A PROPOS DE L’ « INFLUENZA
Si l’influenza fait un peu moins parler d’elle qu’il y a deux ou trois ans, elle fait encore des victimes, et bien grand en a été le nombre depuis quelques mois. Dans nos campagnes déjà si dépeuplées et où s’entassent les ruines par suite de l’émigration vers les» villes, cette funeste visiteuse a été précédée, accompagnée et suivie d’autres fléaux, tremblements de terre, choléra, invasion des sauterelles, hiver rigoureux, etc., de sorte qu’en voyant cette progression dans les épreuves, nous pouvons craindre que de plus redoutables ne nous menacent encore.
Devant cette série de calamités publiques qui se succèdent en s’aggravant, comment ne pas s'émouvoir? Il est naturel de se demander quelle en est la cause, le pourquoi, et comment on pourrait les faire cesser.
C’est une croyance universelle, une croyance de tous les pays et de tous les temps, que les grands fléaux sont des châ-
' Cet article a paru dans l’Univers le 12 juin 1893.
A TRAVERS LE XIXe SIÈCLE
timents envoyés par Dieu pour punir les crimes de la terre, surtout les crimes publics, les crimes des nations. Et que ces grands crimes des nations ce sont les outrages publics à la divinité et à ceux qui la représentent. Pour nous chrétiens, c’est surtout le concours prêté par les nations à l’effort de l'ennemi de Dieu, du grand révolté, Satan, dirigé contre l’œuvre accomplie par le Christ et par le Sacerdoce qu’il a institué, pour le salut du genre humain .
L’esprit divin qui agit dans les sociétés humaines par ce Sacerdoce et y opère l’œuvre de la grâce, est le même que celui qui dan s la période créatrice agissait sur leséléments et opérait l’œuvre de la nature préparant dans le monde matériel le théâtre de l’histoire humaine. Il n’est pas étonnant qu’il ait déposé dans ce monde matériel des éléments et des forces devant coopérer à l’exécution de ses desseins ultérieurs, et qu’il ait prédisposé, entre l’ordre moral et l’ordre physique, de telles relations que les troubles produits dans le premier aient leur contre-coup dans le second, et que les perturbations de celuici soient le châtiment des troubles apportés à celui-là.
Les crimes individuels, isolés, les révoltes des particuliers, la justice divine a l’éternité pour les punir. Et ce sont de faibles obstacles que les procédés ordinaires du gouvernement delà Providence suffisent à renverser. 11 n’en va de même des crimes des nations, surtout de celles qui sont appelées par une vocation spéciale à être les principaux instruments de l’action divine. Ces crimes sont un sérieux obstacle et ont un grand éclat ; il faut que la répression en soit retentissante et s’accomplisse dans le temps. C’est dans le temps que s’accomplit l’œuvre à laquelle ils s’opposent et la justice de Dieu ne peut les atteindre dans l’éternité ; les nationssont des êtres collectifs, des personnes morales qui, comme telles, n’ont pas d’existence ultra-terrestre.
Si c’est un sentiment universel dans l’humanité que les fléaux sont des châtiments provoqués par les crimes des nations, surtout par les outrages publics à l’adresse de la divinité et de ses
LES FLÉAUX
prêtres, c'est un sentiment non moins universel que la colère céleste ne peut être fléchie que par de justes et publiques expiations et par la réparation des crimes et des outrages commis.
Toutes les traditions, les païennes comme les chrétiennes, attestent cette double croyance ; et les témoignages les plus saisissants de l’histoire en proclament la vérité.
Adressons-nous d’abord aux païens et interrogeons Homère. Tout le monde a dans la mémoire le début de l’Iliade. L’armée des Grecs est là qui campe depuis dix ans sous les remparts de Troie. Une funeste contagion la désole. Quelle a été la cause du fléau? Un outrage public fait à la religion dans la personne d’un prêtre, par le chef suprême des fils de la Grèce.
Ghrysès, prêtre d’Apollon, était venu pour racheter sa fille captive chez les Grecs. Elle avait été emmenée par eux, après le sac de sa patrie. Le prêtre d’Apollon apportait de riches trésors pour sa rançon. Il implorait les Grecs et surtout les deux Atrides, chefs suprêmes des guerriers. Et malgré la dignité dont il était revêtu et dont il portait les insignes, tenant en ses mains le sceptre d’or et les bandelettes sacrées, il se voyait durement repoussé. Le fier Agamemnon ne veut pas l’écouter, et il ajoute l’insulte et la menace au refus...
