Le Plantain a grandes feuilles
De la famille des Plantaginées.
ges la connaît bien. Que de fois à Montréal, n'a-t-il pas entendu les petits marchands ambulants la crier dans les rues : « Bons Bleuets de Saguenay !... ». Il sait que cela se mange crû ou cuit, et spécialement en excellentes confitures. Ges bleuets, le père Hormidas lui a dit que cela s'appelait des Airelles du Ganada. Vite, une fiche qu'il attachera au rameau. Le volume qui sait tout lui permet
d'inscrire que les Airelles appartiennent à la famille des Vacciniées; mais à parler franc, cette famille-ci n'éveille rien dans l'imagination de Georges.
— Voyons ! Y a-t-il encore quelque chose que je connais là-dedans? se demande le jeune homme.
Et il palpe, tourne et retourne si bien ce qui lui reste
Fig. 74. — L'AscLÉpiADE, De la famille des Asclépiadées. Feuilles opposées. Fleurs rosées en ombelles. Plante nommée quelquefois le Cotonnier à cause des aigrettes soyeuses de sa graine.
de sa cueillette d'hier que tout à coup, il s'aperçoit avec épouvante que les étiquettes qu'il avait accolées à chacune de ses plantes se sont détachées. Le voici bien embarrassé! Il ramasse ses petits papiers et lit : Monotrope, Brunelle, Asclépiade, Plantain, Vigne sauvage... Mais allez donc deviner ce qui dans ce paquet est de l'Asclépiade ou même de la Vigne sauvage... Deux solutions possibles se présentent à son esprit:
tS4 A TRAVERS LES CHAMPS ET LES BOIS
aller trouver le père Hormidas, ou bien aller consulter son oncle. A la réflexion, Georges se dit qu'il est préférable de recourir à M. Wilfrid, parce qu'il y a des chances que lui sache à quelles familles appartiennent ces plantes, et ce sera toujours autant de gagné sans
¥ig. 75. — La Brunei.le.
De la famille des Labiées. Tige à section quadrangulaire. Toutes les feuilles sont pétiolées, sauf les deux placées sous l'épi. Fleurs violettes en épis.
qu'il soit nécessaire de feuilleter ce gros livre revêche dans son appareil scientifique. Justement M. Wilfrid est à son bureau. Il se prête volontiers, à son ordinaire, aux désirs de son neveu.
Georges lui présente une plante.
— Brunelle, diagnostique M. Wilfrid. Remarque les petites fleurs violettes groupées en gros épi, et que les
feuilles ont toutes une queue, excepté les deux qui se trouvent sous l'épi. Observe aussi que la tige a une section quadrangulaire.
— Qu'est-ce que cela veut dire au juste? interroge Georges.
— Que cette tige a quatre face comme une règle, à
Fig. 76. — La Monotrope.
De ia famille des Monotropées. Plante solitaire, entièrement blanche.
quoi elle ressemble d'ailleurs. Ceci a de l'intérêt parce que c'est le caractère propre de la famille des Labiées à laquelle la Brunelle appartient.
— Et celle-ci?
— Monotrope. Une des plantes les plus curieuses. Elle est d'une pâleur cadavérique et placée horizontalement, la fleur sur la tige donne l'aspect d'une pipe, ce pourquoi les Anglais la nomment Indian pipe. Cette plante est solitaire. Où l'as-tu trouvée?
i8G A TRAVERS LES CHAMPS ET LES ROIS
— Dans un bois épais.
— Hâte-toi de la préparer, car elle noircit très vite.
— De quelle famille?
— De celle des Monotropées, répond en souriant M. Wilfrid.
— Voilà des familles comme je les aime, s'écrie Georges. Ça devrait être ainsi pour toutes les familles de plantes. Comme ce serait plus commode si par exemple, les Pois appartenaient à la famille des Poissées, les Haricots à celle des Haricotacées, les Carottes à celle des Carotacées, et ainsi de suite!
— En effet, consent, égayé, M. Wilfrid, cela serait commode, mais malheureusement, de nulle utilité.
— Et ça? demande Georges.
— Du Plantain, répond son oncle. F'amille des Plantaginées. Celui-ci est ce que l'on appelle du Plantain à grandes feuilles, caractère assez visible. Plante très commune.
— En effet, remarque Georges, il y a longtemps que je l'avais remarquée, mais je ne savais son nom. Et ceci ?
— De l'Asclépiade, famille, — voici qui va te faire plaisir — des Asclépiadées. C'est ce que nous appelons le Cotonnier ou Herbe à ouate. Ses feuilles, comme tu le vois, sont lancéolées, vertes dessus, blanchâtres dessous ; les fleurs sont en ombrelles penchées. Sa graine porte des aigrettes longues et soyeuses qui fournissent une sorte de coton qu'on a essayé quelquefois d'utiliser industriellement, sans grand succès, parce que ce coton n'est pas assez résistant; mais il semble qu'on pour-
rait employer pour le tissage la fibre de cette plante. Il suffirait pour cela de faire rouir les tiges.
— Rouir?...
— Oui, c'est-à-dire faire macérer les tiges dans l'eau
Fig. 77. — La Vigne sauvage.
De la famille des Ampélidées. Ses feuilles ont l'aspect général d'un ag
de cœur.
pour amener la putréfaction des substances putrescibles; et comme les fibres ne le sont pas, il en résulte une séparation de celles-ci qui permet de leur faire subir ensuite toutes les opérations du tissage.
— Il ne me reste plus qu'une plante à déterminer, dit Georges. Je crois que c'est de la Vigne sauvage.
— En effet, répliqua M. Wilfrid, exactement l'espèce
que l'on appelle la Vigne à feuilles cordiformes, c'està-dire que ses feuilles ont l'aspect général d'un as de cœur. C'est une des ressources insoupçonnées de notre pays. Cette Vigne a en effet un avantage énorme sur toutes les autres : loin de redouter les gelées précoces d'automne, si nuisibles à celles-ci, elle les désire, si l'on peut ainsi parler, parce que ces gelées font mûrir son fruit. Certes, son raisin est un peu Acre et le vin qui en résulte un peu gros. Mais qui empêcherait d'améliorer ces plantes par une culture rationnelle ! Cette culture rendrait les grappes plus denses, leurs grains plus gros et leur jus plus agréable. Cela est d'autant plus facile que, comme toutes les Ampélidées, famille à laquelle elle appartient, la Vigne sauvage est extrêmement peu difficile en matière de terrains; elle se trouve fort bien de sols siliceux, caillouteux, arides. Peu d'entretien donc, et des résultats certains. Je me demande ce qu'on attend pour profiler au Canada de ce don de la Providence.
Les Fougères. — Plantes sans fleurs ou Cryptogames vasculaires, — Leur rôle géologique ; formation de la houille. — Reproduction des Fougères. — Poljpode. — La Capillaire du Canada. — Les Prêles. — Les Lycopodes.
Georges, son oncle et le père Hormidas s'en revenaient en cette fin de matinée d'une promenade aux bois. Georges en rapportait un gros paquet de Fougères. Il en rapportait aussi l'impression de mélancolie que produit la forêt à l'automne commençant, surtout quand on sait
qu'avant que cet automne soit terminé, il faudra dire adieu à la nature et reprendre le chemin de la grande ville. Ce n'est point par hasard du reste que le jeune homme était chargé de Cryptogames vasculaires. Son oncle, très méthodique, lui avait dit la veille :
— Mon ami, la fin de ton séjour ici approche.
