chapitre onsièine
mentent d'autres de largeur différente, qui s'écoulent à leur tour dans les simples rigoles dont tous les champs sont entourés. De grandes et de petites écluses, admirables par leur simplicité, servent à faire monter l'eau et à la conduire à travers toutes les inégalités du terrain. Un ordre parfait préside à sa distribution. Chaque propriétaire arrose ses champs à son tour; nul ne se permettrait d'ouvrir ses petits canaux avant que le jour fixé fût arrivé.
On rencontre peu de villages; mais on voit, de toute part, s'élever des fermes plus ou moins grandes, séparées les unes des autres par quelques champs. L'œil n'aperçoit ni bosquets ni jardins d'agrément. A part quelques grands arbres qui entourent les maisons, tout le terrain est consacré à la culture des céréales ; on ne réserve pas même un petit espace pour déposer les gerbes après la moisson. On les amoncelle au-dessus des maisons, qui se terminent toutes en plateforme. Aux jours d'irrigation générale, le pays donne une idée parfaite de ces fameuses inondations du Nil, dont les descriptions sont devenues si classiques; les habitants circulent à travers leurs champs, montés sur de petites nacelles, ou sur de légers tombereaux, portés sur des roues énormes, et ordinairement tramés par des buffles.
Ces irrigations, si précieuses pour la fécondité de la terre, sont détestables pour les voyageurs; les chemins sont le plus souvent encombrés d'eau et de vase, au point qu'il est impossible d'y pénétrer ; on est alors obligé de cheminer sur les petites élévations en dos d'âne qui forment les limites des champs. Quand on a à conduire des chameaux sur de pareils sentiers, c'est le comble de la misère. Nous ne faisions pas un pas sans crainte de voir nos bagages s'enfoncer dans la boue ; plus d'une fois des accidents de ce genre nous mirent dans un grand embarras ; et s'ils ne furent pas plus nombreux, il faut l'attribuer à l'habileté de nos chameaux à glisser sur la vase, habileté qui provenait du long apprentissage qu'ils avaient eu occasion de faire parmi les marécages des Ortous.
Le soir de notre premier jour de marche, nous arrivâmes à un petit village nommé Wang-Ho-Po : nous pensions y trouver la même facilité de vivre qu'à Ché-Tsui-Dze ; mais nous étions dans l'erreur. Les usages n'étaient plus les mêmes; on ne voyait plus ces aimables restaurateurs, avec leurs boutiques ambulantes chargées de mets tout préparés. Les marchands de fourrage étaient les seuls qui vinssent nous faire leurs offres. Nous commençâmes donc par donner la ration aux animaux, et puis nous allâmes dans le village à la découverte de quelques provisions pour notre souper. De retour à l'auberge nous fûmes obligés de faire nous-mêmes notre cuisine : le maître d'hôtel nous fournit seulement l'eau, le charbon et la marmite. Pendant que nous étions paisiblement occupés à apprécier les produits de notre industrie culinaire, un grand
Jtoubenir^ bc bopdge.
tumulte se fit dans la cour de l'auberge : c'était une caravane de chameaux, conduite par quelques commerçants chinois qui se rendaient à la ville de Ning- Hia. Devant faire la même route qu'eux, nous fûmes bientôt en relation ; ils nous annoncèrent que pour aller à Ning-Hia, les chemins étaient impraticables, et que nos chameaux, malgré tout leur savoir-faire, s'en tireraient difficilement. Ils ajoutèrent qu'ils connaissaient une route de traverse plus courte et moins dangereuse, et nous invitèrent à partir avec eux. Comme on devait se mettre en marche pendant la nuit, nous appelâmes le maître d'hôtel pour régler nos comptes. Selon la méthode chinoise, quand il s'agit de sapèques, d'une part on demande beaucoup, et de l'autre on offre peu ; puis on conteste longuement ; et après de mutuelles concessions, on finit par se mettre d'accord. Comme on nous croyait Tartares, on trouva tout naturel de nous demander à peu près le triple de ce que nous devions : il résulta de là que les contestations furent doubles de ce qu'elles sont ordinairement. Il fallut discuter avec énergie, d'abord pour les hommes, puis pour les animaux, pour la chambre, pour l'écurie, pour l'abreuvoir, pour la marmite, pour le charbon, pour la lampe, pour tout enfin, jusqu'à ce que l'aubergiste fût descendu au tarif des gens civilisés. Cette malencontreuse apparence tartare que nous avions nous a fourni l'occasion d'acquérir une certaine habileté dans les discussions de ce genre; car il ne s'est pas passé un seul jour, durant notre voyage dans la province du Kan-Sou, oii nous n'ayons été forcés d'entrer en discussion avec les aubergistes. Ces discussions, du reste, n'ont jamais aucun inconvénient; quand elles sont terminées, on n'en est que meilleurs amis.
