Conquête de l'Algérie, III, p
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de la deïra qui venaient faire leur soumission ; en même temps on entendit quelques coups de feu. Deux spahis arrivaient au galop : Abd-el- Kader avait essayé de forcer le col ; quelques minutes après, ce fut le lieutenant Bou-Khouïa, suivi de deux cavaliers de l'émir. Abd-el-Kader faisait demander au général l'aman pour luimême et pour son escorte; en manière de lettres de créance, ses envoyés apportaient l'empreinte de son cachet sur un morceau de papier mouillé par la pluie. La Moricière les renvoya aussitôt avec la promesse d'aman et, comme gage de sa parole, il fit porter par Bou-Khouïa son propre sabre à l'émir...
« Dans la journée le lieutenant Bou-Khouïa rejoignit le camp ; il rapportait au général son sabre et il lui remit une lettre d'Abd-el-Kader
« Le lendemain, 23 décembre, à neuf heures du matin, La ]\Ioricière avec deux cents chevaux se dirigeait vers la deïra quand il apprit par une dépêche du colonel Montauban qu'Abd-el-Kader venait d'arriver à lui, devant le marabout de Sidi Brahim! Quel souvenir ! Quel contraste entre la journée du 23 décembre 1847 et la journée du 23 septembre 1845 ! Ce fut sur le théâtre même de son plus complet triomphe que l'émir fit sa soumission au général de La Moricière, le seul, disait-il, entre les mains duquel il avait pu se résoudre à consommer le sacrifice suprême de son abdication. »
Et voici comment le Moniteur Algérien du 29 décembre 1847 complète ce récit :
«On prit aussitôt la route de Nemours. L'Emir parut éprouver un dernier sentiment de fierté lorsqu'il fut accueilli au son des fanfares, avec les honneurs militaires, sur ce terrain de Sidi- Braliim, théâtre d'un de ses plus importants succès. Pendant la route il se renferma dans cette gravité triste qui lui est, dit-on, habituelle et que la circonstance était bien propre à augmenter. A six heures du soir, il arrivait avec le lieutenant-général de La Moricière, le général Cavaignac et le lieutenant-colonel de Beaufort et il était introduit près de Son Altesse Royale.
« Après un instant de silence, il prononça les paroles suivantes ; J'aurais voulu faire plus tôt ce que je fais aujourd'hui ; j'ai attendu l'heure marquée par Dieu. Le général m"a donné une parole sur laquelle je me suis fié; je ne crains pas qu'elle soit violée par le fils d'un grand roi comme celui des Français.
« Son Altesse Royale confirma en quelques phrases simples et précises la parole de son lieutenant.
« Une dernière cérémonie eut lieu dans la matinée du lendemain. Au moment où Son Altesse Royale rentrait d'une revue qu'elle avait passée, Tex-sullan s'est présenté à cheval et entouré de ses principaux chefs, a mis pied à terre à quelques pas du prince ; Je vous offre, a-t-il dit, ce
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cheval, le dernier que j'aie monté; c'est un témoignage de ma gratitude et je désire qu'il vous porte bonheur. — Je l'accepte, a répondu le prince, comme un hommage rendu à la France, dont la protection vous couvrira désormais, et comme signe de l'oubli du passé.
« L'Emir a salué avec dignité et est rentré'à pied dans l'enceinte de son campement. »
Jugurtha vaincu, Rome allait-elle annexer la Numidie ? C'eût été, semble-t-il, le seul moyen d'éviter une autre aventure pareille et l'apparition de quelque nouvel aventurier, personnification de la résistance indigène. Le Sénat ne s'y résolut pas; il ne voulut pas entretenir en Afrique la forte armée permanente qui fût devenue nécessaire ; il persista dans sa politique d'expectative et de proté'ctorat. Bocchus, pour prix de sa trahison, reçut, outre la Maurétanie qu'il avait déjà, la Numidie occidentale, c'est-à-dire la province d'Alger. Quant à la province de Gonstantine, on la confia à un demi-frère de Jugurtha, Gauda, malade de corps et d'esprit, dont, comme tel, on estimait n'avoir rien à redouter.
