VOLUBILIS
Uimanclie, 20 .lanvior.
(le matin on a ranionô an canij) le » slonyhi " irilaiiis (|iu, jicndanl la luiil, avait rongé la corde (|iii Taitachait an lit do son nonvi'an maitro et était allé rejoindre son ex-propriétaire.
Nous quittons Sidi-Cassim de bonne heure : on eôtoie des vergers, on traverse des champs cultivés, on passe quelques ruisseaux et nous voilà escaladant les premiers contreforts de la montagne.
C'est d'abord une large chaussée de terre nue qui se dresse devant nous se détachant comme un long carré d'étolTe brune qu'on aurait jeté sur les herbes courtes d'un vert gris, qui tapissent une pente raide, rocailleuse, montant tout droit. Elle s'arrête au sommet du plateau encombré de rocs éboulés, puis plus de chemin.
On avance de biais sur d'énormes blocs de basalte couchés dans de bi'usqnes inclinaisons et arrondis comme des dos énormes de bètes antédiluviennes. Ces surfaces polies réverbèrent une lumière aveuglante, une chaleur suffocante. Un faux pas de mule et on roulerait brisé au bas des rocs. On se faufile dans des anfracUiosilés, des fissures
A TRAVEHS I.I- MA HOC
à fonds (le vaso reconvoris il'inoxtricablos lacis d'horbes saches, do plantes, de ronces d'où les mules empôtn'>es se dc'^gagont dinifilenient. A mi-chemin de la liauienr on Irouve ime large chaussée pavée de dalles grossières dont un grand nombre ont été arrachées. La voie est encombrée de grosses pierres, d'éclats de rocs, de sables. Elle est
Au sommet du premier contrefort.
lai liée dans le liane du rocher et liordée du eùié opposé d'un mur bas à moitié démoli formant parapet. Les mules buttent souvent.
Du haut de ce premier gradin le décor est admirable : c'est à nos pieds Sidi-Cassim dans son nid de verdure, avec ses minarets dont les triples boules dorées étincellent au soleil, ses mosquées aux toits de faïences vertes, luisant, avec des éclats de bronze, ses blanches maisons s'étageant en nombreuses terrasses, tandis qu'à travers les bosquets et les vergers sa rivière miroite et se tord comme un reptile. Puis c'est la vaste plaine d'un vert amorti, très mat, où le Sébou déroule ses nombreux circuits minces comme des fils d'argent, et plus loin une bande blanche, indécise comme une vapeur, Harbassiz. Enfin, au dernier plan, à l'extrême horizon, on aperçoit, noyées dans le ciel, une ligne de montagnes d'un bleu pâle très léger.
Nous sommes en plein milieu du massif. On gravit des côtes, on descend dans des vallées; on traverse de grandes étendues toutes grises
VOLUlill.lS
sous Ici multiliido de chardons (|iii les rccouvro. Les caniviincs, en passant, ont frayé une route à travers cette végétation, foulant les liges des plantes, écorchant la terre, et de loin celle large bande foncée tranchant sur les nuances claiies des collines semble un large ruhan de velours sombre jeié sur un lapis de soie grise.
La cliaussée pavée.
Dans des cirques de montagnes aux sommets aigus, la terre noire et grasse se rentle en ondulations molles, et de grands carrés presque réguliers, de longues bandes d'un roux foncé, se découpent sur les gris légers, sur les verts atténués des croupes des collines, indiquant des champs labourés. Près de huttes de branchages, des fumées d'herbes qu'on brûle montent en tournoyant dans l'air et des paysans, des « khrammès », se livrent aux travaux des champs. Des vapeurs bleues, ténues, très transparenles, flottent comme des gazes légères, envahissant tous les replis des vallées.
Au sortir d'un creux de terrain, nous émergeons au soleil dans un endroit ouvert. A l'ombre d'un rocher, un vieil Arabe, en guenilles, est assis à côté de « koui'as » d'oranges; on lui achète toute sa
13ij A TliAVEUS LK MAIliiC
niaicluindisL'. pour une somme insignifuinle, cl c'est une (h'iiauelie tic fruits Irais, dorés, parfumés.
Le « slouglii )) suit bien, c'est à qui le caressera parmi nos hommes, qui croient que sa présence leur portera bonheur.
Pendant des heures, on continue à travers des gorges sauvages, des plateaux cultivés, des terres basses inondées; j)iiis nous sommes hors du massif, sur la crête de ses derniers contreforts, au faite d'une hauteur rejoignant en une pente doucement inclinée une ravissante vallée où coule en capricieux méandres une mignonne rivière aux bords boisés, toull'us de plantes, bariolés de Heurs.