— Hélas! dit Georges,
— Je désire qu'avant que tu reprennes le chemin de Montréal, tu aies fait à peu près le tour de la Botanique. Or, si tu possèdes déjà dans ta collection un nombre assez important de plantes Phanérogames, je crois que tu n'as pas encore de Cryptogames.
— Qu'est-ce que c'est au juste les Cryptogames?
— Celles qui comme l'étymologie de leur nom l'indique, n'ont pas de fleurs: les Fougères, les Mousses, les Champignons, les Algues, les Lichens,
— En effet, reconnut Georges, je n'ai rien de tout cela.
— Nous consacrerons donc tes derniers jours ici à en chercher quelques exemplaires.
Et dès le lendemain, conformément à ce programme, le maître, son neveu et son jardinier s'étaient mis en chasse de Fougères. Grâce au père Hormidas qui connaît tous les bois voisins de la propriété de M. Wilfrid dans leurs moindres recoins, la recherche fut rapidement fructueuse et c'est une pleine gerbe sur les bras que Georges s'en revenait des bois,
— Elles sont bien jolies, dit-il, et remarquablement ornementales. Du reste, je pense que leur seule raison d'être dans la nature est leur beauté décorative.
— Quelle erreur! s'exclama M. Wilfrid.
190 A TBAVEFxS LES CHAMPS ET LES BOIS
— Est-ce qu'elles présentent une utilité quelconque? demanda Georges surpris.
— J'en connais une, dit le père Horniidas. Il paraît qu'on se sert en pharmacie d'extrait de Fougère pour débarrasser du ver solitaire, les gens qui ont ce parasite dans l'intestin.
— Elles ne sont pas alors d'un usage très fréquent, car ' je suppose que le ver solitaire est assez rare, remarqua Georges en regardant son oncle.
— En effet, dit celui-ci, et si les Fougères n'avaient jamais eu que ce rôle dans l'économie de l'Univers, je ne leur accorderais pas une extrême importance qu'en réalité elles méritent.
— En quoi?
— En ce que ce sont elles qui ont fabriqué toute la houille qui existe de par le monde.
— Comment! La bouille, c'est fait de Fougères?
— Oui.
— Pourtant, cela ne se ressemble guère, des Fougères €t de la houille!
— C'est que les Fougères qui ont formé la houille, l'ont fait il y a des milliers et des milliers d'années, et que depuis ce temps elles ont eu le temps de perdre leur aspect naturel. Reportons-nous par l'imagination aux temps effroyablement éloignés de nous que les géologues nomment les temps primaires. L'eau, une eau encore très chaude sous un soleil qui donne à la terre entière une température aussi élevée qu'actuellement aux Tropiques, couvre presque entièrement la surface du globe. Il n'y a d'émergés encore que quelques îlots rocheux sur
lesquels les Ilots toujours en colère viennent battre. Et ces îlots sont recouverts d'une végétation de Cryptogames vasculaires que la chaleur et l'humidité amènent rapidement à prendre des formes arborescentes. Et sur ces arbres sans racines voltigent des insectes énormes, des Libellules de près d'un mètre d'envergure et des Cafards larges comme des assiettes.
-rr Brr! dit Georges, cela ne me donne pas l'envie rétrospective d'y vivre.
— De fait, continuait son oncle, la vie devait manquer de charme sur ces îles, et sur toute la terre en général, car il sévissait des tempêtes continuelles, des orages effrayants et d'épouvantables cyclones. Précisément, ces cataclysmes arrachaient comme fétus de pailles les Cryptogames, vrais arbres certes mais sans racines, et les jetaient dans les torrents qu'ils faisaient naître subitement sur les pentes raides des îles abruptes. Entraînés par ces eaux sauvages, ces troncs s'accumulèrent, furent recouverts tantôt de sable, tantôt de boue et, au cours des siècles, se transformèrent en houille, précieux combustible préparé par les âges géologiques pour l'homme moderne.
— Mais, interrogea Georges, comment a-t-on pu se rendre compte que cela s'est passé de cette façon ?
— Que la houille soit formée de Fougères arborescentes, lui répondit son oncle, il est facile de le constater dans les gisements de la houille, où l'on retrouve leurs troncs en place. Or, ces troncs mêmes indiquent par leurs positions un transportpar l'eau. Si, par exemple, tu jetais un pied de ces Fougères que tu tiens à la main, dans un
r.ours d'eau, tu constaterais que celle plante est emportée par le flot non selon une position horizontale, mais dans une position verticale, parce que sa partie inférieure est plus lourde que sa tige. Une Fougère nageant ainsi debout dans une eau peu profonde, est
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¥ig. 78. — La reproduction des Fougères. A gauche, en haul, profil d'un pied de Fougères : les feuilles parlent d'un rhizome ou tige souterraine, et avant de s'épanouir ont l'aspect d'une petite crosse. A droite, en haut, dessous d'une feuille avec les sores (groupement de spores). A droite, en bas, un sore grossi. A gauche, en bas, prothalle portant par dessous des archégones et des anthéridies.
exposée à racler le lit de ce ruisseau : alors si ce lit esS^ fait de pierres dures, de cailloux par exemple, le pied finit par s'accrocher et se briser; si, au contraire, ce fond de l'eau est boueux, mou, la Fougère qui s'y pique est incurvée sans plus par le courant. Eh bien, dans les mines de houille, on l'a remarqué, si la houille est incluse dans
du grès OU du poudingue, quelque chose de primitivement très dur, les troncs fossiles de la houille sont brisés; si, au contraire, la houille se trouve en terrain marneux qui représente d'anciennes boues, ces troncs sont seulement incurvés.
— Mais, objecta Georges, qui dit que les troncs de Fougères ne se sont pas fossilisés sur place?
— A défaut de toute autre preuve, nous aurions au moins celle-ci qui me paraît définitive : beaucoup de ces troncs sont retournés de telle sorte que leur partie inférieure soit la plus élevée. Or, un arbre qui s'abat ne prend jamais, conviens-en, cette position.
Sitôt terminé le repas de midi, M. Wilfrid Lnpointe emmena son neveu dans son bureau.
— Je veux, lui dit-il, tant que les Fougères que tu as cueillies ce matin sont fraîches, l'expliquer le mécanisme de leur reproduction. Remarque d'abord qu'elles n'ont absolument rien qui, extérieurement, ressemble à des fleurs. Etpourtant elles ont quelquechose qui correspond à dupollen,et quelque chose qui correspond à des ovules.
Georges examina une de ces plantes qu'il tenait à la main et dut avouer qu'il n'y voyait qu'une tige et des feuilles.
— Pour te fixer les idées, lui dit son oncle, je t'indiquerai d'abord que cette Fougère est un Polypode. Examine attentivement, je te prie, la face dorsale de ses feuilles. N'y vois-tu rien de particulier que d'ordinaire on ne voit pas sous les feuilles.
