‹ A travers le moyen ÀgeChapitre 5 sur 19 · LES RUINES DE MIREPOIX · texte numérisé non relu

LES RUINES DE MIREPOIX

La route de Pamiers à Mirepoix n'offre rien de remarquable. Je la trouvai pourtant charmante, parce qu'elle nous conduisait à ces montagnes qui m'attiraient si fortement. Parfois elles disparaissaient à nos yeux, et puis, à un détour du chemin, nous les apercevions de nouveau, plus rapprochées de nous, et nous commencions à distinguer les troupeaux ((ui se détachaient au soleil sur leurs flancs abruptes, comme des flocons de neige éparpillés.

Une élégante et sveite flèche gothique, qui se dressait à l'horizon au-dessus d'une masse noire et confuse, nous avertit que nous n'étions plus bien éloignés de Mirepoix. En effet, nous ne tardâmes pas à voir des lignes lumineuses se dessiner sur ce fond sombre pour en faire ressortir les maisons régulières de la petite ville; elle s'épanouit au bord de l'Ers, dans une enceinte de verdure qui a remplacé les sévères murailles féodales des temps passés.

Nous nous dirigeâmes vers les ruines de l'antique

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manoir des Bélissen. Elles couronnent une colline ([ui ondule en face de la cité, dont elle est séparée par la rivière de l'Ers. Autrefois la ville se trouvait au pied même du château, qui la couvrait de son ombre protectrice ; mais aujourd'hui les champs de maïs ont remplacé les habitations^ et la charrue trace de profonds sillons là même où se pressait la population cathare,'car après la croisade, les vainqueurs voulant l'éloigner autant que possible du château, dont ils étaient devenus les maîtres, la contraignirent de s'établir sur l'autre rive de l'Ers.

Un chemin étroit, brisé en zigzags, parfois effacé sous de longues herbes, et tout encombré par endroits de débris roulés du manoir, nous conduisit au sommet de la colline. Le château a été rebâti sous François Pr ; ses fenêtres en croix l'attestent. Un large fossé, aujourd'hui comblé, le séparait du donjon situé sur un mamelon plus élevé, au bord même de l'escarpement du coteau. Ce donjon, à demi détruit par le temps, a certainement assisté à la croisade. Nous vîmes sur son portique en ogive de grossières peintures rougeâtres. Des fragments de sculptures détachés de la tour gisent sur le sol. L'un de ces débris , mieux conservé que les autres, a été incrusté au-dessus de la porte d'une maison toute moderne qui s'élève entre le donjon et l'ancien château; c'est une pierre où sont' sculptées les armes de Toulouse, la brebis surmontée d'une croix.

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Nous errâmes longtemps parmi ces ruines, mélancoliques témoins des siècles écoulés; nous ne nous lassions pas de les examiner en tout sens et de les interroger. Nous espérions toujours y trouver, — quoi ? — ce qu'on cherche dans les ruines, une date, un nom, une porte mystérieuse qui s'ouvre sous la pression d'une main un peu tremblante, et qui vous conduit dans de vastes salles souterraines où l'on découvre des tombeaux dont les inscriptions illuminent le passé. — Mais, vain espoir ! nous ne vimes que l'entrée probable du souterrain qui descend, dit-on, en longues spirales jusqu'aux grèves de l'Ers. Les plâtras la recouvrent si bien que nous fûmes obligés de croire sans rien voir et de nous contenter des révélations de l'histoire. Elles sont d'ailleurs assez complètes sur tout ce qui concerne Mirepoix, pour qu'il soit facile de recomposer dans son esprit les scènes qui s'y sont passées.

Avant la croisade, ce château était la demeure de la famille des Bélissen. Pierre-Roger de Mirepoix, son chef, après avoir été le compagnon de l'aventureux Richard Gœur-de-Lion, se fit remarquer parmi les brillants chevaliers des cours de Foix et de Carcassonne. Il embrassa le catharisme, et ses nombreux vassaux suivirent presque tous son exemple. Mirepoix devint une petite cité cathare , un diminutif des grandes métropoles albigeoises.

Lorsque le pape Innocent III s'effraya des progrès croissants de la nouvelle Église et qu'il contraignit

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le comte de Toulouse d'expulser les Albigeois de sa capitale, ceux-ci cherchèrent un asile sur les terres de Ramou-Roger, comte de Foix, et Gaucelm, évèque cathare de Toulouse , se réfugia au château de Mi repoix.

On est étonné de trouver un sacerdoce dans une Église dont le Saint-Esprit était le chef. Il est probable que dans l'origine il n'y en eut pas, mais que, peu à peu, le besoin d'une autorité visible, d'un centre autour duquel on pût se grouper, amena ce changement, que nous pourrions appeler la monopolisation du Saint-Esprit par le clergé ; car, nous lavons déjà vu, la transmission du Saint-Esprit se taisait par l'entremise des évêques, ou des parfaits. qui ne pouvaient le communiquer que parce qu'ils r avaient eux-mêmes reçu de leurs conducteurs spirituels. Au sommet de la hiérarchie cathare se trouvaient les patriarches, qui, en souvenir du Christ et de ses douze apôtres, avaient autorité sur un groupe de douze évêques. Les patriarches et les évêques étaient assistés par des fils majeurs et des fils mineurs , leurs grands vicaires, dirions-nous aujourd'hui. Les diacres et les sous-diacres formaient les degrés inférieurs du clergé, qui se recrutait parmi les parfaits.

Quant au culte, il était fort simple ; il se composait d'une lecture de l'Évangile, paraphrasé par un diacre ; d'une confession des péchés faite par un laïque au nom de l'assemblée, et de la bénédiction

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donnée par Tofficiant ; !e tout en langue vulgain On ne chantait pas dans le culte, mais on faisait beaucoup de prières et de génutlexions. Chose singulière ! on répétait l'Oraison dominicale , quoiqu'elle ne se trouve pas dans l'évangile selon saint Jean; seulement, au lieu de demander le pain quotidien, on demandait le pain de l'âme.

Les femmes avaient une grande place dans l'Église cathare; les parfaites exerçaient le sacerdoce inférieur ; il leur était permis de parler et d'enseigner dans les assemblées, et de donner le Consolament. On les divisait en diaconesses revêtues et en diaconesses couronnées; les unes et les autres étaient soumises à une archidiaconesse.

A peine arrivé à Mirepoix, l'évêque Gaucelm tint un synode dans le manoir. Des laïques et des membres du clergé albigeois s'y trouvèrent réunis, et ils furent unanimes à reconnaître qu'il était urgent de préparer au sacerdoce cathare un asile plus sûr que Mirepoix. On pensa au château de Montségur, alors en ruines, et on chargea une députation d'évêques, de diacres, et de chevaliers, d'aller demander sa reconstruction à Ramon de Pérelle, seigneur de Montségur. Cette requête fut favorablement accueillie par ce châtelain, qui fut évidemment en cette occasion le mandataire secret du comte de Foix, souverain du pays^ et de la vicomtesse Esclarmonde, dont les revenus viagers étaient assignés sur Montségur.

Pendant cinq ans, de 1204 à 1209, on travailla

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sans relâche à rebâti i' i'edilice ([u'oii deslinait à être l'arclie de salut du calharisme meuacé.

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