‹ A travers le Maroc; notes et croquis d'un artisteChapitre 13 sur 23 · A TU AVEU S LE MAUUC · texte numérisé non relu

A TU AVEU S LE MAUUC

chùk'uu iIl' IMiarauu coinnic les a|ij)elk'iit, ;^ans sa\(jir iiuunjuoi, les Arabes.

Le temj)s s'est éclairci, le xciil a iialayé les liriimes iiialinales, le soleil a bu les abondanles rosées, séclié les taillis liuinides, durci les sentiers mouillés.

De l'antique Volubilis, il ne subsiste (ju'un arc de Iriuuiplie, aux piciTes disjointes, d'un très bel appareil, faisan! lace à une muraille percée dune porte cintrée et, plus loin, lés portes d'une basilique. Le sol, où parmi les palmiers nains poussent de hautes herbes j^i'èles, des chardons, des ronces, est jonché de pierres taillées et d'éclats de toutes sortes. Des soubassements, inlerrnmpus de larges brèches, rampent à moitié enfouis sous une végétation sauvage. Des quantités de pigeons reposent sur les sommets des murs ruinés où les vautours et les faucons oui fait leurs nids; des aigles planent lies liaul dans l'élher.

El l'altii're ville l'oinaine n'es! |ilns. Les Idocs de ses assises ont servi à conslruirc les remparts de Méquinez, la ville sainte de l'Islam; ses colonnes on! orné ses portes monumentales, ses élégants portiques; ses marbres ont servi à décorer ses palais, comme en Egypte les antiques murailles de Memphis ont servi de carrières aux constructeurs de Fôstat; ses colonnes ont soutenu les arcades de ses mosquées; ses |ilai|iH's (le |i(irphyre eiubcllissi'nl leurs saucluaires.

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Ruines de Volubilis.

L'antique cité, dépecée par morceaux, s'en est allée pierre par pierre, à travers les montagnes, à travers les plaines^ à travers les vallées, sur le dos des chameaux, dans les » koufas » des mules; et des tronçons de colonnes, restés sur les chemins, jalonnent encore la route

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suivie par ces destructeurs du passé, ces rapaces cnl'anls du désert, brisant, pour se les approprier, les œuvres des autres, avec la même incui'ie, la même stupide insouciance que celles avec lesquelles ils laissent périr les leurs.

A deux kilomètres de là, dans une gorge sauvage des monts Zahroun, dont les âpres sommets tranchent durement sur le ciel, la ville de Mouley-Idriss s'étage en terrasses sur la |)ente abrupte, et les tons d'ocre jaune de ses murs ressortent violemmeul sur les verts foncés de ses jardins de tiguiers et doliviers, échelonnés sur le versant de la nioiilagnc

C'est un lieu tort vénéré que la ville de ^loulev-Idriss. Sa » zaouia » renl'crme le tombeau du très saint Mouley-ldriss-lJen-Abdallah, père du glorieux fondateur de Fez. L'entrée de la ville est sévèrement interdite aux .Juifs et aux cliri'ticus, (|ui s'exposeraient à être massaci'és en voulant y pénétrer quand même.

Ingram et llarris, accompagnés du kaïd, sont partis en avant-garde à Méquinez, comme fourriers, pour obtenir nos « billets de logement » du gouverneur, pour qui nous avons une lettre de recommandation de Si-Torrès, le ministre des AlTaires étrangères du Maroc, résidant à Tanger. Nous possédons aussi une lettre du Sultan, laquelle nous donne droit à la « mouna » et aux égards des pachas, sheiks, ka'ids et autres fonctionnaires de l'empire, qui répondent de nos existences sur leur tète. Nous préférons, toutefois, payer les vivres que les habitants nous'apportent et notre kaïd est chargé de leur en régler le montanl. Depuis quelque temps, de vagues indices nous le font soupçonner de ne rien donner du tout aux malheureux paysans et de réaliser de beaux bénéfices à nos dépens et aux leurs. Nous vîmes plus tard que nos suppositions n'étaient que trop fondées et à Fez le vieux gredin reçut du kaïd Mac-Lean, qui nous avait offert une aimable hospitalité, une semonce telle, avec menace de lui iniliger la bastonnade, qu'il fut guéri, je pense, pendant le reste du voyage, de recommencer ses frasques quotidiennes.

Nous avançons sur une colline s'élevant en rampe douce à travers des terrains sablonneux, [)arnii des monticules coupés d'étroites et profondes tranchées, creusées par les pluies. Nous nous croisons à chaque instant avec des piétons, des cavaliers armés, des bandes de chameaux, des caravanes de marchands.

Quelquefois, dans un de ces boyaux tortueux, où ou ne voit pas à quatre mètres devant soi, on se rencontre face à face avec un grand diable de chameau, balançant à ses côtés de longues poutres taillani le sable avec des mouvements de catapulle. Comme il n'y

l'(2 A TltAVKliS l.i: .MAimC

a pas siiffisammciil de phico j)our qu'on puisse marcher deux de front, surtout quand on a pour vis-à-vis une de ces vilaines bêles lourdement charjîées, il faut que l'un cède le pas à l'autre et recule, et comme le chameau, très entèlé de sa nature, n'entend pas de cette oreille-là et que les catapultes évoluent d'une façon redoutable, on est obligé de rétrograder, au plus vite, jusqu'au premier embranchement venu et de s'y enfourner précipitamment, on courant la chance de s'y heurter de nouveau aux mêmes diflicultés. C'est amusant les premières fois, on en rit, mais à la fin, cela devient fastidieux.

Au bord d'un [daleau rocheux nous nous arrêtons, frappés du nuigniOque panorama ipii se déroule à nos yeux. Le terrrain s'abaisse en pente raide, aride, toute hérissée de rocs éboulés, damas de pierres, d'énormes pans de calcaire à (leui- de terre, jusqu'au bas d'une vaste étendue mamelonnée, s'arrondissant dans une ceinture de montagnes basses. Celles qui nous font face, droit au Sud, ont leurs sommets couverts de neige, et plus loin, un peu à droite, on aperçoit illuminées de teintes pourpres, par le soleil couchant, les pics neigeux de la chaîne do l'Atlas.

Et, au milieu de cet amphithéâtre grandiose, Méquinez la Sainte, la ville blanche, ap]>araîl comme imc vision. Elle est si loin, si loin, qu'on ne distingue qu'une masse claire vaporeuse, dune pâleur dorée avec des reflets roses. On voit un éclair de métal qui reluit la boule d'un minaret; une lueur d'émeraude d'un toit de mosquée; une bande d'ocre aux tons ambrés, la ligne de ses remparts ; mais tout cela indistinct, voilé. ciVacé, plein d'une inexprimable harmonie, dune douceur infinie.

Nous descendons l'elTroyable pente, on gravit des coteaux, on disparaît dans des ravins resserrés et on arrive dans une région boisée ayant des aspects de parc. Il se fait grand mouvement de gens et de troupeaux, se dirigeant v^ers la ville. On traverse une rivière, le Rdoum, sur un grand vieux pont dégradé, tout gris, tout rongé de lichen.

Il y a une foule maintenant, une foule fiévreuse qui se hâte, se bouscule, pressée d'arriver, et le cri de gare ! l'incessant, l'éternel « baleuk 1 ■> braillé, gémi, sur tous les tons imaginables, nous fouette impitoyablement les oreilles. Antonio nous dit de presser nos bêtes, car on va fermer les portes de la ville, et nous voilà emportés dans ce torrent d'hommes, de femmes, de bœufs, de moutons, de chèvres, de chevaux, de chameaux, d'ânes, de mules; criant, beuglant, mugissant, bêlant, hennissant, brayant. Et tout cela trotte, court, galope, se précipite dans un tourbillon furieux, gravissant la large chaussée

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'li)llliiiii.„«â/.»..

(|ui conduit ù lu ville. D'acres senlciirs, des Ijuées chaudes se di^gagcnt de toutes ces chairs en sueur, de tous ces corps heurtés, coMés ensembl(\ cl une longue clameur nionle counne les grondenienis sourds d'un tonnerre lointain.

Des chameaux, dans cette masse houleuse, hasculeni leurs fardeaux, qui frappent à gauche et à droite comme des béliers; des liceufs, I'omI hagard, soufflent fortement avec des pans de burnous accrochés à leur's cornes, des mules se mordent, des chevaux se cabrent, des ânes ruent, et le tiirrenl hurlant roule vers hi ville, s'engoulTre comme une trombe sous l'arche d'une porte gigantesque et s'écoule dans les rues. Cette débandade effrénée a tout à fait l'air d'une déroute, d'une panique de troupes battues, se ruant affolées dans une ville avec l'ennemi sur leurs talons.

Notre kaïd, accom})agn('' d'un cavalier envoyé par le pacha à notre rencontre, sp tient près de la porte, en dehors, guettant notre arrivée. Il nous a vus, s'est frayé un |)assage dans la foule, nous a rejoints, et il nous conduit à la maison que nous devons habiter.

Nous traversons de larges rues boueuses, tristes, presque vides. Iladj Mohammed paraît fort pressé et nous mène, tambour battant, (huis un labyrinthe de ruelles, de places, de carrefours. On passe sous des arches délalu'ées, des voûtes humides, des couloirs obscui's et on s'arrête devant une petite porte massive garnie de rangées de clous, la porte (le la maison que le pacha met à notre disposition pendant le temps que nous séjournerons à Méquinez. Le seuil en est très élevé, la porte très basse, et on doit se baisser pour entrer dans un corridor carré et coudé, pavé de faïences. On franchit une seconde porte à gauche, et on se trouve dans une grande cour à cieFouvert. Elle est entourée d'arcades au fond desquelles s'ouvrent de larges portes de cèdre i'i deux battants, donnant accès dans de longues chambres étroites très

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l'ortc iIl' Métjiiincz.

