‹ A travers le monde romainChapitre 16 sur 30 · NAUFRAGES D OBJETS D ART DANS L'ANTIQUITE · texte numérisé non relu

NAUFRAGES D OBJETS D ART DANS L'ANTIQUITE

que et par celui de la Marine pour surveiller les travaux sont arrivés à se faire une idée, malheureusement encore indécise, de ce qu'étaient jadis les deux bateaux de Némi.Du second on n'a pas eu le temps de s'occuper très sérieusement ; on sait seulement qu'il est plus grand que le premier, revêtu de plomb et tout envasé, ce qui permet d'espérer que les objets en métal ou en marbre qu'il contenait sont assez bien conservés.

L'autre est enfoui dans une position inclinée, la poupe- enfoncée dans le sable à 14 mètres de la surface de l'eau, le milieu, dans la vase, l'avant, libre à 6 mètres de profondeur. Sa longueur totale serait de 60 m. 25, sa largeur de 18 m. 40. Les poutres avec les tètes de bronze qui les terminaient formaient des parties saillantes sur le bordage, ainsi qu'on le voit sur certains bas-reliefs romains, notamment sur ceux de la colonne Trajane.

Quant à la forme exacte du bateau, on a pu l'obtenir par un procédé très ingénieux. M.Barnabei, le savant italien que le gouvernement avait délégué pour la surveillance des fouilles, a fait fixer aux flancs, tout autour, des cordes terminées par des bouées. Par un temps calme on a laissé remonter ces flotteurs à la surface ; et ainsi leur succession a écrit, pour ainsi dire, sur la nappe unie du lac, la silhouette de la car^ casse à laquelle ils étaient rattachés.

1 car*

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(Juel était ce bateau, à quelle date remontei-il et pourquoi coula-t-il ainsi à pic ?

Les érudits italiens, en particulier le colonel du génie naval Malfata, qui a étudié la question sur place, croient à un véritable bateau, avec une quille, capable de naviguer. Ils se demandent seulement s'il n'était pas amarré contre un embarcadère, d'où proviendraient les tuiles, les tuyaux de plomb, et les pavements dont on a recueilli des spécimens.

En Allemagne, on n'admet pas qu'on puisse songer à une galère véritable ; on fait remarquer qu'un vaisseau, long de 60 mètres et large de 18, ne pourraitévoluer que fort difficilement; qu'on n'a rencontré aucune trace de mâts, ni de gouvernail. Il faut donc voir dans ce navire bien plutôtun grandponton, unesorted'île artificielle, de villa flottante, avec des constructions, des jardins, des chapelles. De Marchi, l'homme aux poissons, avait déjà eu la même impression : pour lu"î, cet ensemble était mi palais bâti sur un bateau. C'est de ce palais que proviendraient une jolie statue de bronzer, qui représente peutêtre Drusille, sœur de Caligula, et plusieurs petites statuettes de génies et de prêtresses signalées assez récemment dans la Bévue archéologique par M. Salomon Reinach; elles auraient orné un laraire.

L'époque de la construction de ces pseudogalères n'est pas douteuse : les tuyauxdeplomb,

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marqués au nom de Caligula, qu'on y a recueillis nous l'indiquent nettement. Suétonenousapprend que cet empereur était coutumier de telles extravagances et qu'il parcourait sur des embarcations de cette sorte les côtes de Campanie. On s'est demandé s'il n'y avait pas eu confusion dans l'esprit de l'historien; et s'il n'avait pas décrit, sans le savoir, les bateaux de Némi lorsqu'il disait : « Il fit même fabriquer des liburnes à dix rangs de rame, avec des poupes ornées de pierreries et des voiles de diverses couleurs, pourvues de bains chauds, de galeries, de salles à manger très spacieuses et d'une grande variété de vignes et d'arbres fruitiers. » L'idée est tentante ; on ne saurait pas en dire davantage.

Par contre^, rien ne peut nous faire connaître les circonstances qui amenèrent la destruction de ces bateaux et la date où ils coulèrent. On a fait remarquer pourtant que ni les anneaux de bronze dont je vous ai parlé, ni les trous où ils étaient engagés ne portent aucune trace d'usure. Il se pourrait donc que leur existence n'ait pas été de longue durée et que ces épaves soient immergées depuis près de 1.900 ans.