Il n'était guère plus de minuit que déjà les chameliers chinois étaient sur pied et faisaient, avec grand tumulte, leurs préparatifs de départ. Nous nous levâmes à la hâte ; mais nous eûmes beau nous presser pour seller nos animaux, nos compagnons de voyage furent prêts avant nous. Ils prirent le devant, en nous promettant d'aller à petits pas jusqu'à notre arrivée. Aussitôt que nous eûmes achevé de charger nos chameaux, nous partîmes sans perdre de temps. La nuit était sombre, il nous fut impossible de distinguer nos guides : à l'aide d'une petite lanterne, nous cherchâmes leurs traces, mais nous ne fûmes pas plus heureux. Il fallut donc aller à l'aventure, au milieu de ces plaines aqueuses qui nous étaient entièrement inconnues. Bientôt nous nous trouvâmes tellement engagés au milieu des terres inondées que nous n'osâmes plus avancer; nous nous arrêtâmes sur le bord d'un champ, et nous y attendîmes le jour.
Aussitôt que l'aube commença à paraître, nous tirâmes nos animaux par la bride, et nous nous dirigeâmes, par mille détours, vers une grosse ville murée que nous apercevions dans le lointain : c'était Ping-Lou-Hien, ville de troisième ordre. Notre arrivée causa dans cette ville un désordre épouvantable. Le
CSapittE onsfèmE.
pays est remarquable par le nombre et la beauté des mulets : or, en ce moment, il y en avait un, attaché par le licou, devant presque toutes les maisons de la longue rue que nous suivions du nord au sud. A mesure que nous avancions, tous ces animaux, saisis d'épouvante à la vue de nos chameaux, se cabraient subitement, et se ruaient avec impétuosité contre les boutiques voisines ; quelques-uns brisaient les liens qui les retenaient, s'échappaient au grand galop,
et renversaient dans leur fuite les établis des petits marchands. Le peuple
s'ameutait, poussait des cris, jurait contre les puants Tartares, maudissait les
chameaux, et augmentait le désordre au lieu de l'apaiser. Nous étions profondément attristés de voir que notre présence avait des résultats si funestes ; mais qu'y faire? Il n'était pas en notre pouvoir de rendre les mulets moins timides, ni d'empêcher les chameaux d'avoir une tournure effrayante. Un de nous se décida à courir en avant de la caravane, pour prévenir le monde de l'arrivée des chameaux : cette précaution diminua le mal, qui ne cessa complètement que lorsque nous fûmes parvenus hors des murs de la ville.
Nous avions l'intention de déjeuner à Ping-Lou-Hien ; mais, n'ayant pas suffisamment conquis la sympathie de ses habitants, nous n'osâmes nous y arrêter; nous eûmes pourtant le courage d'acheter quelques provisions que nous payâmes horriblement cher, parce que le moment n'était pas favorable pour marchander. A quelque distance de la ville, nous rencontrâmes un corps de garde ; nous nous y arrêtâmes pour nous reposer un instant, et prendre notre repas du matin. Ces corps de garde sont très multipliés en Chine; d'après la règle, sur toutes les grandes routes, il doit y en avoir un à chaque demi-lieue; d'une construction bizarre et tout à fait dans le goût chinois, ils consistent en un petit édifice en bois ou en terre, mais toujours blanchi avec une dissolution de chaux; au centre est une espèce de hangar entièrement nu, et ayant une seule grande ouverture sur le devant : il est réservé aux malheureux voyageurs, qui, pendant la nuit, étant surpris par le mauvais temps, ne peuvent se réfugier dans une auberge. Des deux côtés sont deux petites chambres avec portes et fenêtres, quelquefois un banc de bois peint en rouge est tout leur ameublement. L'extérieur du corps de garde est décoré de peintures grossières, représentant les dieux de la guerre, des cavaliers et des animaux fabuleux. Sur les murs du hangar sont dessinées toutes les armes qui sont en usage en Chine : des fusils à mèche, des arcs, des flèches, des lances, des boucliers et des sabres de toute forme. A une certaine distance du corps de garde, on voit à droite une tour carrée, et à gauche cinq petites bornes disposées sur une même ligne : elles désignent les cinq lis qui sont la distance d'un corps de garde à un autre. Souvent un large écriteau élevé sur deux perches indique au voyageur le nom des villes les plus rapprochées qui se trou-
^outiEnir^ îie bopagc
vent sur la route. L'écriteau que nous avions sous les yeux était ainsi conçu :
De Ping-Lou-Hien à Ning-Hia, cinquante lis. Au nord jusqu'à Ping-Lou-Hien, cinq lis. Au sud jusqu'à Ning-Hia, quarante-cinq lis.