A lUAVKMS l.K .MAititC,

liiioli's (lo plafnnd, les nùlros. Dans nu ilrs ballaiils ilc (•lia(|ii(' purlioxistc une aulro porlo toiilo jK'tilc, une sorte de clialière.

Ilarris nous raconte avec beaucoup d'iuimour la i'açon ex|iédilive dont on a ox])uls(5 les propriétaires.

Le nialm il s'était donc décidé à partir avec Inj^ram et le kaïd, ci à faire l'étape de Méquinez à franc élrier. Son motif était d'arriver à temps pour faire les déniarclies nécessaires alin d'oiilenii' du paclia un ]of;emenl pour nous el nos ^m'us.

Le kaid a\ail l'drmidlcnn'nt di'cliiii' de les accuuipa^nier, jirétcxtanl que stm cheval fourini ne pourrait jamais fournir, d'une traite, une course d'aussi lonirne haleine el " Al-Aïssoui « avait lira\ement piipié des deux, sui\i d'Inj^ram, laissant lladj .Aloliammed derrière lui.

Jlarris reconnaissait, de smi jimprc aven, avoir commis une grave ini]irudi'nce, eu se l'isqnaul ainsi, sans un kaïd responsable sous la main, sui' cette route ofi, à chaque ]ias, il allait se ci'oiser avec des l'anati(|ues de la plus lielie eau, oii, à tout moment, pouvaient fondre sur lui, ilii haut de leurs montagnes, les terribles Zemours. Lt alors..... c'en eùl l'Ii'' l'ail dr lui l'I dr '-on malheureux comiiagnou ; « rilinsirateil

Jjondon .\e\vs » paraissait encadn'' de noir; Foi-eslier faisait un croipiis saisissant, Ir^ repri'sentaul luttant jusfpi'au dernier soupii', je d('cri\ais d'une façon ]iathélique, le ca-ur brisé, leur lin pitoyable, leurs noms passaient à la postérité et le joui'ual tirait à (juatre cent mille exemplaires.

ITeureusement la bonne étoile d'JJarris voulut qu'au lieu de fanatiques il rencontrât de braves commerçants qui, au lieu de lui chercher noise, le saluèrent poliment, lui demandèrent à voir son revolver, dont la réputation était parvenue jusqu'à eux, ce à quoi il consentit de la meilleure grâce du monde, el le prièrent de souftler dans sa corne, ce qu'il ne put leur refuser.

A un moment, cependant, il eut une vive émotion. Pendant qu'il traversait une rivière, il entendit tout à coup, derrière lui, un galop précipité, qu'il crut être celui d'une Iroupe nombreuse de cavaliers. .\ul

ICiiliée d'une iiuiison.

Rue près de noire maison h Méqiiinez.

MÉQin.NEZ

\'il

ilouto que co, no fussont les l'érocos Zcmours lancés à sa poursuilf. Il cni'onça les éperons clans le ventre de smi cheval, qui en deux bonds alleignit à l'autre rive, et au moment où, faisant contre fortune bon cteur, il recommandait son àme à Dieu et, après une subite voile-face,

Cavaliers Zemours.

se préparait, revolver en main, à vendre chèrement sa vie, il apennit... Ingram, qu'il avait complètement oublié, abordant à ses côtés, un peu étonné de le voir dans cette belliqueuse attitude, et à deux cents mètres,

au lieu des Zemours redoutes, le pauvre vieux kaïd essoufflé qui,

se décidant enfin, avait fait prendre le liot à sa rosse poussive et s'évertuait à le rejoindre.

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Après cette fausse alerte, ils éhiieiil ai-rivés sains et saulsàMéquine/ ofi il a\ait longtemps attendu, à la pinie dn pacha, ipie ee dernier vonlnl bii'n le recevoir.

D intelligentes ruades de son coursier laNaieiii vile déijai'rassé des imporlunit/'s d'une foule gênante, poussant rini|mdence jusqu'à appeler sur sa tèle toutes les iiiah'diilions du ciid, et l'ignorance à ce point de confondrez avec un moulon noir, noire ciier Rover. Il avait ensuite présenté au fonctionnaire du Sultan ses lettres d'introduction, et ce dernier, inii)ressionné par ce je ne sais quoi de chevaleresque el d'imposant qui se dégageai! toujours de sa persiuiiie, lui avait ténioigni' une grande déférence et s'était lentement empi'essé de lui Iniuser une maison pour lui el... sa suite.

(l(unmeil n'y en avait pasde libre, les soldais dupaciia i''laient enlrés dans la preinièic lialiilalion venue, en avaieni fait lestement déguerpir les hôtes, les mellant en demeure de vider immédialement les lieux et d'enlever leur mol>iliei-dans le |ilus bref délai possible. Les pauvres gens stujx'i'ails n'avaient pu qu'obéir: liomnu's, femmes el enfants s'étaient mis aciivenieni à la besogne et en une demi-heure avaient fait i)lace nette.

Comme au|iara\anl ses amis, après son expédilion de Sliesliouan, lui avaieni reproché son excessive témérité, nous reprocbànu^s Aivemenl à Jlarris son audacieuse équipée où, avec une impardonnable imprudence, il avail joué si légèi-emenl sa vie et crlle de son aimable compagnon. Nous eûmes, je dois lavuner. un innuvenieul de crainte rétrospective en pensant que, nous aussi, el encore sans soldat |)our nous protéger, nous avions couru les mêmes dangers et y avions échappé aussi miraculeusement, avec cet avanlage, nous lit judicieusement observer llarris avec un liii sourire, (jue n'étant pas prévenus du danger, aucune désagréable appréhension ne nous gâta le plaisir de la route. Ce spécieux raisonnement était trop juste pour ne pas être accepté d'emblée par nous tous. Ce que nous finies,

La maison est spacieuse et humide. Le rez-de-chaussée est pavé de faïences vertes, noires, jaunes et blanches. Un trou au centre sert d'écoulement aux eaux des pluies et ménagères. Sous un des portiques on entend le murmure d'une fontaine dont l'eau, par deux jets, s'échappe d'une ravissante mosaïque incrustée dans les parois du mur. En forme de fer à cheval, elle est d'un dessin charmant, résultant de l'alternance et de l'entrelacement de motifs dérivés du cercle et de l'hexagone. Elle est encadrée par deu.x étroits pilastres surmontés d'un fronton, et l'eau retombe dans une vaste cuve carrée revêtue extérieurement de faïences. A côté est une large amphore.

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Aux qiiatro angles de la cour des colonnes carrées, recouvertes d'une couche de sine, supportent des poutres de cèdre, encorbellées et sculptées, l'iii'niaiil l'dUNcrIure des p()rti([nes. Sur ces ])iiulres re|inse le plancher de la galerie du premier étage où Idgenl nos hommes. La liainsirade en " moucharabieh », à panneaux variés, est d'un travail délicat, et les lignes en sont combinées avec un goût très sûr.

Tout en haut de la maison, une terrasse entourée d'un mur à hauteur d'homme sert de toit. Un escalier tournant de deux pieds de large îi peine, complètement obscur, ménagé dans un des angles de l'édifice fait communiquer tous les étages, du rez-dechaussée à la terrasse.

Mais tout cela est vieux, usé, niinai)le. Les faïences de la fontaine tombent une à une; celles de la cour montrent îles vides déplorables ; les gracieux entrelacs ornant les pilastres des portes sont brisés ; les moulures des impostes sont frustes; les nervures des archivoltes sont martelées ; les grandes portes de cèdre, luisantes de crasse,

sont vermoulues; les » moucharabiehs » son disloqués et troués. Une humidité glaciale à laquelle se mêlent de fades odeurs d'égouts emplit toute la maison. Le ciel s'est assombri, la pluie commence à tomber, notre logis prend un aspect lugubre.

^ftA^

Une rue.

Ce malin, au saut du lit, nous apercevons du fond de notre puits, un grand carré de ciel bleu ovi roulent, emportés par le vent, de gros nuages d'un blanc doré.

Des Juifs arrivent. De mouchoirs sales, à carreaux de couleur, qu'ils tirent de dessous leurs robes noires fripées, ils sortent des bracelets,

UJO A TRAVERS l.K MAROC

(les colliers d'argenl, dos chandoliors ilo niivro, ol insisloni duno façon gênante pour nous faire acheter à des prix exorbitants ces objets do pou do valeur. Nous les laissons conclure des marchés avec Ingram et llariis. ol Forestier m'accompagne dans la ville avec Antonio, qui va nous sei'vir de cicérone.

Noire l'uolle ôlioile, bordée de hauts niui's sans ouvertures, débouche sur une rue assez large. Les maisons sont peu élevées et il y a do larges espaces vides, l'ailout, des llaques de boue, des immondices, dos blocs do pierre obstruant le ciiciniii. Dans des pans do murs crevassés, cuits et recuits par le soleil, son! encastrées des devantures do boutiques. Les volets sont vermoulus ; b's planches disjointes, pouri'ios, des auvents sont couvertes d'épaisses mousses vertes; le bas des murs est déchaussé, miné par les pluies.