Passons maintenant en Grèce. L'extrémité la plus orientale du Péloponèse portait, dans l'an-

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tiquité comme de nos jours, le nom de cap Malée. Dans ces parages la mer, resserrée entre le continent et la Crète, est particulièrement mauvaise ; il existe là des remous et des tourbillons très dangereux, très redoutables aux navigateurs, surtout à ceux qui montent des bateaux à voile. Les Grecs répétaient couramment: En doublant le cap Malée, dis adieu à ton pays. Au moyen âge oji le nommait « Xylophage » à cause de la quantité de bateaux de bois que les flots y avaient dévorés. Là, suivant Lucien, se serait perdu un chef-d'œuvre du célèbre Zeuxis, celui où. le peintre avait représenté une famille de Centaures. On dit que, lors de la prise d'Athènes par Sylla, le vainqueur s'était emparé de ce tableau pour l'envoyer à Rome. Le bateau q^ii portait cette précieuse cargaison sombra à la hauteur du cap Malée.

En face ce promontoire s'étend l'île de Cérigo (autrefois Cythère) et un peu plus loin celle de Cérigotto (Anticythère). C'est tout à côté d.e cette dernière que se passèrent les événements archéologiques que je vais vous conter.

Aux environs de Pâques de l'année 1900, deux barques, montées par des pêcheurs d'épongés de Symé et revenant de la côte d'Afrique, furent poussées par le vent sur Cérigotto et jetèrent l'ancre à 20 ou 25 mètres du rivage. Le coup de vent passé, ils profitèrent de leur mouillage pour exercer leur métier. Or, au cours

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d'une des plongées, un scaphandrier remarqua, à la profondeur d'environ 60 mèires, une masse compacte, noirâtre, longue d'une cinquantaine de mètres, entièrement composée de statues de bronze et de marbre mélangées aux restes d'un navire. Pour appuyer son dire, il ramassa un bras droit de statue de bronze et le ramena à la surface. Le capitaine d'une des barques plongea à son tour pour vérifier les faits et fit leï? mêmes constatations. L'occasion s'offrait d'une pêche autrement originale, autrement fructueuse aussi que celle dont nosSymiens avaient l'habitude : ils revinrent à Symé, prévinrent le gouvernement grec de leur trouvaille et demandèrent l'envoi d'un bateau de guerre pour les aider dans leurs recherches.

Le 24 novembre de la même année, le transport grec la Mykalè arrivait à l'endroit désigné, accompagné des embarcations de pêcheurs d'épongés et le travail commençait. Mais une fouille de cette sorte offre de singulières difficultés; même par les temps calmes, elle est toujours pénible à cause de la profondeur où. l'on doit se mouvoir, et du poids d'eau qui écrase les plongeurs ; aussi ceux-ci, disent les rapports officiels, ne pouvaient-ils pas rester au fond plus de cinq minutes consécutives, auxquelles il convient d'ajouter trois minutes pour la montée et pour la descente. Par les mauvais temps l'opération devient, non plus seulement très pénible.

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mais très dangereuse ; on risque de voir couper les communications entre le travailleur et la barque qui lui fournit l'air respirable. On est tenu aux plus grandes précautions ; il faut cesser le travail chaque fois que la mer grossit. C'est ce qui advint au début de la campagne. En outre la Mykalè n'osait pas, à cause de son fort tirant d'eau, approcher trop près du rivage, au risque de s'y échouer. Elle regagna donc le Pirée au bout de quelques jours ; elle avait à bord le résultat de cette première tentative : une très belle tête de bronze, qu'on prit tout d abord pour une tête d'athlète, le bras droit d'un pugiliste armé du ceste, un glaive, deux statues de marbre, sans tête, détériorées par l'eau et divers fragments. C'en était assez pour justifier, la continuation des recherches.