Le vieillard, dit le poète, s’en allait morne et pensif le long de la mer mugissante, et priait le fils de Latone de venger son prêtre :
« Dieu, dont l’arc est d’argent, dieu de Glaros, écoute...
» Et le dieu du haut Olympe a entendu sa prière. Il descend de la voûte azurée ; son arc et son carquois résonnent sur ses épaules. Il s’avance, semblable à la nuit. Durant neuf jours, les flèches du dieu tombèrent sur l’armée, et les peuples mouraient...
oXéxovxo Sè Xaoï
Et que font les Grecs pour amener la cessation du fléau qui les dévore? Sur l’avis deCalchas, le devin infaillible, ils prient,
A TRAVERS LE XIXe SIÈCLE
ils expient, ils réparent. Ulysse est chargé de conduire à Chrysa une hécatombe sacrée et de rendre la belle Chryseïs à son père. Les Grecs immolent au Dieu protecteur de Delos des hécatombes de chèvres et de brebis, et les traits d’Apollon cessent de pleuvoir sur leur camp.
Après le témoignage d’Homère et de l’Epopée, nous avons celui de Sophocle et de la tragédie antique.
La première scène d "Œdipe-Roi présente la ville de Thèbes désolée par une horrible peste. La foule se presse sur la place publique devant le palais du roi et autour des autels, portant les rameaux des suppliants. Ils viennent conjurer le roi de les secourü*. Legrand-prêtre Tiresias trace le tableau des maux qui les accablent et il demande à Œdipe de sauver encore une fois leur cité en apaisant les dieux. Œdipe répond qu’il n’a pas attendu leur démarche pour s’appliquer à en trouver le moyen. Le fils de Ménécée, Créon, son beau-frère, est allé par son ordre au temple de Delphes, demander au dieu par quels vœux et par quels sacrifices il pourrait sauver cette ville. Créon survient, qui fait connaître la réponse du dieu :
« Apollon, dit-il, nous enjoint de chasser de cette terre un monstre qu’elle nourrit dans son sein et de ne pas y souffrir plus longtemps sa présence inexpiable... Il faut bannir le coupable ou punir le meurtre par un meurtre; car le sang a souillé notre ville... »
Œdipe n'a pas de repos qu’il n’ait découvert de quel meurtre il s’agit et quel a été le meurtrier; et quand il sait que c’est lui-même et qu’il connaît les circonstances horribles du crime, il exécute sur sa propre personne les ordres du dieu. lise crève les yeux, il se bannit du territoire de Thèbes, et il erre, pauvre vieillard aveugle, conduit par sa fille Antigone, jusqu’à ce qu’il ait complété son expiation en mourant sur la terre étrangère. Par cette expiation il devient un personnage sacré. Sa mort est une sorte d’apothéose et son tombeau doit protéger la contrée qui gardera ses cendres contre les attaques de ses ennemis.
Ainsi l’antiquité païenne elle-même a vu dans les fléaux des
LES FLÉAUX 175
châtiments infligés par la divinité aux cités etaux nations pour des crimes publics et ne pouvant être conjurés que par des expiations et des réparations publiques. Mais dans les auteurs païens, dans Homère et dans Sophocle, ces vérités nous apparaissent accompagnées d’erreurs, altérées par l’alliage mythologique. Les livres saints et l’histoire sacrée nous les présentent dansleur pureté et avec tout leur éclat. C'est là que nous avons les véritables notions sur la divinité et sur ses relations avec les hommes, sur l’institution du vrai sacerdoce, sur l’origine du mal, sur ce crime primitif, source de tous les maux qui sont l’apanage commun de l’humanité, et sur la venue de celui qui comme médiateur, comme prêtre et victime, a pu en procurer le remède.
