‹ A travers le Turkestan russeChapitre 58 sur 92 · UN TADJIK DE LA PROVINCE DE SAMARKAND · texte numérisé non relu

UN TADJIK DE LA PROVINCE DE SAMARKAND

mieux dire, des indigènes qui, sous le nom de Sartes, représentent les éléments domiciliés de la population du Turkestan.

Certains auteurs disent que les Sartes sont un peuple spécial et homogène, résultant d'une fusion intime entre éléments iraniens et turks.

Il est cependant fort difficile de vérifier à quelle époque exacte ce terme

TYPES ET COSTUMES

de Sarte a pris naissance et il faut, sans doute, le considérer comme une simple « appellation » puisque, de nos jours encore, tel citadin ou tel campagnard du Turkestan qui s'intitule Sarte se réclame tantôt de sa descendance Tadjik, tantôt de sa descendance Ouzbeg.

11 semble donc bien que le mot Sarte ne puisse désigner une race à part, et qu'il s'applique à tous ceux des habitants du Turkestan qui, d'origine iranienne, c'est-à-dire Tadjik, ou d'origine turke, c'est-à-dire Ouzbeg, ou qui encore, — produits de croisements turko-iraniens, — ont d'une manière générale, « des domiciles fixes et des occupations sédentaires ».

Parmi eux, les Tadjik sont plus spécialement citadins, tandis que les Ouzbeg forment en majorité les populations rurales des campagnes. Les Tarantchi sont aussi considérés comme Sartes.

En ce qui touche l'état social des populations du Turkestan, il est intéressant de noter que (sauf chez les Kirghiz qui ont une sorte de noblesse patriarcale), il n'existe pas d'aristocratie dans le sens propre du mot. Même les propriétés ou les domaines, que possèdent les plus riches d'entre les Sartes, ne contèrent aucun titre ni aucune hiérarchie nobiliaires.

Les seuls titres en cours sont imaginaires et ne rapportent, à ceux qui en jouissent, que des privilèges moraux, à commencer par la vénération

UN OUZBEG DE KOKAS.

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UN OUZBF.G DU DISTKICT DE DJ1ZAK.

générale de leurs coreligionnaires. Tels les Hadji, pèlerins retour de La Mecque, les Khodja, lettrés supérieurs, les Ichan (é<Sl conseillers religieux ou m révérends », etc..

La religion musulmane étant la base de la vie publique comme de la vie privée, c'est le Chariot, ou « commentaire du Coran », qui fait office de

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loi civile. 11 est souvent difficile de le faire accorder avec les exigences des lois russes, auxquelles obéissent tous les immigrés : Juifs, Tatars, Arméniens, Persans, etc., déjà cités.

La question des langues, en usage chez les indigènes sédentaires, se divise comme celle des races en deux fractions principales : le farsH6"?*, qui est un dialecte persan, parlé par les Tadjik ; le turk-djaghataï ou tourki, parlé par les Ouzbeg. La langue turque des Ottomans modernes dérive du vieux tourki.

Là où les Tadjik et les Ouzbeg restent encore cantonnés par groupes distincts, ils ne parlent sans doute que leurs dialectes respectifs ; mais dans les

endroits où ils vivent mélangés, comme dans les villes, Tadjik et Ouzbeg manient indifféremment les deux langues, car ils les savent dès leur enfance. Cependant l'idiome élégant est toujours le persan, et ce serait une offense que de s'adresser en tourki à un lettré quelconque.

Quant aux caractères, dont les Sartes se servent pour écrire et pour imprimer les rares livres qu'ils lisent, ce sont les caractères arabes.

Au point de vue du type, les Sartespréscntent un petit garçon ouzbeg de Samarkand. un mélange assez diffi-

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UN TADJIK DES ENVIRONS DE BOUKIIARA.

cile à définir, surtout si l'on s'attache à l'observation spéciale des éléments qui sont sédentaires depuis des siècles, et chez lesquels les croisements de races ont dû être particulièrement fréquents, par suite de la polygamie en usage. 11 est donc sage de s'en rapporter aux renseignements qu'ils donnent euxmêmes sur leur origine, et de les accepter comme exacts.

D'une façon générale, le Tadjik a la finesse et la régularité caractéris-

( iJÎ )

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tiques du type iranien.

L'Ouzbeg est, par contre, de type turk pur ou de type turk mélangé de sang mongol. Il accuse, dans ce dernier cas, les traits principaux de la race jaune : yeux légèrement bridés, pommettes saillantes, barbe peu fournie, etc.

Il est certainement bien plus difficile d'établir des spécifications dans les grands centres, où tant de mélanges ont eu lieu, qu'en Boukharie et dans toute la partie orientale du Turkestan, voisine du Turkestan chinois, où les deux cléments opposés se distinguent de façon plus nette et plus précise. Les Tadjik, qui sont les habitants autochtones du pays, amollis et corrompus par une civilisation très ancienne, asservis aux caprices de tous leurs envahisseurs, ont certainement le caractère moins impulsif et moins franc que les Ouzbcg. Ceux-ci, rejetons d'une race active et remuante, Musulmans d'occasion et peu fanatiques, ont des allures plus spontanées, plus aimables et plus gaies, tout en possédant comme les Tadjik, la gravité habituelle du Mahométan.

En tout cas, qu'ils s'intitulent Tadjik ou Ouzbeg, les Sartes sont intelligents ; ils aiment la nature, les enfants, les fleurs et les animaux ; ils ado-

DM CULTIVATEUR OUZBEG DE MARGIIELAX.

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UK OUZBEG DU DISTRICT DE MAKt.Hbl.AN.

rent les longues causeries et la vie contemplative. Tolérants d'apparence, ils sont, en principe, plus accueillants que la plupart des Musulmans d'autres contrées.

Ceux qui les connaissent de près assurent que les Tadjik, en particulier, sont très intéressés, très calculateurs, et que le sens du commerce et du gain est extrêmement développé en eux. On le leur reproche au point de

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prétendre que l'argent a sur leur âme une puissance si irrésistible, que son attrait pourrait les décider aux actions les moins délicates.

Mais les Sartcs dépensent cet argent aussi facilement qu'ils le gagnent, et ils sont non seulement très hospitaliers, mais surtout très portés au plaisir. La moindre occasion, à plus forte raison une occasion importante, devient pour eux prétexte à tamacha (divertissement quelconque) et à folles prodigalités.

Quoi qu'il en soit de leurs défauts ou de leurs qualités, les Sartes sont de rapports agréables, à ne voir que leurs manières si polies et si déférentes , manières auxquelles ils attachent entre eux la plus grande valeur.

Dès le bas âge, elles sont enseignées aux enfants, et font partie d'un véritable cours d'éducation qui leur est donné par leurs parents, et par les maîtres des maktab,

VU JEUNE NÉGOCIANT OUZBEG DE TACHKEKT.

ou écoles élémentaires indigènes. Elles ont presque plus d'importance que leur instruction proprement dite, qui se résume à peu de chose, et qui n'est nullement obligatoire. A leur sortie des maktab, les jeunes gens, après avoir répété pendant des années des formules inutiles, savent à peine lire et écrire.

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