A la Mykalè, le gouvernement grec substitua un bateau plus petit, la goélette à vapeur Syros; Téphore des antiquités y monta ; le 4 décembre il arriva sur les lieux. Devant lui on retira quelques statues de marbre et de nombreux membres, bras ou jambes, en bronze ; mais le mauvais temps persistant, on dut interrompre les plongées ; le 12 décembre le Syros rentrait à Athènes. Il y resta une quinzaine. Durant ce temps, les pêcheurs s'étaient remis au travail et avaient trouvé une grande statue de bronze, en cinq morceaux, mais qui se raccordaient entre eux — on y vit tout d'abord un Hermès ou un Apollon ;

puis deux autres statues de même métal, des éphèbes, et quelques marbres. Le Syros revenu à Cérigotto vers la fin de décembre, les emporta au Pirée le 21 janvier.

La vue de telles œuvres d'art, surtout du soidisant Hermès, ravit d'admiration les archéologues et le public lui-même, toujours prêt à s'enflammer pour les souvenirs de la Grèce antique. L'opinion publique s'émut ; les journaux qui la traduisaient excitèrent vivement le gouvernement à pousser plus activement Tentreprise. Ils firent observer que les pêcheurs d'épongés ne pouvaient plus, vu la lourdeur des morceaux qui restaient au fond de l'eau, les arracher à la vase par leurs seuls moyens ; que, d'autre part, leur nombre était insuffisant. « Qu'on songe, disaientils, que les scaphandriers ne sont au nombre que de six, que chacun d'eux ne peut demeurer sous l'eau plus de cinq minutes, ni travailler plus de deux fois par jour. Or il faut souvent deux ou troisjournées pour arriver à relever une pièce. Car il ne saurait être question de passer rapidement une corde autour des objets et de tirer ensuite sur le lien, au risque de les briser : les plongeurs doivent creuser d'abord la vase autour de chaque fragment, pour l'isoler, descendant l'un après l'autre et se relayant à la besogne, puis l'entourer solidement ; c'est seulement alors qu'onpeut se risquer à le haler. 11 faut donc recruter un personnel supplémentaire sans regardera la dépense. »

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Le gouvernement se laissa persuader. Le 28 janvier 1901, toutes les dispositions nouvelles avaient été prises et l'on se remit au travail. Les premières plongées donnèrent un résultat inattendu .-rancre du bateau et un certain nombre de pièces de la coque . Puis la série des trouvailles habituelles recommença: figures de marbre, têtes et débris de statues.

Cependant cette pêche d'antiquités devenait, à Athènes, de plus en plus question d'Etat. Les ministres eux-mêmes crurent devoir se déplacer pour apporter aux travailleurs, aux prises avec de grosses difficultés matérielles, l'assurance évidente de l'intérêt public. Ils montèrent à bord de la Mykalè, emmenant avec eux le Syros et un troisième bateau, muni d'engins puiss"*ants,et se dirigèrent vers Cerigotto.En route ils apprirent que les plongeurs, épuisés, refusaient de poursuivre les recherches et allaient quitter la place. Il n'était que temps d'arriver et de faire appel à la diplomatie officielle. Le rayonnement du pouvoir et aussi l'amabilité personnelle d'un des ministres ramena le calme dans les esprits.

Le 16 février et les jours suivants, l'intervention bienfaisante du même ministre s'exerça d^une autre façon. On venait de remonter une statue informe; les plongeurs affirmaient qu'ils en avaient vu bien d'autres dans le voisinage et notamment deux chevaux ; mais qu'ils étaient

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gênés dans leur travail par un gros bloc calcaire qui recouvrait le tout.

Ou décida donc que le lendemain on essaierait de le rejeter au loin, pour débarrasser le terrain ; on rentourad'un câble solide^donton relia l'extrémité au bateau à vapeur TAigialiaetceluici s'élança de toute sa puissance vers la haute mer. La résistance du bloc fut telle que le câble cassa. On se préparait à recommencer l'opération quand il vint au ministre l'idée que ledit bloc n'était peut-être qu'une statue colossale, que son long séjour dans l'eau avait rendue semblable à un rocher: il fallait s'en assurer. Au lieu de le jeter de côté, on le souleva à grand'peine jusqu'au niveau de la mer et, quand il affleura, on comprit que les ministres, en Grèce, sont quelquefois inspirés des dieux. Le bloc était une statue d'Hercule, gros comme l'Héraclès Farnèse, du musée de Naples. L'équipage enthousiasmé salua son apparition de cris de joie. Mais l'aide du héros lui-même n'aurait pas été inutile pour amener à bord un poids aussi considérable ; comme on ne pouvait guère y compter, on dut se contenter des moyens humains ;on traîna la statue sous l'eau jusqu'à la Mykalè, mouillée à quelque distance; et le transport, mieux armé, le hissa péniblement jusque sur le pont.

