‹ A travers le monde romainChapitre 15 sur 30 · NAUFRAGES D'OBJETS D'ART DANS UANTIQUITÉ · texte numérisé non relu

NAUFRAGES D'OBJETS D'ART DANS UANTIQUITÉ

L'archéologie est d'une curiosité insatiable. Elle ne se contente pas de bouleverser l'emplacement des villes anciennes dans l'espoir de remettre au jour les civilisations disparues ; de fouiller les palais et les temples pour leurs statues, les maisons pour leur mobilier ou leurs peintures ; de troubler le repos des morts couchés depuis des siècles au fond de leurs tombes, afin de les interroger sur leurs usages et sur leurs croyances : la terre ferme nelui suffît plus. Elle s'avise maintenant de chercher sous l'eau, au fond des lacs et des mers et, la bonne fortune aidant, elle y recueille de précieuses œuvres d'art.

Trois fois, depuis vingt ans, en Italie, en Grèce, en Tunisie, on a exploré^, au prix d'efforts considérables, les restes de navires coulés à pic ; trois fois l'entreprise a été couronnée de

succès. C'est de cette pêche miraculeuse, d'un nouveau genre, que je voudrais vous entretenir.

On savait déjà au xv' siècle qu'il existait au fond du lac de Némi un dépôt d'antiquités provenant de deux bateaux engloutis par les eaux. Plus d'une fois, des pécheurs, en jetant leurs filets, avaient recueilli des débris caractéristique. Le cardinal Prosper Colonna, propriétaire du lieu, décida en 1436 de tenter des fouilles régulières. Il fit établir un radeau, soutenu par des tonneaux vides; sur cette plate-forme, amarrée au-dessus de l'épave la plus voisine de la rive,on installa des machines puissantes armées de crocs, que des marins appelés de Gènes fixèrent solidement aux flancsdu navire antique. On convia de grands personnages de Rome, ecclésiastiques et laïques, à venir assister à l'extraction du vaisseau, et, en leur présence, on fit un grand effort pour le relever ; on ne réussit qu'à le déchirer. On retira seulement de l'eau l'avant et un certain nombre de morceaux de bois, de bronze ou de plomb — ce qui n'empêcha pas une légende de se répandre dans le public. Les gens bien informés allaient contant à qui voulait les entendre qu'un palais entier existait encore au fond de l'eau.

Un siècle plus tard, en 1535,rarchitecte Fran-

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cesco de M archi reprit le projet du cardinal Colonna ; il fit appel à un certain Guillaume de Lorraine lequel, d'abord^avait, nous dit-on, une barbe si longue, qu'il était obligé delà tresser et de la rejeter sur son épaule ; lequel, ensuite, ce qui était plus utile pour l'opération projetée, avait inventé une sorte de cloche de plongeur, par quoi l'on pouvait descendre et demeurer quelque temps au fond du lac. On n'a jamais su exactement comment elle était faite, le secret ayant été gardé avec le plus grand soin. Voici la façon dont de Marchi s'est-exprimé à ce sujet : « Le maître Gulielmo da Loreno avait inventé un instrument très ingénieux. Il se faisait descendre dans l'eau, oi^i il restait une heure, plus ou moins, selon ce qu'il avait à y faire et jusqu'à ce que le froid l'obligeât à cesser son travail. Grâce à cet instrument, il pouvait se mouvoir librement,scier,tailler,boucherdes trous, lier des cordes, manier des tenailles, des ciseaux ou autres outils ; mais il lui était impossible de développer de grands efforts à cause du liquide qui l'en empêchait. Il y voyait assez bien quand le soleil brillait; ce. qui fut le cas le 15 juin 1535, où je descendis moi-même. On pouvait regarder par une ouverture vitrée de la grandeur d'une palme ; de telle sorte qu'un objet, si petit qu'il fût, paraissait très grand, je veux dire beaucoup plus grand qu'il n'était en réalité, si on l'avait vu dans Peau : ainsi, les poissons dits laterini,

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qui vivent dans le lac et qui ne sont guère plus épais que le petit doigt, paraissaient gros comme le bras d'un homme et longs de trois palmes. Si je n'avais pas connu ce genre de poissons, j'aurais eu la plus grande frayeur, à cause de la quantité de ceux qui m'entouraient ; ils me piquaient les jambes, que j'avais nues ; je les chassais avec la main; mais ils n'en prenaient pas souci, comme il arrive à des gens qui sont chez eux. J'en vis un qui me parut tout particulièrement gros ; je le saisis ; il n'était pas plus fort que le second doigt de ma main. » L'appareil était donc constitué par une sorte de cloche qui ne couvrait que la partie supérieure du corps, laissant toute liberté aux bras et aux jambes ; on ne sait pas comment la respiration était assurée. A l'aide de cet appareil, de Marchi put mesurer la longueur du bateau et y recueillir lé même genre de débris que ces prédécesseurs. Puis on cessa d'y penser, cette fois pour 300 ans.

En 1837, un troisième personnage, Attenio Fusconi, revint à la charge. Lui aussi avait inventé une machine spéciale ; lui aussi retira de l'eau quelques objets d'art et des fragments de la structure ; mais il fut arrêté dans ses recherches par des pluies violentes qui refroidirent l'eau du lac ; on lui vola son matériel. Une fois encore le travail demeura suspendu.

Ce n'est qu'en 1895 qu'on entreprit de nouveau, sérieusement cette fois, de résoudre le

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problème par des recherches méthodiques. A cette date, l'antiquaire M. Eliseo Bonghi conclut avec la famille Orsini, à qui appartenait le lac, une convention en règle, et obtint l'agrément du gouvernement italien. Les temps étaient changés : on pouvait faire appel à des scaphandriers habiles, pourvus de tous les perfectionnements modernes. Il était permis d'espérer le succès. Dès le début de la campagne, on mit la main sur un butin archéologique précieux : de belles têtes de lion et de loup, en bronze, avec un anneau dans la gueule, qui formaient l'armature extrême de grosses poutres ; elles fontTadmiration de tous ceux qui visitent le musée des Thermes, à Rome. Dans la suite on repêcha encore une tête de Méduse qui devait Servir au même usage, des clous en grand nombre, des morceaux de mosaïque, des plaques de porphyre et de serpentine, extrêmement ténues, qui entraient jadis dans un riche pavement, des tuyaux de plomb avec le nom de C. Gaesar Aug. Germanicus, c'est-à-dire, de Galigula. Tous ces débris avaient une certaine importance comme objets d'art ou de curiosité. A ce titre, ils furent offerts pour des prix exorbitants à différents musées et finalement acquis par Tltalie ; mais ils valent surtout par les renseignements historiques qu'ils apportent. En les examinant de près,en interrogeant les scaphandriers, les savants délégués par le ministère de l'Instruction publi-

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