— J'y vois des espèces de petites pastilles brunes, répondit Georges après examen.
Jean-Louis Gagnon. 13
— Bon. Ces petits disques sont ce que l'on nomme les sores. Ils sont formés du groupement de plusieurs sacs sphériques qui contiennent des grains minuscules, les spores. Lorsque ces sacs sont mûrs, leur peau éclate et libère par conséquent les spores : celles-ci tombent sur le
<mm
Fig. 79. — Le Polypode.
Grande fougère de 6 à 20 pouces de hauteur.
sol humide, car les Fougères affectionnent les lieux humides, et elles se mettent à germer donnant. . .
— Une autre Fougère sans doute, interrompit Georges.
— Non point, une petite plante intermédiaire ayant la forme d'une lame verte, nommée le prothalle. Ce prothalle à plat sur le sol, émet du côté qui le touche de menues radicules qui lui permettront de se développer.
Et sur celte même face inférieure s'organiseront deux sortes d'organes, les Anthéridies en forme de massues, et les Archégones en forme de flacons. Les premières
Fig. 80. — L'Adiantum pedatum ou Capillaire du Canada. Fougère de 12 à 18 pouces de haut, d'un vert délicat.
libéreront des éléments mâles qui s'unissantaux cellules femelles qui contiennent les secondes, formeront des œufs. Ces œufs se développeront comme des parasites sur le prothalle et leur développement redonnera un nouveau pied de Fougère.
— Gomme c'est compliqué! murmura Georges.
— Pas tant que cela paraît, puisqu'en somme on peut consitlérer que leprolhalle correspond à la fleur; seulement cette soi-disant (leur, au lieu de naître directement sur la planle feuillée, naît des spores qu'a produites celle-
Fig. 81. — La Prèle.
Cryptogame vasculaire de la famille des Equisétinées. A gauche, la plante et son épi. A droite, fragment de l'épi grossi montrant les écussons soutenant les sporanges. En bas, spore à élatères.
ci. Il suffit que tu te rappelles que la plante donne des spores, que les spores donnent un prothalle, et que le prothalle donne la plante feuillée.
— Celte autre Fougère très découpée, demanda Georges en tendant à son oncle un pied de sa gerbe, qu'est-ce que c'est?
— C'est ce que l'on appelle une Capillaire du Canada ou Adianlam pedalam.
— Et celle-ci?
A TRAVEnS LES CHAMPS ET LES DOIS 107
— Ce n'est pas une Fougère, repondit M. Wilfricl, mais une Prêle. Tu te rappelles où tu l'a cueillie ?
— Je n'ai pas besoin de me le rappeler, répliqua Georges non sans fierté, c'est inscrit; cette plante, je l'ai trouvée près du marécage, au voisinage du chemin que nous avons pris pour entrer dans la forêt.
— Cette Prêle, expliqua M. Wilfrid, est une Cryptogame vasculaire, donc appartient au même embranchement que les Fougères ; mais elle est de la famille des Equisélinées, qu'elle constitue d'ailleurs entièrement, je veux dire que dans cette famille il n'y a que des Prêles, ou Equiselum.
— Equisélinées, remarqua Georges, cela sonne comme le mot \diim equiis qui signifie cheval.
— Effectivement, ce nom lui a élé donné parce que ces plantes, lu peux t'en rendre compte, portent des ramifications qui, avec un peu de bonne volonté, évoquent l'aspect d'une queue de cheval. La Prèle a d'ailleurs un rhizome sur lequel se développent les branches aériennes comme celles que tu as cueillies. Remarque en passant que ces branches aériennes sont cannelées longitudinaiement et creuses, excepté auxnœudsautour desquels les ramifications sontverticillées.
— Est-ce que leur reproduction est identique à celle des Fougères?
— Oui, dans l'ensemble; non dans les détails. Les plantes feuillées donnent des spores, celles-ci, des prothalles et les prothalles des plantes feuillées.
— Jusque-là, dit Georges, c'est tout à fait comme les Fougères.
— '■ Voici où cela diffère : il y a deux sortes de prothalles, les uns qui ne portent que les organes mâles, les autres qui ne portent que les ovules. D'autre part, les sores ne sont pas groupées en disques sous les feuilles, mais en épis à l'extrémité des rameaux.
— Oui, observa Georges, et l'épi est assez visible.
— Autre particularité très originale des spores de Prêles : elles sont montées sur pattes.
— Hé ? fit Georges très étonné.
— Parfaitement, sur pattes. Ces pattes qui sont au nombre de quatre, on les nomme des élatlières; elles sont élastiques et sous l'influence de l'humidité et de la sécheresse, elles s'enroulent et se déroulent, mouvements qui ont pour effet de faire sautiller la spore.
— Alors, demanda Georges, j'inscris sur l'étiquette, comme nom, Equisetum2
— Oui.
— Mais quelle espèce?
— Cette fois, répondit l'oncle en souriant, tu m'en demandes trop. Mais je ne veux pas décourager ton désir de t'instruire.
Et se levant, M. WilfridLapointe alla à sa bibliothèque et y ayant choisi une brochure, il revint à son neveu :
— Tu pourras consulter ceci qui te donnera la réponse à ta question.
Georges prit le volume et lut : « Les Equisétinées de Québec, par Frère Marie Victorin, Professeur à l'Université de Montréal ».
Son oncle ajouta :
— Et quand tu auras trouvé ce que lu cherches au
sujet des Prêles, vois aussi celte autre brochure du même auteur sur « les Lycopodinées de (Juébec ». Ainsi tu auras fait le tour de la question des Cryptogames vasculaires. Les Lycopodinées diffèrent des autres
Fig. 82. — Le Lvcopode.
De la famille des Lycopodinées (Cryptogames vasculaires). Aspect de la
plante; en haut, les épis à sporanges (un peu renflés).
familles du même groupe en ce quelles ont deux sortes de spores, des microspores, petites comme leur nom l'indique, donnant des prothalles mâles, et des macrospores, grosses, donnant des prothalles femelles, d'où naissent les plantes feuillées.
— Lycopodinées, dit Gorges à mi-voix, il me semble
que j'ai déjà lu ou entendu un mot qui ressemble à celui-là : oui, Lycopode.
— Tu fais allusion sans doute à la poudre de Lycopode, formée en réalité des spores de ces plantes. Cette poudre jaune et grasse est employée dans les pièces d'artifice. Il paraît que les Francs-Maçons, dans l'initiation de leurs adeptes, en mettent dans une pipe qu'ils font fumer à ceux-ci :
— Dans quel but?
— Pour éprouver leur courage.
— Je ne vois pas en quoi...
— C'est très simple. Lorsque le feu de la pipe atteint la poudre de Lycopode, celle-ci s'enflamme brusquement déterminant une petite explosion. Le fumeur non prévenu a naturellement un réflexe de crainte par l'amplitude duquel les assistants prévenus, eux, peuvent mesurer sa maîtrise de soi. Seulement, comme tous les candidats savent d'avance que leur pipe sera, si j'ose m'exprimer ainsi, lycopodinée, le procédé laisse à désirer comme sûreté de résultats.
Les Mousses. — La Polytric. — Reproduction des Mousses : urnes, protonéma. — La Grimraia. — Les Sphaignes. — La formation des tourbières. — Pourquoi il y a beaucoup de tourbières au Canada.
