Ciille des divinités d'Alexandrie, p
du reste, probable même, que ces divinités du Nil, n'ont pas été importées directement à Pouzzoles, mais par l'intermédiaire de la Sicile ou de Délos. Le fait, au fond, reste le même. On n'a pas trouvé sur place de traces importantes des cultes égyptiens, sauf quelques statues ou statuettes. Il est vrai qu'on a longtemps regardé un des seuls édifices encore existants au bord de la mer comme un temple dédié à Sérapis ; on ne doute plus aujourd'hui qu'il faille y voir un marché.
A en juger par le nombre des documents qui nous sont parvenus, là, comme à Délos, les Asiatiques formaient la majorité de la colonie étrangère ; à côté d'armateurs ou de mariniers du Rhône ou de la Saône, de marchands-tl'huile ou de salaisons espagnols, de commerçants en blé de Cartilage ou de Cyrénaïque, on troiive des négociants de Korykos, de Nicomédie, de Pergé, d'Ephèse ; des Nabatéens, des Syriens de Beyrouth, de Tyr, d'Héliopolis et d'autres villes du Levant. Les Tyriens semblent y avoir été particulièrement puissants. Nous avons à leur sujet un document de premier ordre, qui nous montre bien l'organisation de leur communauté. C'est une lettre écrite en 174 après J.-C, par les Tyriens résidant à Pouzzoles « à la ville des Tyriens, métropole sacrée, inviolable, autonome de la Phénicie et des autres villes, et la première sur mer ; aux fonctionnaires, au Con-
seil, à l'assemblée du peuple de la patrie souveraine ». Elle est ainsi conçue :
« Par les Dieux et par la Fortune de l'Empereur, notre maître. Comme vous le savez, il y a à Pouzzoles d'autres «stations» que la nôtre ; mais par son organisation et sa grandeur la nôtre est supérieure aux autres. Jadis les Tyriens résidant à Pouzzoles subvenaient à son entretien parce qu'ils étaient nombreux et riches. Mais aujourd'hui notre nombre a diminué fortement, si bien que devant, d'autre part, fournir aux sacrifices et au culte de nos divinités nationales qui ont ici leurs temples, nous ne pouvons faire face à la location de la « station », qui est de 250 deniers par an... En conséquence, si vous voulez que notre «station» soit maintenue, nous vous prions de prendre à votre charge le payement de 250 deniers de la location... Nous vous rappelons aussi que nous ne recevons aucune contribution ni des armateurs ni des négociants? contrairement à ce qui se passe dans la ville souveraine de Rome. Nous nous adressons donc à vous ; notre sort dépend de vous. Occupezvous de l'affaire.
« Lettre écrite à Pouzzoles, le sixième jour avant les calendes d'août, sous le consulat de Gallus et de Flaccus Cornelianus. »
A quoi le Sénat avait répondu que la demande paraissait juste et que, puisque les Tyriens de Rome avaient toujours eu l'habitude de verser
à ceux de Pouzzoles, sur les sommes perçues par eux-mêmes, les 250 deniers en question, la coutume devait être maintenue dans l'intérêt de la patrie.
Rien ne nous montre mieux que ce document la façon dont se comportaient à l'étranger ces commerçants levantins, quelles relations intimes ils entretenaient avec la mère-patrie et les ports de commerce voisins, comment il& unissaient le trafic à la religion. On s'est, en effet, longtemps demandé ce qu'il fallait entendre par le mot « station »; inscrit au début de la lettre des Tyriens. L'explication définitive a été donnée, il y a une dizaine d'années, par un savant italien, M. Cantarelli. Il a eu l'idée de comparer cette station avec des étabUssements que possédaient au moyen âge les nations occidentales en rapports de commerce avec l'Orient et que l'on nommait fondachi. C'étaient, dit-il, de grands édifices destinés à loger les marchands et à emmagasiner les marchandises. Les Génois, les Vénitiens, les Pisans possédaient en Orient des entrepôts de cette sorte, et, à leur exemple, on en avait établi à Venise pour les peuples qui commerçaient avec la République, entre autres, les Turcs, les Sarrazins, les Allemands.
L'organisation du fondaco des Allemands est la mieux connue. Dans les salles qui le composaient,outre les négociants qui venaient des provinces germaniques et qui y déposaient leurs
marchandises, se logeaient encore les jeunes gens désireux d'apprendre la langue italienne et les usages du commerce, comme aussi d'autres personnes qui se rendaient à Venise pour professer les différents arts et qui étaient assez nombreux pour former des écoles ou des corporations.
