chapitre bipnmWmt
« C'est sur ce plateau, nous dit-il, que les soldats s'emparèrent de leurs chefs et, après les avoir garrottés, les menacèrent de les précipiter dans ce gouffre si on ne leur promettait pas une augmentation de solde. Les généraux ayant pris l'engagement de faire droit aux réclamations de l'armée, la sédition s'apaisa, les Mandarins furent mis en liberté, et on continua tranquillement la route jusqu'à Lha-Ri. Aussitôt qu'on fut arrivé dans cette ville, les généraux tinrent leur promesse, on augmenta la solde ; mais en même temps ces troupes insubordonnées furent impitoyablement décimées.
— Et que dirent les soldats? demandâmes-nous à Ly-Kouo-Ngan.
— Ceux sur qui le sort ne tomba pas trouvèrent que les chefs avaient eu une grande habileté. »
En quittant le sommet du Chor-Kou-La, on suit une route peu inclinée, et on continue à voyager pendant plusieurs jours sur les hauteurs d'un immense massif dont les nombreux rameaux étalent au loin leurs cimes aiguës et les faces escarpées de leurs pics. Depuis Lha-Ssa jusqu'à la province du Sse- Tchouen, dans toute l'étendue de cette longue route, on ne voit jamais que de vastes chaînes de montagnes, entrecoupées de cataractes, de gouffres profonds, et d'étroits défilés. Ces montagnes sont tantôt entassées pêle-mêle et présentent à la vue les formes les plus bizarres et les plus monstrueuses ; tantôt elles sont rangées et pressées symétriquement les unes contre les autres, comme les dents d'une immense scie ; ces contrées changent d'aspect à chaque instant, et présentent aux yeux des voyageurs des tableaux d'une variété infinie. Cependant, au milieu de cette inépuisable diversité, la vue continuelle des montagnes répand sur la route une certaine uniformité qui finit par devenir fatigante. Une relation détaillée d'un voyage dans le Thibet pouvant par contrecoup se ressentir de cette monotonie, nous nous abstiendrons, de peur de tomber dans de trop fastidieuses répétitions, de parler des montagnes ordinaires ; nous nous contenterons de mentionner les plus fameuses, celles qui, selon l'expression des Chinois, réclament la vie des voyageurs. Cette manière, d'ailleurs, sera assez conforme au style des habitants de ces contrées montagneuses, qui nomment plaine tout ce qui ne va pas se perdre dans les nuages, et chemin uni tout ce qui n'est pas précipice ou labyrinthe.
Les hautes régions que nous suivîmes, après avoir franchi le Chor-Kou-La, sont considérées dans le pays comme une route plane. « D'ici à Alan-To, nous dirent les gens de l'escorte thibétaine, il n'y a pas de montagne ; le chemin est partout comme cela. . . ; » et ils nous montraient la paume de leur main. . . Cependant, ajoutaient-ils, « il est nécessaire d'user de beaucoup de précautions ; car les sentiers sont quelquefois étroits et glissants. » Or, voici ce qu'était cette route plane et unie comme la paume de la main. Aussitôt que l'on a quitté les som-