— Coup d'oeil sur la période glaciaire et ses relations avec la flore du pays. — Les Hépatiques. — La Lunularia. — Oscar découvre une plante nouvelle! — La Sagittaire, exemple d'adaptation au milieu.
Le lendemain, Georges se retrouva dans le bureau de
soQ oncle. Celui-ci était préalablement allé avec lui
cueillir dans un coin du parc une poignée de Mousses. — Les Fougères, te disais-je hier, commença-t-il, sont des plantes sans fleur; les Mousses aussi, et pourtant elles sont plus inférieures qu'elles dans l'échelle des végétaux, car les Fougères sont des Cryptogames
Fig-. 83. — La Polytrig (Mousse).
A gauche, l'urne qui contient les spores, sur un rameau feuillu. Puis, l'urne mûre laissant échapper ses sjjores. Puis, à droite, une spore s'est développée en Protonéma redonnant la plante feuillue à l'extrémité des rameaux desquels, les massues mâles et les flacons femelles. Ceux-ci fécondés se développeront en urnes à spores.
vasculaires, c'est-à-dire contenant une canalisation de vaisseaux conducteurs de la sève, tandis que les Mousses manquent, en môme temps que de fleurs et de racines, de vaisseaux aussi. Elles ont des tiges simples ou ramifiées, de petites feuilles très rapprochées les unes des autres mais formées d'une seule couche de cellules avec des simili-nervures, et, en manière de racines, des poils
absorbants. Naturellement, ces plantes se dessèchent très vite parce qu'elles sont très minces. D'ailleurs sèches, si on les remouille, elles se revigorent. Mais naturellement, d'instinct, elles recherchent les lieux humides. Quelques espèces d'entre elles, les Sphaignes en particulier dont je te parlerai, sont aquatiques. Tu te rappelles la reproduction des Fougères?
— A peu près, répondit Georges.
— Celle de ces Mousses est aussi compliquée, quoique différente. Regarde à contre-jour ce pied de Mousse qui appartient au groupe des Polytric. Que remarques-tu?
— Je vois des espèces de petits renflements montés sur un long filament.
— C'est ce que l'on appelle des urnes. Chacune d'elles est surmontée d'un couvercle pointu qui lui est actuellement soudé. Et chacune contient des spores. Lorsque ces spores seront mûres, leur poids fera incliner l'urne sur son mince pédicelle, et en même temps, le bord du couvercle devenant gélatineux, l'opercule s'ouvrira et laissera échapper les spores qui tomberont sur le sol. Elles y germeront et donneront non point directement un nouveau pied de Mousse, mais un filament ramifié, vert, que l'on nomme le Proionéma.
— Encore un nouveau nom difficile à retenir! gémit Georges.
— Ne te frappe pas, les noms, même grecs, ne sont jamais dangereux !
— Et ce Protonéma, qu'est-ce qu'il donne alors?
— Des bourgeons qui sont précisément l'origine du nouveau pied de Mousse.
— Oh î mais, s'écria Georges, c'est beaucoup plus simple que chez les Fougères ! Il n'y a pas ici d'organes mâles et femelles, mais seulement des spores.
— Attends un peu, reprit M. Wilfrid, le cycle n'est pas fini. Car cette Mousse, que donne-t-elle à son tour?
— Des urnes.
— Oui, mais comment?
— Eh bien, dit Georges après une hésitation, je pense... je pense qu'elles poussent dessus, ces urnes.
— Sans doute, mais d'oîi proviennent-elles? Georges demeura silencieux.
— Voici, leprit M. Wilfrid Lapointe. Deux sortes d'organes apparaissent à l'extrémité des rameaux, les uns en forme de massues, et les autres en forme de bouteilles : les premiers donnant naissance à la substance mâle qui se présente sous forme de petites cellules allongées munies d'une queue de deux cils mobiles avec lesquels elles peuvent nager dans l'eau ; les seconds, je veux dire ces espèces de flacons, contiennent une seule grosse cellule qui est l'ovule de la plante. La cellule mâle en nageant finit par rencontrer le goulot du flacon, lequel est d'ailleurs enduit de matière sucrée et collante qui la capte et la nourrit et l'amène à s'unir à l'ovule pour le féconder : il en résulte un œuf qui en se développant donnera l'urne. Cette urne est donc une nouvelle petite plante différente de la Mousse et vivant sur elle en parasite. As-tu compris?
— Oui, dit Georges. Le seul ennui est que quand on pense aux Mousses et aux Fougères en même temps, on risque de faire des confusions
— Mais non, il suffit de te rappeler que chez les Fougères, les organes sexués se trouvent sur le prothalle, tandis que chez les Mousses, ils se trouvent sur les pieds feuilles : la complication est plus apparente que réelle.
Georges qui, tout en écoulant son oncle, furetait dans le petit paquet de Mousses posé devant lui, tira l'une d'elles:
— J'aime celle-ci, dit-il; on dirait de la peluche vert-
Fig, 84. — La Grimmia.
Mousse des vieux murs. En coussinets pelucheux d"un vert sombre.
sombre ou du velours; c'est très joli sur les vieux murs. — C'est une Grimmia, répondit M. Wilfrid; elle provient en effet du haut d'un mur. Entre nous, je crois que ce mur n'est pas bien vieux, mais je conviens que pour l'effet poétique désirable, vieux mur fait très bien avec mousse. Je vois ça en vers :
Le velours de la mousse au faîte du mur vieux. . .
Pour en revenir à la prose, je te signalerai que cet aspect velouté est dû aux poils qui prolongent les minuscules feuilles de celle-ci. Si tu la regardes à contre-jour,
tu remarqueras d'autre part ses urnes qui se balancent sur leurs longs pédicelles. Veux-tu un vers encore?
Sur un long filament leurs urnes se balancent.
Etce disant, M. Wilfrid éclata de rire.
— Décidément, oncle Wilfrid, ne put se tenir de lui
Fig. 85. — La Sphaigne.
Mousse improprement dite aquatique : elle vit dans les lieux très humides.
Son accumulation produit de la tourbe.
dire Georges, ce matin vous n'êtes pas sérieux du tout.
— Que veux-tu, la mousse m'inspire! C'est peut-être parce qu'elle est la plante des lieux mélancoliques, un peu sombres, et silencieux.
— Et celle-ci, vous inspire-t-elle? demanda le jeune homme en tendant à M. Wilfrid une autre tige.
— Oui, mais des pensées plus scientifiques, car celleci, c'est la Sphaigne.
— Je la connais, on en met dans les jardinières ornementales.
— Son utilité dépasse l'ornementation, car c'est elle qui donne naissance aux tourbières.
— Qu'est-ce que c'est au juste que les tourbières?