En temps de guerre, la tour carrée sert, pendant la nuit, à faire des signaux au moyen de feux combinés selon certaines règles. Les Chinois rapportent que l'empereur Yeou-Wang, cédant aux folles sollicitations de son épouse, ordonna, pendant la nuit, de faire les signaux d'alarme. L'impératrice voulait se divertir aux dépens des soldats, et vérifier en même temps si ces feux étaient bien propres à appeler les troupes au secours de la capitale. A mesure que les signaux parvinrent dans les provinces, les gouverneurs firent immédiatement partir les mandarins militaires pour Pékin ; mais, apprenant à leur arrivée que ces alarmes n'étaient qu'un amusement, un caprice de femme, ils s'en retournèrent pleins d'indignation. Peu de temps après, les Tartares firent une irruption dans l'empire, et s'avancèrent avec rapidité jusque sous les murs de la capitale. Pour cette fois l'empereur fit sérieusement allumer les feux pour demander des secours ; mais dans les provinces personne ne bougea ; on crut que l'impératrice voulait se donner encore un sujet de divertissement. Les Tartares, ajoute-t-on, entrèrent dans Pékin, et la famille impériale fut massacrée.
La paix profonde dont jouit plus tard la Chine a beaucoup diminué l'importance de ces corps de garde ; quand ils menacent ruine, rarement on les restaure ; le plus souvent, les portes et les fenêtres sont enlevées, et personne n'y habite. Sur certaines routes très fréquentées, on répare seulement avec soin les écriteaux et les cinq bornes.
Le corps de garde où nous nous étions arrêtés était désert. Après avoir attaché nos animaux à un gros poteau, nous entrâmes dans une chambre, et nous prîmes en paix notre réfection. Les voyageurs nous regardaient en passant, et paraissaient un peu surpris de voir leur espèce de guérite transformée en restaurant. Les élégants surtout ne manquaient pas de sourire, à la vue de ces trois Mongols si peu au fait de la civilisation.
Notre halte ne fut pas longue. L'écriteau nous annonçait officiellement que nous avions encore quarante-cinq lis de marche avant d'arriver à Ning-Hia; vu la difficulté de la route et la lenteur de nos chameaux, nous n'avions pas de temps à perdre. Nous partîmes en longeant un magnifique canal, alimenté par les eaux du fleuve Jaune, et destiné aux irrigations de la campagne. Pendant que la petite caravane cheminait à pas lents sur un terrain humide et glissant, nous vîmes venir vers nous une nombreuse troupe de cavaliers. A
Cftapitce onsfème.
mesure que le cortège avançait, les innombrables travailleurs qui réparaient les bords du canal se prosternaient contre terre et s'écriaient : « Paix et bonheur à notre père et mère! » Nous comprîmes que c'était un mandarin supérieur. D'après les exigences de l'urbanité chinoise, nous aurions dû descendre de cheval et nous prosterner comme faisait tout le monde; mais nous pensâmes qu'en qualité de lamas du ciel d'occident, nous pouvions nous dispenser de ce dur et pénible cérémonial. Nous restâmes donc gravement sur nos montures, et nous avançâmes avec sécurité. A la vue de nos chameaux, les cavaliers se placèrent prudemment à une distance respectueuse; quant au mandarin, il fut brave, lui; il poussa son cheval, et le força de venir vers nous. Il nous salua avec politesse, et nous demanda, en mongol, des nouvelles de notre santé et de notre voyage. Comme son cheval s'effarouchait de plus en plus de la présence de nos chameaux, il fut contraint de couper court à la conversation et d'aller rejoindre son cortège. Il s'en alla tout triomphant d'avoir trouvé une occasion de parler mongol, et de donner aux gens de sa suite une haute idée de sa science. Ce mandarin nous parut être Tartare-Mantchou ; il était occupé à faire une visite officielle des canaux d'irrigation.
Nous cheminâmes encore longtemps sur les bords du même canal, ne rencontrant sur notre route que quelques charrettes à grandes roues traînées par des buffles, et des voyageurs ordinairement montés sur des ânes de haute taille. Enfin nous aperçûmes les hauts remparts de Ning-Hia, et les nombreux kiosques des pagodes, qu'on eût pris, de loin, pour de grands cèdres. Les murs en briques de Ning-Hia sont vieux, mais très bien conservés. Cette vétusté, qui les a presque entièrement revêtus de mousse et de lichen, contribue à leur donner un aspect grandiose et imposant. De toute part, ils sont environnés de marais, où croissent en abondance les joncs, les roseaux et les nénuphars. L'intérieur de la ville est pauvre et misérable; les rues sont sales, étroites et tortueuses; les maisons enfumées et disloquées; on voit que Ning-Hia est une ville d'une grande antiquité. Quoique située non loin des frontières de la ïartarie, elle n'a qu'un commerce sans importance.