On sait que l'Afrique tout entière fut bientôt après enveloppée dans le tourbillon des guerres civiles ; que les rivalités de Marius et de Sylla, de Pompée et de César y trouvèrent un aliment, et des champs de bataille ; et que, finalement. César demeura maître du pays après la victoire de Thapsus. Ce que je veux seulement noter,
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pour expliquer la suite des événements, c'est que le roi de Numidie d'alors, Juba, était l'allié des Pompéiens, tandis qu'un chef de bandes nommé Sittius, ancien complice de Catilina, et le roi de Maurétanie avaient embrassé le parti de César. Aussi tous deux reçurent-ils après la victoire la récompense de leurs services : Sittius eut en apanage le territoire de Cirta, Bocchus, le pays de Sétif. Quant à Rome, elle se décida à annexer enfin une partie de la Numidie, celle qui avoisinait l'ancienne province d'Afrique. A quelles considérations César obéit-il quand il se résolut à la création de cette Afrique nouvelle, comme on disait alors ? Faut-il faire de cette mesure le résultat d'une politique voulue, grande et libérale, et dire, avec certains historiens, que civiliser et latiniser l'Afrique compta désormais parmi les soucis du gouvernement romain ? ou bien César comprit-il seulement que le moment était venu de supprimer, autant qu'on le pouvait, ces rois alliés qui, au lieu de se contenter de défendre la province africaine contre les ennemis du dehors, prenaient parti dans les querelles intimes de la République ? C'est ce que Thistoire peut difficilement démêler. II ne serait pas étonnant pourtant que, dans cette circonstance, le souvenirdc Juba et de ses éléphants eût été d'un certain poids dans la détermination du vainqueur de Thapsus, En tout cas, à partir de cette date,
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Cil 46 avant Jésus-Christ, la République ne se contenta plus d'occuper le littoral doublé d'une petite bande de terrain plus ou moins large à l'intérieur des terres ; elle s'avança fort avant et entra directement en contact avec les bandes insoumises du Sud.
On pouvait croire, après cela, que la question était désormais réglée et que Rome avait sur l'occupation de l'Afrique des idées bien arrêtées. En fait, il n'en était rien. La première mesure que prit Octavien, après la bataille d'Actium^ fut de rendre la Numidie au fils de Juba P'. Il est bien difficile de supposer qu'il se fût décidé sans hésitations à restreindre ainsi les possessions romaines, à paraître renoncer à des droits acquis; peut-être voulait-il seulement se décharger mcfmentanément du soin de la défense et de la garde des frontières méridionales. Le contact direct du territoire romain avec celui des Gétules n'avait sans doute pas été sans entraîner certains chocs; après avoir fait appel à leurs concours pour les opposer à Juba et leur avoir appris, ce qu'ils savaient du reste, à attaquer la Numidie, il avait bien fallu réprimer leurs incursions ; il fallait surtout exercer dès lors, de ce côté, une surveillance active. Octavien, qui n'avait point encore le loisir de s'occuper de l'organisation des provinces, préféra attendre quelques années avant de régler définitivement la situation de l'Afrique et réserver jusque-là
ses troupes pour tenir tête à d'autres difficultés. Le fils de Juba fut chargé de l'intérim. Élevé ■en Italie, il apportait dans le pays des habitudes romaines et un esprit de soumission absolue ; on pouvait lui confier sans crainte les destinées de la Numidie.
Quelques années plus tard cet intérim prenait fin. En l'an 27 avant Jésus-Christ, la Numidie était de nouveau incorporée aux domaines de l'Etat romain et Juba, dépossédé de ce côté, était placé à la tête de la Maurétanie,qui correspondait au Maroc, à la province d'Alger et à celle d'Oran. A ce moment la province d'Afrique comprenait donc le département de Constantine et la Tunisie, jusqu'à une certaine ligne, au sud, qu'il est assez difficile de définir, mais qui devait couper le territoire, perpendiculairement à la mer, à peu près à la hauteur deTébessa.Onn'a, àcet égard, aucun renseignement précis.
