chapitre troî^ièmp
gance et de la barbarie : on transporte le royal cadavre dans un vaste édifice construit en briques, et orné de nombreuses statues en pierre représentant des hommes, des lions, des éléphants, des tigres, et divers sujets de la mythologie bouddhique. Avec l'illustre défunt, on enterre dans un large caveau, placé au centre du bâtiment, de grosses sommes d'or et d'argent, des habits royaux, des pierres précieuses, enfin tout ce dont il pourra avoir besoin dans une autre vie. Ces enterrements monstrueux coûtent quelquefois la vie à un grand nombre d'esclaves : on prend des enfants de l'un et de l'autre sexe, et on leur fait avaler du mercure jusqu'à ce qu'ils soient suffoqués; de cette manière, ils conservent, diton, la fraîcheur et le coloris du visage, au point de paraître encore vivants. Ces malheureuses victimes sont placées debout autour du cadavre de leur maître, continuant en quelque sorte à le servir comme pendant sa vie. Elles tiennent dans leurs mains la pipe, l'éventail, la petite fiole de tabac à priser, et tous les autres colifichets sans nombre des majestés tartares.
Pour garder ces trésors enfouis, on place dans le caveau une espèce d'arc pouvant décocher une multitude de flèches à la file les unes
des autres. Cet arc, ou plutôt ces arcs nombreux unis ensemble, sont tous bandés, et les flèches prêtes à partir. On place cette espèce de machine infernale de manière à ce qu'en ouvrant la porte du caveau, le mouvement fasse décocher la première flèche sur l'homme qui entre. Le décochement de la première flèche fait aussitôt partir la seconde et ainsi de suite jusqu'à la dernière, de sorte que le malheureux, que la cupidité ou la curiosité porterait à ouvrir cette porte, tomberait percé de mille traits dans le tombeau même qu'il voudrait
Le noble Tokoupa. (P. 76.)
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des montagnes et aux environs des lamaseries ; on peut encore en voir dans les contrées d'où les Mongols ont été chassés par les Chinois. Ces pays ne portent presque plus l'empreinte du séjour des Tartares. Lamaseries, pâturages, bergers, tentes et troupeaux, tout a disparu pour faire place à de nouveaux peuples, à de nouveaux monuments et à des mœurs nouvelles. Seulement quelques tourelles élevées sur les sépultures restent encore debout, comme pour attester le droit des anciens possesseurs de ces contrées, et protester contre l'envahissement des Kitat.
Le lieu le plus renommé des sépultures mongoles est dans la province du Chan-Si, à la fameuse lamaserie des Cinq-Tours, Ou-Tay. Au dire des Tartares, la lamaserie des Cinq-Tours est le meilleur pays qu'on puisse trouver pour une bonne sépulture : la terre en est si sainte que ceux qui ont le bonheur d'y être enterrés sont certains d'y effectuer une excellente transmigration. La merveilleuse sainteté de ce pays est attribuée à la présence de Bouddha, qui depuis quelques siècles s'y est logé dans l'intérieur d'une montagne. En 1842 le noble Tokoura, dont nous avons déjà eu occasion de parler, transporta les ossements de son père et de sa mère aux Cinq-Tours, et il eut le bonheur infini (( d'y contempler le vieux Bouddha. » (( Derrière la grande lamaserie, nous dit-il, il y a une montagne très élevée qu'on doit gravir en rampant. Avant d'arriver au sommet, on rencontre un portique taillé dans le roc. On se couche à plat ventre, et on regarde par une petite ouverture pas plus grande que le trou d'une embouchure de pipe : il faut rester assez longtemps pour distinguer quelque chose ; peu à peu le regard s'habitue, et on a enfin le bonheur d'apercevoir dans l'enfoncement de la montagne la face du vieux Bouddha. Il est assis les jambes croisées, sans rien faire. Des lamas de tous les pays lui rendent continuellement hommage". »
Les Tartares et les Thibétains mêmes se sont laissé fanatiser d'une manière inconcevable au sujet de la lamaserie des Cinq-Tours. On rencontre fréquemment des Mongols portant sur leurs épaules les ossements de leurs parents, et s'y rendant en caravane pour acheter presque au poids de l'or quelques pieds de terre oii ils puissent élever un petit mausolée. Les Mongols du Torgot entreprennent des voyages d'une année entière, et d'une difficulté inouïe, pour se rendre dans la province du Chan-Si.
Pour dire toute la vérité sur le peuple tartare, nous devons ajouter que ses rois usent parfois d'un système de sépulture qui est le comble de l'extrava-
1. Il e!;t à peint' uruyalik- ijii'mi laniuiic iiiti'Ilii^ent cuinnie Tokoura ait jm su laissi-r eiiilot'triiier à un tel degré par les prêtres de Boiiddlia (lu'il ajoutât foi à de si ridieules visions I II faut réellement ipi'ils aient une puissanee de suggestion extraordinaire pour domine}' ainsi leiu's adeptes, ou que ee soit le résultat d'une intervention dialioliipte. Vai tonte liypotlièse. il n'est pas étonnant, aiirèscela. iprils exercent un empire pour ainsi dire absolu sur ce niallieureux peuple 1