Un long passage, à |iiafnnd de solives de bois, fait un trou nnii- au bout duquel on aperçoit un carré de lumière nettement dessiné sur des murs blanchis à la chaux, et dans ce cairé élincelant un autre trou noir, rentrée d'un autre passage.

Sur la ])lace un énorme sycomore abrite sous son ombre une quantité do petites boutiques en |ihiiielios, mal d'aplomb, démantibulées, vertlàlros, vides pour la plupart, ou fermé(>s par des cloisons on planches.

Nous pénélnins sons un(> grande porte cintrée ornée d'arabesques d'un dessin 1res pui'. Kilo s'ouvre dans une muraille grise toute ta- (•liet(''e d'une iè|ir(> de lichen jaune. Dos herbes sauvages, des mousses, dos Heurs, qui tapissent son faite ruiné, des arbustes et des ronces qui ont poussé dans les interstices dos pierres, lui ilonnent un aspect do (h'crépitudo, de vétusté inexprimables. Sous la voûte, dos bancs de pierre s'appuyent de chaque côt(' contic la base du mur. Une seconde porte ogivale, d'égale grandeur, fait face à la première et nous amène au milieu do la cour d'une auberge, d'im << fondak ». Au-dessus de nos tètes im grillage de fer recouvre l'ouverture de la cour entourée de portiques. Leurs colonnes, à pans coupés jusqu'à la naissance des chapiteaux, sont protégées à leur partie inférieure pai' un étui en bois, et de leurs impostes partent des arches, brisées de courbes et do lignes droites, coupées, avant leur intersection, par une triple rangée en retrait sous la baie, do poutres superposées et sculptées surmontées d'une galerie en « moucharabieh ». Des portes au rez-de-chaussée et au ])romier étage donnent accès dans des chambres qu'on loue à des marchands ou à des voyageurs.

Le tout est dans un état de dilapidation sans nom. Le pavage de la cour est défoncé; le sol est plein de tlaques d'eau croupie, où pourris-

Mb:nLiNt:z i^i

sent des détritus de le'gumcs, des pattes do poulel, des vorlèlucs quelconques; les revêtements de bois des colonnes, ornés au bord supérieur d'une mince torsade délicalement fouillée, sont rongés à la base et souillés de boue el de crasse; des morceaux détacliés de la gracieuse galerie en « nioucluirabieli » du premier étage pendent, enduits d'une croûte de poussière, coagulée par les pluies; le stuc moulant les fines nervures des courbes et des pilastres a disparu, mettant à jour les briques, et sur les façades dégradées, apparaissent de hideuses plaques dénudées, accentuant encore l'air d'abandon, de profonde désolation de celte cour puante et humide.

Dans des coins, des solives de bois, des planches, des troncs d'arbres sont empilés et des scieurs de long manœuvrent leurs grandes scies. Sous une des arcades, un Arabe est accroupi cuisinant sur uu fourneau de terre. Une porte massive, celle de la seconde entrée, a été déposée le long des colonnes, où elle restera à jamais exposée aux morsures du soleil, aux atteintes de la pluie, au lieu d'être replacée sur ses gonds. De temps en teuips, une porte s'ouvre, un Arabe sort silencieusement, referme la ptirle et s'en \a.

rs'ous traversons des passages voûtés, des ruelles tortueuses, des couloirs ténébreux, entre d'immenses murailles hautes, sévères. Et rien ne brise l'uniformité désespérante de ces grandes façades nues si ce n'est, à de longs intervalles, une meurtrière en foi'me de croix, une étroite ouverture, barrée do planches moisies, une porte basse garnie de rangées de clous saillants. Et pas un son ne trouble le silence de ces sinistres oubliettes, où nos pas, amortis par la couche molle et élastique des détritus, ne font aucun bruit; oîi de temps à autre une ombre blanche glisse et disparaît comme un fantôme à l'angle d'un mur. Et en avançant au fond de la sumbrc tranchée, on se sent oppressé par la tristesse lacilurne de ces façades austères, de ces rues désertes.

Nous voici près du bazar, dans un carrefour pittoresque : une partie de la rue est voûtée, une autre est à ciel ouvert ; le soleil s'abat sur les murailles et la lumière ruisselle en une nappe élincelanle. Des pans entiers de murs sont couverts de " moucharabiehs » d'un travail remarquable. Quelques boutiques sont ouvertes. Un des volets relevé sert à garantir du soleil, l'auli'e est rabattu, et ses cloisons saillantes servent de marchepied pour monter dans la niche. La voie n'est d'un bout ù l'autre qu'un marais fangeux. Nous sommes obligés de longer les échoppes en nous accrochant à leurs auvents, aux chambranles des portes, à tout ce que l'on peut saisir pour suivre l'étroite bande (le terrain laissé à sec, de chaque côté de la chaussée.

A TUAVEIiS I.K MAUOC

Voici un i)caii Maure aux yeux de volours. aux ouj^ius Iciuls de Ii('nn('-. limés, polis, précieusement sertis dans la chair, d'une propreté méticuleuse. Drapé dans ses vêtements Itlancs et parfumés, chausse de patius de Lois pointus à armatures de fer, à hauts talons doubles, retenus sur le cou-de-pieil par des brides de cuir rouge, brodé de soie rose, il avance avec de leulcs précautions, évilanl soigneusement la boue l't les éclaboussures. Il passe à côté de nous avec une indifl'érencc dédaigneuse, en (''grenant son chapcicl.

Il s'est aj)proché d'une boutique, a relevé un des volets, rabattu l'autre, est entré dans sa niche et s'est accroupi dans l'anuis de mousselines li-ansparentes de son i' Iiaïk » à côté d'une pyramide de farine d une blancheur immaculée.

Ndus passons devant des entrées lie musquées aux ogives gigantes- (|ucs, (irnées de merveilleuses denlelles d'arabesques. Dans lentrebàillemeul des portes à ornements de briiuz(>, on entrevoit vaguement, dans la pénombre bleue, d inntunbiables alignements de colonnes, des perspectives darceaux infinies, des pnrti(|ues, des fontaines jaillissant de murs constellés de mosaïques et retombant dans des vascjues de marbre, des coins de cours pavées <le faïences flamboyant au soleil.

lue chaîne de fer soutenue par deux bornes de bron/e est tendue (Ml travers de la porte. Sur le seuil sont étalées, roulées dans des haillons, d'horribles créatures rongées d'ulcères, de lèpres répugnantes, mendiant en psalmodiant les louanges d'Allah. En nous voyant, ces malheureux soulèvent à demi leurs corps cadavéreux, exhibant leurs plaies hideuses, et leurs yeux luisent avec un éclat plus fort, leur voix sort plus âpre, sur leurs faces émaciées brille une exal-

Rue près des bazars.

Un " l'omlak .. à McquiiK'z.

MEQUINEZ

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tutioii plus farouclio, cl, levant leurs bras décluirnés, ils nous maudisscnl.

Puis on arrive dans la rue principale du bazar, large, à murs élevés, garantie du soleil par un toit de roseaux, jeté sur des solives transversales et crevé de nombreuses ouvertures à travers lesquelles darde le soleil chatoyant sur les parois blanchies en mille langues de l'eu.

Là, comme partout ailleurs, le milieu de la voie est un cloaque, mais il y règne un pen plus d'animation. La plupart des boutiques sont ouvertes. A leurs devantures sont exposées des « fcrradjiehs », des » kaftans » écarlates, des burnous, des cordons de soie brochés d'or, roses, violets, bleu tendre. On y vend des cuirs travaillés, des bottes et des babouches jaunes, bleues, rouges, brodées de soie et d'or; des selles et des harnachements de mules et de chevaux ; des étriers niellés d'or et d'argent; des éperons pointus comme des stylets.

Des piles de tapis de haute laine de Rabat et de !\Iogador emplissent les petites niches, et derrière on voit apparaître, tenant très peu de place, le marchand fumant des cigarettes ou tournant machinalement les grains de son chapelet, plein d'une indilïérence absolue pour les rares clients qui peuvent se présenter.

Plus loin ce sont des « okeis » peuplés de Juil's. Les uns rangent soigneusement, dans de petites boites, des tiges desséchées de salsepareille, des l'euilles de séné; les autres vendent du sucre, du tabac, des épiées.

De temps en temps un haut minaret gris se dresse, au-dessus des murailles lézardées, dominant la rue de sa puissante silhouette. Ses faïences ternies brillent avec des éclats doux et ses boules dorées étincellent. Des cigognes ont l'ait leurs nids entre les créneaux de sa galerie et, c'est à peine si elles s'éloignent d'un vol lourd ([uand le « muedden », paraissant sur le balcon, hisse le drapeau blanc et appelle les vrais croyants à la prière.

Femme à la maison.

i;j6 A TU AVEU s M-; MAROC

Nous voici sous une haute porte ruinée, délabrée, Unie. Les |iarois de SCS murs disparaissent sous de petites échoppes bancales, accrochées les unes aux aulies, où pendent des brides, des sacs, des courroies; dans des recoins sont accroupies des l'emnies à coté de paniers d'oranges; des Arabes vendent des dattes et des figues sèches.

Tout près de là, dans des biiuli([nes dont la \ éluslè ilc-lie liiule dc^sci'ij)tion, des choses de toutes espèces, les plus disparates sont amoncelées : des sabres rouilles à poignée de corne de rhinocéros, des yatagans, d'anciennes poires à jjoudre, de formes t'antasticiues, des lances, des l'usils, des tambourins, des ilùtes, des harnais, des poteries, etc. Et tous ces débris d'autres âges, échoués là, sont vieux, usés, cassés, racornis comme les vieillards caducs au regard éteint qui les manient de leurs mains décrépites.

