‹ A travers le monde romainChapitre 25 sur 30 · Wahl, L'Algérie, p · texte numérisé non relu

Wahl, L'Algérie, p

viteurs de la France. A l'instant la révolte éteinte se rallume partout ; chassé du Dahra, Bou-Maza se réfugie dans l'Ouarensenis et y tient la campagne. Abd-el-Kader, qui a reconstitué sa smala et qui compte maintenant 6.000 tentes, franchit laTafna. Le lieutenant-colonel de Montagnac, qui commandait à Djemaa-Ghazouat, eut l'imprudence de sortir avec 430 hommes ; le 23 septembre, il se trouva en présence de l'émir. « A trois kilomètres environ du bivouac, la fusillade commença. Les cavaliers arabes n'étaient pas nombreux, une centaine tout au plus; Montagnac les fît charger par les hussards; ils se retirèrent, entraînant de plus en plus loin la charge ; les chasseurs à pied étaient déjà fort en arrière. Tout à coup, une grosse masse de cavalerie, qui s'était jusque-là cachée derrière un pli de terrain, sortit d'embuscade et prit en flanc les deux premiers et très petits pelotons d'avant-garde. Les deux officiers qui les commandaient, le capitaine Gentil Saint-Alphonse et le lieutenant Klein, tombèrent, Tun tué sur le coup, l'autre blessé mortellement. Accouru au galop avec les deux pelotons de réserve, Montagnac fut presque aussitôt atteint d'une balle au bas-ventre ; cependant il se maintint encore à cheval, encourageant ses hommes qui cherchaient à se rallier sur un mamelon. Il n'y en parvint qu'une vingtaine ; ce fut là que les chasseurs à pied le rejoignirent.

DE l'afrique du no«d 289

« Une attaque à la baïonnette des premiers arrixés ne réussit pas ; le capitaine de Cliargèrefut tué, sa compagnie écrasée sous le nombre. De tous les villages voisins, les Msirda étaient venus par centaines et, ce qui redoublait Tardeur des assaillants, l'émir, le sultan Abd-el- Kader était là, sur le terrain du combat, en personne. Montagnac vivait encore, mais il ne pouvait plus se tenir à cheval ; assis sur une pierre et comprimant d'une main sa blessure, il avait fait former en carré les deux compagnies restantes et dépêché vers le commandant Froment-Costé le maréchal des logis chef Barbut, avec l'ordre d'accourir à la rescousse ; puis il avait appelé le chef d'escadron Courby de Cognord et lui avait remis le commandement en lui disant: Ne vous occupez pas de moi, mon compte est réglé. Tâchez de gagner le marabout. Sur cette dernière parole, il tombe mort.

« Les chasseurs tiennent toujours,mais ils n'ont plus de cartouches et les baïonnettes ne suffisent pas. Les Arabes, a dit l'un des rares survivants de cette poignée de braves, dont l'héroïsme réveille les souvenirs de Waterloo, les Arabes resserrant le cercle autour de ce groupe immobile et silencieux, le font tomber sous leur feu comme un vieux mur. Courby de Cognort gît sans connaissance, couvert de blessures. Un Arabe va lui couper la tête, quand un vieux régulier, reconnaissant son grade aux soutaches

du doloian, le traîne où sont les prisonniers blessés.

« Il n'y a plus un seul Français debout sur le champ de bataille

« Presque en même temps, près d'Aïn-Temouchent, le lieutenant Marin et deux cents hommes se rendaient à Abd-el-Kader ; à Sebdou le commandant Billot, attiré dans une embuscade, était massacré avec le chef du bureau arabe et son escorte. Nos ponts sur Tisser et la Tafna étaient brûlés. Les Gharaba bloquaient de fait, quoique sans hostilités ouvertes, Saint-Denis du Sig. Les communications d'Oran avec Mascara et avec Sidi-bel-Abbès étaient interrompues. Près de Saïda, un kaïd et des indigènes qui nous étaient dévoués étaient assassinés. Le chef du bureau arabe de Tiaret était arrêté par trahison chez les Beni-Mediane qui égorgeaient ses chasseurs d'escorte et le livraient à l'ennemi '. »

Ces différents événements, amplifiés par les récits des indigènes, mirent en émoi toute la province de l'Ouest ; l'insurrection sembla un moment devenir générale. Bugeaud, alors en France, se hâta de revenir. « Quinze colonnes furent sur pied à la fois. Dans l'Est, Bedeau et d'Arbouville réprimaient les troubles du Dira ; au centre, Saint-Arnaud et Comman tenaient le

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