‹ À travers le MarocChapitre 9 sur 23 · SIDI-AÏSSA-BENI-HASSAN · texte numérisé non relu

SIDI-AÏSSA-BENI-HASSAN

table balancement de corps, ce mouvement de tangage particulier et insipide qui les caractérise. Leurs larges pieds ne font aucun bruit en se posant sur le sol. Ils glissent avec de grandes et silencieuses enjambées, allongeant leurs grands cous avec des ondulations de reptiles. Leur hideuse tête, aux fortes lèvres plates, se promène au-dessus de la vôtre avant même que vous vous soyez douté de leur présence, et ils laissent derrière eux d’âpres émanations fortes et persistantes.

Les marais de la plaine.

Nous traversons une dernière plaine marécageuse, un petit cours d’eau de peu d’importance; nous suivons pendant une grande demiheure le flanc d’une colline couverte d’arbustes et de palmiers nains, où broutent des chameaux, où paissent des bœufs, des vaches, des moutons, où des chèvres s^ébattent, et, près d’une coquette « khouba » blanche, nous tournons à droite et sommes à Sidi-Aïssa-Beni-Hassan.

Les toits de chaume gris, les tentes brunes, entourés de haies d’épines et de cactus s’éparpillent le long de la pente de la colline sablonneuse descendant en rampe très douce jusqu’à une plaine démesurée, la plaine du Sébou, remplie d’étangs, de marais, de ruisseaux qui miroitent au soleil. Le terrain, très battu, qui longe le village, forme une route défoncée par les pluies et des sources qui se frayent un passage à travers les sables, allant se perdre ensuite, plus bas, dans les marais.

Une grande animation règne dans le village, qui est un lieu de passage. D’autres caravanes sont là. Des chameaux beuglent, des che-

vaux hennissent, des ânes et des mules braient. Puis des troupeaux de bœufs, de brebis, de chèvres rentrent, se mêlent aux chameaux, aux mules, aux ânes, aux chevaux, mugissant, bêlant, augmentant partout le désarroi. Il y a des cris, des hurlements, c’est une confusion inouïe.

Le soleil, très bas sur l’horizon , illumine encore la terre de ses rayons. Une grande teinte pourpre s’étend partout, chauffant les verts, dorant les sables jaunes, rougissant les lointains bleus, et d’ardents reflets courent sur les eaux glauques des lagunes de la plaine.

Sur les chemins, sur les lits de fleurs, sur les collines, des Arabes, agenouillés sur leurs tapis, se prosternent, tournés vers l’Orient, et répètent la formule de foi, la prière du soir.

Du village, des fumées bleuâtres s’élèvent lentement vers le ciel, minces, légères, ténues. Les mille clameurs confuses des bêtes montent comme une longue plainte en un grondement sourd et incessant, et l’air est alourdi par les fortes émanations des bêtes, les pesantes exhalaisons des marais, les violentes senteurs des fleurs et des bruyères. Sur les eaux immobiles, étincelant dans la plaine infinie, des hérons volent ; des bandes de pluviers s’élancent des roseaux où courent les bécassines, où se cachent les poules d’eau, et d’innombrables grenouilles coassent de tous côtés.

Le soleil est prêt à disparaître ; les chaudes nuances d’or pâlissent, s’éteignent par degrés, et, à mesure que le soleil descend, les ombres des bêtes s’allongent d’une façon fantastique. Des lueurs blondes s’accrochent un instant au haut des herbes, aux pétales des fleurs, aux

L’heure de la prière.

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