio propose de continuer par le haut des plateaux, le kaïd insiste pour que l’on suive par les vallées; on se décide à prendre la dernière route.

Ce sont d’abord des terrains cultivés : on traverse des champs de lavande, des multitudes de cours d’eau et de ruisseaux, et les éternels palmiers nains reparaissent. Puis, le sol, sec jusqu’alors, s’assouplit, les terres deviennent molles; on arrive dans des espaces nus, détrempés, qui se changent en un marais, une immense plaine de boue, morne et triste, où nos mules enfoncent jusqu’au poitrail. Le soleil disparaît

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