Après avoir parcouru à peu près la moitié de la rue centrale, comme nous avions encore une lieue de chemin avant d'arriver à l'autre extrémité, nous prîmes le parti de nous arrêter. Nous entrâmes dans une grande auberge, oii nous fûmes bientôt suivis par trois individus qui nous demandèrent effrontément nos passeports. Nous vîmes sur-le-champ qu'il fallait défendre notre bourse contre ces trois chevaliers d'industrie.
« Qui êtes-vous, pour oser nous demander des passeports?
— Nous sommes employés au grand tribunal. Il est défendu aux étrangers de traverser la ville de Ning-Hia sans passeport »...
^ouUenfr^ ùe boyage.
Au lieu de répondi-e, nous appelâmes l'aubergiste, et le priâmes de nous écrire sur un morceau de papier son nom et le titre de son auberge. Notre demande le surprit beaucoup.
« A quoi bon cet écrit, nous dit-il, que voulez-vous en faire?
— Tout à l'heure nous en aurons besoin. Nous voulons aller au grand tribunal, et dénoncer au mandarin que dans ton auberge trois voleurs sont venus nous opprimer... »
A ces paroles, les trois demandeurs de passeports se sauvèrent à toutes jambes; l'aubergiste les accabla d'imprécations, et les curieux, qui déjà s'étaient rassemblés en grand nombre, riaient de bon cœur. Cette petite aventure nous valut d'être traités avec des égards tout particuliers.
Le lendemain, à peine le jour commençait à poindre que nous fûmes éveillés par un tumulte effroyable, qui s'était subitement élevé dans la grande cour de l'auberge. Au milieu du bruit confus de nombreuses voix de gens qui semblaient se quereller avec violence, nous distinguâmes les mots de Tartare puant, de chameau, de tribunal... Nous nous habillâmes promptement, et nous allâmes examiner la nature de cette soudaine émeute, qui paraissait ne pas nous être étrangère. Nos chameaux avaient dévoré, pendant la nuit, deux charretées d'osiers qui se trouvaient dans la cour. On en voyait encore les débris broyés et dispersés çà et là. Les propriétaires, gens étrangers comme nous à l'auberge, exigeaient le paiement de leur marchandise ; et c'était, à notre avis, la chose la plus juste du monde. Mais selon nous, l'aubergiste seul était tenu à la réparation de ce dommage. Avant de nous coucher, nous l'avions, en effet, prévenu du danger que couraient ces osiers. Nous lui avions dit qu'il fallait les placer ailleurs ; que certainement les chameaux rompraient leur licou pour aller les dévorer. Les propriétaires des charrettes s'étaient joints à nous pour réclamer une séparation ; mais l'aubergiste avait ri de nos craintes, et prétendu que les chameaux n'aimaient pas les osiers. Quand nous eûmes suffisamment exposé la nature de cette affaire, le public, jury toujours permanent parmi les Chinois, décida que tous les dommages devaient être réparés aux frais de l'aubergiste; pourtant nous eûmes la générosité de ne pas exiger le prix des licous de nos chameaux...
Aussitôt après le prononcé de ce jugement impartial, nous fîmes nos préparatifs de départ et nous nous mîmes en route. La partie méridionale de la ville nous parut valoir encore moins que celle que nous avions parcourue la veille. Plusieurs quartiers étaient détruits et abandonnés. On n'y rencontrait que quelques pourceaux, errant parmi des ruines, ou fouillant des décombres. Les habitants de cette grande cité étaient plongés dans une profonde misère. La plupart étaient vêtus de haillons sales et déchirés. Leur figure pâle et
Cgapître onsfème.
décliarnée disait qu'ils étaient souvent privés du strict nécessaire. Ning-Hia, cependant, avait été autrefois une ville royale, et sans doute riche et florissante. Dans le dixième siècle, un prince de race tartare et originaire de Tou-Pa, aujourd'hui au pouvoir des Si-Fan, ayant entraîné quelques hordes à sa suite, était parvenu, malgré les Chinois, à se faire un petit Etat non loin des bords du fleuve Jaune. Il choisit pour sa capitale Hia-Tcheou, qui dans la suite prit le nom de Ning-Hia. C'est de cette ville que ce nouveau royaume s'appela Hia. Riche pendant plus de deux siècles, en 1227, elle fut enveloppée dans la ruine commune par les victoires de ïchinggiskhan, fondateur de la dynastie mongole. Aujourd'hui, Ning-Hia est une des villes de premier ordre de la province du Kan-Sou.