C’est là que nous apprenons comment des crimes nouveaux et extraordinaires ont pu et ont dû attirer sur les hommes des châtiments nouveaux et extraordinaires, et que les crimes nouveaux et extraordinaires sont surtout les obstacles apportés à l'reuvre que Dieu accomplit sur la terre et les outrages à l’adresse de ce vrai prêtre par lequel il l’accomplit, le Christ préfiguré par les pontifes de 1 ancienne loi et continué parles pontifes de la loi nouvelle.
«... Tu es le prêtre éternel selon Tordre de Melchisédech », dit le prophète.
« Le Seigneur est à ta droite; il brisera les rois au jour de sa colère.
» Iljugerales nations, ilconsommeralaruinedetes ennemis, il écrasera sur la terre la tête d’un grand, nombre. » (Ps. 109.)
L’Ancien Testament nous donne de ces terribles châtiments de nombreux exemples. L’un des plus frappants est celui de Pharaon et des Egyptiens. Pharaon fait peser sur les Hébreux, qui étaient le peuple de Dieu et la figure de l’Eglise, une dure et cruelle oppression, et il repousse les prières et les avertissements de Moïse et d’Aaron, chefs de ce peuple et prêtres de Jéhovah. L’éternel frappe l’Egvpte de plaies successives. Chaque fléau passé, le cœur de Pharaon s’endurcit de nouveau et il ac-
A TRAVERS LE XIXe SIÈCLE
cable les Israélites de plus lourds fardeaux. Les fléaux redoublent et s’aggravent. Enfin, après la peste sur les animaux, après la grêle et les orages dévastateurs, après les sauterelles qui dévorent tout et les ténèbres qui couvrent durant trois jours la terre d’Egypte, Dieu frappe le grand coup, celui qu’il réserve ordinairement pour la fin : l’ange exterminateur passe.
« Or il arriva qu’au milieu de la nuit le Seigneur frappa tous les premiers-nés de la terre d’Egypte*, depuis le premier-né de Pharaon, qui était assis sur son trône, jusqu’au premier-né de l’esclave dans sa prison et jusqu’aux premiers nés des bêtes de somme.
.» Et Pharaon se leva dans la nuit et tous ses serviteurs et toute l’Egypte, car il n’y avait pas une maison qui ne renfermât un mort.
» Et Pharaon ayant fait appeler Moïse et Aaron leur dit : « Levez-vous et sortez du milieu de mon peuple, vous.et les fils » d’Israël. Allez, sacrifiez au Seigneur, comme vous dites... »
»... Et les Egyptiens pressaient le peuple de quitter promptement leur terre, disant : « Nous allons tous périr. »
Le peuple juif était lui -même parfois terriblement frappé. Ce qui lui arrivait lorsqu’il manquait à sa mission. Je passe sur ces châtiments; je passe même sur ceux qui vinrent l’accabler lorsqu’il eut mis le comble à ses prévarications en méconnaissant, outrageant et tuant le vrai prêtre de Dieu, le Messie, châtiments qui se sont perpétués et durent encore comme sonaveuglement et sa haine déicide.
J’omets aussi toutes ces grandes calamités qui ont désolé l’empire romain, surtout au quatrième et au cinquième siècles, et ont châtié la cité, reine du monde, la grande prostituée, ivre du sang des martyrs.
Je me hâte d’arriver, aux faits de notre histoire à des exemples plus récents, et qui doivent nous toucher plus vivement. Parmi tous les Etats qui se sont formés des débris de l’empire romain, la France a reçu une mission spéciale et privilégiée. Baptisée la première avec Clovis, elle est
LES FLÉAUX
devenue ce qu’était la tribu de Juda parmi les fils d’Israël. Il n’est pas étonnant que J, la Providence ait employé à son égard les procédés dont elle usait à l’égard du peuple juif pour le maintenir ou le rappeler dans sa voie. La mission de la France c’est d’être le soldat du Christ, c’est de protéger l’indépendance de la Papauté et la liberté de l’Eglise, c’est de favoriser l’expansion du catholicisme dans le monde entier. Lorsqu’elle s’est montrée fidèle à sa mission, la France a été glorieuse et prospère. Mais toutes les fois qu’elle l’a trahie et qu’elle a combattu ce qu’elle devait défendre, elle a été durement frappée. Elle a subi les plus étonnantes catastrophes. Avec les Clovis, les Charles Martel, les Charlemagne, les Godefroy de Bouillon, les saint Louis, à quelle grandeur n’est-elle pas parvenue !
