‹ A travers le Turkestan russeChapitre 29 sur 92 · MUSULMAN PROFILÉ SUR UNE PAROI DE FAÏENCES DE CIIAH-ZJNDÈ · texte numérisé non relu

MUSULMAN PROFILÉ SUR UNE PAROI DE FAÏENCES DE CIIAH-ZJNDÈ

famille, d'autant de territoire qu'il en pourrait parcourir au galop jusqu'à épuisement de sa monture.

En présence de pareilles générosités, Khida ne sut résister ; mais — Asiate prudent — il attendit la construction du médressé et le don du jardin. Puis, un beau jour, il partit à cheval dans la direction des montagnes, et, parvenu près d'Akhéklik, à un endroit où sa monture tomba exténuée, il jeta son fouet à terre en signe de prise de possession.

Khida revint alors vers Tamerlan et raconta l'histoire suivante, brièvement résumée ici :

Quand il fut au fond du puits, il aperçut une ouverture lumineuse et,

GRANDS MONUMENTS DE SAMARKAND

au delà, une grande prairie parsemée d'arbres et de pierres précieuses ; plus loin, il arriva à une autre prairie où paissaient, en quantité innombrable, des chevaux caparaçonnés d'or ; plus loin enfin, il se trouva en présence d'un palais devant lequel stationnaient des milliers d'individus. A travers la porte du palais il vit une salle, où trônait un majestueux vieillard ayant à ses côtés deux autres vieillards vêtus de vert et de blanc.

A l'approche de Khida, une grande inquiétude se manifesta sur les visages de tous ; mais, à sa demande, on lui répondit que le vieillard était Châh-Zindé, le « Seigneur des Braves », et que ses deux compagnons étaient, l'un el-Khizr et l'autre Élie

Tremblant d'émotion, Khida s'approcha du trône, tandis que Châh- Zindé, frémissant de colère, lui demandait comment un mortel avait osé pénétrer dans ce sanctuaire mystérieux ? Il lui ordonna de repartir aussitôt, le menaçant, s'il disait un mot de ce qu'il avait vu dans le « monde des esprits », de le punir de cécité, lui et toute sa descendance, jusqu'à la fin des siècles.

Khida eut à peine prononcé les dernières paroles de son récit que des gouttes noires ruisselèrent de ses yeux. II était aveugle. Ses enfants le devinrent en même temps que lui... et on raconte, à Samarkand, que tous ses descendants sont aveugles aussi.

Depuis Tamerlan, le repos de Châh-Zindé n'a plus été troublé, car le souverain a fait murer la tombe. Les Sartes qui viennent maintenant prier le « Saint Patron de Samarkand » et déposer des « ex-voto » au pied du grand panneau à jour, ne peuvent entrevoir qu'un long sarcophage blanc au delà des sculptures noircies par le temps.

On aurait à choisir entre tous les monuments de l'Orient musulman que l'on serait tenté de donner la palme à Châh-Zindé ; car au spectacle des merveilles architecturales de la nécropole s'ajoute l'impression si poétique des curieuses légendes qui se rattachent au souvenir du « Roi vivant ».

Elles prêtent au site lui-même un charme de troublante émotion, et

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LE PORTAIL DE CilAM-ttNDL.

par leurs symboles évidents, semblent destinées à rappeler aux hommes qu'il est de ces mystères éternels qu'aucune vaine curiosité ne doit chercher à pénétrer.

Derrière le mausolée du saint, au delà d'autres chapelles multicolores écroulées, de vastes cimetières musulmans s'étalent à perte de vue. Aperçue de là, la fière silhouette de Biby-Khanim s'élève, bien haut, au-dessus de l'amas brunâtre de la ville sarte d'aujourd'hui, aussi imposante que les ruines les plus célèbres de l'antiquité grecque ou romaine.

Aucun bruit ne parvient jusqu'ici ; et, par un de ces couchers de soleil qui dorent les montagnes et portent à la rêverie, on peut songer à l'aise au lointain passé de la vieille Marakanda et à toutes ses gloires lorsque, sous Timour, elle était « l'œil et l'étoile » de son colossal empire....

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