A côté est le quartier des orfèvres : une série de passages étroits aboutissant à une rue très large, très sale, très inégale, toujours avec son inévitable ruisseau plein d'immondices et de chairs mortes. Des mûriers et des sycomores centenaires jettent un peu d'ombre sur la large chaussée. Les maisons, très peu élevées, sont de simples cubes de nuvçoiiMi'ric percés d'un trou carré. Là dedans, devant un petit comptoir en liois blanc, auprès d'une forge d'une simplicité enlanline. des gens travaillent des bijoux d'or et d'argent, avec des instruments priiiiilil's, et sur des étagères crasseuses sont étalés des objets d'argent de l'ornii's cxlraordiuaires. Ce sont des agrafes où, en guise d'émeraudes, de rubis, un a encbàssé de fausses perles et des grains de verre coloré de Venise ; des colliers d'argent aux formes lourdes, aux dessins étranges; des anneaux de cbevilles ou de poignets, datant de Mouley-Ismaèl. usés })ai' le coniael des chairs ; de la bijouterie en or du Soudan. Puis ce sont des griffes de tigre, des dents de lion montées eu argent, avec des pendeloques de corail, pour conjurer le mauvais œil; des llacons d'argent contenant du « koheul » pour se teindre les cils ; des amulettes bizarres, curieusement ciselées pour chasser les « djinns ».

Des Juifs cauteleux nous suivent pas à pas; avec des regards déliants, ils tirent de foulards fripés et sales des bijoux de prix, et ils nous harcèlent pour nous les vendre.

Plus loin, sont les armuriers, les forgerons, presque nus, travaillant dans des trous plus spacieux, en sous-sol, fabriquant les longs fusils des cavaliers du « Maghreb ».

Nous regagnons la vieille porte délabrée, qui est celle du « mellah » du quartier juif, un amoncellement de maisons, tassées, pressées les unes contre les autres.

MEQUINEZ

Du sol gras cl mou ([ui s'exhausse constamment sous les couches superposées crimmondices, de détritus de légumes pourris et de viandes putréfiées, s'élève une puanteur sans nom, mêlée à d'abominables odeurs de cuisine. Tout cola tlottc en vapeurs lourdes oppressantes, entre ces murailles -suintantes, où l'espace fail défaiil, et on se sent le cœur défaillir.

Dans d'ignobles ruelles, des marchands d'une malpropreté repoussante vendent je ne sais quelles marchandises peu ragoûtantes. Des enfants teigneux en loques gi'ouillent et se roulent dans les ruisseaux d'eau croupie avec des chiens galeux. Des hommes pAles, jaunes, à longs cheveux graisseux en papillotes, coillés de calottes noires, passent courbés, les épaules rentrées, le regard clignotant, sanglés dans leurs lévites sombres, à côté d'autres très gras à figure rosée, aux gros yeux bleu-faïence à llciir de tête, aux cheveux roux.

Des femmes charnues, communes, d'une blancheur malsaine, sont assises sur le seuil des portes, épluchant les tètes de leurs nourrissons, et leurs gros pieds informes débordent en bourrelets de graisse sur leurs babouches de cuir.

Par une porte entre-bàillée, j'aperçois, parée comme une châsse, une Juive aux yeux profonds, aux cils peints, aux bandeaux noirs. Elle est dune pâleur mate, avec? des tons de cire. Sa tête est recouverte d'une sorte de mitre pointue, brochée d'or. D'épaisses boucles d'oreilles d'un travail compliqné et fastueux encadrent sa ligure, elle porte à ses chevilles des

anneaux et à ses poignets de massifs bracelets ornés de pierreries. Son corsage, tout chamarré de dorures, bride étroitement, sur sa chemise lamée d'or, et sa jupe de velours, aux coins alourdis par de larges broderies d'or, retombe droite sans un seul pli.

Dans la rue.

Des porte? ouvertes, s'échappent îles bouilees iliiuides. éconirantes, qui se déposent en huées le lonfî des murs, en imprégnant les vêtements de cette j)o|uiialiiiii hlènie, dunt le sang, faute d'air, se corromj)t a>i fond de cette prison, cl d'infects relents se dégagent des gens qui nous entourent.

Nous sommes heureux de retrouver les aspects mornes des grandes murailles grises, les trancjuillités sépulcrales des quartiers ruinés, d(> nous pei'dre dans les rues (h'^^erles, li's couloirs somhres où passent

Place devant la kasbab.

silencieux, drapés dans leurs blancs vêtements parfumés, les Maures au visage grave, à la démarche noble.

Cette après-midi, nous allons voir la <■ kashah ». Des ruelles tortueuses nous conduisent à une vaste place aride, enlour-ée de niiu-s. A notre gauche, des têtes de rocs crevant le sol, arrondis par les pluies, le soleil et les gens qui viennent s'y reposer, forment une chaîne pai-allMe à une haute muraille, sinistre dans son ellrayante nudité. A droite, des miu's peu élevés, garnis de quelques boutiques, lui font face. Derrif're nous s'étend l'enceinte crénelée de la ville, dominée par deux grands minarets, et on voit, comme un trou noir, la porte que nous venons de franchir. Devant nous se dressent, formant le quatrième côté du carré, les remparts crénelés, d'un javme roux, de la « kasbali » où s'ouvre la porte magistrale de Mouley-Ismaël.

Sa masse imposante, brisant la ligne des remparts, se détache en sa robuste élégance, pleine d'une somlire majesté entre ses deux bastions

MÉQUINEZ

carrés, donl les aiclios s'apimycnl sur de trnjiiis (>t coiirls piliers de niarljro.

La gigantesque ogive en Ter à cheval est supportc'e de chaque côté par de douhles colonncttes de marbre. Une collerette d'arabesques l'entoure de ses festons, délicieux de linesse el de lignes, et un encadrement carré, ourlé de moulures à gorges fortement évidécs, une sorte de ruban, où s'enroulent, en lettres noires sur fond vert, des versets du Koran, la distingue nettement du reste (le la haute façade, complètement cachée sous le magnifique revêtement do ses faïences.

Un reste stupéfait devant l'agencement si parfait de ces milliers de petites pièces vernissées, dont le dessin se perd dans des alternances de courbes et de lignes brisées s'interscctant, se mêlant à l'infini en une série de combinaisons géométriques d'une complication inouïe, mais d'un goût exquis dans leur gracieuse fantaisie.

Les ombres portées par les reliefs des entrelacs, les nervures des filets, jouent avec les lumières frisantes, tombant sur les innombrables faïences, atténuant la vigueur des oppositions, adoucissant la rigidité des lignes,

noyant l'ensemble dans une coloration chaude, calme, reposée, d'une harniunie indéfinissable (|iie le temps, les intempéries el la patine des siècles n'ont fait qu'accentuer davantage, en fondant encore plus les nuances, les confondant toutes dans une graude teinte neutre, ambrée, d'une douceur infinie, d'une mélancolie indicible et grandiose.

La base de la porte et des murs est excoriée, dégradée, rongée ; toute la partie inférieure de la muraille, jas(iu"à nue hauteur de dix pieds,

Tète do rebelle.

162 A TllAVERS LE MAUOC

a Cié Ladigconncc à la cliaiix el les délicates arabesques, les fines moulures ont disparu sous les crépissures successives.

L'emplacement compris sous la porte coudée entre l'ogive regardant la ville et celle opposée, sans lui faire face, s'ouvrant sur la cour do la « kasbali », est recouvert d'une voûte très élevée. Là se trouve l'ciiirée de la » Justice», une petite porte s'ouvrant dans une cloison en planches. Sous des arches peu profondes pratiquées dans le mur, des Ai'abcs sont couchés sur des gradins de pierre, enveloppés dans leurs burnous. Le sol est pavé de cailloux ronds, durs et glissants.

La façade donnant sur la cour est complètement unie, sans aucun ornement. Elle est revêtue dun épais lit de mortier, de coulinii' jaunâtre, ({ui s'en va par plaques laissant voir la brique à travers de grandes écorcburcs. L'ogive de la porte repose, elle aussi, sur des colonnettes de marbre. Le sommet de l'édifice est démantelé en partie, et des herbes, des arbustes, des girollées. poussent sur le fronton ruiné, entre les créneaux restés debout et sur le faîte des murs, auxquels la l)oite est reliée de chaque côté.

Au-dessus de l'entrée, des crocs en fer sont solidement fixés. Après chaque révolte de tribus, les chefs des rebelles précipités du haut des créneaux, avec une adresse cruelle, s'enganchent sur ces pointes sinistres, où ils restent exposés comme un exemple terrible de la toutepuissante justice du Sultan, et les oiseaux du ciel, tandis qu'ils respirent encore, viennent arracher les yeux de leurs orbites et déchirer leurs membres pantelants. Leurs cadavres restent suspendus là et les chairs putréfiées se détachent et tomlient en lambeaux dégoûtants que les chiens dévorent le jour et les chacals viennent leur disputer la nuit.

Nous sommes dans les cours intérieures de la «kasbah » ; on passe devant daulres portes donnant sur de grands espaces vides, silencieux, clos de rangées de murs menaçants ; on côtoie d'interminables murailles grises lézardées, on pénètre sous des arches informes et on arrive sur une vaste esplanade rectangulaire, très ouverte, entourée denccintes et de constructions.