Mais, quand Philippe le Bel, au lieu de marcher sur les traces de son aïeul, eut repris l’œuvre des Césars teutoniques, et quand il se fut déclaré comme eux, à l’exemple des Césars romains, la loi vivante de laquelle découle tout droit et toute loi, quand il eut outragé la Papauté et commencé l’ébranlement de tout l’ordre chrétien, la main de Dieu s’appesantit sur lui, sur sa race et sur son royaume. Philippe, appelé le Bel à cause de la beauté de sa taille et de la force de sa constitution, meurt tout à coup d’une chute de cheval à l’âge de quarantesix ans. Et de ses trois fils, beaux et forts comme lui, quatorze ans après, plus un seul ne survit. Tous les trois sont morts sans laisser de postérité.
Philippe de Valois monte sur le trône de France. Mais il ne répare pas les torts de Philippe le Bel. La Papauté demeure transplantée à Avignon et comme inféodée à la royauté française. Borne se voit condamnée à ce long veuvage dont Pétrarque a si éloquemment exprimé les tristesses. Aussi l’époque des Valois devient-elle pour la France l’époque la plus sombre et la plus calamiteuse du moyen âge. C’est l’époque de la guerre de Cent Ans, des désastres de Crécy et de Poitiers, des ravages des grandes compagnies et du fléau de la peste noire. La France res-
A TRAVERS LE XIXe SIÈCLE
pira sous le sage et pieux Charles Y. Duguesclin délivra notre pays des grandes compagnies et reconquit presque tout le territoire sur les Anglais. La Papauté, sous Charles V, avait pu retourner à Rome avec Urbain Y et avec Grégoire XI.
Mais la France redevint bientôt plus coupable qu’auparavant. Lorsqu’après la mort de Grégoire XI les cardinaux français, voulant revenir à Avignon, eurent créé un antipape (Clément VII) et que la France eut pris parti pour le schisme, les calamités débordèrent de nouveau sur notre malheureux pays. Au désastre de l 'Ecluse succéda le désastre d’Azincourt. 11 y eut alors grande pitié au royaume de France en ces jours funestes de la minorité du fou Charles VI, et des luttes sanglantes des Bourguignons et des Armagnacs s’ajoutant aux maux de l’invasion étrangère.
Heureusement nombre de saints priaient et expiaient : il y avait les Vincent Ferrier, les Brigitte, les Catherine de Sienne et les Catherine de Suède, sans compter une foule d’humbles enfants de saint François et de saint Dominique, et même de simples paysans. Et les prélats, et les docteurs de l’Eglise de France, entre autres Pierre d’Ailly, cardinal-archevêque de Cambrai, s’appliquaient à purifier l’Eglise et à guérir ses plaies. Ils contribuèrent pour une bonne part à l’heureuse issue des débats de Constance où l’Eglise réunie en Concile parvint, après bien des péripéties, à mettre fin au grand schisme parl’élection d’un nouveau pape.
Il est à remarquer que c’est au lendemain du retour définitif de la Papauté dans Rome et de la reconstitution de l’Eglise dans son unité, que Jeanne d’Arc commença à entendre ses voix. Martin Y entra à Rome le 28 septembre 1420. En 1427, Jeanne commença l’accomplissement de sa mission merveilleuse, et le 17 juillet 1429, Charles VII était sacré à Reims et il achevait en 1450 de bouler les Anglais hors du royaume.
Après le quatorzième siècle, après les leçons que nous donnent les épreuves et les châtiments subis alors et la manière merveilleuse dont la France fut délivrée et sauvée, il nous faut
LES FLÉAUX
franchir plusieurs siècles pour retrouver une époque et des exemples aussi frappants. Il nous faut nous transporter jusqu’au dix-huitième siècle et aux temps présents.
Au siècle dernier, le grand ennemi du Christ et de l’œuvre qu’il accomplit dans le monde souleva contre l’Eglise un nouvel orage. Une hérésie plus radicale que toutes les précédentes s’éleva, niant avec l’autorité du Christ et de l’Eglise toute autorité supérieure à l’homme et à la raison humaine. C’était un nouveau paganisme divinisant la raison humaine et menant à la restauration du culte de l’État, c’est-à-dire du culte du nombre et de la force.
