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CHAPITRE X

LES BOIS

Un mot seulement sur ce sujet ; ce que j'en pourrais dire se trouve développé dans un grand nombre d'ouvrages spéciaux, parmi lesquels je puis citer ceux du colonel Émy, de Demanet et de Douillot, sans compter les innombrables traités de botanique. Les uns ont étudié longuement la nature du bois, ses qualités et ses défauts, en ce qui touche la construction ; les autres se sont.occupés de sa formation et de sa classification. Il n'y a donc plus guère à glaner après cela, et je ne ferais que répéter sous une autre forme tout ce qui a été dit sur les espèces ligneuses.

Je me borne donc seulement à signaler une coutume vicieuse qui est souvent mise en usage dans un des mille emplois du bois: c'est l'inconséquence qui se manifeste quand on simule des bois peints sur des bois naturels. Cette coutume à le don de m'agacer comme vous agacent toutes les choses contre nature.

Bien que les bois puissent rester apparents tout en se conservant longtemps, bien que l'huile, le vernis ou la cire puissent encore ajouter a la conservation, j'admets volontiers que dans un très-grand nombre de cas

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les bois peuvent être recouverts de peinture, et cela non-seulement parce qu'on leur assure ainsi une chance de durée un peu plus longue, mais encore parce que, des raisons d'économie vous amenant à choisir des bois de deuxième qualité ou à mélanger des essences de diverses natures, il est bon de déguiser les défauts de la matière. J'admets aussi ce procédé parce que les ouvrages en bois doivent s'harmoniser avec ceux qui les entourent, et qu'on peut être amené par la tonalité générale à déguiser quelques tonalités particulières ; mais en admettant tout cela, en admettant l'emploi de tons sur les panneaux et les boiseries, je repousse complètement l'imitation factice des bois peints exécutés sur des bois naturels.

Quelles que soientla forme et la composition des cadres, des bâtis et des remplissages, ils devront toujours être établis suivant les principes de la raison et de la vérité, et ils devront toujours indiquer leur nature et leur source, quand bien même ils ne formeraient-ique le dessous d'une décoration.

Si l'on peint une boiserie composée rationnellement, elle aura toujours sous sa couche colorée les qualités et la composition d'une boiserie; on se rendra bieu compte que le ton employé est nécessité par l'harmonie de l'ensemble, sans que pour cela il y ait mensonge et déraison; les bâtis et les traverses feront l'office de la charpente, du -squelette, les moulures et les ornements seront les muscles, et la peinture alors re-

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présentera la peau: tout sera logique et déflni, pourvu que la peau ne veuille pas emprunter la couleur des muscles qu'elle recouvre. Quand le bois reste apparent, quand la peau est supprimée, la boiserie est pour ainsi dire à Tétat d'écorché ; elle s'accuse plus feripement, elle a toute sa sincérité, l'effet est plus net, plus accentué, et par suite plus impressionnant ; Tépiderme se forme après coup, léger et transparent ; c'est le temps qui se charge de la besogne et qui la fait bien ; la coloration devient douce, naturelle et harmonieuse, et les veines du bois paraissent gracieusement sous cette couche diaphane, tout comme les veines bleuâtres du corps paraissent légèrement sous une peau fine et délicate.

Mais enfin, si Ton est conduit à renoncer à cette parfaite enveloppe, si l'on veut en changer l'apparence, aumoins que cette opération se fasse franchement, que ce soit un voile sur le visage, voile qui ne cherche pas à lutter avec la nature; mais que ce ne soit pas le maquillage de ces vieilles coquettes qui remplacent une chair faite de sang et. de tissus, par une chair faite de fard et de céruse. Soyons vrais avant tout ; chacun y gagnera.

Et voilà tout ce que j'ai su dire sur les bois ; j'ai fait plus d'anatomie que d'architecture ; mais une fois n'est pas coutume, et je fais le serment du corbeau de la fable.

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