‹ A travers le monde romainChapitre 23 sur 30 · Sali., Jiig · texte numérisé non relu

Sali., Jiig

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l'affaire se serait dénouée si Jugurtha n'avait eu l'imprudence de faire assassiner, à Rome même, un de ses parents, petit-fils de Masinissa, Massiva, dont il redoutait les prétentions au trône de Numidie. La mesure était comble : le Sénat lui enjoint de quitter l'Italie. Cette fois la diplomatie n'était plus de mise : c'était la guerre à outrance.

En entendant tout ce que je viens de vous raconter sur Jugurlha, il est impossible que votre esprit ne se soit pas tourné vers un autre héros des luttes africaines, non moins original, non moins illustre, non moins habile, qui se nommait Abd-el-Kader. Entre son histoire et celle de Jugurtha, il est plus d'une ressemblance. Rome a fait Jugurtha comme nous avons fait Abd-ehKader. Sans Scipion, il est probable que Micipsa n'aurait point appelé à partager sa succession un neveu illégitime au détriment cle ses fils. Sans le général Desmichels, Abd-el-Kader n'aurait point été ce qu'il est devenu. Après l'acclamation des premiers jours il avait rencontré parmi les siens bien des jalousies, bien des rivalités. On aurait pu s'en servir contre lui et ruiner ainsi sa puissance; on préféra le grandir pour se l'attacher. On fit de lui un émir, on lui livra la province d'Oran ; on lui fournit des fusils et de la poudre. Si les ennemis le menacent, on le soutient moralement, matériellement même^ puisqu'on envoie des troupes pour en

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imposer à ceux qu'il aurait fallu encourager dans leur soulèvement; le canon gronde à Oran pour célébrer ses victoires. L'obstacle créé, on l'entretient. Le maréchal Bugeaud, par la paix de la Tafna, proclame sultan cet ennemi acharné de la France; on ajoute à son empire toute la province de Titteri et les quatre cinquièmes de celle d'Alger. On lui donne la position d'un souverain, on l'aide à se créer une armée régulière» Il a, lui aussi, des ministres, une cour; le roi des Français échange avec lui des cadeaux et reçoit ses ambassadeurs. Un jour on s'aperçoit enfm que celui que l'on voulait gagner par tant de ménagements demeure irréductible, et l'on se décide à le combattre sans merci.

C'était là précisément la situation à laquelle Rome, moins coupable, se trouvait acculée après l'assassinat de Massiva. Le consul Sp. Albinus passe en Afrique avec une armée nombreuse. Bientôt,rappelé en Italie par la nécessité d'assister aux comices, il confie le commandement de l'armée à son frère. Celui-ci^ assez médiocre général, se laisse surprendre et consent à traiter : il accepte de passer sous le joug avec son armée et d'évacuer la Numidie. Naturellement le Sénat refuse de souscrire à ce pacte honteux. La guerre recommence ; mais, cette fois, le commandant en chef est un homme actif, énergique, incorruptible, Métellus ; il a pour second Marius, Nous en avons fini avec les tergiversa-

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lions, les compromissions, les faiblesses. Il rétablit la discipline dans l'armée, et pousse vigoureusement les opérations ; au besoin il emploie contre Jugurtha ses propres armes, corrompant les parlementaires que le prince lui envoie et préparant la trahison. Les événements se précipitent. Jugurtha fait alliance avec le roi de Maurétanie, Bocchus ; Métellus est remplacé par l'ambitieux Marins, qui lui était bien supérieur comme homme de guerre. Celui ci tient tête victorieusement aux deux alliés, prend et détruit Gafsa, soumet une grande partie de la Numidie, finalement entre en pourparlers avec Bocchus et le décide à lui vendre Jugurtha. Attiré dans un guet-apens, le roi est livré à Sylla, questeur de Marins. « Dans la nuit qui précéda le jour fixé pour la conférence, le Maure règle avec Sylla les dispositions à prendre pour la perte du Numide. Ensuite, dès que le jour fut venu, informé de l'approche de Jugurtha, Bocchus, avec quelques amis et notre questeur, sort au devant du prince comme pour lui faire honneur et il se place sur une éminence d'où il pouvait être vu très facilement des exécuteurs du complot. Le Numide s'y rend aussi, accompagné de la plupart de ses amis et sans armes, selon la convention. Tout à coup, à un signal donné, la troupe sort de l'embuscade et enveloppe Jugurtha de toutes parts. Tous ceux de sa suite sont égorgés ; il est chargéde chaînes etlivré à Sylla quilemène

à Marius '. » Ce n'était point là un succès bien glorieux pour Sylla; et cependant il en conçut une telle fierté qu'il fit graver la scène sur son cachet et que la gens Cornelia la représenta aux revers de ses monnaies. C'était surtout une fin bien lamentable pour le guerrier illustre qu'était Jugurtha. Combien Abd-el-Kader tomba plus honorablementet pourluiet pour son vainqueur! Voici commente. Rousset raconte l'événement s:

« D'après les instructions précises du duc d'Aumale, la frontière était strictement gardée. De nombreux postes de correspondance étaient échelonnés à très petite distance les uns des autres, de sorte que les moindres incidents étaient portés sans retard à la connaissance de La Moricière. Le soir venu, il fit partir secrètement deux détachements de spahis revêtus de burnous blancs ; le premier, commandé par le lieutenant Mohainmed-bou-Khouïa,alla occuper le col de Kerbous, leseul point où l'émir pûtespérer de trouver passage ; l'autre, commandé par le lieutenant Ibrahim, se tint en arrière à michemin du col au camp français.

A deux heures du matin, La Moricière se mit en marche avec la plus grande partie des troupes. La nuit était sombre ; il pleuvait à torrents. A mi-chemin, le général rencontra les députés

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