La nouvelle doctrine eut pour propagateurs des philosophes et des littérateurs français. Mais il est bon de dire que ceux qui en étaient les vrais fauteurs étaient des étrangers non moins jaloux de la grandeur de la Franc'e qu’ennemis de l’Eglise catholique et qui devaient considérer comme un coup de maître de tourner la première contre la seconde et de faire servir sa langue, le puissant instrument que venait de façonner le dixseptième siècle, à l’œuvre de destruction qu’ils méditaient. C'étaient des juifs de Hollande et d’Allemagne, des protestants de Genève et d’Angleterre, c’était aussi le roi de Prusse. Leur action s’exerça en France au moyen des conciliabules ténébreux de la franc-maçonnerie, et les écrivains français ne furent que les organes de cette conspiration.
Toutes les formes, tous les genres dans lesquels se traduit la pensée furent mis en œuvre pour semer l’esprit de révolte, pour vilipender l’Eglise et ses prêtres et toutes les institutions du passé. L’on parvint ainsi à déchaîner contre la religion et l’ordre chrétien toutes les passions. Et la France, comme soumise au phénomène de la possession démoniaque, en vint à briser elle-même ce qui avait fait sa vie, sa force et sa grandeur, déportant ou massacrant ses prêtres, traînant la royauté à l’échafaud et la Papauté en exil, la Papauté représentée par un vieillard de plus de quatre-vingts ans. Et l’on vit, quelques années plus tard, Bonaparte, voulant asservir l’Eglise après
A TRAVERS LE XIXe SIÈCLE
l’avoir restaurée, faire subir au Pape Pie VII tous les outrages dont on avait abreuvé son prédécesseur.
Cette participation à l’effort de Satan contre l’œuvre de Dieu, ces outrages au Vicaire de Jésus-Christ et à ses prêtres ont déchaîné sur la France et l’Europe des calamités inouïes; on a chèrement payé pour tous ces crimes. Désordres, émeutes sanglantes, famines, la Terreur, des guerres civiles et des guerres étrangères interminables, l’établissement de cette servitude mettant en coupes réglées les générations et les dévorant alors tout entières, voilà en deux coups de crayon toute cette période. Ce fut sur l'Europe comme le débordement d’un nouvel islamisme. Mais, au flux parti de France, succéda le reflux. Notre pays, envahi deux fois, fut à son tour écrasé par l’Europe après ces guerres ininterrompues qui avaient coûté la vie à trois millions d’hommes.
La paix et l’ordre se rétablirent lorsque l’on eut réparé les outrages faits au vrai prêtre de Dieu, au vicaire de Jésus-Christ, lorsque le souverain Pontife Pie VII fut rentré dans ses Etats et eut été replacé sur son trône.
Cette paix et cette tranquillité n’étaient pas définitives. La puissance ennemie qui s’était emparée du gouvernement de la France en 1789, et avait été abattue en 1815, n’était pas morte. Repliée dans les antres des sociétés secrètes, elle y pansa ses blessures et y prépara bientôt de nouvelles entreprises. Nous l’avons vue rentrer en scène en 1830 et en 1848, mais ce n’est qu’en 1859 qu’elle a réussi à mettre de nouveau la main sur les gouvernements et à imposer sa direction à la politique européenne.
Napoléon 111a été son principal instrument. La guerre d’Italie adonné le branle à ce mouvement qui devait de nouveau bouleverser les États et qui entraîna tout d’abord la ruine du pouvoir temporel de la papauté. En vain Pie IX éleva-t-il la voix pour protester et avertir les peuples des calamités que devaient attirer sur eux les principes et les hommes par lesquels ils se laissaient de nouveau conduire. On n’a cessé de bafouer les en-
LES FLÉAUX
seignements du Pape et même ceux de l’Église réunie en concile. C’était mettre Dieu en demeure de justifier et de venger lui-même son prêtre ; ce qu’il ne manqua pas de faire.
