‹ A travers le Turkestan russeChapitre 44 sur 92 · LE POST DE TAMERLAX · texte numérisé non relu

LE POST DE TAMERLAX

a servi de base à la création de l'antique système d'irrigation qui féconde toute la région depuis des siècles.

Cet ingénieux réseau de canalisation, conservé et entretenu avec soin par les peuples divers qui l'ont utilisé depuis sa fondation, a été, toutefois, considérablement amélioré par l'administration russe : des travaux récents ont permis d'augmenter l'étendue des cultures et ont assuré plus de régularité à la distribution des eaux.

Tandis que cette administration s'occupe, dorénavant, plus spécialement de la surveillance générale des arik principaux, le soin de la distribution des eaux elles-mêmes, parfaitement réglementée, est resté entre les mains de personnages indigènes choisis par le Gouverneur militaire. Ils sont désignés par le nom d'arik-aksakal, et ils ont sous leurs ordres d'autres indi-

CAMPAGNE ET PAYSAGES

gènes élus par les votes des communes rurales. Leurs fonctions comportent en plus la gestion des travaux qui, au moyen de redevances en nature, doivent être exécutés annuellement pour l'entretien de tous les canaux (5J>.

Du haut de Tchoupan-Ata on peut juger de l'immense réseau de ces magnifiques irrigations. La vue offre même un panorama circulaire plus splendide encore que celui de la terrasse de Chir-Dar, car ici elle embrasse de plus près les chaînes de montagnes, et elle domine mieux toutes les opulentes cultures du cours supérieur du Zerafchan.

Le point culminant de la colline est couronné par la coupole d'un petit sanctuaire, but de pèlerinage très fréquente par les Musulmans, ainsi qu'en témoigne la multitude de pierres, nouées de cordons et de ficelles, que les Sartes déposent dans les anfractuosités de la muraille, quand ils désirent l'accomplissement d'un vœu qui leur est cher. La chapelle, qui porte des traces de décorations de faïences, contient encore les restes d'un saint, et, comme partout dans ce pays où abondent les contes populaires, une ou plusieurs légendes se rattachent à cette sépulture.

Celle qui m'a été dite raconte qu'un roi barbare assiégeait une fois Samarkand, dont les habitants épouvantés se lamentaient et priaient Dieu de les préserver. Dieu exauça leurs supplications, car, au matin du jour attendu pour l'assaut du conquérant, ils virent qu'une colline avait surgi dans la plaine, ensevelissant tous les ennemis. Un berger dormait sur cette montagne avec ses moutons. En se réveillant, il aperçut, tout stupéfait, le fleuve et la grande ville ; il demanda où il se trouvait, disant qu'il était luimême d'un pays de hauteurs lointaines. Il apprit alors par quel prodige la montagne avait été transportée là ; et, frappé du sentiment de sa mission divine, il se promit de consacrer sa vie à la sainteté. 11 s'établit définitivement sur la colline, en vue de Samarkand, et répandit le bien autour de lui.

Les bergers vénèrent depuis sa mémoire comme celle de leur patron, car tchoupan veut dire « berger », et ata « père ».

Pour juger, enfin, de la beauté de certains sites montagnards et pour recueillir des impressions nouvelles, on peut, avant d'entreprendre de plus

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