Entre nous et la rivière, la touchant presque, se montre le cercle noir des tentes d'un a douar» : vue d'ici à vol d'oiseau, on en peut voir (listiuctemeut la courbe en forme de croissant, ouvert sur la rivière, l'urnK'e par les lentes groupées les unes contre les autres, entourées d'épines sèches. Des femmes travaillent assises en rond, d'auli-es vont puiser de l'eau a\ec des amphores, des vieillards sont accroupis ])rès lies lentes, des chiens vont et viennent, et on entend leurs aboiements, très assoiu'dis à cause de la distance.
Nous descendons. Près du «douar», nous évilons un âne mort pour tomber sur un chien crevé que ses congénères, peu dégoûtés, se disputent avec des grognements féroces.
La rivière est à notre droite. On s'en appro(;hc ou ou s'en éloigne
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Douar de Bédouins.
suivant les circuits du chemin. Çà et là c'est une voûte d'aqueduc près d'un marais, un pan de mur ancien délabré, une pierre de taille enfouie sous les ronces. On suit un moment un sentier escarpé, creusé dans le liane d'une côte abrupte, à travers des rocs éboulés, des amas
voi.riii LIS
[licrriHix, on Iravcrsc 1' « uued ;> h un gui'', à (|ii('l(|iirs niMics on anionl (Tu ne ligne do roches moussues, par-dessus los([uellos le courani cascade avec des l)ouillonnements, et, imniédiatenionl, on fait halte sur un gazon vert tajtisso de Heurs, st^'paré de l'eau par un rideau d'arlnislos. C'est, là qu'on va élever nos tentes <à cent mètres d'un village perché sur le versant de la colline.
L"niic(i-l'^ii"iiiMii.
Les '< fusils » parcourent les monts, TTarris en tôle, sonnant de sa trompe, à tue-lète. Cette teri'ible fanfare a mis le village sens dessus dessous. Prenant ce bruit étrange, qui pour la première fois résonne à leurs oreilles, pour les rugissements diin monstre (pielconque d'une espèce inconnue et féroce, nouvellement arrivé dans ces parages, les hommes sautent sur leurs armes, les femmes se sauvent, les enfants poussent des cris et les chiens la queue entre les jambes hurlent d'une façon lugubre. Et toujours à travers les halliers, à travers les vallons, retentit vibrante, sonore, infaligable, la fameuse corne d'IIarris. Puis le bruit s'atTaiblit, se perd dans la distance, cesse tout à fait, les frayeurs se calment, les chiens se taisent, le calme renaît.
La paisible vallée retombe dans son adorable repos, ses tranquilles murmures, ses caressantes tristesses. Et sa gentille pelite rivière liuipide, aux rives emliaumées, gazouille gai(Miieul sui' son lit de cailloux
blancs, entre ses berges J'herbe fine. émaill<''es d'iris, d'hyacinthes, de marguerites, parsein(''es de boulons d'or, plantées de lauriers-roses, de saules, de grenadiers, et l'onde glisse sous les dûmes de verdure avec des reflets d'émeraude et de doux et mélodieux bruissements.
Aussitôt aprf-s le coucher du soleil le ciel s'est couvert soudain d'une vapeur d'un bleu noir, plombé, terne, et sur ce fond morne les montagnes, devenues tout à coup d'un rouge cramoisi, ont flamboyé avec des tons ardents de métal en fusion, comme si elles eussent reflété les flammes d'un immense incendie, emplissant luulc la vallée de lueurs écarlates. L'effet était étrangement puissant, |iii'iu d'une sauvage et sinistre splendeur.
La nuil entière, les liuinnu^s de garde oui ciianli' et se sont appelés les uns les autres. LCmlroil est lianlé, nous dil-ou, et, ce qui est pire, les environs sonl infestés de brigands.
Méquinez.
MEQUINEZ
Lundi, 21 Janvier.
Toute, la matinée, nous avons chassé sur les l>oi'ils de la séduisante rivière, l'Oued-Faraoun, un at'llu(>nt de l'Oued-Hdouni. On a t'ait des hécatombes de perdrix. Antonio ne manque pas un coup, sa chienne Metza a un flair dune remarquable finesse et arrête à merveille ; Ilarris, grâce à sa corne, ou malgré elle, foudroie quelques perdreaux ; Ingram et Marshall font une assez belle besogne avec Don et Rover ; Forestier et moi abattons i)lus de croquis que de gibier.
Après un affreux massacre d'un tas de pauvres bètes à poil et à plumes ne demandant qu'à Hnir leurs jours en paix sur les bords aimés de la rivière, nous la traversons à tour de l'ùle sur le dos de la mule d'Antonio, que Sambù vient d'amener, saut' Ingram qui, cédani à ses instincts d'amphibie, se jtrécipitc tout habillé dans le courant et aborde à l'autre rive trempé comme un barbet. De là, nous gagnons des ruines romaines qui s'élèvent sur un renilement de terrain, les restes de Volubilis, de ■< Ivasz-Pharaoh », le