‹ A travers le monde romainChapitre 4 sur 30 · J. Ré ville, La Religion à Rome sous les Sévères, p · texte numérisé non relu

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que ; elle ne voulut pas, sans doute, que sa destinée fût inférieure à celle de son aîné. S'il en fut ainsi, l'amour maternel l'aveugla ; car associer deux frères sur le trône, c'était condamner l'un à la mort, l'autre au crime. L'association n'eut pas grand inconvénient tant que le père fut là pour maintenir entre eux la bonne intelligence, du moins en apparence, et pour les mettre d'accord en imposant sa propre volonté ; mais, lui mort, la guerre éclata : ils ne mangeaient plus à la même table, ne couchaient pas sous le même toit; ils s'étaient partagé les soldats, dont ils avaientchacununegardeparticulière, le palais, où chacun s'était fortifié de son côté ; le peuple, les prétoriens, les grands, la Cour, étaient divisés en deux camps, prêts à en venir aux mains. Leur mère se flattait d'amener entre eux une réconciliation; elle put croire un inslajit qu'elle y avait réussi : Caracalla ne s'y refusait pas, il en pressait le moment. L'entrevue fut décidée; elle devait avoir lieu dans l'appartement même de Domna. Celle-ci habitait, sans doute, dans cet immense palais que Septime Sévère s'était fait bâtir sur la pente méridionale du Palatin, derrière le Stade de Domitien, et dont il ne reste plus aujourd'hui que les soubassements gigantesques. A l'heure dite, les deux frères arrivèrent sans suite et l'entretien commença ; mais voici que, tout à coup, des centurions que Caracalla avait secrètement introduits, font irruption dans la

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chambre et veulent se jeter sur Géta. En vain, sa mère le couvre de son corps et lentourc de ses bras. « Suspendu à son cou, dit Dion Cassius, attaché à sa poitrine et à son sein, il poussait des cris lamentables : Mère, ô ma mère, toi qui m'as enfanté, viens à mon secours ! On m'égorge I Julie eut la douleur de voir son fils assassiné entre ses bras par le crime le plus impie; et elle reçut, pour ainsi dire, la mort dans ces mêmes entrailles où elle lui avait donné le jour ; car elle fut couverte tout entière de son sang ; en sorte qu'elle compta pour rien une blessure qui lui avait été faite à la main. Elle n'eut même pas la liberté de pleurer ni de plaindre le sort de ce fils, prématurément enlevé. d'une façon si déplorable; elle était forcée de se réjouir et de rire, comme si clic était au comble du bonheur, tellement on observait avec soin toutes ses paroles, tous ses gestes, et jusqu'à la couleur de son visage. »

Il semblerait qu'après un drame pareil, toute relation dût être rompue entre la mère outragée ! et le fils assassin. On eût aimé à voir cette femme quitter la Cour et passer le reste de ses jours dans le deuil et la solitude. Notre étonnement est grand de constater qu'il n'en fut rien. Evidemment, JuliaDomna aimait encore mieux le pouvoir que ses enfants. Elle continua donc à exercer la régence, du consentement môme de Garacalla, heureux de se décharger sur elle

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des soucis du pouvoir ; elle lui prodiguait ses conseils qu'il suivait docilement... lorsqu'il lui plaisait. En tout cas, elle ne l'empêcha pas de commettre la série des crimes qui déshonorent à jamais sa mémoire. En l'année 217, elle Tavait suivi dans son expédition contre les Parthes ; elle était à Antioche quand il fut assassiné, sur l'ordre de son préfet du prétoire, Macrin. « Sans doute, nous dit Dion Cassius, elle le haïssait vivant, mais elle le pleura mort, non qu^elle le regrettât, mais parce qu'elle allait être réduite de nouveau à la condition privée. » Pourtant, lorsqu'elle vit que le nouvel empereur ne touchait point à sa dignité et lui laissait sa garde d'honneur, elle reprit courage ; bien plus, elle se mit à conspirer ; elle intrigua auprès des soldats pour se faire décerner le pouvoir suprême, rêvant de jouer le rôle des Sémiraniïs e* des Nitocris. Macrin comprit le danger et lui intima l'ordre de quitter Antioche. Plutôt que d'abdiquer, elle se laissa mourir de faim.

Si Macrin agissait si précipitamment, c'est qu'il existait des membres de la famille de Julia Domna, qu'il avait quelque raison de redouter. Depuis lontemps, elle avait attiré près d'elle à la Cour sa sœur, Julia Maesa, femme intrigante et audacieuse, dont on pouvait, à bon droit, soupçonner les intentions. Cette Maesa avait épousé un grand personnage, également syrien^; deux filles étaient nées de ce mariage, Julia

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Soaemias et Julia Mamaea ; toutes deux avaient grandi à la Cour auprès de leur tante, et dans l'intimité de leurs cousins ;- on comprend ce que pouvaient imaginer dans le présent, et rêver dans l'avenir, ces quatre Syriennes, belles, superstitieuses, ambitieuses à l'excès et ignorantes de tout scrupule. Les deux princesses s'étaie nt mariées, elles aussi, à des compatriotes. De chacun de ces mariages était issu un fils qui pouvait prétendre à l'Empire avec quelque apparence de légitimité. Il est vrai que leurs pères n'étaient plus là pour faire valoir leurs droits ; mais il leur restait leurs mères et leur grand'mère, ce qui était beaucoup. Aussi, quand Macrin se résolut à chasser d'Antioche la vieille Domna, il donna pareillement à sa sœur et à ses nièces l'ordre de s'éloigner. Elles se retirèrent à Hémèse, où elles renouèrent les traditions de la famille. Julia Maesa reprit l'intendance du temple que son père avait possédée ; les jeunes gens furent consacrés au dieu, et le fils de Soaemias, alors âgé de treize ans, en devint le grand-prêtre.

Ce dieu d'Hémèse, auquel j'ai déjà fait allusion, était un de ces dieux solaires, si communs dans le monde oriental, personnification du principal mâle dans la nature et de la chaleur fécondante. Son nom était El-Gabal. Oue le mot signifie « le dieu des hauts sommets », ou que ce soit le même nom que celui d'un dieu chaldéen

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du feu « Bil-gi ou Gibil », ou encore qu'il faille le traduire par « le dieu créateur», il avait pour emblème une pierre noire conique de forte taille, un de ces bétyles que l'on rencontre dans la plupart des cultes de Syrie et de Phénicie. Sa réputation était immense dans tous les pays voisins, occupés par des populations sémitiques ; aussi les offrandes affluaient-elles dans le trésor du temple, ce qui permettait de donner un grand éclat au culte. Rien, d'ailleurs, de moins romain ou hellénique que ce culte ; mais une religion purement asiatique dont l'essence et le but uni= que était la glorification de la fécondité physique. « L'idéal religieux de ceux qui accouraient à Henièse, dit encore M. Réville (1), était celui-là même qui avait armé les Jézabel et les Alhalie contre l'austère dieu des Jahvistes : une divinité favorable et clémente, riche en bénédictions, féconde et donnant la fécondité, à laquelle on rend hommage par des scènes désordonnées en s'abandonnant sans frem à toutes les voluptés. » C'est dans ce milieu que Julia Maesa préparait son petit-fils à gouverner l'Empire. « Chaque jour, le bel Avitus, — c'était son nom, — en longs vêtements de pourpre à larges manches, sous une tunique brodée d'or, la tête ornée d'une couronne de brillants aux couleurs variées, exécutait devant la pierre noire et autour des

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