Ces remaniements ne furent pas sans rencontrer dans le pays de grandes résistances. Les Gélules, c'est-à-dire les populations des hauts plateaux et des contrées sahariennes au sud de rOranie, du département d'Alger et de celui de Constantine se soulevèrent ; ils entraînèrent les Musulames, qui étaient établis dans les régions voisines de Guelma, de Tébessa et, plus à l'est encore, au centre de la Tunisie. Peu après la révolte gagna les Garamantes, habitants du Fezzan €t de la région des Syrtes : tout le sud de la
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province était donc en feu. La guerre fut longue et usa plusieurs généraux; ils reçurent, tous, les honneurs du triomphe, sans que le pays fût pour cela, pacifié. En vain même l'un d'eux, Cornélius Balbus, porta-t-il la guerre jusque chez les Garamantes, prenant de nombreuses villes, soumettant les tribus les plus sauvao-es dont les noms et les images figurèrent dans le cortège qui l'accompagna au Capitole. C'est seulement en l'an 6 après Jésus-Christ, au bout de trente années de luttes, coupées d'interruptions que les Romains appelaient des victoires, que le consul Cornélius Cossus parvint à mettre fin à la terrible agitation qui secouait la province. L'effort qu'elle avait exigé justifiait toutes les hésitations de Rome à s'avancer dans l'intérieur du pays. '
Les événements qui suivirent ne furent pas non plus sans les justifier. Dès les premières années de Tibère, une nouvelle insurrection éclata. Le chef était un Numide, nommé Tacfarinas, qui avait autrefois servi comme auxiliaire dans les troupes romaines et qui avait ensuite déserté. Cet aventurier rassembla d'abord quelques bandes de brigands et de vagabonds qu'il menait au pillage ; puis il parvint à leur donner une sorte d'organisation militaire, à en former une infanterie et une cavalerie régulières. C'est ainsi que, plus tard, Abd-el-Kader devait faire instruire ses Kabyles à l'européenne par ' un
Allemand, déserteur de la légion étrangère. Bientôt, de chef de bandits, le voilà devenu général d'une nombreuse armée : les Musulames prirent les armes sous son impulsion et entraînèrent les tribus maures qui touchaient a leur pays ; celles-ci avaient pour chef un indigène du nom de Mazippa. Les deux chefs, continue Tacite, se partagent l'armée : Tacfarmas o-arde l'élite des soldats, tous ceux qui étaient armés àla romaine, pour lesexercer etles habituer à la discipline ; xMazippa, avec les troupes léo-ères, porte dans les possessions de 1 bmpire le^fer et la ilamme. Il fallait, sans perdre de temps, faire face au danger. Furius Camillus, alors proconsul d'Afrique, forme à la hâte un corps expéditionnaire avec les troupes dont il disposait ; il n'avait qu'une poignée d'hommes en comparaison de la multitude des Numides e des Maures qu'il allait combattre ;mais c étaient des soldats réguliers. Les Numides furent complètement défaits ; Tacfarinas se retira dans le désert, où il répara ses forces. Rome pouva^ croire à sa soumission ; il ne tarda pasà proiJ ver le. contraire. U reparut en l'année 20. bul vant la tactique africaine, il procéda d abort par simples incursions dont la promptitud( assurait le succès ; puis il saccagea des bourgades, emmenant les troupeaux et des captifs enfin il s'attaqua à une cohorte romaine qu oôcupait un fort près de la rivière Pagida. L