Le fléau de la guerre fut de nouveau déchaîné. Dès 1870-71, la France subit les conséquences de sa politique en Italie. Elle tomba écrasée sur les champs de bataille de Metz et de Sedan, écrasée par l’unité allemande, fille de l’unité italienne. Et que de fléaux s’ajoutèrent aux maux de la guerre : un hiver rigoureux, la petite vérole noire, le typhus, sans compter les horreurs de la Commune et de la guerre civile!
La Providence a cessé de frapper. Avons-nous profité du répit qui nous a été accordé pour réparer nos égarements, pour revenir à l’accomplissement de notre mission dans le monde? Nous avons eu grand soin de repousser les instruments de salut que Dieu nous présentait et d’écarter les hommes qui nous parlaient de rétablir son règne : Nous sommes retombés par notre faute sous la domination de ses pires ennemis, de ceux qui veulent la destruction de la France chrétienne pour assurer la destruction de l’Église. Après les malheurs de 1870-71, des majorités se sont rencontrées pour livrer le gouvernement de leur pays aux héritiers des jacobins de 93, ou plutôt à des juifs déguisés en radicaux et en librespenseurs. Depuis qu’ils sont les maîtres, ces hommes n’ont cessé de faire la guerre à l’Église.
Après avoir enlevé les postes extérieurs, expulsé les congrégations, laïcisé les écoles et les hôpitaux et envoyé les séminaristes à la caserne, les voilà qui s’attaquent au corps de la place, au clergé séculier lui-même, pendant que les frères et amis d’Italie préparent le dernier assaut, c’est-à-dire la mainmise de la Révolution sur le Vatican.
Est il étonnant qu’un semblable oubli de sa vocation et de ses devoirs, qu’une semblable prévarication attire sur la France les plus grands maux, et que de nouveaux fléaux surviennent (l’Italie n’est pas non plus épargnée ; elle meurt de faim et de misère pour rester à Rome). Nous avons eu les tremblements
de terre. Ils ont fait le tour du bassin de la Méditerranée où ils semblent préparer quelque catastrophe formidable. Nous avons eu aussi le choléra alternant avec les tremblements de terre ; puis, sans parler de l’hiver cruel 1890-91 et des famines qu’il a occasionnées, est survenu ce nouveau fléau d’apparence d’abord assez inoffensive à sa première apparition et qui, bientôt, est devenu, en gardant le nom d’influenza, une véritable peste universelle.
« Et les peuples mouraient, dit Homère, parce que le prêtre de Dieu, le prêtre d’Apollon, avait été outragé. »
oXÉxovto 8s Xotot
Les peuples périssent encore aujourd’hui comme les Grecs d’Homère parce que les prêtres sont outragés, le prêtre par excellence, le Christ et son vicaire le Pape.
Comme la Thèbes de Sophocle, nous sommes en proie à un fléau cruel parce qu’il y a un monstre parmi nous. |ltnon seulement nous souffrons sa présence inexpiable, mais nous en avons fait notre souverain, et maintenons son règne par nos suffrages. Ce monstre c’est l’ennemi personnel de Dieu, Satan lui-même représenté par la franc-maçonnerie et la juiverie qui veulent tuer le Christ dans son Église. Le vrai Dieu, comme l’Apollon des Delphes, nous enjoint, si nous voulons désarmer sa colère, de repousser le monstre, de l’exterminer ou de le bannir. Ce que nous pouvons faire avec des bulletins de vote.
Les fléaux qui nous frappent vont sans cesse s’aggravant comme du temps de Pharaon. Craignons, si nous continuons de prêter notre concours à l’œuvre satanique qui se poursuit, que l’ange exterminateur ne passe aussi parmi nous. Bien des symptômes précurseurs annoncent ce terrible passage...
Pour conjurer une semblable calamité, travaillons à apaiser la colère de Dieu par des expiations, à amener la réparation des outrages faits à son Christ, à rétablir le Pape dans son indé-
LES FLÉAUX
tendance et l’Église dans ses droits, à arracher au Moloch de la laïcisation l’âme des enfants, et au minotaure de la loi militaire les séminaristes. Si la société dont nous faisons partie s’opiniâtre dans ses égarements et s’attire les suprêmes châtiments que lui prépare la Providence, nous subirons nous aussi ces fléaux. Mais nous aurons fait notre devoir et sauvé nos âmes.
VOYAGES A L’INTÉRIEUR