‹ A travers le monde romainChapitre 22 sur 30 · Sali., Jug · texte numérisé non relu

Sali., Jug

DE l'aFBIQUE du NORD 271

Salluste, lequel possédait, à cet égard, une expé. rience personnelle « dans presque toutes les affaires publiques, le bien général est sacrilié à Tintérêt particulier ».

Il n'y aurait eu que demi-mal pour les Romains si Jugurtha avait accepté la situation; mais il n'en fut rien. A peine les députés étaientils rentrés à Rome qu'il marchait contre Adherbal,pour lui enlever ses Etats, et l'enfermait dans Cirta. Nouvel appel de celui-ci au Sénat; nouvelle commission d'enquête, composée des personnages les plus considérables; nouvelle entrevue de Jugurtha avec les représentants du Sénat; cette fois, refus d'obtempérer à leurs ordres et bientôt après massacre des commerçants italiens établis à Cirta. Adherbal, qui s'était rendu, est mis à tnort au milieu des tortures.

L'honneur de Rome était en jeu et lui ordonnait de tirer du rebelle une prompte vengeance. Mais l'attaquer était se lancer dans une aventure qui pouvait entraîner à une occupation du pays plus étendue; l'affaire demandait réflexion. « Le Sénat s'assemble, a écrit Salluste, pour en délibérer : on voit encore les mômes agents de Jugurtha chercher par leurs interruptions, par le poids de leur influence et même aussi en soulevant des questions personnelles, à gagner du temps, à affaiblir l'impression d'un crime si atroce; et, si G. Memmius, tribun désigné, homme énergique, ennemi déclaré de la puis-

sance des nobles, n'eût remontré au peuple que ces menées de quelques factieux n'avaient pour but que de procurer l'impunité à Jugurtha, l'indignation se fût sans doute refroidie dans les lenteurs des délibérations. ' » Le Sénat, convaincu par sa parole, décide la guerre et fait lever l'armée expéditionnaire. Le consul L. Calpurnius Bestia devait la commander. En effet celuici passe en Afrique et débute par quelques succès ; mais Jugurtha emploie contre lui ses armes habituelles : il l'achète, et le consul lui accorde l'aman en échange de chevaux, d'éléphants et de quelque argent; d'ailleurs, une fois Bestia parti, Jugurtha trouve moyen de racheter à ses lieutenants les éléphants qu'il avait livrés.

Cependant le Sénat, refusant de souscrire à la paix conclue par le consul, ordonne à Jugurtha de venir à Rome pour se disculper avec un sauf-conduit. Le roi ne pouvait se dérober sans provoquer une nouvelle expédition; il obéit. On l'introduit dans l'assemblée du peuple; on l'interroge sur les derniers événements, sur ses démarches, sur ses complices. Aussitôt le tribun de la plèbe, Baebius, qu'il a acheté, oppose son veto, comme la constitution lui en donne le droit, et lui défend de parler. Le tour est joué; l'assemblée se sépare sans avoir pris aucune résolution. On ne voit pas trop comment

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