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commandant de la place, nommé Decrius, militaire éprouvé, se risqua à faire une sortie avec sa petite troupe et marcha contre les assaillants. Au premier choc la cohorte plia. Decrius, furieux, se jette au milieu des traits et des fuyards ; il arrête les porte-fanions : « Des soldats romains, leur dit-il, tourner le dos à des déserteurs, à des brigands indisciplinés ! » En même temps, criblé de coups, avec un œil crevé, il revient à l'ennemi et continue de se battre jusqu'à ce que, abandonné des siens, il tombe mort. Le fortin fut pris et la garnison dispersée. Ce succès n'avait en soi aucune importance ; mais l'effet moral en fut considérable. La situation devenait très sérieuse. Elle exerça successivement Fhabileté militaire de plusieurs généraux, L. Xpronius, Blaesus, Dolabella ; la lutte dura quatre ans. Après chaque campagne, Tacfarinas se dérobait, s'enfonçait dans le Sud, reconstituait ses forces et revenait à la charge! Son audace grandissait naturellement avec ses succès. Il envoyait des députés à Tibère pour lui signifier ses volontés ; il exigeait qu'on lui cédât de bonne grâce des terres, à lui et à son armée; sans quoi il menaçait d'une guerre interminable. Blaesus s'avisa enfin de la méthode qui convenait. Il partagea son armée en trois corps qui prirent des routes différentes ; celui du centre devait mener l'attaque et refouler l'ennemi, ceux de droite et de gauche couper
toute retraite aux fuyards. Puis, divisant chaque corps en plusieurs troupes, il garnit la frontière de postes avancés qui gardaient tous les passages. Ainsi arriva-t-il à poursuivre Tacfarinas de campement en campement, à capturer son frère, à le rejeter lui-même en dehors de la province en lui en fermant l'accès. Il est probable que les choses se seraient alors arrangées, si l'empereur n'avait commis une faute dont la tradition ne s'est jamais perdue enAfrique.il avait envoyé au début des hostilités une légion de secours, empruntée à la garnison de Danube ; la première alerte passée, il s'empressa de la rappeler. Immédiatement le bruit se répandit que l'Empire était déchiré pard'autres guerres, que la situation était grave et que, pour sauver l'Etat, il fallait mobiliser toutes les troupes disponibles ; le pays se souleva à nouveau, Tacfarinas rentra sur le territoire romain et, après î quelques succès osa s'aventurer jusque sous les murs d'Aumale. Très habilement, le nouveau proconsul Dolabella le laissa s'avancer ; puis, s'élançant à marches forcées, le surprit avec sa smala. Enveloppépar les troupes ennemies, Tacfarinas fut blessé à mort pendant la bataille. Avec lui finit l'insurrection. Dolabella était, de tous les proconsuls qui l'avaient combattu, le seul qui fût vraiment digne du triomphe ; ce fut le seul auquel Tibère le refusa, pour ne pas
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déplaire à Séjan. La politique a de ces consolantes surprises !
Ecoutez maintenant ce cfui se passa en Algérie en 1845 ; et voyez comme l'histoire se répète.
A cette date nous avions devant nous non pas seulement Abd-el-Kader, mais un autre adversaire, Bou-Maza : aventurier obscur, sorte de mendiant dévot, qui s'était donné et se regardait comme l'envoyé de Dieu. De tous côtés on lui fournissait de l'argent et des soldats. « Il avait déjà 500 hommes quand le colonel Saint-Arnaud le battit à Aïn-Meran, ses émissaires publièrent partout qu'il avait été vainqueur. L'insurrection s'étendit vers le nord jusqu^aux portes de Ténès,mais la répression fut prompte et énergique. Pendant que Ladmirault manœuvrait autour de Cherche!, Saint-Arnaud dégageait Ténès et poursuivaitle chérif, qui venait d'échouer devant Orléansville. Le gouverneur lui-même alla faire campagne dans le Chélif et dans l'Ouarensenis. Bientôt il crut pouvoir rentrer à Alger, laissant à ses lieutenants le soin d'en finir avec les débris de la révolte '... »
Comme jadis Tacfarinas, Bou-Maza avait dis paru sans laisser de traces ; on le disait mort. Comme Tacfarinas, il démentit ces bruits par un coup subit ; il massacra près de Mazouna l'agha El-Hadj-Ahmed, un des plus dévoués ser-