En sortant de Ning-Hia, on entre dans une route magnifique, presque partout bordée de saules et de jujubiers. De distance en distance, on rencontre de petites guinguettes, où le voyageur peut se reposer et se restaurer à peu de frais. On lui vend du thé, des œufs durs, des fèves frites à l'huile, des gâteaux, et une foule de fruits confits au sucre ou au sel. Cette journée de marche fut pour nous un véritable délassement. Nos chameaux, qui n'avaient jamais voyagé que dans les déserts de la Tartarie, semblaient être sensibles à tous ces charmes de la civilisation; ils tournaient majestueusement la tête de côté et d'autre, observant avec intérêt tout ce qui se présentait sur la route, les hommes aussi bien que les choses. Cependant ils n'étaient pas tellement absorbés par leurs observations sur l'industrie et les mœurs de la Chine qu'ils ne remarquassent aussi les merveilleuses productions du terrain. Les saules attiraient parfois leur attention et, lorsqu'ils étaient à leur portée, ils ne manquaient jamais d'en émonder les branches les plus tendres. Quelquefois aussi, allongeant leur long cou, ils allaient flairer les friandises étalées sur le devant des guinguettes : ce qui ne manquait jamais de provoquer de vives protestations de la part des marchands. Les Chinois n'étaient pas moins admirateurs de nos chameaux que ceux-ci ne l'étaient de la Chine. On accourait de toute part pour voir passer la caravane, on se rangeait en file sur les bords du chemin; mais on n'osait jamais approcher de trop près, car c'est dans tous les pays que les hommes redoutent instinctivement les êtres qui portent le caractère de la force et de la puissance.
Vers la fin de cette journée de marche, qui ne fut pas pour nous sans agrément, nous arrivâmes à Hia-Ho-Po, grand village sans remparts. Nous allâmes mettre pied à terre à l'Hôtel des cinq Félicités. Nous étions occupés à distribuer le fourrage à nos animaux, lorsqu'un cavalier portant un globule blanc sur son chapeau parut dans la cour de l'auberge. Sans descendre de son cheval, sans faire les saluts d'usage, il se mit à interpeller l'aubergiste.
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^oiihEnir^ tic bopage.
— Le grand mandarin va arriver, s'écria-t-il d'un ton bref et plein de morgue; que tout soit propre et bien balayé! que ces Tartares aillent loger ailleurs ; le grand mandarin ne veut pas voir de chameaux dans l'auberge.
De la part d'une estafette de mandarin, ces paroles insolentes n'avaient pas de quoi nous surprendre; mais elles nous choquèrent vivement. Nous feignîmes de ne pas les entendre, et nous continuâmes tranquillement notre petite besogne. L'aubergiste, voyant que nous ne tenions aucun compte de la sommation qui venait d'être faite, s'avança vers nous, et nous exposa, avec une politesse mêlée d'embarras, l'état de la question.
« Va, lui dîmes-nous avec fermeté, va dire à ce globule blanc que tu nous as reçus dans ton auberge, et que nous y resterons; que les mandarins n'ont pas le droit de venir prendre la place des voyageurs qui déjà se sont légitimement établis quelque part. »
L'aubergiste n'eut pas la peine d'aller rapporter nos paroles au globule blanc; elles avaient été prononcées de manière à ce qu'il pîit lui-même les entendre. Il descendit aussitôt de son cheval, et s'adressant à nous directement :
« Le grand mandarin va arriver, nous dit-il ; il y a beaucoup de monde à sa suite, et l'auberge est petite; d'ailleurs, comment des chevaux oseraient-ils rester dans cette cour en présence de vos chameaux?
— Un homme de la suite d'un mandarin, et de plus décoré comme toi d'un globule blanc, devrait savoir s'exprimer, premièrement avec politesse, et en second lieu avec justice. Nous avons nos raisons de montrer de la fermeté. Notre droit est de rester ici, et on ne nous en chassera pas, nos chameaux demeureront là attachés à la porte de notre chambre.
— Le grand mandarin m'a donné ordre de venir préparer son logement à l'Hôtel des cinq Félicités.
— Soit, prépare son logement, mais sans toucher à nos affaires. Si tu ne peux pas t'arranger ici, la raison veut que tu ailles chercher une auberge ailleurs.
— Et le grand mandarin ?
