PRÈS DES MONTS Z A H R O U N
derrière les collines qui noiis encerclent et, perdus dans l’étendue terne et grise de ces marécages, d’où monte une humidité pénétrante, nous avançons péniblement, derrière le kaïd silencieux et maussade. Peu à peu nous distançons les mules de charge. De longs intervalles nous séparent les uns des autres; chacun suit comme il peut. Les bêtes éreintées font des arrêts prolongés et reprennent difficilement leur marche; une bise froide nous glace les os, et les lointains commencent
Le douar.
à s’estomper vaguement dans les ombres bleues du crépuscule qui tombe et s’étend lentement comme un grand linceul sur la plaine uniforme, lugubre.
Enfin, à la nuit tombante, nous émergeons de la mer de boue, un à un, brisés, souillés, et nous faisons halte sur la pente d’une colline, près d’un « douar ». Ingram et Harris arrivent les premiers avec le kaïd; nous les suivons de près, Forestier et moi; c’est ensuite Marshall, courbé en deux sur sa selle, la figure décomposée par la souffrance; puis on distingue dans la brume la silhouette raide de l’impassible Brooks, et c’est tout. Aussi loin que l’œil peut fouiller, on ne découvre dans l’obscurité, qui s’épaissit de plus en plus, aucune trace de notre arrière-garde. Le pays est mal famé, infesté de hardis mécréants, toujours à l’affût des caravanes en détresse, pour
les piller. Nous sommes inquiets sur le sort de nos serviteurs.
Harris, accompagné d’un Arabe du « douar », qui a pris le cheval d’Ingram, va à la découverte et revient au bout de quelques minutes. Il a rencontré nos gens au bas de la colline et ceux-ci ne tardent pas à paraître avec les mules. Hommes et bêtes sont épuisées de fatigue, dégouttant de boue; les bagages en sont éclaboussés.
Furieux, ils se sont rués contre le kaïd qui leur a fait prendre la mauvaise route. Ils l’entourent, le secouent, l’injurient et nous nous hâtons d’intervenir pour dégager le vieillard et calmer les colères de nos muletiers exaspérés.
A la lueur d’un feu que les habitants du « douar » ont allumé, on dresse le camp, en dedans du cercle des tentes, car les environs sont peu sûrs, et nous nous endormons dans le vacarme des aboiements des chiens et des cris que poussent, pour ne pas se laisser aller au sommeil, les hommes qui nous veillent.
Le Sébou.