‹ A travers le Turkestan russeChapitre 27 sur 92 · LA RUELLE DES MAUSOLÉES DE CHAH-ZINDÉ · texte numérisé non relu

LA RUELLE DES MAUSOLÉES DE CHAH-ZINDÉ

Les somptueuses murailles de cette sorte de voie appienne musulmane — où voltigent de jolies tourterelles grises, si nombreuses au Turkestan — servent de façades à une double rangée de mausolées accolés les uns aux autres et dans lesquels sont inhumés des membres de la famille et des serviteurs de Tamerlan. Parmi les tombes dont la désignation a pu se perpétuer jusqu'aux générations actuelles, on cite celles de deux sœurs, celle d'un ministre, et celle de la nourrice du grand empereur.

Des gradins abrupts et des baies étroites donnent accès aux sanctuaires, qui mesurent environ six mètres carrés ebacun. Ils sont simplement blanchis à la chaux, comme les pierres tombales qu'ils contiennent. Autrefois, quand Timour les fit construire, ils devaient être luxueusement garnis de lambris vernissés ainsi qu'en témoigne un d'entre eux, — le seul qui ait conservé

GRANDS MONUMENTS DE SAMARKAND

intact son magnifique revêtement intérieur de panneaux ornés de bandes et de médaillons. Le bleu et le vert foncé y dominent en nuances éteintes, d'un contraste exquis avec les tonalités brillantes de la coupole et des façades extérieures.

Quant à ces façades, elles sont le principal attrait d'une nécropole unique en son genre. Non seulement elles forment par leur juxtaposition un ensemble en excellent état de conservation et d'une richesse magique, mais encore les faïences émaillées qui en tapissent les murs sont-elles d'une perfection toute particulière d'exécution et de coloris. Travaillés en relief et môme à jour, les entrelacs, les inscriptions, les arabesques s'y déroulent et s'y marient en gammes si douces et si étincelantes à la fois qu'aucune description ne saurait en dépeindre l'harmonie.

Nulle part, autant qu'ici, l'art musulman n'a répandu les ressources de sa faconde et les trésors de son imagination1^1.

Parmi les sentences qui décorent les portails des mausolées, les plus remarquables sont celles du tombeau de Tchouchou-Bika, sœur de Timour. Elles disent : « Ne crois pas à la vie terrestre, mais songe à la vie future. » — « Les heures et les minutes de ta vie t'ont été données par Dieu pour la prière. » — « Ce n'est pas la vie terrestre qui importe, mais la vie future. »

Sur l'une des frises on peut lire : « Bâti par elle-même et pour ellemême en 77 j (1571). » Une dernière inscription mentionne que le mausolée est l'œuvre des maîtres Chama-ed-Din et Sein-ed-Din l jR|.

La ruelle continue entre des murs gris, plaqués de fragments de faïences et mène enfin, à droite d une mosquée de moindre importance, à la mosquée et au mausolée du saint personnage d'après lequel est dénommée toute la nécropole.

Une superbe porte de noyer sculpté (un des rares vestiges de ce genre au Turkestan), aussi ancienne que les agrafes de bronze qui la garnissent, ouvre sur la salle des prières, dont les lambris clairs rappellent ceux de l'Alhambra de Grenade. Elle précède le sanctuaire, qui forme une sorte de salon arabe, sombre et austère, dont les tapis épais touchent à des parois de faïences vénérables et dont le dôme se voûte en niches sculptées. Sur l'un

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