— Dis à ton mandarin qu'il y a ici trois lamas du ciel d'occident, qui sont tout disposés à retourner à Ning-Hia pour plaider avec lui ; qu'ils iront même, s'il le faut, jusqu'à Pékin, qu'ils en savent la route... »
Le globule blanc monta à cheval et disparut. L'aubergiste vint aussitôt à nous, et nous pria de tenir ferme.
« Si vous restez ici, nous dit-il, c'est bien, je suis sûr qu'avec vous j'aurai un peu de profit; mais si le mandarin prend votre place, on bouleversera mon auberge, on me fera travailler toute la nuit, et demain matin tout le monde
Cj^apttce ansième.
partira sans payer. Et puis, si j'étais forcé de vous renvoyer, ne serait-ce pas perdre de réputation l'Auberge des cinq Félicités? Qui oserait désormais entrer dans une auberge oii Ton reçoit des voyageurs pour les chasser ensuite? »
Pendant que l'aubergiste nous exhortait au courage, l'estafette du mandarin apparut de nouveau, elle descendit de cheval, puis nous fit une profonde inclination, que nous lui rendîmes de la meilleure grâce possible.
« Seigneurs lamas, dit-elle, je viens de parcourir Hia-Ho-Po, il n'y a pas d'auberge convenable. Qui pourrait dire que vous êtes tenus de nous céder votre place? Parler ainsi, est-ce que cela serait parler d'une manière conforme à la raison? Cependant voyez, Seigneurs lamas, nous sommes tous voyageurs, nous sommes tous des gens éloignés de notre famille; est-ce qu'il n'y aurait pas moyen de délibérer ensemble tout doucement, et de nous arranger en frères?
— Oui, c'est cela, dîmes-nous ; les hommes doivent toujours s'arranger en frères, voilà le vrai principe; quand on voyage on doit savoir vivre entre voyageurs ; quand tout le monde se gêne un peu, est-ce que tout le monde ne finit pas par être à son aise?
— Excellente parole! excellente parole!... » et les salutations les plus profondes recommencèrent de part et d'autre.
Après ce court entretien, qui avait amené une parfaite réconciliation, nous délibérâmes à l'amiable sur la manière de nous arranger tous dans l'Auberge des cinq Félicités : il fut convenu que nous garderions la chambre où nous étions déjà installés, et que nous attacherions nos chameaux dans un coin de la cour, de manière qu'ils ne pussent pas effaroucher les chevaux du mandarin. L'estafette devait disposer à sa fantaisie de tout le reste. Nous nous hâtâmes de détacher nos chameaux de devant la porte de notre chambre, et nous les plaçâmes selon qu'il avait été réglé. Comme le soleil venait de se coucher, on entendit le bruit du cortège qui arrivait. Les deux battants du grand portail s'ouvrirent solennellement, et une voiture traînée par trois mulets vint s'arrêter au milieu de la cour de l'auberge; elle était escortée par un grand nombre de cavaliers. Sur la voiture était assis un homme d'une soixantaine d'années, à moustaches et barbe grises, et coiffé d'une espèce de capuchon rouge; c'était le grand mandarin. A son entrée, il avait parcouru d'un œil vif et rapide l'intérieur de l'auberge; en nous apercevant, en remarquant surtout trois chameaux au fond de la cour, les muscles de sa maigre figure s'étaient soudainement contractés. Quand tous les cavaliers eurent mis pied à terre, on l'invita à descendre de son véhicule.
« Qu'est-ce que c'est, s'écria-t-il d'une voix courroucée, qu'est-ce que c'est que ces Tartares? qu'est-ce que c'est que ces chameaux? qu'on m'amène ici l'aubergiste !»
j§ouViemr^ be boaage.
A cette brusque interpellation, l'aubergiste s'était sauvé, et le globule blanc demeura un instant comme pétrifié. Sa figure était devenue subitement pâle, puis rouge, puis enfin olivâtre. Cependant il fit un effort sur lui-même, alla vers la voiture, mit un genou en terre, se releva, et s'approchant de l'oreille de son maître, lui parla quelque temps à voix basse ; le dialogue terminé, le grand mandarin voulut bien descendre et, après nous avoir salué de la main et d'un air un peu protecteur, il se rendit comme un simple mortel dans la petite chambre qu'on lui avait préparée. < Ce triomphe que nous venions d'obtenir dans un pays dont l'entrée nous
était interdite sous peine de mort' nous donna un prodigieux courage. Ces terribles mandarins, qui autrefois nous causaient une si grande épouvante, cessèrent d'être redoutables pour nous, aussitôt que nous osâmes approcher d'eux et les regarder de près. Nous vîmes des hommes pleins d'orgueil et d'insolence, des tyrans impitoyables envers les faibles, mais d'une lâcheté extrême en présence des hommes d'un peu d'énergie. Dès ce moment nous nous trouvâmes en Chine aussi à l'aise que partout ailleurs; nous pûmes voyager, sans être préoccupés par la peur, le front découvert et à la face du soleil.