De même à Alexandrie, chaque marchand trouvait dans le fondaco de sa nation, un logis et un abri pour ses marchandises ; et, rapprochement très précieux, des chapelains, domiciliés dans l'établissement, se tenaient à la disposition de leurs compatriotes; les /b/irfacA/ a valent, en effet, leur chapelle, consacrée au patron de la nation de laquelle ils dépendaient \
1. On a noté la même organisation dans l'Italie méridionale (Yver, Commerce ei marchands dans l'Italie méridionale, p. VJ^ et suiv.) : A Naplcs, à Barletta, tout comme à Constantinople et à Acre, chaque communauté possède son viens, sa plalhea, sa loggia Les Marseillais, les Pisans, les Génois, les Vénitiens qui, après les Amaliîtains, étaient venus s'installer dans les ports de l'Italie méridionale, procédèrent en cette contrée, ainsi qu'ils avaient procédé sur les côtes de Palestine et de Syrie.
Les mots viens et ruga (ils sont synonymes) désignent moins une rue que l'ensemble des constructions occupées par les gens d'une même communauté. Plathea s'applique plutôt aux terrains à bâtir. Chaque communauté possède d'ordinaire l'un et l'autre. Dans la ruga s'élèvent les principaux édifices, les uns destinés à Tusage des particuliers, les autres à l'usage commun de la colonie. Parmi les premiers, les maisons d'habitation, les hanchi di câmbio, les magasins et les boutiques qui, tantôt, appartiennent aux marchands eux-mêmes, tantôt, au contraire, à des propriétaires du pays qui les louaient à des étrangers ; parmi les seconds^ l'entrepôt (fondaco), les bains, le
Il en était certainement ainsi à Pouzzoles poulies Tyriens. Cette « station », très riche au moment de la prospérité du port,devenue ensuite comme une succursale de celle de Rome, comprenait à la fois une hôtellerie pour les Tyriens établis dans la ville, une série de magasins pour les marchandises et un sanctuaire pour les dieux nationaux.
Nous avons vu plus haut que le local attribué à Délos aux Poseidoniastes de Beyrouth présentait ce triple caractère : il y avait là une disposition commune à toutes les « statiom: » et générale, parce qu'elle répondait à une nécessité également générale,
Ainsi arrivèrent et s'implantèrent sur le sol de la Campanie tous les dieux de l'Orffent : le
four, l'église, centre religieux de la communauté, et la loge {loggia), qui en est le centre politique. Les marchands ne négligent jamais, en effet, de se placer sous la protection du patron de leur pays. A Naples, les Génois habitent autour de l'église Saint-Georges ; les Florentins, près de Saiat-Jean-Baptiste ; les Français dans le voisinage de Saint-Eloi. Des chapelains entretenus par la colonie desservent les églises. Quant à la loge, elle est l'édifice civil le plus important du quartier. A Naples, au début du xiv« çiècle, nous en trouvons une pour chacun des groupes étrangers, Marseillais, Génois, Pisans, Catalans, Florentins, établis dans la ville... La loge était pour les marchands un lieu de réunion où ils venaient discuter leurs intérêts, une espèce de Bourse et, en même temps, de maison commune où se conservaient les documents relatifs à la nation. Le consul y tenait, sans doute, son tribunal. Parfois aussi,des constructions destinées à être louées, magasins ou logements habitables, s'élevaient à l'intérieur ou dans le voisinage.
t206 LE COMMERCE ET LA PROPAGATION DES RELIGIONS
Baal de Tyr ; le Baalcl'Héliopolis, autour duquel se groupèrent, avec les Héliopoli tains, les gens ■de Beyrouth et ceux de Germella, ville encore inconnue de la Syrie ; le Baal de Sarepta, dont un fils du pays apporta avec lui une image en l'an 79 de notre ère ; celui de Damas ; le dieu des Arabes, Dusarès, mentionné sur une dédicace araméenne de 11 après Jésus-Christ ; celui des Nabatéens, auquel un personnage du nom ■de Banhobal avait construit en 39 avant Jésus- Christ une mahramla (= sanctuaire), que trois de ses compatriotes, Ali, Mactaï et Saïdu réparèrent sous le règne d'Auguste ; la clea Syria ; €t aussi la Tanit carthaginoise, en l'honneur de qui des dévots consacrèrent, en son sanctuaire, toute une série de bijoux et d'offrandes précieuses. Il ne faut pas oublier non plus la colonie juive de Pouzzoles, fille peut-être de celle d'Alexandrie ; elle était déjà importante au début de l'Empire et riche : on sait que saint Paul, en débarquant à Pouzzoles, au milieu du i'' siècle de notre ère, y trouva une communauté chrétienne qui était l'œuvre de Juifs locaux. On ne se trompera assurément point en pensant que, là encore, le commerce avait préparé le terrain à la religion.
