chapitre ftiiitiémc
maitre ira se transror'.ier et reprendre sa vie. Si l'aî^e-en-eiel vient à paraître dans les airs, ils le rec;'ardent connue un si<>-ue que leur envoie leur ancien «^rand lama. aHn de les aider dans leurs recherches : tout le monde se met alors en pi'ières, et pendant que la lamaserie redouble ses jeûnes et ses oraisons, une (l'oupe d "élite se met en route pour allei- consulter le 'icluirtcliiiii. sorte de de \in qui a t'ait ses f)i'cuves daîis la connaissance des choses cachées au commun des hoiimies. On lui raconte que tel joui- de telle lune, rarc'-enciel du chaberon s'est majii testé dans les airs. Il a fait so!i apparition sur tel point; il était plus ou moins lumineux, et a été visible pendant tant de temps. Puis il a (lis|)ai'u, en s'ell'açant avec telle et telle circonstance. Quand le 'i'churtchun a obtenu tous les renseii;'ncments nécessaires, il récite (jueUjues prières, ouvre SCS livres de di\ ination. et ])rououce enfin son oracle, pendant que les Tartarcs
Habitations des Mong-ols du pays des Ortous. (P. 16;^)
i|iii sont vemis le consulter écoutent ses paroles à genoux, et dans le plus profond recueillement.
— Votre ^'l'and lama, leur dit-il. est revenu à la vie dans le Thibet. à telle ilistance de voti'c lamaserie. \'ous le trouverez dans telle famille.
Les pauvi'es Afongols qui ont ouï l'Ct oracle s'en retournent, pleins de joie, annoncer à la lamaserie l'heureuse nouvelle.
Il arrive souvent (lue les disciples du défunt n'ont {)as be.soin de .se tourmenter, pou)' découvrir le berceau de leur sj^tand lama. T.ui-même veut bien se donner la peine de les initier au secret de sa transfoj'mation. Aussitôt qu'il ;i opéré sa métamoi-phose dans le Thibet. il se révèle, assure-1-on, à un âge oii les entants ordinaires ne savent encore artii'uler aucune pai'ole.
" C'est moi. dit-il a\ec autorité, c'est moi (|ui suis le^i'and lama, le Bcmddha- '.i\ant de tel tem])le : qu'on me conduise datis mon ancienne lamaserie, j'en
^auhEnir^ tt bopage.
suis le supérieur immortel. » Le prodigieux bambin étant censé avoir parlé de la sorte, on se hâte de faire savoir aux lamas du soumé désigné que leur chaberon est né, et on les somme de sa part d'avoir à venir l'inviter.
De quelque manière que les Tartares découvrent la résidence de leur grand lama, que ce soit par l'apparition de l'arc-en-ciel, ou par la révélation prétendue du chaberon lui-même, ils sont dans les transports de la joie la plus vive. Bientôt tout est en mouvement dans les tentes, on fait avec enthousiasme les mille préparatifs d'un long voyage; car c'est presque toujours dans le Thibet qu'il faut se rendre pour inviter ce Bouddha-vivant, qui manque rarement de leur jouer le mauvais tour d'aller transmigrer dans des contrées lointaines et presque inaccessibles. Tout le monde veut contribuer de son mieux à l'organisation du saint voyage; si le roi du pays ne se met pas lui-même en tête de la caravane, il envoie son propre fils, ou un des membres les plus illustres de la famille royale; les grands mandarins, ou ministres du roi, se font un devoir et un honneur de se mettre aussi en route. Quand tout est enfin prêt, on choisit (( un jour heureux » et la caravane s'ébranle.
Quelquefois ces pauvres Mongols, après des fatigues incroyables parmi d'aiîreux déserts, finissent par tomber entre les mains des brigands de la mer Bleue, qui les détroussent des pieds à la tête. S'ils ne meurent pas de faim et de froid, au milieu de ces épouvantables solitudes, s'ils peuvent retourner jusqu'à l'endroit d'où ils sont partis, ils recommencent les préparatifs d'un nouveau voyage; rien n'est jamais capable de les décourager. Enfin quand, à force d'énergie et de persévérance, ils ont pu parvenir au sanctuaire éternel, ils vont se prosterner devant l'enfant qui leur a été désigné. Le jeune chaberon n'est pourtant pas salué et proclamé grand lama sans un examen préalable. On tient une séance solennelle, où le Bouddha-vivant est examiné devant tout le monde, avec une attention scrupuleuse; on lui demande le nom de la lamaserie dont il prétend être le grand lama, à quelle distance elle est située, quel est le nombre des lamas qui y résident. On l'interroge sur les usages et les habitudes du défunt, et sur les principales circonstances qui ont accompagné sa mort. On place ensuite devant lui divers livres de prières, des meubles de toute espèce, des théières, des tasses, etc. Au milieu de tous ces objets il doit démêler ceux qui lui ont appartenu dans sa vie antérieure.
Ordinairement cet enfant, âgé tout au plus de cinq ou six ans, sort victorieux de toutes ces épreuves. C'est qu'il est inspiré par le mauvais esprit ; il y a une intervention diabolique indéniable. En pareil cas, il répond avec exactitude à toutes les questions, et fait sans embarras l'inventaire de son mobilier. « Voici, dit-il, les livres de prières dont j'avais coutume de me servir... Voici l'écuelle vernissée dans laquelle je prenais le thé. » Et ainsi du reste.
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Cl^apître j^uîtièmc.
