AÏN- ALI -BENI -H AS S AN
12 Février.
JNous levons le camp par un temps bourru, plein de menaces: clans le ciel gris, de gros nuages opaques se gonflent semblables à d’énormes outres; on sent que des déluges se brassent au-dessus de nos têtes.
On côtoie d’abord des champs labourés où des Arabes conduisent leurs charrues tirées par des bœufs roux de petite taille; des ibis blancs, des aigrettes, suivent l’attelage, becquetant les vers et les insectes dans les sillons entrouverts, et quelques-uns se reposent sur le dos des bœufs.
Puis se montrent les landes d’ajoncs et de palmiers nains déployant leurs nappes sombres trouées de lacunes claires, arides, semées de rocs, et, sur notre droite, dans la distance, brillent avec des reflets mats les méandres du Sébou, se développent dans la plaine bordée d’une ligne de montagnes peu élevées.
Le ciel est devenu livide ; les nuages sont plus bas et se traînent pesamment; l’air est lourd et oppressant. Bientôt, de larges gouttes tombent avec un bruit de grêle; la morne accumulation des brumes, en suspens dans l’espace, crève en de grandes déchirures d’où sourdent des clartés froides, des lueurs vitreuses, et, dans un flux de vapeurs tièdes, les eaux se précipitent torrentielles, assourdissantes, cinglant le sol, tambourinant sur les feuilles, ruisselant sur les terres délayées. Des ruisseaux se forment tout à coup, se réunissent en mares, cascadent à travers les sentiers défoncés. Le vent balaye la plaine déserte,
Les rochers de Haja-al-Ouerkat.
chassant la pluie qui nous fouette la figure, et nous avançons aveuglés sous la trombe hurlante, trempés jusqu’aux moelles.
Au bout d’une heure la rage de la bourrasque s’abat : la pluie tombe moins dense, le ciel se déblaye et on se trouve aux bords du Sébou, dont les eaux chargées de limon coulent avec un fort courant entre des berges escarpées. Son cours est obstrué par des bancs de sable et d’énormes rocs noirâtres.
Après avoir longé pendant quelque temps les berges abruptes on arrive au gué. La descente de la falaise offre de grandes difficultés. Les glaises, détrempées, se sont transformées en un gâchis gluant où s’empêtrent les mules, et quand elles parviennent à se dégager de cette bouillie visqueuse, c’est pour faire sur leur train de derrière une série de chutes, de glissades sur un sol en pente raide plus consistant, mais que la pluie a rendu extrêmement lisse et gras.
Le kaïd, ouvrant la marche, entre dans le fleuve; nous le suivons de près en file indienne, et les mules, chargées de nos bagages, passent à leur tour tenues en brides par nos muletiers. Nos montures ont de l’eau jusqu’à mi-ventre; elles avancent très lentement, en hésitant, avec d’infinies précautions, coupant de biais, en lui faisant face, le