La Religion à Rome sous les Sévères, p
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autels les mouvements cadencés du rituel, avec accompagnement de flûtes, de trompettes et d'autres instruments » (1).
Si cette éducation différait quelque peu de celle^que Cornélie donnait jadis à ses fils, elle avait, du moins, un avantage certain, celui de concilier au jeune homme l'esprit des soldats campés en Syrie et qui, recrutés sur place, comme cela se passait alors, étaient grands adorateurs du Soleil et grands amis de ses prêtres. Or, on avait, en ce temps-là, surtout besoin de soldats. Au reste, l'ardente Julia Maesa entendait bien que ce sacerdoce ne fût qu'un intérim, en attendant mieux ; mais elle sentait que les chances du prince auraient été bien autres, s'il avait pu naître fils de Caracalla au lieu de cousin. Qu'à cela ne tienne I elle répandra le bruit que telle est, en effet, son origine ; elle fera publier partout que sa fille a été aimée de Caracalla, ce qui était peut-être vrai, en somme. Les soldats crurent sur la parole de la mère au déshonneur de la fille ; elle-même n'y aurait pas contredit. Cette Orientale, toute à son dieu et à ses pratiques voluptueuses, n'avait point sur la pudeur les idées de Lucrèce ; il suffit de constater qu'elle se laissait représenter par la statuaire en Vénus. Nous avons d'elle une image de cette sorte, trouvée sur le forum de Préneste.
l. La Religion à Rome sous les Sévères, p. 246.
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Elle est complètement nue, mais la perruque, sculptée dans un bloc de marbre spécial, est mobile, afin que la statue puisse suivre les variations de la mode.
Rome valait bien le prix de ce mensonge, si c'en était un. La tactique réussit pleinement : le d6 mai 218, les troupes, achetées à deniers comptants, proclamaient empereur le prêtre du dieu El-Gabal, Avitus, qui s'appelera désormais comme son dieu, Elagabal ; il avait quatorze ans. Macrin envoya des troupes pour calmer la révolte, croyant n'avoir affaire qu'à des hommes; il se heurta à des femmes. Maesa se mit à la tête de ses fidèles et marcha à l'ennemi. Bien lui en prit. Au milieu de l'action, une panique vint à se produire ; déjà les soldats se débandaient, quand la mère et les filles, se jetant les cheveux épars au milieu des fuyards, rétablirent la bataille. Macrin, vaincu, se tua.
Elagabal était empereur, Soaemias et Maesa régentes, celle-ci surtout. La première fois qu'il se rendit au Sénat, il l'y amena avec lui ; elle prit place auprès des consuls, se mêla à la discussion et au vote, tout comme un sénateur ; elle alla jusqu'à signer le procès-verbal et les sénatus-consultes. Quant à Soaemias, elle présidait un autre Sénat, où figuraient les femmes des plus hauts fonctionnaires de l'Empire ; il avait pour attributions de régler toutes les questions relatives à l'étiquette féminine ; on prenait
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de graves décisions sur les costumes et sur les joyaux des dames. Décidément Rome était tombée dans l'abus du parlementarisme.
Vous savez ce que fut le règne d'Elagabal, dont la seule préoccupation était de continuer sur le Palatin son pontificat d'Hémèse et de transplanter dans la capitale toutes les pratiques du culte syrien, sans atténuer en rien leur naturalisme brutal.
Les Romains scandalisés ne virent bientôt en ce prêtre couronné qu'un fou et, dans les cérémonies de ce culte, si éloigné des religions occidentales, qu'une série d'orgie abominables. Il leur fallutpourlant attendre leur délivrance près de quatre ans. Les prétoriens massacrèrent dans l'enceinte de leur camp, où ils avaient cherché refuge, le fils et la mère.
Par bonheur, sur les instances de Julia Maesa, qui continuait à diriger la politique, il avait adopté peu de temps auparavant Sévère Alexandre, son cousin, le fils de Julia Mamaea. C'était le désigner pour successeur : celui-ci n'était âgé que de treize ans et demi; l'autorité allait donc rester encore entre les mains des femmes, et une régence succéder à un autre, mais cette fois aussi heureusequela précédente avait été déplorable. Au rebours de sa sœur, la nouvelle régente était sage, habile, vertueuse.
« D'une portée d'esprit moins vaste peut-être que sa tante, Julia Domna, politique moins habile
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que sa mère,Jiilia Maesa, moins séduisante que sasœur Julia Soaeniias,Mamaea eut ce qu'aucune des autres n'avait eu au même degré, la grandeur morale. Elle eut la piété du cœur qui se traduit par la pureté de la vie. Elle sut rester honnête dans un milieu où les nécessités de la politique et les exaltations d'une religion sensuelle autorisaient la légèreté des mœurs. Sa vie entière^ pour autant qu'elle nous est connue, fut dominée par une seule passion, l'amour de son enfant. Elle l'aima jusqu'à l'aveuglement, prête à tous les sacrifices pour lui, n'ayant d'autre souci quedele préserverdudanger,d'autre ambition que d'en faire un modèle de sagesse et de vertu, et compromettant ainsi, par un excès de sollicitude, l'œuvre à laquelle elle s'était consacrée sans réserve. Elle ne put jamais se résoudre à le dégager de sa tutelle ; avec J'égoïsme de l'amour maternel poussé à l'excès, elle traita jusqu'à la fin en enfant celui dont elle aurait dû faire un homme (l).»Elle avait eule bon esprit de lui donner d'excellents préceptem's qui furent l'honneur de leur temps ; elle avait surveillé elle-même son éducation ; elle l'avait habitué à une certaine rigueur presque stoïcienne, à la frugalité, à la simplicité des vêtements, à la modestie. Un détail donnera une idée des préceptes et des habitudes qu'elle lui avait inculqués.