Le temps se couvre, un coup de tonnerre éclate, et la pluie tombe torrentielle. Nous nous mêlions à l'abri sous un jiorticiue, adossés à une porte bardée de cuivre, munie d'un fort cadenas, dun dessin gracieux, à serrure originale très compliquée. De là nous apercevons, tlanqués de bâtiments en ruine, les toits verts surmontés de boules dorées des » khoubas » en parfait état de conservation, recouvrant les tombeaux des sultans Mouley-Abdiiurani et Mouley-Ismaël. le sultan cruel le plus vénéré de tout le Maroc.

M ÉQ Cl NEZ

C'cMait un monsieur pou commode que ce sultan Mouley-Ismaël, qui coupait de sa main la tète des ouvriers qui ne travaillaient pas à son gré, cassait sur la tète des entrepreneurs les briques de mauvaise qualité, et murait vivants les esclaves chrétiens qui lui déplaisaient.

La pluie a cessé, le soleil a reparu. Nous quittons la porte au ravissant cadenas. Près de là est un trou dans le sol, une sorte de soupirail; c'est l'entrée d'immenses caveaux se prolongeant, au dire des Ai'abes, sous tout le palais. Forestier et nmi nous nous hasardons dans le trou noir : le terrain s'incline en pente raide h peine éclairé par la faible lueur qui arrive du dehors par l'étroit orifice. Nous roulons, plutôt que nous descendons, le long du talus et allons nous buter en bas contre une carcasse desséchée de chameau. Des arcades voûtées en plein cintre, à piliers carrés, forts et élevés, s'étendent dans toutes les directions. Des chauves-souris nous frôlent à chaque instant ; on glisse sur des matières visqueuses, et une odeur fade de moisi et de pourriture emplit ces funèbres couloirs. Nous nous hâtons d'en sortir par une autre galerie débouchant sur la place.

C'est sous des voûtes de ce genre, racontent les Arabes, que les sultans, depuis un temps immémorial, entassent leurs trésors, et il court d'effrayantes légendes de gens murés dans l'épaisseur de la maçonnerie, de misérables noirs chargés de veiller sur ces trésors, qui resteraient jusqu'à leur mort dans ces fatals souterrains, sans jamais

voir une seule fois la lumière du jour, cl ma loi 1 l'aspect de ces murs sinistres, de ces salles ruinées, de ces lieux désolés, vous prédisposent assez à accepter comme vrais ces récils étranges, auxquels

Les caveaux de la kasbali.

A Tli.WKUS l.K M A HOC.

Ilarris, clans son amour ilu merveilleux, iijdulo une loi aveugle. Nous avançons maintenant le long d'une série interminable d'enceintes crénelées, de murs menaçants, évenirés, sapés par la base, ne tenant (|ne par nn prodige d'équilibre; on passe sous des voûtes

trouées au pied de terrasses, de tfïïJMIiJ^. tours, de bastions se superposant, s'enclievètrant dans un désordre \crtigineux, gardant, ntmlgré leur cadueité, leurs lianes ravagés, je ne sais (|uel air l'arnuclie et imposnil.

On traverse des lieux aban- (!iuin(''s. el. entre de liantes murailles tristes où des jardins se soni formés, on mai'che sur un tapis d'berbe fine où poussent à tdison des pavots, des pâquerettes, (les anémones.

Le ton général de ces amoncell(Mn(>nts de murailles, darches, de couloirs, de tours éboulées, est d'un jaune d'ocre rayé de longues coulées d'un brun rouge. Tout cela

Ihiinos piv» de Mrquiiipz.

est usé, émietté, rugueux, se désagr^ge lentement et semble avoir été taillé dans du sable durci. Une végétation sauvage envahit et recouvre jx'u à peu ces décombres.

Des girodées, des rés('(las poussent parmi les mousses sur le faîte des murs; des ronces, des broussailles cachent des trous béants ; des cactus géants sortent de larges fissures; et parfois un figuier centenaire, venu dans une crevasse, baigne de son ombre bleue ces niasses jaunes calcinées par le soleil. Partout des cigognes se tiennent immobiles près de leurs nids de branches sèches.

Et toujours les alignements sans fin de murailles mornes, les bastions sévères, les arches redoutables, projettent sur le ciel bleu les durs profils de leurs sommets ébréchés, se succédant avec cette oppressante et taciturne uniformité des choses mortes, si pleine d'une indicible mélancolie, d'une si poignante tristesse.

Nous suivons un chemin de ronde assez large, au bas du mur d'en-

Poi'lc (le la Uasbali à Méquinez, vue de l'intérieiip.

MÉQUINEZ 167

ceinte, sur la lisière d'enclos ombreux où coulent des ruisseaux !)ordés de saules, le long- de vergers pleins d'arbres fruitiers oîi s'épanouit avec une profusion inouïe, au-dessous des austères murailles, une végétation exubérante. Parmi les lauriers-cerises, les amandiers, les cactus, poussent, avec une surabondance de sève étonnante, des orangers, des grenadiers, des liguiers. Des rosiers grimpent le long des vieux murs moussus; des liserons s'enroulent autour du tronc des arbres; des loriots, des pinsons, des fauvettes, des mésanges, voltigent dans le feuillage touffu, lançant à pleine gorge leurs trilles perlées, et parmi l'iierbe baute et drue de ces jardins incultes des glaïeuls, des iris, des fougères, forment d'impénétrables fouillis.

Nous sommes hors de la ville côtoyant le bord, eu pierres de taille, d'un réservoir dune grande étendue, de forme carrée, dont l'eau limpide disparait presque sous les larges feuilles d'une prairie de nénufars.

l'rès de là sont des ruines étranges, inexplicables. Ce sont des avenues d'arches massives en « tabia », à lourds piliers carrés et à ciel ouvert dans un état de dégradation complet. Une douzaine de vaches errent dans ces enfilades d'arches , paissant l'herbe à travers les décombres, et quelques chèvres broutent les feuilles de ronces venues dans les interstices des piliers.

Nous rentrons en ville et allons visiter un bazar couvert, (hi y entre par une porte ogivale, barrée d'une traverse en bois qui défend le passage aux mules et au bétail. Des piliers de cèdre à pans coupés supportent un plafond à solives apparentes. Le jour vient de fenêtres latérales grillées, et des dalles recouvrent le sol. La pièce est vaste, les boutiques sont nombreuses, mais quelques-unes seulement sont ouvertes et il y a peu de monde.

Un y vend de tout : des épices, des vêtements, des tapis, des armes, des harnachements de chevaux et de mules. Harris et Ingram marchandent d'assez jolies choses et font d'assez bons marchés. Harris, commer(;ant dans la moelle des os, a un flair tout particulier pour découvrir des choses rares, des objets curieux, et une façon, qui n'appartient qu'à lui, de les obtenir à un prix presque dérisoire. Il y met des heures, mais il lasse la patience proverbiale des Orientaux, ce qui n'est pas peu dire, et finit par arriver à ses fins. En vrai « quaker» qu'il est, il roulerait, je crois, le Juif le plus retors.

A la barbe de Forestier, laquelle se hérisse de désappointement, il ralle, avec une désinvolture pleine d'aisance, des bibelots que le terrible Calabrais voyait déjà en imagination accrochés aux murs de son atelier. Des amulettes d'un dessin original «lue je guignais ardemmenl.

168 A TRAVKUS LE MAROC

croyant tli'jà li's Icnir en ma possession, nio passent sons le nez et disparaissent prestement dans la sacoche du fidèle Sélim. lier d'emmagasiner les achats de son maître.

Si Ilarris consacre des heures à conclure un marché, Marshall, avec sa nonchalance lymphatique, y emploie des jours, ce qui explique le seul achat fait par lui à Fez, un mouchoir d'une valeur de quatre francs qu'on lui laissa, huit jours après, pour vingt-cinq sous, sans doute pour le récompenser de cette procrastination sans exemple.

Quant à Ingram, il s'incline devant la supériorité commerciale d'ilarris et le charge de toutes ses transactions, ce dont il n'a pas à se repentir.

Ou a étalé devant nous de superhes tapis à nuances amorties; aux dessins délicieux; on a retiré de recoins ténéhreux des vêtements de soie et de velours hrodés d'or, des étolfes tissées d'or et lamées d'argent, des étriers niellés d'or, des armes rares, dos sabi'cs à lames damasquinées, et nous sommes partis éblouis de toutes ces richesses, datant la plupart d'époques lointaines, que sortaient de leurs trous noirs ces marchands graves, polis, glissant silencieusement comme des ombres, enveloppés de leurs linceuls de mousseline.

11 l'ail un froid de loup ce matin, el il lonibe de la neige !... Du haut de la terrasse de notre maison nous apercevons les montagnes toutes blanches. Une heure après, la neige cesse de tomber, le soleil paraît et avec le soleil la bonne et douce chaleur.

Forestier reste pour terminer une aquarelle de notre maison. J'accompagne, avec Harris et Marshall, Ingram, qui s'est muni de son appareil photographique, el pendant toute la journée on erre dans la ville, photographiant des portes de mosquées, des rues, des coins pittoresques.

Oh 1 ce misérable appareil photographique d'Ingram, combien lai-je maudit... plus tard. Que de fois ai-je lancé l'anathème contre ce pseudo-artiste, cet automate en bois de chêne ou d'acajou, cet espion maladroit, à la fois myope et presbyte, voyant faux à travers l'arrangement compliqué de ses lentilles concaves et convexes, infestant aujourd'hui le Royaume-Uni de ses reproductions blafardes, de ses copies mortes, pervertissant le goût du public et donnant comme dernière expression de l'art, comme critérium du beau et du vi'ai, un calque bête, une image déformée et lugubre d'êtres et de choses.