Au bout de peu de jours, le ministre étant parti et l'enthousiasme tombé, les plongeurs recommencèrent à se plaindre et à refuser le service.

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Ils prétendaient que la mine était épuisée; les patrons des barques assuraient le contraire. Chacun avait raison: il restait bien encore des antiquités au fond delà mer, mais elles n'avaient pas l'intérêt de celles que l'on avait trouvées jusque-: là. Ce n'était point, pourtant, une raison suffisante pour abandonner la partie; seulement la persuasion verbale n'était plus de mise envers les scaphandriers: ils attendaient mieux. 11 fallut recourir à d'autres arguments, plus sonnants; à prix d'or on obtint d'eux qu'ils continueraient encore pendant quelque temps. Je ne veux pas vous conter en détail le reste de cette pêche d'un nouveau genre, sur laquelle je ne me suis si longuement étendu que pour vous en fairecomprendre toute la difficulté. Vous saurez* seulement qu'elle ne prit fin que le 22 septembre 1901. Elle avait duré plus d'un an. Les plongeurs reçurent du gouvernement, comme récompense, 150.000 drachmes: ils étaient tous absolument épuisés de cet effort prolongé. L'un d'eux était mort à la peine.

Mais ils avaient doté le musée d'Athènes de morceaux précieux.

Le plus beau de tous est celte statue de bronze d'Apollon ou d'Hermès qu'on avait trouvée dans les premiers mois des fouilles. En réalité la statue ne représente ni Hermès, ni Apollon, mais peut-être Persée. Le héros est figuré sous les traits d'un éphèbe vigoureux; suivant la tradition

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du bras droit tendu, il devait tenir par les cheveux la tête de Méduse, qu'il venait de trancher et qu'il montrait avec orgueil ; la main gauche portait un glaive. L'œuvre est attribuéeàLysippe ou à quelque sculpteur de son école.

La tête de bronze que Ton avait cru d'abord appartenir à un athlète ressemble bien plutôt à celle d'un philosophe. On pense qu'elle remonte à la fin du iir siècle avant Jésus-Christ. M. Svoronos,quia publié toute cette trouvaille, en fait le portrait de Dinias d'Argos, l'historien, ami d'Aratus.

Parmi les bronzes il faut citer encore deux éphèbes et un Apollon; et, dans un autre ordre didées, peut-être un astrolabe, dont laprésence sur le bateau coulé se comprendrait aisément : il aurait servi à prendre le point en mer.

Les marbres, beaucoup plus nombreux, sont d'une conservation très inférieure. J'ai déjà parlé de l'Hercule colossal que l'on avait cru d'abord être un rocher.Je citerai encore une statue d'Apollon, un Hermès, une Aphrodite, un Diomède en présence d'Ulysse, et surtout un bas-relief oiil'on a reconnu la lutte de Perilaos d'Argos etd'Otryadas, le Spartiate. Pausanias nous apprend qu'un semblable bas-reliefdécoraitle théâtre d'Argos.

Enfin je dois mentionner parmi les objets recueillis au sein de l'épave de nombreuses tuiles provenant de constructions antiques, dont l'une porte une empreinte d'assez basse époque.

