CHAPITRE XII
LES MOSAÎOUES
Chacun sait que la mosaïque est un assemblage de petits cubes de matière résistante, enchâssés dans un ciment, et juxtaposés de telle sorte qu'ils forment des dessins et produisent des oppositions de couleurs.
Ce système décoratif peut se diviser en deux catégories. La première comprend les mosaïques, exécutées avec des cubes de marbres, et n'est guère employée qu'au pavage, ou revêtement du sol ; la seconde comprend les mosaïques exécutées avec des cubes en émaux, ou en verres colorés, et ne s'applique qu'aux revêtements des parties en élévation, murs, arcs, ou voûtes. Il y a bien encore une troisième division qui comprend des dessins faits parle moyen d'incrustations de pierres dures de choix : onyx, jaspes, agates, calcédoines, etc., telles sont les incrustations appelées mosaïques de Florence; mais, saufles soubassements de la chapelle des Médicis, ce genre d'exécution étant surtout employé pour de menus objets de bijouterie ou tout au plus pour des revêtements de petite dimension, n'est pas à proprement parler du ressort
de l'architecture et peut être négligé dans cette courte étude.
Je conserve donc seulement les deux grandes divisions : mosaïques faites avec des matériaux naturels, et mosaïques faites avec des matériaux factices.
Les mosaïques exécutées avec des fragments de marbre paraissent remonter à une haute antiquité; mais néanmoins les premières dont l'histoire fasse mention ne sont pas antérieures de plus de trois siècles à la naissance de Jésus-Christ. Pline nous apprend qu'un certain Sosos de Pergame avait alors exécuté une mosaïque qui représentait sur le sol les divers débris d'un festin. Puis l'on sait aussi que le grand vaisseauconstruît par Hiéron avait dans quelques unes de ses pièces des dallages en mosaïque. A partir de ce moment, ce système décoratif fut plus ou moins employé, et il était en pleine évolution sous les premiers empereurs romains. La ville de Pompéï, ensevelie souis le règne de Titus, était presque entièrement décorée de mosaïques dont quelques-unes sont fort remarquables^ telle par exemple celle que Toix a découverte dans la maison du Faune.
Cette décoration du sol subsista encore longtemps, et l'on retrouve des restes de mosaïques fort importantes exécutées' sous Adrien, sous Caracalla, et sous Dioclétien, ainsi que divers fragments bien conservés ,qui nous indiquent que l'emploi des mosaïques en marbre ou en cailloux colorés, se prolongea jusqu'au Bas-Empire.
LES mosaïques. 177
A partir de cette époque, les mosaïques du sol, destinées jusqu'alors aux temples, aux th'éâtres ou aux maisons particulières, sont employées dans les basiliques chrétiennes, qui s'élevaient de toutes parts; mais elles se tranforment un peu, se combinent avec des plaques de pierres dures, s'incrustent dans les dallages du sol, et se composent de cubes ou de prismes triangulaires en granit, en porphyre ou en serpentin. Peu à peu l'on délaisse les premières traditions ; les sujets représentés sur le sol sont remplacés par de simples compartiments aflectant des figures géométriques, et ces nouvelles combinaisons, plus simples parfois, mais non moins belles, sont presque partout mises en usage en Italie pendant le moyen âge.
Puis jusqu'aux siècles de la Renaissance, les constructions subissent un temps d'arrêt : les mosaïques nouvelles ne se font plus guère; elles se remplacent progressivement par des carreaux; ou des majoliques, et finalement tombent en désuétude. Cependant dans quelques parties de l'Italie, et de Tltalic du nord surtout, lé sol intérieur des salles reste encore souvent formé par des petits fragments de marbres noyés dans un enduit de ciment ; quelques bordures, quelques ornements, encadrent ou accompagnent le semis général et produisent ainsi une espèce de mosaïque. Ce système se poursuit jusqu'à nos jours; il est toujours en vigueur en Italie, et depuis une dizaine d'années il fait son apparition
en France, à Paris surtout; mais les encadrements tendent à s'accuser, le semis tend à s'orner, et Ton peut prévoir que, bientôt peut-être, la mosaïque antique, la mosaïque formant dçs dessins ou des compartiments, va renaître et être de nouveau admise dans la décoration et le pavage de nos habitations.
Les mosaïques exécutées au moyen de pâtes vitriiiées avaient déjà été mises en usage un peu avant la fin de l'emploi général des mosaïques faites avec des cubes de pierre ou de marbre ; mais cependant ce n'est qu'au siècle de Constantin qu'elles paraissent franchement adoptées et qu'elles font partie intégrante de la décoration architecturale. Constantin fonde les basiliques ; ses successeurs l'imitent, et les symboles chrétiens viennent se traduire sur les murs et les voûtes des édifices, en faisant miroiter aux yeux des fidèles les ors et les couleurs. La mosaïque décorative, la mosaïque puissante et durable, s'impose à tous les yeux, rayonne de tous ses effets, et crée une peinture et nouvelle et magique : le baptistère de Constantin, la basilique de Saint-Paul, Saint-Laurent, Sainte-Agnès à Rome, Sainte-Sophie à Constantînople, Saint-Apollinaire et Saint- Vital à Ravenne, étincellent sous les feux dorés des mosaïques. D'autres édifices se construisent, appelant la même décoration : le baptistère de Florence, Sainte-Marie Majeure à Rome, l'église de Palerrae et la cathédrale de Montréal. Que