‹ A travers le monde romainChapitre 11 sur 30 · Comptes rendus de VAcad. des Inscr., 1904, p · texte numérisé non relu

Comptes rendus de VAcad. des Inscr., 1904, p

sud, donne accès dans une cour, encadrée d'un portique, qu'entourent les différentes salles (B). Le centre de cette cour est occupé par une vaste et profonde citerne, creusée en, partie dans le roc ; elle était voûtée et recouverte d'une mosaïque dont, par malheur, il ne reste aucun débris. Le portique est d'ordre dorique; l'exécution en est passablement grossière, mais elle présente, dans l'ajustage des différents morceaux, de curieuses particularités de technique ; sur les épistyles sont gravées, en lettres monumentales, des inscriptions dédicatoires d'un grand intérêt, provenant des bienfaiteurs de la Confrérie des Poseidoniastes. Comme il arrive à Délos, dans un certain nombre de maisons, la cour n'est pas placée au 'cetitre de l'édifice. Elle occupe ici l'angle nord-est et les salles s'ouvrent seulement sur ses côtés ouest et sud. On trouve d'abord, à l'angle nord-ouest de l'édifice, une très vaste salle (C), pavée en mosaïque, qui semble avoir été la salle d'honneur de la Confrérie. Faisant pendant à cette salle, dans l'angle sud-ouest, est le sanctuaire (D) exploré par M. S. Reinach : il est précédé d'une sorte de seconde cour, qu'une colonnade isole de la première et comprend quatre petites chambres, ouvrant sur un portique couvert, dont chacune était peut-être consacrée au culte d'une divinité particulière. Sur le côté sud ouvraient aussi une ou plusieurs salles (E),

dont il ne reste aujourd'hui que les sous-sols. Ces sous-sols devaient être utilisés comme magasins. »

L'établissement des marchands romains était beaucoup plus important : il occupait un espace triple ou quadruple dans la plus belle partie de l'île, entre l'enceinte d'Apollon et le lac sacré. Cyriaque d'Ancône, au xv° siècle, vit encore debout les innombrables colonnes qui en soutenaient les portiques ; elles n'existent plus de nos jours ; mais les fouilles ont permis de se faire une idée exacte de l'édifice avec ses exèdres, ses mosaïques, ses statues. Au centre s'étend une vaste cour déforme trapézoïdale de 90 mètres de long sur 70 de large ; les quatre côtés, garnis d'un portique d'ordre dorique, sont occupés par une série de chambres de formes diverses, dont la nature, pour chacune, n'est point aisée à déterminer ; mais que l'on ne se trompera pas en regardant les unes comme des logements — on y a même constaté l'existence de salles de bains — les autres comme des bureaux, des salles de réunion et des chapelles. Les sous-sols étaient, a-t-on supposé, utilisés comme magasins ; on y a trouvé un alignement de longues rangées d'amphores. On aurait donc là, en plus grand, la répétition de ce qui a été constaté chez les Poseidoniastes.

D'autre part, on a signalé depuis longtemps, sur le versant occidental du Cynthe, au-dessous

de la « Caverne du Dragon » des ruines assez étendues. Am. Hauvette y avait fait, il y a une trentaine d'années, des recherches et en avait deviné la nature. Des fouilles récentes y ont mis au jour toute une série de constructions, assez compliquée, qui se développait sur une grande terrasse. Du côté du Nord s'élevaient des temples et des chapelles consacrés à des divinités syriennes, Hadad et Atargatis, Hadran et Hagnè Aphrodite. Un long escalier ou plutôt une large rue, en pente raide, coupée fréquemment de degrés, conduisait de là jusqu'au lit de rinopos, traversant le quartier établi sur le penchant de la colline.

Du côté du Sud, la plate-forme était réservée aux divinités égyptiennes, à Sérapis*, à Isis, à Anubis, à Harpocrate. Les nombreuses inscriptions que les fouilles ont rendues ne peuvent laisser aucun doute sur la nationalité des dieux multiples adorés en ce lieu. L'Egypte y voisinait bien avec l'Asie ; Hauvette a eu raison de donner à ce grand ensemble le nom de « sanctuaire des dieux étrangers ».