— Les accumulations d'un combustible naturel, la tourbe, qui précisément est fait d'anciennes Sphaignes. Je veux t'expliquer comment cela se produit. Ces Sphaignes ont la réputation d'être des plantes aquatiques. Comme beaucoup de choses en ce monde, c'est en partie vrai, et en partie faux. Si par aquatiques, on entend des plantes qui vivent entièrement dans l'eau, comme le nénuphar par exemple, ces mousses ne sont pas aquatiques; si par ce terme, on veut indiquer seulement qu'elles aiment les terrains très humides, alors, l'adjectif est juste. Elles recherchent en effet les lieux marécageux et paisibles. Qu'elles occupent de tels lieux, elles s'y développent. Leurs spores germent sur place des protonémas qui s'accroissent en nombre, donnent naissance à de nombreux pieds de mousses, engendrent d'autres spores en quantités... commerciales, dételle sorte que de génération en génération, les nouvelles mousses s'accroissent les unes sur les autres, ce qui ne tarde pas à donner une épaisseur considérable au même point, de cette végétation. On a là un exemple frappant de la valeur de ce terme : être chargé de famille ! La charge est-elle pour les plus vieux pieds de Sphaignes qu'ils y succombent : ils meurent étouffés par leurs enfants. Seulement leurs cadavres privés d'air ne se putréfient que partiellement, se compriment, et donnent finalement un résidu fibreux
végétal apte à servir de combustible. Lorsque ce phénomène s'est produit des années consécutives en un même endroit, il y a là une épaisseur qui peut être énorme de ces restes de Sphaignes qui se sont transformés en tourbe. Que de la marne, du sable, delà terre viennent à recouvrir un jour ces accumulations de tourbe, et voici mise en réserve pour l'humanité de l'avenir, une source de chaleur qu'il suffit d'une bêche pour se procurer.
— Mais alors, dit Georges, cela peut faire une concurrence sérieuse à la houille?
— Non. La houille n'a pas grand'chose à craindre de la tourbe. Pour deux raisons. D'abord parce que les tourbières ont infiniment moins d'importance dans la nature que les houillères. Ensuite parce que la tourbe est un combustible qui présente deux inconvénients assez sérieux, pour un combustible, j'entends : elle brûle en donnant peu de chaleur, et d'autre part, elle donne en brûlant beaucoup de fumée. Exactement, tu le vois, le contraire de ce qu'il faudrait. Je viens de te dire que les tourbières sont globalement assez peu nombreuses dans l'Univers. Je dois me hâter d'ajouter, pour être complet et exact, qu'au Canada, il y en a relativement beaucoup.
— Pourquoi au Canada plutôt qu'ailleurs?
— Ceci demande une explication particulière.
M. Wilfrid alla vers sa bibliothèque et en rapporta après un instant quelques pages détachées d'une Revue.
— - Un article du Frère Marie-Victorin, annonça-t-il. Encore lui.
Ceci est intitulé précisément : « Contribution à l'étude
208 A TRAVEllS LES CHAMPS ET LES DOIS
de la Flore de la Province de Québec ». Je vais te résumer ce qui y est dit sur la question qui nous intéresse. Tu n'ignores pas, je pense qu'à la tin de la période géologique qui a précédé immédiatement l'apparition de l'homme sur la terre et que l'on appelle le Tertiaire, le globe subit un envahissement de glaces. A ce moment, sous les influences combinées d'un changement du niveau continental, d'une augmentation des précipitations atmosphériques et d'un abaissement considérable de température, une énorme masse glaciaire descendant du Nord envahit tout le Canada et une partie des Etats-Unis, de l'Atlantique au Pacifique, jusque vers la latitude de New-York. Naturellement devantcette invasion, la végétation retraita vers le Sud. Car tous les végétaux existant alors dans notre pays furent détruits par l'irruption du froid et pulvérisés par l'accumulation de la glace. Seuls purent échapper les grands arbres non atteints directement par les glaciers et assez tolérants en matière de température pour supporter un froid considérable. N'imagine pas que cette période glaciaire ne dura qu'un court moment et qu'on puisse la comparer à quelque cataclysme actuel, violent mais transitoire. D'après les calculs des spécialistes, bien que coupée par plusieurs retours de chaleurs, elle sévit pendant un espace de temps que l'on évalue de 15.000 à 25.000 ans.
— Une bagatelle! dit Georges en souriant.
— Une bagatelle dans l'extrême durée de l'existence de l'Univers, mais qui, relativement à Vàge que peut atteindre un homme, est assez impressionnante. Il n'y a guère, assure-t-on, que 8.000 à
10.000 ans que les dernières glaces canadiennes sont disparues. Le retour définitif de la chaleur a fixé définitivement les éléments de notre flore actuelle. « A mesure, écrit notre auteur, que cédant à de nouvelles conditions climatériques, le glacier battait en retraite, les types arctiques, qui s'épanouissent toujours sur les hautes montagnes, à la lisière de la glace fondante, suivirent pas à pas, toute la largeur du front, immense armée de francs-tireurs marchant sur les traces du conquérant en déroute ». Cette flore glaciaire développée à cette époque n'a pas complètement disparu de la province de Québec. Des moraines sans nombre...
— Des moraines?...
— Oui, c'est-à-dire ces masses de détritus que les glaciers rabotent sur les terrains qu'ils traversent, et entraînent avec eux, barrèrent les vallées, causant la stagnation de l'eau dans les plaines, lorsque ces glaciers fondirent. Ces moraines créèrent les conditions favorables pour la formation de marais où se développèrent les mousses appelées Sphaignes. Ainsi naquit une flore de tourbières, ces terres noires, comme on les appelle, d'étendues immenses qui seront un jour notre suprême ressource, lorsque sonnera pour le monde l'heure de l'épuisement du charbon. Tu vois maintenant pourquoi les tourbières sont nombreuses au Canada, Permets-moi de te lire encore quelques lignes de ma brochure. « Mais la flore glaciaire n'a pas persisté que dans les tourbières. Un observateur attentif peut en relever parfois des reliquats intéressants en certaines stations spéciales, particulièrement au sommet des
Jean-Louis Gagnon. 14
montagnes, au point culminant de la montagne de Beloeil, par exemple; cette station paraît aujourd'hui complètement isolée et est peut-être envoie d'extinction. Théoriquement, on peut considérer notre flore actuelle comme un moment de cette remontée vers le Nord des espèces chassées par le glacier. Esquisser cette flore consistera donc, suivant cette hypothèse, à examiner oi^i en est cette invasion pacifique... Il est naturel dépenser que les espèces qui s'avancent davantage vers le Nord à la phase où nous en sommes, ont été les premières à pénétrer dans la contrée abandonnée par le glacier, à envahir les moraines et les lagunes. En ce qui concerne nos arbres forestiers, c'est donc l'Epinette blanche qui ouvrit la marche, bientôt suivie par sa congénère l'Epinette noire. Puis ce fut le Mélèze, le Peuplier baumier et le Tremble. Le Bouleau à canot vint ensuite et c'est seulement après qu'arrive notre Sapin du Canada. A ce moment aussi, quand le terrain est déjà fortement occupé, apparaissent le Cèdre et notre magnifique Pin blanc, la plus importante de nos essences ligneuses. Enfin, nos forêts s'enrichirent successivement de l'Orme d'Amérique, de l'Erable et, bon dernier de tous les Conifères, de la Pruche... En procédant de la même façon, on pourrait établir la succession des arbustes et des herbes, voire même des plus humbles végétaux ».