Cette constatation n'est pointinutile pourfixer la date probable où sombra le vaisseau. Ellenous interdit de remonter à une période antérieure à la domination romaine et même aux derniers temps de cette domination. Peut-on descendre jusqu'au moyen âge ou à la Renaissance? Non, répond M. Svoronos; car, à cette époque, si des bateaux chargés de statues antiques pouvaient encore faire route aux environs du cap Malée, ils nedevaientporterquedes marbres; il ne restait plus guère alors de bronzes à recueillir à la surface du sol. Tout au plus pourrait-on songer à un navire vénitien du xiii'' siècle, chargé de dépouilles enlevées à Constantinople. A la réflexion, M. Svoronos repousse également cette supposition; il n'admet pas que les Croisés "se soient embarrassés d'objets purement artistiques, surtout de marbres nombreux et volumineux ; ils préféraient rapporter des reliques de saints, des vases sacrés ou des objets en métal précieux. Le naufrage a donc eu lieu dans l'antiquité. La Grèce fut pillée jusqu'aux derniers temps de l'Empire, même à l'époque byzantine. Constantinople devint ainsi ce que Rome avait été aux siècles précédents, un véritable musée d^art grec classique. On sait que Constantin donna l'exemple; il avait orné sa nouvelle capitale des dépouilles arrachées aux villes grecques et à l'Italie. Si Olympie put garder jusqu'à Théodose le Jupiter de Phidias, si la Minerve Promachos d'Athènes sut

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encore faire reculer Alaric, les autres divinités n'eurent point la même fortune. Castor et Pollux, Apollon et le trépied de Delphes furent apportes dans l'hippodrome de Byzance,Gybèle fut installée au forum. Rome seule fournit à l'empereur plus de soixante statues. Ses successeurs imitèrent son exemple. Il serait donc possible, comme lèvent M. Svoronos,que lebateau coulé au cap Malée et retrouvé en 1901 ait été un transport chargé d'un butin artistique à destination de Constantinople.

La présence, parmi tant d'œuvres d'art moins caractéristiques, d'une statue de Persée, héros qui avait un sanctuaire à Argos, d'une tête de Dinias, originaire de cette cité, et d'un bas-relief qui pourrait provenir du théâtre « de la même ville, a fait supposer que le bateau avait pris en Argolide une grande partie de sa cargaison. Mais alors, s'il se dirigeait vers Constantinople, par suite de quel accident, en sortant dû golfe de Nauplie^au lieu de remonter vers les Cyclades, était-il allé se perdre dans le voisinage de la Crète? Je ne suis pas en mesure de vous l'expliquer.

C'est encore à des pêcheurs grecs que nous devons la troisième découverte sous-marine dont je voudrais vous entretenir, cette fois avec un peu plus de détails, parce que nous sommes

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dans les eaux françaises et que la trouvaille est toute récente,

La côte orientale de la Tunisie, dans sa partie la plus voisine de ce que l'on appelait autrefois les Syrtes, parages redoutés des navigateurs, c'est-à-dire depuis Mahedia jusqu'à la hauteur de la frontière tripolitaine, est assez riche en éponges. On en fait chaque année dans le golfe de Gabès une pêche abondante. Le port d'attache des bateaux occupés à ces opérations est celui de Sfax. Il sont loin d'appartenir tous à des indigènes ; pour ceux-ci on peut même dire que la recherche des éponges n'est guère qu'un appoint de resssources ; ils l'exercent quand leurs embarcations ne sont pas occupées au travail des pêcheries et du cabotage. Les vrais pêcheurs d'épongés sont des Italiens et surtout des Grecs. Tous les ans, ceux-ci quittent leur pays, leurs îles, arrivent en vue des côtes tunisiennes, montés sur leurs sacolèves, fort et élégants bateaux, très bien construits pour la mer et commencent l'exploration des bancs spongifères. Tandis que les Arabes et les Siciliens ne se servent guère que du trident ou de filets et ne peuvent pas, par suite, opérer sur les fonds un peu bas, les Grecs, mieux outillés, ont recours à des scaphandriers, qui, merveilleusement entraînés, peuvent et osent descendre à unegrande profondeur, restent sous l'eau fort longtemps et arrivent ainsi à exploi-

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ter des parages interdits à l'organisation primitive de leurs concurrents.