Sans aucun doute, les Mongols sont bien des fois dupes de la supercherie de ceux qui ont intérêt à faire un grand lama de ce marmot. Nous croyons néanmoins que tout cela se fait ordinairement de part et d'autre avec simplicité et de bonne foi. D'après les renseignements que nous n'avons pas manqué de prendre auprès de personnes dignes de la plus grande confiance, il paraît certain que tout ce qu'on dit des chaberons ne doit pas être rangé parmi les illusions et les prestiges. Une philosophie purement rationaliste rejettera sans doute des faits semblables, ou les mettra sans balancer sur le compte des fourberies lamaïques. Pour nous, missionnaires catholiques, nous croyons que le grand imposteur, qui trompa autrefois nos premiers parents dans le paradis terrestre, poursuit toujours dans le monde son système de mensonge : celui qui avait la puissance de soutenir dans les airs Simon le Magicien peut bien encore aujourd'hui parler aux hommes par la bouche d'un enfant, afin d'entretenir la foi de ses adorateurs.
Les titres du Bouddha- vivant ayant été constatés, on le conduit en triomphe jusqu'au soumé dont il doit redevenir le grand lama. Aussitôt qu'il est arrivé dans sa lamaserie, on le place sur l'autel; et alors rois, princes, mandarins, lamas, tous, depuis le plus riche jusqu'au plus pauvre, viennent courber leur front devant lui. ,
Il n'est pas de royaume tartare qui ne possède, dans quelqu'une de ses lamaseries de premier ordre, un Bouddha-vivant. Outre ce supérieur, il y a toujours encore un autre grand lama qu'on choisit parmi les membres de la famille royale. Le lama thibétain réside dans la lamaserie comme une idole vivante, recevant tous les jours les adorations des dévots, auxquels il distribue en retour des bénédictions. Tout ce qui a rapport aux prières et aux cérémonies liturgiques est placé sous sa surveillance immédiate. Le grand lama mongol est chargé de l'administration, de l'ordre, et de la police de la lamaserie; il gouverne, tandis que son collègue se contente à peu près de régner. La fameuse maxime : <( Le roi règne et ne gouverne pas, » n'est pas, comme on voit, une grande découverte en politique. On prétend inventer un nouveau système, et on ne fait que piller, sans rien dire, la vieille constitution des lamaseries tartares.
Au-dessous de ces deux espèces de souverains, il y a plusieurs officiers subalternes, qui se mêlent du détail de l'administration, des revenus, des ventes, des achats et de la discipline. Les scribes sont chargés de tenir les registres, et de rédiger les règlements et ordonnances du grand lama. Ils sont en général très habiles dans les langues mongole, thibétaine, et quelquefois chinoise et mantchoue. Avant d'être admis à cet emploi, ils sont obligés de subir des examens rigoureux, en présence de tous les lamas et des principales autorités civiles du pays.
j^outtenit^ ixt bo^iase.
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A part ce petit nombre de supérieurs et d'officiers, les habitants de la lamaserie se divisent en lamas-maîtres et lamas-disciples, ou chabis : chaque lama a sous sa conduite un ou plusieurs chabis, qui habitent dans sa petite maison et sont chargés de tous les détails du ménage. Si le maître possède quelques bestiaux, ils sont obligés d'en prendre soin, de traire les vaches, de confectionner le beurre et la crème. En retour de ces services, le maître guide ses disciples dans l'étude des prières, et les initie à la liturgie. Tous les matins le chabi doit être sur pied avant son maître : son premier soin est de balayer la chambre, d'allumer le feu et de faire bouillir le thé; après cela, il prend son livre de prières, va l'offrir respectueusement à son maître, et se prosterne trois fois devant lui, le front contre terre, sans proférer une seule parole. Par ce témoignage de respect, il demande qu'on veuille bien lui marquer la leçon qu'il aura à étudier pendant la journée. Le maître ouvre le livre, et en lit quelques pages, suivant la capacité de son disciple : celui-ci se prosterne de nouveau trois fois, en signe de remercîment, et s'en retourne à son ménage.
Le chabi étudie son livre de prières quand bon lui semble ; il n'a pas d'heure fixe; il peut passer son temps à dormir ou à folâtrer avec les autres jeunes élèves, sans que son maître s'occupe de lui le moins du monde. Quand le moment de se coucher est venu, il doit réciter d'une manière imperturbable la leçon qui lui a été fixée le matin : si sa récitation est bonne, il est censé avoir fait son devoir, et le silence de son maître est le seul éloge qu'il ait droit d'obtenir; si, au contraire, il ne récite pas d'une manière convenable, les punitions les plus sévères lui font sentir sa faute. Il arrive souvent que le maître, sortant de sa gravité accoutumée, s'élance sur son disciple et l'accable de coups, en même temps qu'il profère contre lui les malédictions les plus terribles. Les disciples qui se trouvent trop maltraités prennent quelquefois la fuite, et s'en vont chercher aventure au loin; mais en général ils subissent patiemment les punitions qu'on leur inflige, même celle de passer la nuit à la belle étoile, presque dépouillés de leurs habits, et pendant l'hiver. Souvent nous avons eu occa-> si on de causer avec des chabis ; et comme nous leur demandions s'il n'y aurait pas moyen d'apprendre les prières sans être battus, ils nous répondaient ingénument, et avec un accent qui témoignait de leur conviction, que cela était impossible. « Les prières que l'on sait le mieux, disaient-ils, sont celles pour lesquelles on a reçu le plus de coups. Les lamas qui ne savent pas prier, qui ne savent pas connaître et guérir les maladies, tirer les sorts et prédire l'avenir, sont ceux qui n'ont pas été bien battus par leurs maîtres. »
En dehors de ces études, qui se font à domicile, et sous la surveillance immédiate du maître, les chabis peuvent assister, dans la lamaserie, à des cours publics, où l'on explique les livres qui ont rapport à la doctrine et à la méde-