Toutefois, il était très surprenant que Rome, devenue ce qu'elle était à la fin de la République, se contentât d'un port situé à près de 200 kilomètresetavec lequel il n'yavait de communication
facile que par terre. L'extension que prit la capitale au début de l'Empire rendit la situation plus fausse encore. Il fallait, de toute nécessité, trouver un remède à cet inconvénient. Claude l'apporta en aménageant le port d'Ostie. Dès lors, les vaisseaux de fort tonnage purent arriver jusqu'à rentrée du Tibre, sans craindre d'être démontés par la tempête ou ensablés dans les atterrissements du fleuve. A Ostie, les marchandises étaient transbordées sur des chalands qui remontaient le canal et arrivaient à quai jusque dans l'intérieur de la ville. C'est là que nous allons retrouver les marchands étrangers et leurs dieux.
L'emplacement de l'emporium de Rome est aujourd'hui bien connu ; il était situé dans la partie méridionale de la ville, le long du fleuve, entre celui-ci et l'Aventin. Naturellement, il ne datait pas de l'époque impériale et de la création d'un port artificiel à Ostie ; il s'est singulièrement développé à ce moment et dans les siècles suivants ; mais son existence est aussi ancienne que celle de la ville. Dès le début de l'histoire romaine, il s'est établi, tout naturellement, malgré l'insécurité du rivage maritime, malgré l'irrégularité du cours du fleuve, tantôt grossi par les pluies d'hiver, tantôt desséché par lescha-
leurs de l'été. Peu à peu, à mesure que le commerce de Rome avec lés pays d'outre-mer se faisait plus actif,on y avait pratiqué des travaux d'agrandissement ou d'aménagement : en 193 avant Jésus-Christ, les censeurs, M. Aemilius Lepidus et L. Aemilius Paulus avaient bûti des quais pour faciliter le débarquement ; en 174, d'autres censeurs, O.Fulvius Flaccus et A, Postumius Albinus avaient fait paver le sol de ces quais et construire des escaliers d'accès. En même temps on multipliait les magasins, les entrepôts; on élevait des portiques pour abriter les hommes et les marchandises. 11 fallait bien rendre abordable un endroit où venait aboutir tout ce qui était destiné à alimenter et à embellir la capitale, les grains, l'huile, le vin, les matériaux de construction, les pierres, les bois, les marbres précieux. On a, à plusieurs reprises, découvert des restes importants de cetemporium de Rome. La fouille la plus célèbre est celle de 1868-1870, où V^isconti rencontra, en particulier, un grand quai de débarquement, des murs perpendiculaires au cours du Tibre et terminés à leur extrémité par des têtes de lion percées de trous auxquels on amarrait les navires, des restes de magasins et surtout une immense quantité de blocs de marbre, provenant des carrières impériales et qu'on avait déposés sur la rive, où le limon les avait recouverts. Il est à peine besoin de rappeler que c'est dans le voisinage immé-
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diat de ce port que s'élève le monte Testaccio, entièrement formé de tessons de poteries brisées^ entassées à cet endroit par les portefaix et les commerçants. Les alentours, entre le monte Testaccio,le bord du Tibre et la Via Ostiensis, étaient couverts de docks ; les plus célèbres étaient ceux que Tempereur Galba avait fait élever et qui portaient son nom.
Tous ceux qui vivaient de l'emporium et des denrées qui y affluaient, tous les employés des maisons de commerce qui y avaient leurs bureaux s'étaient naturellement fixés dans les environs. A l'époque républicaine, ils avaient envahi de la sorte l'Aventin, oi^i l'on signale, ainsi qu'il a été dit plus haut,un collège de Mercaloves ou Mercuriales, et oi^i les marchands de blé avaient apporté de Gampanie ou de Sicile, avec le culte d'Hermès, celui de Dèmèter, de Dionysos et de Korè, protecteurs des moissons et de la vigne ; à Tépoque impériale, il leur eût été difficile de s'établir sur la rive gauche du Tibre, embarrassée alors par des constructions publiques de toute nature et déjà très peuplée : ils occupèrent donc surtout la rive opposée et la plaine qui s'étend vers le Janicule. A la vérité, il n'y avait pas de pont qui permît de communiquer aisément de là avec l'emporium — il fallait remonter jusqu'au Forum Boarium pour trouver le Pons Sublicius et le Pons Aemilius ; ce n'est qu'à l'époque de Probus qu'on rejoignit direc-
tement l'Aventin avec le quartier qui lui faisait face — mais des barques ne suffisaient-elles point à assurer le passage et à établir les relations ?