Au cours d'une de ces visites au pays des éponges, à 5 kilomètres environ au large de Mahedia et à 40 mètres de fond, l'équipage d'une sacolève grecque rencontra, en juin 1907, un amas de colonnes au milieu desquelles gisaient des fragments de toute sorte, en particulier des morceaux de bronze. Les récits des scaphandriers enthousiastes, interprétés etgrossis par l'imagination d'Orientaux et de gens du peuple, étaient pleins de promesses. Il existait trois groupes de colonnes, de dimensions varia, blés ; les objets engagés sous ces colonnes étaient innombrables; on citait surtout un grand coffre de 2 mètres de long, trop lourd pour être remonté avec les moyens insuffisants dont disposaient les pêcheurs. Comme preuve de leur véracité, ils ramenèrent à la surface des morceaux de statues, des pièces de bronze, figures, figurines, lampes, ornements de meubles, appliques ; du domaine de la fable on passait par là dans celui de la réalité. Il fallait d'abord savoir ce qu'elle valait ; car tous ces morceaux, couverts de coquillages et d'incrustations marines, se présentaient sous des apparences assez peu flatteuses. L'atelier du Musée Alaoui„ à Tunis, très expert dans ces sortes de travaux, se mit à l'œuvre ; patiemment, un à un, on fit sauter les coquillages, on enleva les dépôts calcaires, on

EROS DE MAHEDIA

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nettoya la surface encroûtée et l'on eut la surprise de retrouver sous cette gangue la patine antique intacte. Il suffit de rapprocher les fragments disjoints et de boucher habilement les fissures pour reconstituer les statues. Le résultat de cette première partie des découvertes était merveilleux.

Pour commencer par la figure qui était alors et qui restera la pièce capitale, on se trouva en présence d'un Eros, presque de grandeur naturelle (1™40). Les ailes et les jambes étaient séparées du corps : un morceau du ventre avait été enfoncé ; de tout cela, on ne se douterait pas aujourd'hui. Le dieu nous apparaît debout, dans une position qui tient le milieu entre l'activité et le repos. Le bras droit esfTelevé, effleurant la couronne de feuillage qu'il porte sur la tête ; la main gauche, fermée, tenait l'arc. Les cheveux sont frisés ; les yeux, jadis d'émail rapporté, ont disparu. MM. Merlin^et Poinssot qui ont publié cette statue, ont retrouvé dans les écrits de Callistrate, la description d'un Eros, assez semblable, sorti des mains de Praxitèle : « Privé de mouvement, écrit le rhéteur, il est prêt à se mouvoir ; fixé à une base qui ne peut bouger, il nous donne cependant l'illusion qu'il va s'envoler. Il déborde d'une fierté joyeuse et ses yeux brillants, mais pleins de douceur, étin- €ellent. Il replie le bras droit vers le sommet de la tête et de la main gauche soulève son arc. Le

poids du corps porte sur la jambe gauche ; car c'est à gauche qu'il est hanche. » L'artiste semble avoir choisi le moment où Eros vient de lancer une flèche ; les yeux suivent le trait et en attendent l'efîet ; le bras gauche est demeuré encore à peu près dans la pose normale ; le droit, qui s'était rapproché de la tête pour bander la corde de Tare, n'a pas encore repris sa place ; le corps reste appuyé sur la jambe gauche, comme au moment où le coup est parti.

Je me hâte, d'ailleurs, d'ajouter que d'autres archéologues se refusent à attribuer cette belle œuvre d'art à Praxitèle ou à son école.

La seconde pièce de bronze est une grande gaine surmontée d'une têle, ce qu'on appelle un hermès, haute de 1 mètre. Tout empâté qu'il fût au premier abord, on reconnaissait bien que ce morceau ne pouvait reproduire qu'une figure archaïsante de Dionysos ; la longue barbe frisée et coupée en carré, la feuille de lierre qui se mêle à la coiffure suffisent à le caractériser. La toilette à laquelle on le soumit, en faisant apparaître tous les détails, confirma l'impression première ; mais alors, et alors seulement, on se rendit vraiment compte du charme de l'œuvre, de la gravité sereine du visage divin. C'était assurément là, sinon le produit, tout au moins, une excellente imitation de l'art grec le meilleur, avec quelques indices d'influence hellénistique. Une constatation inattendue ne tarda point à nous fixer. Sur le

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