MÉQUINEZ 171

Et dire que pendant que je l'entourais de soins, le comblais d'attentions délicates, que j'affermissais son trépied tremblant, qu'avec des précautions presque maternelles j'aidais Ingram à le réintégrer dans son élui de maroquin, ce misérable caméléon, ce perfide serpent à lunettes, ce cyclope ingrat, mitonnait tranquillement ma ruine et celle de mes confrères du crayon.

S'insinuant peu à peu dans le journal, avec des timidités de pauvre honteux, il s'y présentait les yeux baissés avec une bypocrite candeur, à titre de simple document..., d'auxiliaire..., d'aide-mémoire... pour les artistes, occupant une toute petite place modeste, un strapontin, relégué dans un coin, inaperçu. Puis, jouant vigoureusement des coudes, il élargissait sa place, prenait celle des autres et s'y carrait avec l'impudence insolente des parvenus, accaparant toutes les feuilles du journal, débordant sur la couverture, encombrant tout, côte à côte avec l'imbécile réclame des trafiquants, salissant d'ignobles platitudes le vélin immaculé réservé autrefois à ces maîtres du crayon qui pendant plus d'un demi-siècle avaient charmé le public de leurs œuvres originales.

Aurais-je jamais pu me douter que cette boîte de Pandore, aux faces vernies, aux dehors si séduisants, contenait dans ses flancs de pareilles horreurs ; que cette espèce d'accordéon avec ses airs de jouet d'enfant, son aspect bonhomme, ses allures inoffensives, était un terrible engin de destruction, une matière explosible qui devait pulvériser le monde des arts.

Pouvais-je penser qu'un monstre redoutable était tapi, comme un tigre dans la jungle, dans l'ombre de sa chambre noire, ourdissant de sinistres complots et, patronné par le d procédé », de connivence avec les trop avides directeurs du journal, tramait froidement la perte, préparait d'un cœur léger l'exode d'une bande éplorée de dessinateurs et de graveurs, éléments, désormais inutiles, d'un journal mécanique.

Et ce pauvre Ingram ! oubliant combien la roche Tarpéienne est près du Capilole, aurait-il pu jamais se douter, lui, aussi, quand grâce à ce hardi coup de main photographique, à ce balayage subit d'un tas d'artistes et des graveurs grincheux et coûteux, il réalisait de prodigieuses économies et entassait des montagnes d'or ; aurait-il pu deviner que l'heure était proche ovi, entraîné dans la débâcle générale des feuilles illustrées, allait s'effondrer sans espoir, assassiné par la photographie, ce glorieux journal, ce compagnon aimé et inséparable de toute la gent instruite et respectable de l'Angleterre et de ses colonies, cet unique et splendide recueil de faits pris sur le vif, de pages dune vibrante

172 A THAVEIiS LK M A HOC

actualité, pleines de pittoresque, d'humour et de charmante lanlaisie, r « Illuslrated London News))! ce monument sorti d'un bloc du cerveau d'un homme degd'nie, comme Minerve dtait sortie armée de toutes pièces du cerveau de Jupiter.

Aurait-il pu, un seul moment, concevoir l'idée de cette chose inouïe, invraisemblable : F u Illuslrated London News », ce géant à la puissante circulation, atteint d'anémie et rendant le dernier soupir l'aute dune suffisante circulation, après avoir absorbé, dans les vains ell'orts laits pour le relever, les sommes fabuleuses qu'il avait rapportées.

Comment eût-il pu s'imaginer un seul instant que le public ce public d'élite qui se délectait à parcourir ses belles illustrations, pùl un jouj' ôtrc dégoûté de cette profusion idiote de photographies et de réclames et cesser d'acheter ce qui, après avoir été un supei'be mémorial de l'époque, n'était plus qu'une exhibition banale de portraits, cartes de messieurs quelconques, un ramassis d'actualités ankylosées prises au hasard de la fourchette chez le premier photographe venu, un étalage éhontc de niaises et prétentieuses réclames commerciales.

Oh ! si l'infortuné, complice inconscient du collodion, avait pu se douter des conséquences désastreuses de son engouement iri'élléchi pour l'invention de Daguerre, du résultat de ses fatales complaisances pour l'objectif et i)révoir la catastrophe finale qui devait l'enlraîner avec nous !

^lais 1 Esi-ce ([u'uii dii'ecleur de journal se doute de (juel(jue chose ou prévoit quoi que ce soit !

Nous parlons demain. Forestier et moi prolitons d'un soleil radieux pour aller croquer un peu partout, dans la ville, pendant toute la matinée.

L'après-midi, nous allons voir la grande porte par laquelle nous sommes venus emportés par la foule houleuse. Nous traversons, de nouveau, les ruelles étroites, les allées couvertes. Puis nous avançons sous une arche délabrée, sous une autre qui lui fait face et nous débouchons sur une large place entourée de chaque côté de murailles ruinées derrière lesquelles poussent des figuiers gigantesques.

Des gens sont campés sous des tentes en lambeaux, des ânes sont couchés auprès d'un troupeau de chèvres, sur la paille hachée qui couvre le sol ; des poutres équarries sont appuyées contre les murs ou gisent à terre une face pourrissant dans la boue, l'autre se desséchant au soleil.

S?3v£lLi.fthb ;,-;■ ■7,'-"-. f^Tr:=r.=r

Mosquée près de la porte du Noid .\ .Métpiinez.

Ml'.QUIMEZ

Un minarol, situé dans une rue voisine, s'ôlrve niajostueux, dépassant los murs ol domine la place où s'étend sa grande ombre violelte.

Devant nous se dresse l'immense porte découpant sur le ciel son énorme ogive. Nous passons sous sa voûte élevée entre ses hautes et lourdes pcjrtes, blindées de plaques de cuivre. Vue de ce côté elle est imposante, tranchant par la puissante carrure de sa taille sur la ligne dos vieux remparts, flanquée de ses deux lourdes lours carrées, aux sommets ruinés, aux pans lézardés, fermant de sa masse jaune la longue et largo chaussée qui descend jusqu'au fond de la vallée, bordée de murs d'un côté, de fortes haies de cactus et de roseaux de l'autre, défoncée, ravinée, bossuée d'ondulations, semée de gros rocs, polis et usés par le va-et-vient des caravanes.

Plus simple, mais aussi grandiose dans sa superbe ordonnance que celle de la akasbah», avec ses deux pilastres montant jusqu'à son faîte et couronnés chacun d'un chapiteau très proéminent, orné de pendentifs, elle disparaît sous une magnifique broderie d'entrelacs et de faïences vernissées, enchevêtrées avec un grand art, et uue remarquable fantaisie, brillant avec des rellets doux, éteints, s'atténuant et se mêlant en un ton neutre gris d'une exquise harmonie.

Plus bas, adossés an mur courant le long de la chaussée, sont le tombeau et la « khouba » du très vénéré Sidi-Ali-Ben-IIamdouch et sa jolie fontaine monumentale construite à côté.

L'ensemble de ces gracieux édifices se détache

Tombeau et khouba de Sidi-.Vli-Ben-Hamdoucli.

très clair sur un srou

pe

d'oliviers d'un vert gris et terne. L'arche de la porte de la « khouba » est d'une admirable pureté : un simple filet l'entoure se nouant au sommet et se reliant à une moulure carrée qui l'encadre. Au-dessus règne un entablement à corniche encorbelléc et ajourée, recouverte

A TMAVERS I.E MAROC.

irun l(Mt do faïoncos vertes, où poussent à foison les herbes cl les mousses. Un talus pav(5 et bordé de parapets conduit à la porte.

La fontaine contiguë, dont la corniche est semblable à celle do la « khouba », mais dépourvue de toit, est construite avec plus de recherche. Du milieu d'un cintre gothique de faïences d'un dessin d'une rare élégance, résultant de combinaisons dérivées de l'hexagone et de l'octogone, s'échappe l'eau limpide, retombant dans une auge carrée. Autour du cintre, se déroule une triple rangée d'arabesques d'un effet très décoratif, fouillées avec une grande habiloié et pleines d'une gracieuse originalité.

Nous l'ogagnons la ville a\anl la fci'molui-o des portes.

Les monts Zalirotin

DJEDIDA

Vendredi, 2o Janvier.

jN'oiis quittons la ville morte, le Versailles du Maroc. Le ciel est radieux. Nous suivons d'interminables rangées de murailles décrépites, rongées, éventrées ; on s'enfonce sous des passages voûtés, on escalade dos amas de décombres.

Près de la porte de Fez nous apercevons un groupe de cavaliers en haut d'une éminence. C'est le pacha de Méquinez qui vient nous faire ses adieux, et nous prie de camper près de sa maison de campagne où rien ne nous manquera.

Il a l'air très bien, ce pacha à barbe blanche, à fine physionomie, dans sa robe de soie mauve, enveloppé dans son « haïk » de mousseline blanche, monté sur une mule magnifiquement caparaçonnée, en avant de ses soldats à belles mines, aux vêtements muKicolores, aux fusils brillant au soleil. Uarris s'est approché, l'a remercié. Le vieillard a salué, a mis la main sur son cœur, et a fait volte-face avec son escorte.

