‹ A travers le moyen ÀgeChapitre 8 sur 19 · LE RETOUR DE ROS DE BÈNAC · texte numérisé non relu

LE RETOUR DE ROS DE BÈNAC

beaux atours. Vite, vite ; le temps presse. Demain îl serait trop tard. ».

A ces derniers mots, Bos sentit son cœur mordu de nouveau par le démon de la jalousie, et tout égaré il s'écria : — « Reviens, toi qui m'as quitté; toi, ma seule espérance. Reviens! Qui que tu sois, je t'appelle. » — « Que me veux-tu? dit une voix moqueuse. Que réclames-tu de moi, pauvre chevalier errant? Allons, parle donc, maintenant, et regarde-moi en face. On dirait que tu as peur! »

Bos leva les yeux et vit devant lui son compagnon de la veille ; mais quel changement ! Son visage avait pris une telle expression de haine, d'orgueil, de dédain suprême et de fureur concentrée, que cette fois le sire nes'y trompa pas. — « Sa! an ! murmura-t-il. Ah ! père du mensonge, je ne m'étonne plus que tu m'aies trompé! » — « Qu'est-ce que cela signifie? Des reproches, je crois ! dit durement l'Ange déchu; ne t'ai-je pas tenu tout ce que je t'avais promis ? Je t'avais offert de te rendre ta liberté, ta patrie, et de te montrer ta femme. Tout cela, je l'ai fait. Je m'étais bien gardé de te promettre que la dame de Bénac se jetterait à ton icou en te revoyant; je connais trop l'inconstance ;et la mobilité féminines! Et d'ailleurs, il te fallait à toi une bien grande fatuité pour t'imaginer qu'elle reconnaîtrait dans un vagabond en haillons, le bel ■époux qui l'a quittée naguère si mal à propos. Mon ami Bos, tu n'as jamais eu le sens commun! Tu as eu une tête romanesque, un cœur épris de l'idéal, tu

as même visé à la sainteté ; vois un peu où tout cela t'a conduit! A n'avoir pas même un abri dans le château de tes pères, et à finir tes jours comme valet d'écurie du sire d'Angles , si toutefois il veut bien te faire l'honneur de t'accepter } » — « Trêve aux railleries, cria Bos, éperdu de douleur. Je veux, entends-tu, je veux que ma femme me rende son amour, et pour cela je te donnerai tout ce que tu me demanderas, fût-ce mon âme. » — « Ton âme! Penh! c'est bien peu de chose, dit en riant le Maudit ; mais, puisqu'il ne te reste que cela, il faudra m'en contenter. Cependant, avant de conclure, il faut concerter notre plan. » Ici Satan s'arrêta brusquement, la Campana cessa son carillon, et les rouets des fées se turent dans le Bergonz, car une voix venait de s'élever dans la chapelle rustique, et cette voix disait : « De tout mal, de tout péché, de votre colère, des embûches du démon et de la mort éternelle. Seigneur, délivreznous! »

Un violent coup de vent emporta la suite de la prière. Le Démon continua : « Je te parlerai franchement, quoique tu m'aies fait l'injure de douter tout à l'heure de ma sincérité : j'ai pu facilement détacher de toi ton Hermesinde ; mais il me serait plus aisé maintenant d'arrêter l'eau des torrents que d'empêcher la dame de Bénac d'accomplir ce qu'elle a résolu. Il faudrait, pour qu'elle te rendît tout son cœur, qu'elle ne pût jamais revoir celui qu'elle aime d'un si grand amour. »

Page 1