‹ A travers le monde romainChapitre 14 sur 30 · IDOLE DU SANCTUAIRE DU JANICULE · texte numérisé non relu

IDOLE DU SANCTUAIRE DU JANICULE

faveur qu'entraîna, parla religion syrienne, l'avènement à l'Empire d'un prince adorateur du Soleil, l'apostat Julien. Sur les ruines toutes récentes du temple de 176, surgit un nouvel édifice qui recueillit son héritage. Mais ce troisième sanctuairene fonctionnaquepeu de temps. Avant la fin du iv^ siècle il semble avoir été fermé par mesure administrative après avoir été pillé. »

On ne s'avisa pas pourtant à cette époque de fouiller une cachette, située sous un autel triangulaire, au centre même d'une chapelle heptagonale. On y aurait pourtant fait une découverte digne d'attention ; c'est à Gauckler et à ses auxiliaires qu'elle est échue. Trois tuiles, disposées à la partie supérieure de cet autel fermaient l'orifice d'un caveau. Quand on les eut enlevées, on vit « une idole de bronze doré, couchée sur le fond, au milieu de coquilles d'œufs. Un serpent de même métal que la statuette l'entourait de ses spires et dardait de façon bizarre sa tête entre les tempes de l'idole. Le nombre des œufs était de sept. A l'origine on avait placé un œuf sur chacune, des zones que déterminent les circonvolutions des serpents ». Gauckler voit dans cette idole une Atargatis,qui était, suivant Arnobe, née d'un œuf.

Quoi qu'il en soit, voici maintenant établie sans contestation possible, sur le Janicule, la présence d'un sanctuaire consacré aux dieux

syriens. La similitude du fait avec ceux que nous avons constatés successivement à Délos et à Pouzzoles est trop frappante pour qu'on puisse hésiter un instant. A Rome, comme ailleurs, ce fut l'œuvre de ce peuple de marchands attiré sur les bords du Tibre par les nécessités du commerce et établi aux environs de l'emporium avec tous ses usages et toutes ses croyances. Assurément, cette infiltration des religions étrangères ne se fit point en un jour ; ellecommença de bonne heure, avec les quelques faiseurs d'affaires qui se risquèrent les premiers à venir s'installer dans la capitale. A mesure que lesrelations de Rome et des pays d'outre-mer se développaient, elle devint plus intense; elle se fortifia, d'abord, de la présence de nombreux esclaves, amenés à ia suite des guerres lointaines, qui firent corps tout naturellement avec les commerçants de même nationalité qu'eux ; et ensuite, à l'époque impériale, du concours des soldats de la garde, recrutés dans les provinces, surtout dans les provinces orientales et, par là, adeptes naturels des cultes étrangers. A quelle époque chacune de ces divinitésnouvelles fut-elle introduite à Rome, il est impossible de le savoir ; vint-elle directement de son pays d'origine avec les premiers marchands qui fréquentèrent l'emporium ? ou, fut-elle apportée, après une ou plusieurs escales, d'un port méditerranéen où elle s'était déjà implantée par le fait du commerce? Cette dernièfe

supposition est plus vraisemblable. Ce que nous pouvons affirmer, c'est qu'au ii" et surtout au III® siècle de notre ère, ces dieux avaient droit de cité dans la ville, qu'on leur avait consacré des sanctuaires et queces sanctuaires s'élevaient précisément dans le quartier habité par les marchands. Leur situation suffirait, à elle seule, à indiquer nettement leur origine.

A ces divinités qui avaient ainsi envahi lentement le sol romain et dont les temples s'élevaient, même dans la capitale, à côté des anciens dieux du panthéon romain, annonçant la victoire future du Vatican sur le Capitole, il ne restait plus qu'à ambitionner une consécration officielle. Elle ne se fît pas attendre longtemps. Peu à peu, à l'époque impériale, chacune d'elles i*eçut,pour ainsi dire, le droit de cité.