Évidemment, la juxtaposition et le mélange de tous ces cultes exotiques ne peut s'expliquer que par la juxtaposition et le mélange de leurs adorateurs autour du port de Délos.

La prospérité de Délos dura jusqu'à l'époque de la guerre de Mithridate. A ce moment, en 88, un des généraux du roi du Pont, Archelaos ou Metrophanes, voulant frapper Rome dans son commerce, envahit l'île et la ravagea ; les temples furent pillés, les statues brisées, la colonie romaine massacrée ou dispersée. C'était un premier coup porté à la prospérité de la place, mais non point encore le coup mortel. La guerre finie, il y eut un renouveau. Les Romains revinrent ; on redressa les statues, on répara les ruines ; les affaires reprirent ; on se remit à espérer en l'avenir. Mais l'heure fatale était arrivée. Durant la deuxième guerre de Mithridate, en 69, les pirates s'abattirent à leur tour sur la sainte Délos, dont les temples et les magasins regorgeaient encore de richesses ; ce dernier désastre lui fut fatal. Déjà après la crise de 88, les négociants étrangers avaient cessé en partie de fréquenter son port ; bientôt les Romains quittèrent la place à leur tour. Le grand entrepôt entre Rome et le Levant se déplaça. Il faut le chercher maintenant sur les côtes mêmes de l'Italie, à Pouzzoles.

Pouzzoles était située sur le rivage campanien, à quelques lieues de Naples, vers le Sud- Ouest, au fond d'une rade spacieuse, qu'il était assez aisé de protéger contre les vents etles flots. Au début du ir siècle avant notre ère, Rome, qui

allait entrer en relations suivies avec la Grèce et avec TAsie, sentit le besoin d'avoir un port dans la région où aboutissait alors pour l'Italie le commerce méditerranéen, en Campanie. Elle aurait bien pu essayer de détourner le trafic vers son propre port, Ostie ; mais Ostie était déjà dans de très mauvaises conditions ; les atterrissements formés par le limon du Tibre tendaient chaque jour à l'ensabler davantage et les bâtiments, venant du large, devaient jeter Tancre à une certaine distance et rester exposés à l'agitation de la mer ; il ne fallait pas songer à y attirer les étrangers. Le plus sage était de faire de Pouzzoles l'emporium officiel de la République. De là, les marchandises pouvaient assez aisément gagner la capitale en longeant par mer le rivage, assez inhospitalier du reste, du Latium, ou plutôt en prenant la voie de terre, par la via Appia qui passait à quelque distance au Nord-Est.

La consécration donnée au port de Pouzzoles par la puissance romaine explique le développement de la ville après les guerres puniques et rétablissement sur ce point de colonies diverses, dont j'aurai à. parler tout à l'heure. Cependant, comme dit Lucilius, il n'y avait encore là qu'une Delos minor ;mais c'était déjà beaucoup qu'on songeât à comparer cette nouvelle venue au plus grand entrepôt de la Méditerranée. Le jour où la grande Délos disparut, la fortune de la petite changea subitement ; la chute de l'une

assura l'apogée de l'autre Nous la voyons au temps de Cicéron, en relations d'affaires constantes avec les pays d'outre-mer. « Grâce aux ouvrages de Cicéron, écrit un auteur qui a consacré à Pouzzoles romaine un livre important', on peut se faire une idée de la vie commerciale de Pouzzoles, vers la fin de la République. On y lit les noms de quelques riches commerçants, possesseurs de nombreux navires. C. Rabirius Postumus, le fameux banquier, était du nombre. Sa flotte marchande était magnifique. Créancier du roi Ptolémée Aulète, surintendant des finances égyptiennes, il fut à un certain moment le roi du commerce égyptien et putéolan.

« Dans un passage des Verrines, Cicéron nomme d'autres négociants. Ceux-ci, menacés, pillés par Verres, avaient été appelés à Rome comme témoins, lors du procès intenté au célèbre mal versa teur.

« Je vois ici toute la ville de Pouzzoles, dit Cicéron ; je vois ici une foule de négociants riches et honnêtes, venus pour attester que leurs associés, que leurs affranchis, dépouillés, mis aux fers par Verres, ont été les uns assassinés en prison, les autres frappés par la hache. L'orateur nomme les victimes ou les témoins appartenant aux plus grandes familles de Pouzzoles ;

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