‹ A travers les champs et les boisChapitre 4 sur 5 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Sept heures du matin. Même temps qu'hier, ensoleillé et embrumé. Mais il apparaît à Georges beaucoup plus mélancolique encore. La brume est si mince que ce n'est qu'un léger voile, celui, hélas des beaux jours d'été. Et dire que par un temps pareil, il faut s'en aller! Ah, la vie a des jours trop tristes!... Les nécessités immédiates de la préparation de son départ, l'obligation de faire la navette entre sa chambre et l'automobile arrêtée devant la porte principale de la villa de M. Wilfrid Lapointe, pour y transporter ses multiples bagages, ne parviennent pas à distraire le jeune homme de ces sombres pensées qui lui serrent la gorge. Ce qui l'affecte le plus, c'est que la couleur de cette journée n'est pas du tout, vraiment pas du tout à l'unisson de celles de son âme. S'il pleuvait, s'il faisait froid, il lui semble que ce lui serait plus facile de prendre congé de ce paysage. Et le paysage sourit!...

Il ne peut se tenir de s'ouvrir à son oncle de ses réflexions intimes.

— Que veux-tu, répond celui-ci^ c'est un des privilèges du Canada de passer insensiblementde l'été à l'automne. Je reconnais d'ailleurs que chez nous l'automne est la plus belle saison de l'année ; et je ne demanderais certes pas mieux que de te conserver ici, ce qui t'offrirait

l'occasion d'enrichir ton herbier de multiples Composées qui fleurissent en ce moment donnant l'illusion d'un renouveau printanier. Mais ta famille te réclame à Montréal, qu'y puis-je? Courage, tu ne dis pas à nos champs et à nos bois un adieu définitif, tu reviendras.

— Oh oui! soupire Georges.

— Voyons, demande brusquement M. Wilfrid Lapointe, pour couper les ailes à une émotion qu'il sent sur les bords de l'âme de son neveu, as-tu pris soin de descendre ta collection botanique?

— C'est la première chose que j'ai descendue, dit Georges.

Et il montre dans le fond de la voiture les grandes boîtes qui renferment ses chères plantes :

— Elles me serviront en hiver à évoquer les heures exquises quej'ai vécues chez vous, mon oncle, ajoute-t-il.

— Puissent-elles te donner le goût de la campagne, de la saine campagne.

Et tirant de sa poche un volume, M. Wilfrid Lapointe ajoute :

— Accepte, Georges, ce petit souvenir de moi. C'est uu livre excellent: La Flore populaire delà Province de Québec, parle Père Louis Marie professeur de Botanique à l'Institut agricole d'Oka.

— Oh ! merci, mon oncle!

— Et salue le père Hormidas.

Effectivement, apparaît le père Hormidas. Il est ému, lui aussi de ce départ de son pupille.

— J'espère, dit-il, Monsieur Georges, que vous ne vous êtes pas trop ennuyé chez nous.

Georges se tient pour ne pas sauter au cou du vieux jardinier.

L'embarquement des bagages est terminé. Toute la famille de l'oncle Wilfrid est sur le perron, M. Wilfrid lui-même au volant.

— Pressons les adieux, crie-t-il, d'ici Montréal, ifs a long way ! Georges s'élance pour prendre place, mais brusquement il s'arrête :

— Et Oscar, je n'ai pas vu Oscar; je ne lui ai pas dit au revoir !

— Oh, cet animal d'Oscar, grommelle le père Hormidas, il n'est jamais là oii il devrait être ! !...

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