L'Egypte l'obtint la première. Après une résistance énergique et prolongée, sous Galigula, le €ulte d'Isis fut autorisé par les pouvoirs publics. A peine Tibère mort, son successeur construisit dans le Champ de Mars, un grand temple à Isis Campensis, entre les Saepla,\eMinerviiim et les Thermes d' Agrippa.. On sait que ce sanctuaire se composait de propylées, ornés de deux tours pyramidales, avec une avenue flanquée d'obélisques, qui en formaient l'entrée. En arrière s'étendait une vaste cour à colonnades, dont l'axe était une grande allée, ornée de sphinx et de lions. ?our obtenir les matériaux nécessaires à la cons-

truction de la double chapelle d'Isis et de Sérapis,on avait démonté pierre par pierre un ancien temple égyptien et on l'avait apporté des rives du Nil jusque sur celles du Tibre. L'ensemble de l'édifice est représenté sur un des fragments du plan de Rome, en marbre, parvenus jusqu'à nous.

Le successeur de Caligula, Claude, si épris pourtant des vieilles institutions nationales, accorda la même faveur au culte de Cybèle et d'Attis : désormais, les archigalles furent choisis parmi les citoj^ens romains et les fêtes du dieu phrygien furent solennellementet officiellement célébrées à Rome, du 15 au 27 mars de chaque année ; elles figuraient dans le calendrier des Pontifes M. F.Cumont admet que cette mesure fut le résultat de la précédente. «Les fêtes émouvantes d'Isis, ses processions imposantes assuraient au culte de la déesse un succès considérable. La concurrence dut être désastreuse pour les prêtres de la Magna Mater, rélégués dans leur temple du Palatin, et le successeur de Caligula ne put faire moins que d'accorder à la déesse phrygienne, depuis si longtemps établie dans la cité, la faveur que venait d'obtenir l'égyptienne admise tout récemment à Rome. Claude empêchait ainsi une prépondérance trop marquée de cette seconde étrangère en Italie et offrait un dérivatif au courant de la superstition populaire.

Puis ce fut le tour de Mithra. Commode sefiP

recevoir au nombre de ses adeptes et prit part aux cérémonies secrètes de son culte ; après lui, ses successeurs continuèrent leur protection aux cultes iraniens.

Quelques années plus tard, Elagabalj prêtre du Baal d'Émèse, faisait beaucoup mieux encore. A peine entrée Rome après sa victoire sur Macrin il construisait à son dieu, sur le Palatin, tout auprès du palais impérial, un temple magnifique. La pierre sacrée qui personnifiait la divinité y fut solennellement installée : pour lui faire honneur, l'empereur rassembla autour d'elle les reliques les plus vénérées de Rome, la pierre delà mère des Dieux, apportée autrefois de Pessinonte, les boucliers des Saliens, le feudeVesta, le Palladium auquel était attachée la fortune de l'Empire. Bientôt même il inventa d'unir son idole à une idole semblable. Pour rendre possible ce mariage de pierres, il fit venir sur le Palatin le bétyle qui symbolisait Tanit, la grande déesse de Carthage, et présida en grande pompe aux noces des deux divinités. Chaque année, il célébrait avec un faste oriental la fête du nouveau maître de TOlympe romain ; on conduisait en procession la pierre d'Emèse à travers les rues de la capitale. A sa suite, on portait les statues de tous les dieux de Rome, transformés ainsi en serviteurs de celui d'Emèse. Il était difficile de subordonner plus étroitement la religion nationale à un culte étranger.

Cette apothéose, scandaleuse pour les Romains^ que les auteurs ont peut-être exagérée, mais dont la réalité est certaine, prit fin avec celui qui l'avait imaginée ; mais elle répondait bien aux aspirations de l'époque et à la popularité de plus en plus puissante des cultes orientaux. Aussi la *entative se renouvelle-t-elle avec Aurélien. S'inspirant de la même pensée, ce prince alla chercher à Palmyre vaincue une image de Bèlos^ l'installa dans un sanctuaire somptueux et la confia à un collège de prêtres égalés aux pontifes de l'anciennereligion.Pour la seconde fois, Jupiter Capitolin était détrôné par une divinité sémite, et la vieille idolâtrie romaine remplacée par une autre idolâtrie, sortie des provinces syriennes. Le moment approchait où elle allait définitivement s'effondrer au profit d'une autre religion, née elle aussi dans le Levant, et issue de Lesprit mystique et exalté de l'Orient, celle qu'avait annoncée le Christ.

Ainsi, tous ces germes que les marchands avaient apportés avec eux dans la cale de leurs navires allaient se réunir et se confondre pour donner naissance à un arbre immense, capable d'abriter sous son ombre tous les peuples du monde antique.

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