M. Wilfrid Lapointe referma la brochure, laissant son neveu sous l'impression de ce peuplement grandiose aux âges abolis des forêts et des terres par la végétation que nous avons maintenant sous les yeux.
— Je n'aurais pas cru, murmura Georges, que la
Botanique pût évoquer de pareilles visions à propos d'une petite mousse !
Il ajouta, offrant encore à M. Wilfrid une petite plante qu'il venait de déceler dans le paquet moussu :
— Et ceci, est-ce de la mousse aussi? Cela n'y ressemble guère.
M. Wilfrid Lapointe examina attentivement la petite
Fig. 86. — La Lunularia.
Hépatique (Embranchement des Mousses),
plante qui semblait formée de menues lames vertes gaufrées.
— En effet, dit-il, ce n'est pas une Mousse, mais c'est une plante voisine des mousses et du même groupe botanique qu'elles,, une Hépatique.
— Une Hépatique ! fit Georges. Quels rapports cette plante peut-elle avoir avec le foie?
— Des rapports de remèdes à organe malade, répondit M. Wilfrid, dans la médecine populaire tout au moins. Regarde, on croirait que cette Hépatique est formée de petites plaques circulaires; il n'en est rien, ces soi-disant plaques sont en apparence organisées comme des feuilles assez allongées. En apparence, dis-je, car ce ne sont que des thalles, des amas de cellules sans organisation
212 A TliAVEliS LES CHAMPS ET LES DOIS
interne et spécialement, sans vaisseaux comme les Mousses. Prends cette loupe et observe aussi sur ces lames des espèces de croissants qui sont des centres de bourgeonnement par quoi la plante se multiplie.
— Je les vois en effet.
— Ils ont fait donner à cette espèce le nom caractéristique de Lunularia.
— D'autres Hépatiques, la Marchantia par exemple, se reproduisent à la façon des Mousses avec intervention d'un prolonéma. Leurs sporanges se développent sur les thalles sous forme de singuliers petits chapeaux, les chapeaux mâles et les chapeaux femelles.
— Ah! oui, remarqua Georges en riant, j'ai déjà entendu parler de ces chapeaux sexués, mais je ne savais pas dans quel groupe de plante on les rencontrait.
— Maintenant tu le sais.
La leçon finie, Georges et son oncle sortirent de la villa et descendirent au jardin. Ils aperçurent Oscar, ce qui n'offrait rien d'extraordinaire. Mais ce qui les surprit, c'est qu'Oscar avait l'air de les attendre. Sitôt qu'il les vit, il s'approcha, son chapeau à la main.
— Eh bien, Oscar, quoi de nouveau? s'écria gaiement Georges que la rencontre du grand garçon amuse toujours. Tu as acheté une nouvelle pipe? Ou bien viens-tu m'annoncer ton mariage?
— Non, répliqua posément le domestique, ma pipe, je ne veux plus d'elle, et ma fiancée ne veut plus de moi.
— Oh, oh, compatit M. Wilfrid, voilà qui est bien triste, mon pauvre Oscar!
— Pas trop, réponditphilosophiquementlebonhonime ;
les fiancées, ça ne manque pas, j'en trouverai une autre.
— C'est pour nous annoncer cela que tu nous attendais? demanda Georges, étonné.
— Non, c'était pour vous montrer une plante comme on n'en a jamais vu, et que j'ai trouvée ce malin.
— Diable ! s'écria M Wilfrid, voici Oscar lui-même qui se met à découvrir des plantes nouvelles ! Et où est-elle, cette plante?
— Je l'ai cachée dans ma poche, dit Oscar, pour que le père Hormidas ne la voit pas, parce qu'il aurait été jaloux.
Péniblement, il tira des profondeurs de sa vaste poche de pantalon les restes quelque peu malades de la fameuse plante.
Gravement M. Wilfrid 1 examina en silence, puis :
— Elle n'est pas tout à fait aussi inconnue que tu le crois, mon garçon, mais elle est intéressante quand môme et M. Georges sera content de l'avoir dans sa collection.
— Ah ! fit Oscar avec une satisfaction non dissimulée. J'avais remarqué qu'elle a trois sortes de feuilles; alors comme les autres plantes n'en ont que d'une sorte, je me suis dit : Ça, ce n'est pas ordinaire.
— Tu es bien fin, approuva M. Wilfrid.
— L'embêtant, c'est qu'elle était dans l'eau et j'ai eu un peu mal à l'uttraper.
— Je te remercie, Oscar, dit Georges, C'est gentil d'avoir pensé à moi.
— Comme ça, conclut le garçon, le père Hormidas verra qu'il n'y a pas que lui qui est capable de cueillir des herbes rares !
— C'est une Sagittaire, expliqua M. Wilfrid. Elle porte en effet trois sortes de feuilles dont les formes sont en relation avec les milieux où vit cette plante. Les
Fig-. 87. — La Sagittaire ou Flèche d'eau. De la famille des Alismacées. Fleurs blanches du type trois. Trois sortes de feuilles: aériennes, en fer de lance; nageantes, en plateaux; immergées, en rubans. Bon exemple d'adaptation d'une plante aux milieux.
feuilles extérieures à l'eau ont la forme d'un large fer de lance, d'où le nom qui lui a été donné; les feuilles posées sur l'eau ont la forme de celles du Nénuphar, ces feuilles nageantes sont en larges plateaux; quant aux feuilles immergées, elles ressemblent à celles du
Roseau, elles sont longues et flexibles. La Sagittaire est un très bel exemple d'adaptation des végétaux au milieu oii ils sont appelés à vivre. Encore merci, Oscar. — Moi, murmurait l'aide-jardinier en quittant ses maîtres, si j'avais eu de l'éducation, le père Hormidas a beau dire, je ne serais pas plus bête qu'un autre...
Les Algues. — Algues marines, Algues d'eau douce, Algues buccales. — Le Varech. — Reproduction des Algues : œufs et spores. — Les Sargasses. — Le Macrocyste, géant des Algues. — La Délesserie. — Le Chondrus. — Le Néréocysle, — La Padine. — Lee Algues de ruisseau : Spyrogyres, Conferves, OEdogonium. — Les Algues microscopiques ou microbes. — Les Diatomées, Algues en boîte et leur reproduction.
Et c'est encore au bureau de son oncle que Georges vint frapper pour lui dire :
— Je n'ai plus à étudier que les Algues et les Champignons. Les Champignons, je pense que je pourrrai en trouver avec le père Hormidas, mais les Algues, il n'y a que vous qui puissiez me renseigner sur elles, car la mer n'arrive pas dans le voisinage de votre habitation.
M. Wilfrid Lapointe se contenta pour réponse d'un sourire si narquois que Georges s'écria spontanément :
— J'ai dit une bêtise !
— Oui, répondit tranquillement M. Wilfrid.
— Pourtant, essaya de protester le jeune homme, il est vrai que votre propriété est loin de l'Océan !
2iG A TRAVERS LES CHAMPS ET LES BOIS
— Certes !
— Alors ?...
— Mais il est faux qu'il n'y ait des Algues que dans les mers.
— Oh ! fit Georges très étonné.
— Quelle idée te fais-tu donc des Algues ?
