‹ À travers les déserts de la Tartarie et les neiges du Thibet [microform]Chapitre 53 sur 114 · IK · texte numérisé non relu

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se dirigeaient vers le Dabsoun-Noor, ou lac du sel, saline célèbre dans tout l'occident de la Mongolie, et qui fournit même du sel à plusieurs provinces de l'empire chinois.

A une journée de marche avant d'y arriver le terrain change de forme et d'aspect; il perd sa teinte jaunâtre, et devient insensiblement blanc, comme si une légère couche de neige le recouvrait. La terre se boursoufle et forme d'innombrables petits monticulesi, semblables à des cônes d'une régularité si parfaite qu'on les dirait travaillés de main d'homme. Ils se groupent quelquefois par étages, et ressemblent alors à de grosses poires entassées sur un plat ; à certains endroits, il sort de terre des épines rampantes, à longues pointes, sans fleurs et sans feuilles, qui se mêlent, s'entrelacent, et vont coiffer les cônes comme d'un bonnet. Ces épines ne se rencontrent jamais que sur les monticules dont nous parlons; elles paraissent fortes, vigoureuses, et poussent des rejetons assez longs ; mais sur les vieux tertres, elles sont desséchées, calcinées par le nitre, cassantes, et tombant, pour ainsi dire, en lambeaux.

Les sources d'eau, si rares dans les Ortous, deviennent ici fréquentes, mais elles sont en général excessivement salées ; quelquefois pourtant, tout à côté d'une lagune saumâtre, jaillissent des eaux douces, fraîches et délicieuses! : de longues perches, surmontées de petits drapeaux, servent à les indiquer aux voyageurs.

Le Dabsoun-Noor est moins un lac qu'un vaste réservoir de sel gemme mélangé d'efiiorescences nitreuses. Ces dernières sont d'un blanc mat et friables entre les doigts; on les distingue facilement du sel, qui a une teinte grisâtre, et dont la cassure est luisante et cristalline. Le Dabsoun-Noor a près de vingt lis de circonférence; on voit çà et là, dans ses alentours, des iourtes habitées par les Mongols qui exploitent cette magnifique saline; on y rencontre toujours aussi quelques Chinois en qualité d'associés ; car on dirait que ces hommes doivent se trouver nécessairement mêlés à tout ce qui tient au commerce ou à l'industrie.

La manipulation qu'on fait subir à ces matières salines ne demande ni long travail, ni grande science. On se contente de les ramasser au hasard dans le réservoir, de les entasser, et de recouvrir ces grandes piles d'une légère couche de terre glaise. Quand le sel s'est ainsi convenablement purifié de lui-même, les Tartares le transportent sur les marchés chinois les plus voisins, et l'échangent contre du thé, du tabac, de l'eau-de-vie, et autres denrées à leur usage. Sur les lieux mêmes le sel est sans valeur; à chaque pas on en rencontre de gros morceaux d'une pureté remarquable. Nous en remplîmes un sac, tant pour notre usage que pour celui des chameaux, très friands de cette nourriture.

Nous traversâmes le Dabsoun-Noor dans toute sa largeur et il fallut prendre

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