Depuis longtemps on a trouvé au Transtévère de nombreuses inscriptions relatives à des corporations professionnelles, marchands de cuirs, ivoiriers, ébénistes, et surtout de nombreuses dédicaces à des divinités étrangères. La plupart proviennent de la vignaBonelIi,prcs delà Porta Portese, plusieurs fois fouillée avec succès ; il y est question d^un temple élevé àBèlospar des Palmyréniens, d'un temple du Soleil, agrandi et embelli au début du ii' siècle par un nommé C. Julius Anicetus, d'un autre temple encore, dont on ignore le titulaire et qu'on ^décora de marbres précieux à la même époque. On a rencontré encore dans ces parages la mention de Belleparos, d'Aglibolos, de laribolos, d'Astarté de Jupiter Sabazius, de Jupiter Dolichenus, de la dea Syria et d'un Sylvain qui pourrait bien être un dieu oriental latinisé. Il n'est pas inutile de rappeler non plus que le Transtévère était un des quartiers habités par les Juifs, qu'ils y 'avaient une synagogue et qu'on a retrouvé un de leurs cimetières au Monte Verde, sur la voie de Porto ; Bosio l'avait signalé depuis longtemps ; on y a fait de nouvelles recherches en 1904.
Mais le sanctuaire oriental le plus important, en tous cas le mieux connu est celui que
Gauckler a exploré heureusement, au Janicule, sur l'emplacement de l'ancienne villa Sciarra '. En juillet 1906, en creusant les fondations d'une maison, on mit au jourdes débris d'architecture et des inscriptions qui semblaient appartenir au même monument. L'une d'elles était gravée sur un autel de marbre blanc, orné de représentations diverses, aigles, masques de Jupiter Hammon, tête de Méduse. Au-dessous se lit une dédicace à Zeus Kcraunios et aux Nymphes Forrinae. Or, on avait trouvé jadis sur un ex-voto utilisé ultérieurement dans quelque construction voisine de la villa Sciarra une dédicace à Jupiter Héliopolitain et au Génie des /^orr/nf7e. Dans les deux textes sont donc associées des divinités toutes différentes, les unes orientales, les autres purement romaines. Gauckler reconnut immédiatement en ces dernières une vieille déesse latine, la nymphe Furrina, dont la fête tombait le 25 juillet, jour des Furrinalia, et qui avait son prêtre spécial, le flamen Furrinalis. Quand on perdit la mémoire de ce qu'était autrefois cette déesse des vieux temps, on l'assimila à une Furie, puis on changea le singulier en pluriel et l'on
l.Sur cette découverte voir surtout: P. Gauckler, Bull, co-. mun. di iîo/ua, 1907, p. 45etsuiv. el Comptes rendus de VAcad. des Inscriptions, 190S, p. 510 et suiv. ; 1909, p. 424 et suiv. ; 1910, p 378 et suiv. ; G. Nicole et G. Darier, Le sanctuaire des dieux orientaux au Janicule (Mél.de l'Ecole française de Rome, 1909, t. XXIXj ; Hiilsen, Rœm. Mittheil., 1907, p. 225 et suiv. ; A. Pasqui, Notizie degli Scavi, 1909, p. 3S9 et suiv.
parla couramment de Nymphes Fo/v/nae, comme sur les inscriptions que j'ai citées, ou de Furiae, comme dans les textes que je vais rappeler.
Cette Furrina avait un bois sacré et, dans ce bois, un sanctuaire. Tout portait à croire que, comme pour les autres Nymphes de l'ancienne mythologie, ce sanctuaire devait être quelque grotte d'où s'écoulait une source bienfaisante. Les recherches de Gauckleront transformé cette conjecture en une réalité. Il a, en effet, constaté, sous un puits d'une douzaine de mètres de profondeur, établi dans l'antiquité, la présence d'une vaste grotte, toute tapissée de stalactites ; ce dut être, aux yeux des premiers habitants du lieu, la retraite mystérieuse de la déesse.
La découverte de la grotte et du IJois sacré de la nymphe Furrina est très intéressante pour l'histoire romaine ; car elle permet de situer un des événements tragiques qui marquèrent la fin de la République. On sait que Caius Gracchus, poursuivi par le consul Opimius, s'était retranché avec ses partisans dans le temple de Diane, sur l'Aventin. Vaincu et sur le point d'être fait prisonnier, il se réfugia d'abord dans le temple de Minerve, puis dans celui de la Lune. Contraint à s'échapper de nouveau, il sauta par une fenêtre et réussit à traverser le Tibre sur le pont Sublicius, où ses amis livrèrent un dernier combat pour protéger sa fuite. Il était parvenu, nous disent les auteurs, à gagner le bois sacré de
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Furrina,quc Plutarque appelle le bois des Erynnies. Mais là, se sentant perdu, il se fit égorger par l'esclave qui l'accompagnait, afin de ne pas tomber vivant aux mains de ses adversaires. Il est donc possible aujourd'hui de marquer du doigt, pour ainsi dire, sur la carte le point où périt une des âmes les plus généreuses qui aient honoré la Rome antique.