— Des plantes en forme de rubans et qui sont très longues, et qui donnent l'impression d'être en gutlapercha quand on les touche, et qui vous laisse sur les doigts une espèce de glu.
— On voit, dit M. Wilfrid, que tu as fréquenté les bords de l'Océan; cette description que tu viens de me donner du Varech est assez exacte.
— Mais le Varech, est-ce que ce n'est pas une Algue?
— Le Varech est une Algue, oui, mais toutes les Algues ne sont pas du Varech. Il y a des Algues marines, oui, mais toutes les Algues ne se trouvent pas dans l'eau de mer. Il existe des Algues extrêmement longues, comme les Macrocystes qui mesurent des centaines de verges mais il en est de si petites que le microscope parvient avec peine à les déceler.
— Oh ! fît encore Georges très étonné.
— Et je puis t'indiquer un endroit qui n'est pas loin d'ici où tu pourrais en découvrir, je pense, une dizaine d'espèces.
— Dites vites, que j'y courre !
— Inutile de courir. Il te suffit de te racler la langue avec le dos de la lame d'un couteau et d'observer les matières que tu en tireras pour y découvrir ces Algues.
Georges demeura sidéré par cette indication botanique.
— Quant à ton intestin, continua son oncle, qui s'amusait de son ahurissement, il en contient des milliards et des milliards.
— L'intestin, cela m'est égal, murmura Georges,
ro
Fig. 88, — Algues filamenteusks d'eau douce. A gauche, OEdogonium, avec au milieu, cellule-œuf; en hau*, des cellules mâles ciliées s'échappant. A droite, deux filaments de Spirogyre dont des cellules se rapprochei.l par prolongements.
mais vous êtes sûr que j'en ai dans la bouche ? Vous savez, je me lave soigneusement les dents tous les matins.
— Tu fais bien, car sans cela, toutes tes algues buccales fleuriraient en vertes plates-bandes sur tes dents
dont elles terniraient la blancheur. N'as-tu pas remarqué que les gens d'une propreté douteuse ont le haut des dents vert?
— C'est vrai.
— D'où cela provient-il ? De ce que ces gens, ne se nettoyant pas la bouche, les substances alcalines qui constituent le tartre, qui sont issues de la salive, se déposent sur leurs dents y formant un terreau mou sur lequel se fixent leurs algues personnelles.
— Je ne comprends pas, dit Georges, comment dans le même groupe de plantes, il peut y en avoir qui soient si longues et d'autres assez petites pour échapper, comme vous le disiez, à l'objectif d'un microscope.
— C'est pourtant simple à comprendre : les plus grandes comme les plus petites sont des plantes sans organisation, puisque les unes et les autres manquent de racines, de tiges, de feuilles et de fleurs.
— Pourtant les Varechs que j'ai vus avaient des racines, une tige, des feuilles, et même quelque chose qui ressemblait à des fleurs.
— Erreur ! Ils faisaient semblant. Les Varechs, comme toute Algue, ne sont formés que d'un thalle, c'est-à-dire d'un amas de cellules qui, il est vrai, affectent parfois l'aspect d'une plante organisée, mais en réalité sont complètement inorganisées. Dans ces conditions, si l'Algue est formée d'une seule cellule, elle est microscopique; si elle est formée de cellules les unes au bout des autres, elle prend l'apparence d'un fil; si elle est formée de groupements massifs de cellules, elle donne l'illusion d'une Phanérogame.
M. Wilfrid Lapointe prit un album clans sa bibliothèque.
— Je vais te montrer les dessins de quelques Algues, puis je te conduirai pas très loin dici en examiner sur place.
— Voici d'abord le Varech qu'on nomme aussi le
Fig. 8J. — Le Varech ou Fucus.
Algue marine brune. A gauche, portion de la plante avec flotteurs et conceptacles terminaux. Au milieu, un conceptacle mâle laissant échapper des éléments mâles ciliés. A droite, un conceptacle femelle laissant échapper des éléments femelles non ciliés.
Fucus. Il ressemble à une sorte de ruban gaufré avec des ramifications. Remarque que de temps en temps on aper- •çoit sur ces sortes de feuilles des renflements qui sont des flotteurs qui l'empêchent de s'immerger. A l'extrémité de quelques autres de ces feuilles, tu vois d'autres renflements granuleux; ce sont ses conceptacles. De
A lUAVEliS LES CHAMPS ET LES BOIS
ceux-ci, les uns se remplissent d'éléments mâles, qui s'échapperont sous forme de petites cellules munies de deux cils destinées à féconder les cellules sans cils, ou
Fig. 90. — La Laminaire.
Algue marine brune.
éléments femelles, issus des conceplacles femelles. La fécondation donnera un œuf qui, en se développant, reproduira un autre pied de Varech. Du reste, à côté du dessin de Varech, tu en vois deux autres qui te font voir le détail de ses conceptacles. Le Varech est une Algue brune. Il faut te dire que les Algues peuvent présenter
difïérentes couleurs : il y en a de vertes, de brunes, de rouges et du plus beau rouge, de bleues. Ici on te montre une laminaire, brune aussi, et plus brune dans la région médiane qui est celle où naissent des spores.
— Vous voulez dire des œufs, sans doute?
— Non, des spores. Car les Algues se reproduisent par œufs ou par spores.
— Quelle est la différence entre ces deux procédés?
— Lorsqu'on parle d'œufs, on signifie un appareil reproducteur qui résulte de la fusion d'éléments mâles et d'éléments femelles; tandis que la spore est une cellule qui se détache spontanément du pied mère pour reproduire une nouvelle plante. Et voici encore une Algue verle bien connue, une Sargasse. Tu le rappelles que c'est à la Mer des Sargasses que Christophe Colomb dût de ne pas être massacré par son équipage à son voyage de découverte de l'Amérique. La masse de ces Algues y était si considérable que les navigateurs ne doutèrent pas un seul instant d'être dans le voisinage de la rive. En réalité, celte verdure ne signifiait rien quant à la profondeur de l'eau, puisque les Algues flottent sans aucun rapport avec le fond de la mer.
M. Wilfrid feuilletait son album :
— Le Macrocyste, annonça-t-il, le géant des Algues, parfois un demi-mille de long, avec des pseudo-feuilles dont quelques-unes atteignent trois yards.
— Je voudrais en voir au naturel, dit Georges ; où en Irouve-t-on ?
— Au voisinage du Chili. Si le cœur ledit de faire ce petit voyage...
— Hélas, soupira le jeune homme, que de belles choses dans la nature qu'il faut se résigner à ne voir jamais!
— Cette Algue qui ressemble à une salade avec ses
Flg. 01. — Le Macrocyste.
Algue brune marine. Le géant des Algues. Sa taille peut atteindre un
demi-mille de longueur.
larges feuilles est, comme on l'a représentée ici, du groupe des Algues rouges; on la nomme la Délesserie.
Fig. 92. — La Délesserie.
Algue marine rouge, de petite taille, simulant des feuilles.
Cette autre est rouge aussi, mais de forme plus archaïque que la précédente, c'est les Chondrus.
— Est-ce que d'être rouges ne leur donne pas des propriétés particulières? demanda Georges.