Après deux journées de marche, nous arrivâmes à Tchong-Weï, bâti sur les bords du fleuve Jaune. Cette ville est murée et de moyenne grandeur; sa propreté, sa bonne tenue, son air d'aisance, tout contraste singulièrement avec la misère et la laideur du Ning-Hia ; à en juger seulement par ses innombrables boutiques, toutes très bien achalandées, et par la grande population qui incessamment encombre les rues, Tchong-Weï est une ville très commerçante; pourtant les Chinois de ce pays ne sont pas navigateurs; on ne voit pas de barques sur le fleuve Jaune. Cette particularité est assez remarquable; elle confirmerait l'opinion que les habitants de cette partie du Kan-Sou sont réellement d'origine thibétaine et tartare ; car on sait que partout les Chinois sont passionnément adonnés à la navigation des fleuves et des rivières.
En sortant de Tchong-Weï, nous franchîmes la grande muraille, uniquement composée de pierres mobiles amoncelées les unes sur les autres, et nous rentrâmes, pour quelques jours, en Tartarie, dans le royaume des Alechan. Plus d'une fois, des lamas mongols nous avaient fait des peintures affreuses des monts Alechan; mais nous pûmes constater, par nos propres yeux, que la réalité est encore bien au-dessus de tout ce qu'on peut dire de cet épouvantable pays. Les Alechan sont une longue chaîne de montagnes, uniquement composées de sable mouvant et tellement fin qu'en le touchant on le sent couler
1. A cette époque l'ambassade française n'était pas encore venue eu Chine ; il n'existait pas de traité en faveur des Européens. Tous les Missionnaires qui pénétraient dans l'intérieur étaient, par le seul fait, condamnés à mort.
Cgapitrc onsièmc.
entre ses doigts comme un liquide. Il serait superflu d'ajouter qu'au milieu de ces gigantesques entassements de sable, on ne rencontre jamais, nulle part, la moindre trace de végétation. L'aspect monotone de ces immenses sablières n'est interrompu que par les vestiges de quelques petits insectes, qui, dans leurs ébats capricieux et vagabonds, décrivent mille arabesques sur ce sable mouvant et d'une si grande ténuité qu'on pourrait suivre tous les tours et détours d'une fourmi, sans jamais en perdre les traces. Pour traverser ces montagnes, nous éprouvâmes des peines et des difficultés inexprimables. A chaque pas, nos chameaux s'enfonçaient jusqu'au ventre, et ce n'était jamais que par soubresauts qu'ils pouvaient avancer. Les chevaux avaient encore plus de peine, à cause de leurs sabots, qui ont sur le sable moins de prise que les larges pieds des chameaux. Pour nous, forcés d'aller à pied, nous devions être bien attentifs à ne pas rouler du haut de ces montagnes, qui semblaient s'évanouir sous nos pas jusque dans le fleuve Jaune, dont nous apercevions les eaux audessous de nous. Par bonheur, le temps était calme et serein. Si le vent eût soufflé, certainement nous eussions été engloutis et enterrés vivants sous des avalanches de poussière. Les monts Alechan paraissent avoir été formés par les sables que le vent du nord balaye incessamment devant lui dans le Chamo, ou grand désert de Gobi. Le fleuve Jaune arrête ces inondations sablonneuses, et en préserve la province de Kan-Sou. C'est à cette grande quantité de sable qu'il entraîne aux pieds des monts Alechan que le fleuve doit cette couleur jaunâtre qui lui a fait donner le nom de Hoang-Ho, fleuve Jaune. Au-dessus des monts Alechan, ses eaux sont toujours pures et limpides.
Cependant les collines succédèrent aux montagnes élevées, les sables diminuèrent insensiblement; et vers la fin delà journée, nous arrivâmes au village des Eaux toujours coulantes, Tchang-Lieou-Chouy. C'était, au milieu de ces collines sablonneuses, une véritable oasis d'une beauté ravissante. Une foule de petits ruisseaux, qui se jouaient parmi les rues, des arbres nombreux, des maisonnettes bâties en roche vive, et quelquefois peintes en blanc ou en rouge, donnaient à ce site l'aspect le plus pittoresque. Exténués de fatigue, comme nous l'étions, nous nous arrêtâmes aux Eaux toujours coulantes avec un indicible plaisir, et nous en savourâmes les délices. Mais la poésie ne dura que jusqu'au moment où il nous fallut corhpter avec l'aubergiste. Comme les comestibles, les fourrages mêmes venaient de Tchong-Weï, et ne pouvaient être transportés qu'avec grande difficulté, aussi étaient-ils d'une cherté à faire frémir. Pour nous et nos animaux, nous fûmes obligés de débourser seize cents sapèques, a peu près huit francs. Sans cette circonstance, nous eussions peut-être quitté avec regret le charmant village de Tchang-Lieou-Chouy. Mais il y a toujours quelque motif qui vient aider les hommes à se détacher des choses d'ici -bas.
