‹ A travers le Turkestan russeChapitre 42 sur 92 · UN CAVALIER SAUTE · texte numérisé non relu

UN CAVALIER SAUTE

d'Othman, très vénéré dans tout l'Islam, parce qu'il passe pour avoir été écrit de la propre main du troisième successeur de Mahomet, et qu'il porte les traces du sang de son auteur. On raconte, en effet, qu'Othman fut tué dans son palais par la populace révoltée, alors qu'il tenait entre ses mains le livre sacré.

Bien peu d'Européens ont pu voir ce manuscrit à l'endroit où il était conservé depuis plusieurs siècles, car il fut acheté aux oulama par le Général-major Abramoff, aussitôt après la prise de Samarkand, et envoyé par lui à la Bibliothèque Impériale de Saint-Pétersbourg, dont il forme actuellement un des plus précieux documents paléographiques<5').

Au nord de Samarkand, c'est-à-dire dans la direction diamétralement

CAMPAGNE ET PAYSAGES

opposée à celle où se trouvent le médressé et le faubourg de Khodja- Akhrar, la campagne présente un aspect tout différent et très accidenté. Les cultures, devenues plus rares, sont espacées entre elles par des terrains sans rapport et d'ailleurs inutilisables.

C'est ici que s'étend le vaste plateau d'Afrâsiàb, — dont il sera spécialement question à propos des grandes fêtes musulmanes, — plateau couvert de vallonnements arides, coupé par de profonds ravins et par de hautes falaises sablonneuses.

Dans une dépression encaissée, à l'une de ses extrémités, on voit une sépulture très célèbre par tout le Turkcstan, celle de Daniar, qui ne serait autre que notre prophète Daniel. Les Sartes croient que Daniar était si grand qu'il touchait au ciel et que sa tombe ne contient qu'une partie infinitésimale de son corps. Particularité très curieuse, cette faible fraction avait, au dire des moullah, le don de grandir sous terre tous les ans, de sorte que le sarcophage s'était allongé et continuait à s'allonger miraculeusement. Il avait fini par atteindre plus de vingt mètres de longueur, alors que sa largeur restait dans les proportions d'un sarcophage ordinaire. Les autorités russes ont désiré mettre bon ordre à cette croissance mystérieuse, et « pour garantir le tombeau des intempéries » ont obtenu récemment la construction d'un bâtiment à coupoles qui l'englobe, en lui assignant des limites fixes pour l'avenir.

Le long et étroit sépulcre blanc, avec ses cornes de béliers amoncelées au pied des mâts coiffés de croissants et de queues de chevaux, a donc perdu le caractère étrange qu'il devait avoir, à ciel ouvert, au milieu des parois de sable jaune d'alentour.

Les sites voisins sont extrêmement pittoresques, car à la base des falaises les plus élevées et les plus abruptes serpente un large arik dont les eaux, bordées d'une charmante végétation, alimentent de nombreux moulins indigènes.

Non loin de là, dans un village isolé, sont parqués les lépreux de la région. Leurs femmes représentent l'élément mendiant par excellence et se postent pendant la journée sur les chemins les plus fréquentés. Seules Musul-

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