Puis nous avons continué à longer les vieux murs croulants.

A TUAVEllS LE MAROC

On passe sous une ileriiièro arche, on francliit un pont et nous voilà hors de hi ville. La rivière, très peu profonde, semée de rocs, coule sur un fond de cailloux, haif^nanl le pied des remparts dans un fouillis d'arbres el d'arbustes. Des centaines de femmes, des négresses pour la plupart, la face voilée, mais les jambes nues jusqu'aux cuisses, font la lessive, battant le linge de leurs pieds en chantant sans désemparer. Des

hommes ai)rès avoir lavé les uniques vêtements qu'ils possèdent, les ont exposés au soleil el attendent, dans un état de nudité complète, qu'ils soient secs pour s'en couvrir.

Nous nous ari'ètons un moment j)rès d'un bastion ruiné couronnant le liant de la colline que nous venons de gravir. Méquinez, de là, se montre sous un aspect saisissant.

Au-dessus de lignes de formidables remparts se superposant, s'entrecroisanl, avec des séries de murs menaçants , d'enceintes inextricables, de tours démantelées crevées de trous béants, s'étagent, chevauchant les unes sur les autres, se pénétrant, se tassant à l'infini, les innombrables terrasses des maisons, les toits verts des mosquées, les hauts minarets, les faîtes broussailleux des palais abandonnés des Sultans. Et sur toute cette blancheur de sépulcre chauffée par l'implacable soleil pèse la morne et solennelle tristesse de la vieille ville agonisant dans ses ruines farouches.

Notre kaïd a sa maison à Méquinez. L'émotion de se retrouver en famille a dû être très forte chez lui, car il semble exténué aujourd'hui. Souvent il reste en arrière, et il paraît plus vieux, plus cassé, plus ratatiné que jamais. Ses yeux caves^ sa peau atrocement tendue sur les os, ses mouvements raides, automatiques, lui donnent des airs de momie articulée. Sa physionomie est empreinte d'une telle expression d'indéfinissable tristesse, de profond abattement, de i-ésignation forcée, qu'on se sent pris involontairement de pitié pour ce vieillard raidi sur sa selle, supportant avec un calme stoïque la douloureuse angoisse de sa jeunesse disparue, de ses forces épuisées devant ses désirs restés jeunes.

Vue de Méquinez.

DJEDIDA

Nos hommes, derrière lui, sourienl malicieusement, et le pauvre soldat, droit, figé dans sa pose, avec une ombre de vie dans son vieux corps usé, avance, l'œil fixe, regardant devant lui sans voir de ses yeux atones.

Après des jjois d'oliviers ce sont des champs d'orge, entre de hautes

Un pont près de Djedida.

murailles jaunes, lézardées, des restes de forts. Puis reviennent les immenses plaines de palmiers nains, avec des horizons de montagnes Lieues, ci plus loin des pics couverts de neige. On traverse de frais ruisseaux aux bords fleuris, et au fond d'un ravin escarpé, on passe un cours d'eau sur un pont à dos d'âne à une seule arche sous laquelle poussent des roseaux.

A l'angle du pont, devant une hutte de chaume^ un nègre aux orbites vides, d'oîi coulent des filets de sang, implore la pitié des voyageurs.

AUTOI-R Dr MAROC

Ensuilc la [ilaine reprend avec les palmiers nains, les espaces arides, les plateaux rocheux d'où sortent de dessous des voûtes de calcaire striés de zébrures verdàtres, des ruisseaux allant se perdre dans des gorges et des vallons.

On côtoie quelque temps une petite rivière et on fait lialtc près

Montagnards.

d'un village dune douzaine île lentes cl de maisons de chaume, le village de Djedida.

En face de nous, à trois milles de distance, s'élève la chaîne des montagnes de Zahroun aux sommets tourmentés coupés de profondes déchirures. Elles sont habitées par des tribus indomptées qui ne reconnaissent aucune autorité. Les gens du village racontent qu'il y a peu de jours ces féroces montagnards ont coupé en morceaux un envoyé du Sultan.

Les Nemrod, pendant que le camp se dresse, arpentent les alentours. La trompe d'Harris sonne, les coups de fusil crépitent, et les

UJEDIII A

heureux chasseurs revienuenl abondammeul pourvus de gihier. ^iolrc garde-manger regorge de perdrix cl de cailles.

Le temps se gâte après le coucher du soleil. Le ciel se voile de vilains nuages gris et l'eau tombe à iorrenls. Toute la nuit, par la pluie haOante, les Arabes qui veillenl sur nous ont poussé leur ci'i d'appel et chante'.

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Vieux pont avant d'arriver ;i la Mclidiouna.

LA MEHDIOUNA

Samedi, 26 Janvier.

Le beau Icmps est l'cvenu, le chaud soleil, le ciel bleu. Le pays est très giboyeux, Ilarris, Ingram et Marshall partent, avec Antonio, à la poursuite des compagnies de perdrix, et nous suivons une autre route avec la caravane et le kaïd. On se donne rendez-vous non luin de là, à un pont sur le chemin de Fez.

Le kaïd parait soucieux. Est-ce le voisinage des montagnes infestées de tribus pillardes qui le rend ainsi? Est-ce un autre motil? Je l'ignore. Il a examiné avec soin les batteries de son fusil, en a fait jouer les ressorts, l'a amorcé à nouveau et l'a phicé bien en main. Il a donné ensuite de l'éperon dans le ventre de sa bête qui, tout en conservant son immuable pas automatique, a pris une allure un peu plus vive, cl il reste à vingt mètres en tète, maintenant la distance. A'ous avançons en un groupe serré, personne ne parle. On sent qu'une inquiétude vague, gênante, pèse sur tout le monde. Un danger inconnu nous menace-t-il...? Allons-nous être attaqués d'un moment à l'autre...?

Depuis une demi-heure nous apercevons à notre droite, sur la crête

184 A THAVEHS LE MAHOC

extrême de Ja culline (jui borde la jjlaiiie, un cavalier armé qui yalope parallèlemeul à uuus et semble surveiller tous n(js mouvemeuts. De (emps en temps il s'arrête, nous l'ait l'ace, reste un moment immobile le fusil en travers de sa selle, et repart à fond de train longeant la côte sans jamais nous ])erdre de vue. Que diable cela veut-il dire...?

Le ka'id semble plus anxieux. Il s'arrête souvent, porte la main gauche en abat-jour au-dessus de ses yeux, et son regard parait sonder les replis de la plaine, les anfractuosités de. la montagne. Et toujours, à notre droite, la silhouette du cavalier fuyant se détache en ombre noire sur le ciel.

Nous sommes à l'extrémité du plateau, le mystérieux cavalier a disparu, s'est évanoui comme une ombre. Le kaïd a repris son air baljituel, nos hommes se sont remis à babiller, el nous avons replacé nos fusils en bandoulière. Cette fois nous en sommes quittes pour la peur, si toutefois il y a eu lieu de ci'aindre (juelque chose. Il n'('faif pas écrit que notre dernière heure sonnerait ce jour-là.

Le plateau s'abaisse brusquement en une pente aride, rayée de grandes strates de roches grises, hérissée d'énormes blocs de calcaire aux arêtes déchirées. Au bas, coule l'oued Mehdiouna, entre des rives boisées tranchant crûment sur le versant nu et rugueux. Un pont traverse la rivière.

Nous apercevons Ingram, au milieu du courant, faisant ses aiilutions. Des Arabes attroupés contem|)lent avec ime maligne curiosité ce gros garçon gras, dodu, épanoui, aux chairs blanches, s'ébattant avec des mouvements de jeune plioque dans l'onde qui rejaillit en gerbes autour de lui.

Ilarris et Marshall sont là aussi, avec Antonio, dont la mule est chargée de dépouilles opimes. Ils ont fait une chasse miraculeuse : une quarantaine de perdrix, des cailles, des bécasses, des pigeons, etc. Les gens du village qui les avaient accompagnés, en rabattant le gibier, les ont suivis jusqu'ici, pour ramasser les douilles de cuivre des cartouches vides.

C'est un endroit fréquenté par les caravanes et les voyageurs qui, d'habitude, s'y arrêtent. Des soldats du » maghzen » font baigner leurs chevaux. Un riche Maure, accompagné de son harem, s'est installé à l'ombre d'un olivier. Des domestiques tiennent les mules par la bride, d'autres préparent une collation. Ses femmes, voilées, couchées sur le gazon, caressent d'adorables bébés, habillés de soie rose, bleue, jonquille, amarante, vert d'eau, et de frais éclats de rire, des envolées de petits cris joyeux, partent à tous

A MCUDIOCNA

moments du jïroupo bigarré. Un pacha à barbe grise vient de mettre pied à terre ; les hommes de son escorte ont étald un tapis et y déposent des provisions.

En amont du jiDiif, l'eau coule très calme entre des rives l)oi'dées de joncs, d'iris, de glaïeuls, parmi les saules et les lauriers-

Cavaliers marocains.

roses et va se perdre plus loin sous l'ombre de massifs d'oliviers et d'orangers paraissant très verts sur les tons roux de la colline pelée.

Devant les piles du pont s'élèvent des gerbes de roseaux et leurs hautes tiges minces en dépassent le tablier.

