LE DARWINISME. OU L’HOMME-SINGE
' ractère anatomique de l’homme c’est d’être bimane. Le singe est quadrumane. Et quelle différence entre les mains de l’un et celles de l’autre !
Le singe ne peut se tenir debout, il est muet; c’est une horrible bête comparé à la dignité et à la beauté humaines. L’espèce humaine est distincte des autres espèces, et elle est une.
Le docteur James réduit à néant toutes les objections élevées contre cette unité par l’école de Darwin. Les différences apparentes que présentent les races s’expliquent par les influences climatériques, morales et sociales. L’espèce liumaineapu se répandre par tout l'univers, malgré les obstacles géographiques qu’on objecte; elle l’a pu grâce à la configuration des continents et des îles. Cette unité est prouvée d’ailleurs par la parenté qui existe entre toutes les langues, et par la fécondité persistante des unions entre toutes les races.
Distingué des autres espèces par ses caractères anatomiques et physiologiques, l’homme s’en sépare bien davantage par ses facultés intellectuelles. Il y a chez lui l’instinct et l’intelligence comme chez les animaux. Mais chez les animaux c’est l’instinct qui domine, tandis que chez l’homme c’est- l’intelligence avec son caractère de liberté et de perfectibilité.
Mais c’est surtout par ses facultés morales et religieuses que l’on peut dire que l’homme forme un règne à part dans la nature. Seul il a la notion du droit et du devoir, du bien et du mal. Seul il connaît Dieu et l’adore. Seul il croit et espère en une vie future, où la vertu sera récompensée et le mal puni.
Ces phénomènes intellectuels et moraux ne peuvent être des modifications de la matière. Ils prouvent qu’il y a en nous deux principes : le corps et l’esprit, l’esprit dominant sur le corps. L’homme est plus qu’un animal raisonnable, plus même qu’une intelligence servie par des organes.
L’homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux.
C’est par cette éclatante réhabilitation de la dignité humaine, si gravement atteinte par des doctrines comme le darwinisme, qui sont la négation de la science, la négation de la moralité et
A TRAVERS LE XIXe SIÈCLE
de la liberté, que le docteur G. James couronne son œuvre. Il a comme restauré le monument de notre grandeur. Au sommet l’homme se dresse sous le rayon divin, rendant hommage pour l’univers à Celui dont tous les êtres à tous les degrés proclament l’action créatrice et providentielle. — Tel est en son ensemble, autant qu’un sec résumé peut en donner une idée, cette œuvre remarquable.
Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, l’ouvrage du docteur James ne s’adresse pas seulement aux savants, il n’a rien de pédantesque. La science y est mise à la portée dé tous, sous la forme la plus attrayante et la plus accessible. Chez l’écrivain, il y a le docteur éminent, et c’est ce qui fait son autorité ; mais il y a aussi l’humaniste et le lettré : il y a l’homme du monde, le causeur aimable qui sait manier le trait et la plaisanterie. Tel et tel chapitre ( Comment le singe est devenu homme ; n’est-ce pas plutôt l'homme qui est devenu singe? etc.) valent des scènes de nos meilleures comédies. Le style se distingue par la grâce, le naturel, la vivacité et la transparence. C’est le style de Voltaire au service de la vérité.
L’éminent docteur ne nous en voudra pas, en terminant cet article, d’associer à son nom, dans un commun hommage, celui d’un autre savant qui a été son compatriote et son ami, et dont la perte encore récente a excité les plus justes regrets, celui du P. de Valroger, qui a combattu vaillamment le même combat.
Il est infiniment honorable pour notre pays normand d’avoir donné le jour à ces deux illustres représentants de la science chrétienne contemporaine.
LES FLÉAUX