Ces vieux souvenirs n'étaient point entièrement effacés à l'époque impériale ; mais ils ne suffisaient pas, et pour cause, à la piété de ceux qui habitaient alors le Transtévère, de ces marchands,de ces mariniers venus de tous les points du monde vers l'emporium de l'Aventin ; les cultes des vieux Romains les laissaient indifférents: il leur fallait avant tout leurs dieux nationaux, les seuls qu'ils reconnussent. Ils les établirent dans l'ancien domaine de Furrina. De là ces dédicaces que j'ai rappelées plus haut et oij, à côté de la nymphe, avant e//e, figurent le Zeus Keraunios de Chypre et le Jupiter d'HéliopoIis ; d'autres encore, oi^i Gauckler a lu les noms de Bèlos ou de Malagbèlos de Palmyre, d'Adad du Liban, de Jupiter Malek de labruda et qui émanent de petites gens, affranchis, prêtres des divinités ou simples fidèles d'origine asiatique. Il est certain qu'au if et au m'* siècle de notre ère, ce coin du Janicule formait, depuis longtemps peut-être, une cité sainte, oi^i les dieux les plus fameux du panthéon oriental avaient trouvé asile.
Les fouilles de Gaiickler lui ont permis de reconnaître la présence en ce point de trois temples superposés; le plus récent fut construit à la fin du iv^ siècle, le second, en 176 de notre ère, le premier vers l'époque de Néron. « A l'exemple de tant de temples d'Orient, a-t-il écrit, établis sur les hauts lieux, il se composait d'un téménos à ciel ouvert autour d'un petit adyton ; mais de plus, comme à Hiérapolis, il était accompagné d'un vivier où l'on nourrissait des poissons sacrés. Placé en contre-bas de la source de Furrina, sur le versant gauche • du ravin qui en recueillait le produit, il coupait horizontalement de son aire soigneusement aplanie les pentes de la colline au niveau de leur socle d'argile et dominait immédiatement la pièce d'eau qui le précédait en aval. La plateforme n'était séparée du réservoir que par un môle maçonné qui retenait les terres de l'une et que baignaient les eaux de l'autre. Sur les côtés l'enceinte était formée par de simples haies de joncs, précédées d'un fossé plein d'eau... L'étang barrant l'accès du temple en avant, on entrait par le côté nord, le plus voisin du Transtévère. Les fidèles, arrivant de la ville, descendaient vers le fond du ravin par un escalier rustique taillé à même dans l'argile et après avoir traversé le fossé sur un ponceau dallé de tuf, pénétraient dans le téménos par une brèche ménagée dans la haie de joncs à l'angle nord-est, tout près du
bord du bassin. L'aire sacrée, exactement orientée, avait la forme d'un rectangle, très allongé de l'Ouest à l'Est ; elle devait être divisée en deux terrasses étagées ; la plus basse jouait le rôle d'atrium, Tautel et l'adyton devaient se trouver en arrière, sur la terrasse supérieure.
« Les choses restèrent en cet état pendant une centaine d'années. Cependant la colonie syrienne augmentait progressivement d'importance. Alors on substitua à Tancien téménos un édifice de dispositions analogues, mais beaucoup plus somptueux. L'inauguration de ce temple marque pour lareligionsyrienneà Rome ledébutd'une période de prospérité qui se prolongea aussi longtemps que dura la dynastie des Sévères. Le meurtre d'Alexandre Sévère y mit brusquement un terme. Néanmoins le temple continua à végéter tant bien que mal aussi longtemps que, à défaut de protection,il put du moins compter sur la tolérance du gouvernement impérial. De plus à partir de 271,1a construction du mur d'Aurélien, qui vint barrerle pied delacolline aune centaine de mètres en aval, écarta une partie de sa clientèle en le coupant du Transtévère. On en désapprit le chemin. Après Constantin, les persécutions du pouvoir hâtèrent la crise finale : le temple ne put pas survivre,après 341, aux édits de Constant etde Constance II, qui prohibèrent à Rome tous les sacrifices et fermèrent tous les sanctuaires païens. Bientôt après, il ressuscita, grâce au retour de