En aval, la rivière conserve quelque temps ce même aspect paisible, mais, à deux cents mètres plus loin, son lit se creuse tout à coup, avec de brusques ressauts, et l'eau se précipite en une série de chutes bouillonnantes. Du bord de berges escarpées, en pente presque verticale, on aperçoit au bas du précipice, à une

profondeur de deux cents pieds, les eaux ('•ciimantes, se frayant un passage à travers d'énormes rocs, dressant leurs tôtes noires au milieu du courant. Au fond de cette gorge abrupte, une sauvage végétation s'est développée : sur des îlots de rochers et de terre, des figuiers et des oliviers ont poussé parmi d'épais buissons; d'étroites bandes d'alluvions. relenues par des racines et des ceintures de rocs moussus, s'élancent de gigantesques roseaux, de plus de vingt pieds de haut, dont le soleil dore les cimes et l'eau baigne les pieds ; des plantes tapissent les parois rugueuses, jii'iièlrent dans les crevasses, s'eurdulml aux saillies aiguës, et une vapeur fraîche, bleue, irisée, monte constamment d'en bas avec le rugissement des eaux.

Aous prenons quelques croquis et les enragés chasseurs nous quittent et vont en avant, détruisant tout sur leur passage.

Tandis que je dessine, un cavalier paraît à peu de distance, à un coude que fait hi roule, cause un instant avec les Arabes de Djedida, les rabatteurs, qui lui montrent leurs cartouches vides, et tout à coup, enfonçant ses éperons dans les ilancs de son cheval se lance ventre à terre de mon cùlé, brandissant son fusil ([u'il décharge à mes oreilles, ari'ète net, d'une brusque secousse, l'animal qui lléchit, saute à terre, s'incline, me prend la main et la baise. 11 me faisait l'honneur d'une fantasia. Je réponds à cette marque de politesse par l'offre d'une cigarette, qu'il accepte de grand cu'ur, et je lui fais cadeau d'une cartouche pleine, ce qui le comble de joie. xXous nous saluons mutuellement et il s'éloigne suivi des Arabes.

Nous quittons la ^b'hdiouna et, à trois milles de là, nous retrouvons ilarris, Ingram et Marshall se reposant en nous attendant auprès d'une autre rivière. ISous la traversons à un gué, à cinquante mètres au-dessus d'une chute etTroyable tombant d'une hauteur de trois cents pieds de haut.

C'est une autre Mehdiouna, mais plus sauvage, plus âpre, avec plus de caractère encore. Le paysage en amont est tranquille et morne. Des champs cultivés arrivent en pente très douce jusqu'à la rivière, mais, pas un arbre, pas im buisson, rien, ne brise la désolante monotonie de ces terres de labour.

En aval, c'est un etTrayant spectacle. Dans une plaine immense, aride, limitée par une ligne basse de montagnes d'un bleu sombre, s'ouvre, semblable à une tranchée de Titans, dans un terrain argileux d'un brun rouge, une fissure gigantesque, large, profonde, comme si, dans quelque affreuse convulsion, la terre s'était subitement déchirée.

LA MEIIDIOLNA

Au fond du gouffre, obstrué do pans entiers de calcaire, de blocs de basaltes brisés, de formes étranges, d'amas de pierres usées, polies par les frottements répétés, l'onde roule en grondant avec des tourbillons,

La cataracte.

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des remous, des refoule- ments prodigieux. Et l'énorme niasse liquide, lancée dans le vide, retombe en flots d'écume dans l'abîme avec un épouvantable fracas, hurlant sa plainte déchirante et terrible.

Sur un plateau formé par uu affaisemcnt du sol et surplombant le précipice, des Bédouins ont dressé leurs tentes, à l'extrême bord du terrain et, à chaque heure du jour, à chaque heure de la nuit, ils entendent l'incessant tonnerre de la cataracte, le sourd bruissement des eaux rongeant la base de la falaise. Et un jour, celle-ci, minée dans ses fondements, disparaîtra dans les eaux mugissantes, emportant tout avec elle. Et les gens des caravanes à qui on racontera l'histoire du plateau détruit, du village disparu, diront : « C'était écrit, que la volonté d'Allah soit faite. » Et d'autres Bédouins iront [ilanter leurs tentes sur les bords croulants du ravin maudil.

11 existait encore l'année dernière un pont do pioric audacieuscment jeté par-dessus l'abîme. Il s"est cllundré, enipoilé par les pluies de l'hiver et lés attaches du pont, avec un bout de chaussée pavée, restent encore de chaque côté, muets témoins de la catastrophe.

Et les Arabes indifférents suivent maintenant le gué, comme autrefois ils traversaient le pont, qui ne sera jamais reconstruit, pas plus que ne seront jamais rebâties les murailles ruinées de ^léquinez, les palais écroulés des anciens sultans, les superbes mosquées de l'Islam. C'était écrit! qu'Allah soit loué! car tout est écrit au Maroc, môme ce qui ne peut pas s'écrire.

Nos hommes sont à peu de distance d'ici, dans un village oii nous camperons ce soir. Du haut d'une éminence nous pouvons les apercevoir avec les mules. Nous les rejoignons à travers des champs labourés avec les chasseurs sur nos flancs, qui fusillent à tort et à travers, mettant en révolution tout le pays.

Nos mules effrayées, les oreilles droites, soufflent fortement, ruent, se cabrent, font des écarts et, entre temps, s'arrêtent tout à coup pour braire à tue-tête. Soudain la mule de Forestier part à fond de train, la mienne la suit et nous voilà, mal d'aplomb sur nos selles à peine sanglées, sautant les fossés, escaladant les haies, dévalant le long des talus, absolument à la merci de nos bêtes affolées. Nous arrivons comme une trombe dans le village, une meute de chiens se précipite en aboyant à nos trousses, des gamins nous poursuivent. Les hommes nous regardent d'un air narquois, les femmes se garent en riant avec leur marmaille, des bandes de poules effarées se sauvent en poussant des cris suraigus. Nos gens, loin de soupçonner que nous subissons le caprice de nos coquines de mules, croient à une fantaisie de notie part, nous accueillent par de bruyants hurrahs et nos bêtes, subitement calmées par le son de ces voix connues, s'arrêtent brusquement dans un tonnerre de cris et d'aboiements et nous permettent de reprendre possession de nous-mêmes.

Le sheik de Djedida, c'est le nom du village, outré sans doute de cette débauche inattendue de coups de fusil, a montré une rare mauvaise volonté à notre égard, se refusant à nous fournir quoi que ce soit : mais Harris, l'impétueux Ilarris, toujours à cheval sur son amour-propre, très soucieux de sa dignité, et d'une susceptibilité pointilleuse pour tout ce qui touche à sa réputation d'homme qui ne se laisse pas marcher sur le pied, l'a vite remis à sa place, et traité de la belle façon.

Il était allé, au débotté, voir le sheik. Ce dernier, ignorant qu'une lettre du Sultan, périmée entre parenthèses, nous autorisait à requérir

La Mclidioiina.

1,A MEHniOUNA

SCS bons olTices, avait reçu Ilarris avociini! IVoidciii' marquée. Celui-ci, vexé rio se voir traité comme le premier galopin venu, avait d"un geste théâtral lancé à ses pieds la lettre du Sultan. Le slieik l'avait ramassée, baisée avec révérence, et jiorlée à son front. Puis, après en avoir pris connaissance, avait présenté ses excuses à Ilarris, s'était mis entièrement à sa disposition et lui avait tendu la main en lui souhaitant la bienvenue.

Mais Ilarris, courroucé, blessé dans sa dignité d'illustre voyageur méconnu, avait refusé, en bloc, la main, les excuses, les souhaits do

Djeditla.

bienvenue et, dans un jargon arabe, qu'heureusement lui seul avait compris, il avait prodigué au pauvre fonctionnaire abasourdi les épithètes les moins choisies et était parti se réfugier sous sa tente, comme Achille, après l'avoir traité de misérable chien.

Quand ce dernier s'était présente au camp pour lui renouveler ses excuses et ses offres de service, il avait noblement refusé de le recevoir et avait confié au kaïd le soin de lui remeffrc une liste de provisions qu'il devait fournir sur-le-champ et sans aucune rétribution, et le malheureux sheik, tout confus, était parli |)our commander la " mouna » si impérieusement exigée.

On le voit Ilarris n'y était pas allé de main morle : il avait lièrement revendiqué ses prérogatives, llétri comme elle le méritait la conduite de ce personnage indigne, poussant l'audace à ce point de refuser la << mouna » à des étrangers, jusqu'à ce qu'il se fût assuré, par un ordre ('crit, qu'ils y avaient droit, l'aveuglement à ce degré

de ne pas voir du jn'cmier coup sur nos faces, sur celle d"Harris à tout le moins, que nous étions porteurs d'une lettre de Sa Majesté le sultan et chérit du Maroc.

Il est vrai que, si dès le début, on eût commencé par la lui présenter il se fût immédiatement incliné devant la volonté de son souverain, nous eût traités avec les égards que comportait la missive et ce regrettable incident ne se fût pas produit. C'eût été plus logique, j'en conviens, mais nous eussions perdu la belle scène entre Harris et le sheik, le coup de théâtre de la lettre lancée à ses pieds, et cela valait bien une entorse donnée au sens commun. Et puis! Harris, Al-Aissoui, le héros de Sheshouan. pouvait-il s'abaisser à ce point, de donner à un simple subalterne une preuve de la validité de la requête qu'il lui faisait? Non, ce n'était pas possible, c'eût été déchoir, et Harris, pour lie pas en tomber, s'élail fait visser sur le piédestal de sa renommée en attendant le moment de s'v faire co\iler en bronze !

Les étangs près de Fez.

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