— Pas précisément, à moins que tu ne comptes comme particulière propriété le fait d'être celles des Algues qui descendent dans les plus grandes profondeurs marines. Ces rouges, on en trouve jusqu'à 250 verges au-dessous du niveau de la mer. Veuille observer d'ailleurs que cette couleur ne supplée pas chez elles la chlorophylle : delà chlorophylle, elles en possèdent, mais recouverte par de&
Fig. 93. — Les Chondrus.
Algue marine rouge de profondeur.
pigments rouges, de telle sorte que l'on a pu dire que chez elles, les blessures sont vertes. A titre documentaire, je te signale que c'est de certaines Algues rouges que l'on extrait une gelée, l'agar-agar, qui entre quelquefois dans la confection de la confiture. Cette autre Algue brune qui a l'aspect d'un plumeau est une Néréocyste. Mais ce plumeau est monstrueux puisque son manche mesure couramment de 25 à 35 verges. Et voici un éventail brun pour nain, lajolie petite Padine.
— Oh, tout à fait un éventail, en effet, s'écria Georges très intéressé. Quel dommage que toutes ces magnifiques plantes soient marines !
Fig. 91. — Le NÉRÉocysTE.
Algue marine brune en forme de loutres pédonculées. Sa taille peut atteindre
quarante verges.
— Allons en voir d'eau douce, proposa M. Wilfrid se levant.
Ils sortirent. Le voyage ne fut pas long. Derrière la propriété, court un ruisseau jusqu'ici dédaigné par Georges. Ils le longèrent quelque temps. M. Wilfrid s'arrêta :
— Regarde, en voici, dit-il à son neveu.
Le jeune homme se pencha et scruta le courant d'un œil aigu :
— Je ne vois rien, dil-ii.
— Tu ne vois pas cette masse verte, donnant l'aspect d'une chevelure qui ondule au fil de l'eau?
Fig. 95. — I^A Padine.
Petite algue brune en forme d'éventail.
— Cela, je le vois, déclara Georges. Seraient-ce des Algues ?
— Oui. Elles ont adopté le port filamenteux favorable aux plantes aquatiques qui désirent céder sans dommage aux caprices du courant.
Avec un bâton, Georgesessayad'extrairequelques-unes de ces plantes de l'eau. 11 en tira un chevelu ruisselant.
— Elles perdent de leur charme, en sortant de leur milieu, conslata-t-il.
— Elles sont faites chacune d'une seule série de cel-
Jean-Louis Gagnon. 15
luIes, expliqua M. Wilfrid. Je ne suis pas un botaniste assez fort pour te dire au simple examen à quelle espèce celles-ci appartiennent : Spirogyre, Conferves ou OEdogonium.
— Je me demande d'ailleurs, remarqua Georges, sur quels caractères distinctifs on peut bien s'appuyer pour établir des différences d'espèces entre des plantes filamenteuses ?
— Sur leur mode de reproduction. Un OEdogonium par exemple, se reproduit de la façon suivante : une des cellules du filament se gonfle en œuf. Les cellules terminales du même filament se fendent et laissent échapper des éléments mâles qui, portés au hasard des circonstances sur un œuf, se fusionnent avec lui el le fécondent, d'où naîtra un autre filament. S'il s'agit d'un Spirogyre, cela se passe autrement : deux filaments parallèles juxtaposés émettent en même temps d'une cellule de l'un à la cellule la plus voisine de l'autre, une sorte de prolongement. Ces prolongements finissent par se rencontrer, se soudent, et la substance d'une des cellules se vide par ce pont dans la cellule antagoniste, ce qui constitue un œuf fécondé. Chez les Conferves, le protoplasme de certaines cellules se granule en spores ciliées que l'on nomme des zoospores qui, après avoir nagé quelque temps, se fixent, perdent leurs cils et germent en nouveau filament. Tu vois qu'entre toutes ces Algues si ressemblantes les unes aux autres, il y a d'extraordinaires différences biologiques.
En rentrant à la maison, M. Wilfrid dit à son neveu :
— D'après les quelques renseignements que je viens
de te donner, tu pourrais t'imaginer connaître les Algues. Mais en réalité tu n'as d'elles qu'une idée très rudimentaire si tu ne te pénètres pas du rôle extraordinairement important que ces plantes élémentaires jouent dans la nature. Pour te le marquer d'un seul mot, il me suffit de te faire observer que tous les êtres inférieurs que nous nommons des microbes sont des Algues. Je n'ai pas besoin de te dire la place qui leur est reconnue dans l'univers depuis les immortelles découvertes de Pasteur. Ce sont elles qui se trouvent comme causes à l'origine de presque toutes les maladies. Elles peuplent les eaux, elles peuplent l'air, elles s'insinuent partout, grâce à leur petitesse parfois fantastique, puisque pour mesurer quelques-unes d'entre elles, on a été obligé d'inventer comme unité de longueur le millième de millième de millimètre. Les microscopes les plus puissants ne les décèlent que lorsqu'elles se trouvent en un même endroit par milliards dindividus et encore, ne les montre-t-il que sous l'aspect d'une légère buée. Ces petits êtres si dangereux, le public naïf se les imagine, sur la foi de certaines réclames pharmaceutiques, comme d'effrayants animaux. En réalité, ce sont des plantes, ei de l'aspect le plus bénin, puisqu'elles sont formées d'une seule cellule, en forme de bâtonnets, de tortillons, ou de simples sphères. Leur travail, même dans l'univers inanimé, peut être considérable ? Vois par exemple les Diatomées. Ce sont des Algues unicellulaires en boîte, mais la boîte, avec couvercle et fond, qu'elles se sécrètent, est faite de silice, et parfois ornementée d'une
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manière ravissante, de petites perles disposées en séries. Lorsque certaines mers préhistoriques contenaient beaucoup de ces Diatomées, il est arrivé que lorsque ces mers se retiraient, les boîtes des Diatomées restant sur place ont formé dans leur ancien lit une couche épaisse de terrain qui possède les qualités de la silice dont la plus notoire est la propriété de rayer l'acier. Ce terrain, c'est que l'on appelle du Tripoli et dont on se sert maintenant pour astiquer les métaux.
— Que c'est curieux, cela !
— Ce qui l'est davantage dans la vie de ces petites Algues, c'est la façon dont elles se reproduisent. En fait, dans cette circonstance, leur unique cellule se coupe spontanément en deux : à la place d'une vieille cellule-mère, se trouvent ainsi venues à l'existence deux cellules jeunes filles. Ce procédé est banal parmi les êtres unicellulaires. Ce qui ne l'est pas, c'est ceci : comment partager la boîte maternelle entre les deux héritières? La couper en deux, fond et couvercle, cette méthode pour salomonienne qu'elle soit, rendrait l'objet inutilisable à l'une et à l'autre des jeunes cellules. Alors, il ne reste, et c'est ce qu'elles font, qu'à prendre l'une, le fond de la boîte, et l'autre, le couvercle. Celle des deux héritières qui a le fond se sécrète un couvercle, celle qui a le couvercle se sécrète un nouveau fond et l'affaire est faite. Ces minuscules végétaux, conclut M. Wilfrid Lapointe, donnent aux hommes une grande leçon de jugement, aux hommes qui si souvent, à propos du moindre héritage, s'entredévorent entre eux...