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En sortant de Chang-Lieou-Chouy, nous prîmes la route suivie par les exilés chinois qu'on conduit à Ili. Le pays était moins affreux que celui que nous avions parcouru le jour précédent, mais il était encore bien triste. Le gravier avait remplacé le sable, et à part quelques touffes d'herbes dures, et piquantes comme des alênes, nous trouvâmes toujours un sol infécond et aride. Nous arrivâmes à Kao-Tan-Dze, village repoussant et hideux au delà de toute expression, composé de quelques misérables habitations grossièrement construites en terre noire qui toutes servent d'auberge. Les provisions y sont plus rares encore qu'aux Eaux toujours coulantes, et par conséquent d'une cherté plus grande. On doit également tout faire venir de Tchong-Weï; car le pays ne fournit rien, pas même de l'eau. On a eu beau creuser des puits à la plus grande profondeur, on n'a jamais trouvé qu'un terrain sec et rocailleux. Les habitants de Kao-Tan-Dze sont obligés d'aller chercher l'eau à une distance de soixante lis (six lieues). Aussi la font-ils payer cher aux voyageurs qui ont à passer par là. Un seau d'eau coûte cinquante sapèques. Si nous eussions voulu complètement désaltérer nos chameaux, il nous eût fallu dépenser beaucoup de cinquantaines de sapèques. Nous nous contentâmes de faire une provision pour nous et les chevaux. Quant aux chameaux, ils durent attendre des jours meilleurs et une terre moins inhospitalière.
Kao-Tan-Dze, ce pays si misérable et si affreux, n'a pas même l'avantage de jouir de la tranquillité que sa pauvreté et sa solitude sembleraient pourtant devoir lui assurer. Il est continuellement désolé par les brigands. Aussi toutes les habitations portent-elles quelques traces d'incendie et de dévastation. Quand nous nous présentâmes à l'auberge, on nous demanda si nous voulions défendre nos animaux contre les brigands. Cette question nous jeta dans un grand étonnement, et nous nous hâtâmes de provoquer de nouvelles explications sur une chose qui nous paraissait bien étrange. On ajouta qu'à Kao-Tan-Dze, il y avait des auberges de deux espèces : des auberges oii on se battait, et d'autres où on ne se battait pas; que le prix des premières était le quadruple du prix des secondes. . . Ces paroles nous firent un peu soupçonner de quoi il s'agissait; mais pourtant la chose n'était pas encore tout à fait claire.
« Comment, nous dit-on, vous ne savez donc pas que Kao-Tan-Dze est continuellement attaqué par les brigands?
— Nous savons cela.
— Si vous logez dans une auberge oii l'on ne se bat pas, dans le cas que les brigands arrivent, ils emmèneront vos animaux, parce que personne ne s'est engagé à les défendre. Si, au contraire, vous logez dans une auberge où l'on se bat, il y a une grande chance que vous les conserverez, à moins que les brigands ne soient les plus forts, ce qui arrive quelquefois. »
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Tout cela nous paraissait fort bizarre et passablement contrariant. Cependant il fallait prendre un parti. Après mûre et sérieuse réflexion, nous nous décidâmes à aller loger dans une auberge oii l'on dût se battre. Il nouS' vint à la pensée qu'il pourrait bien se faire que les gens de Kao-Tan-Dze s'entendissent avec les brigands pour exploiter les voyageurs. Dans ce cas-là, il valait mieux leur payer une assez forte somme que de leur abandonner nos animaux, dont la perte eût été bientôt suivie de la nôtre.
En entrant dans l'auberge qui nous fut indiquée, nous remarquâmes, en effet, que tout y était sur le pied de guerre. On ne voyait, de tout côté, que lances, flèches, arcs et fusils à mèches. La présence de ces armes n'était pas capable de nous rassurer complètement. Nous résolûmes de ne pas nous coucher, et de faire nous-mêmes la garde pendant la nuit.
Kao-Tan-Dze, avec son allure de guerre et son état de hideuse misère, était pour nous quelque chose d'inexplicable. Nous nous demandions comment des hommes pouvaient se résigner à habiter un pays affreux, stérile, sans eau, éloigné de tout pays habité et, par-dessus tout, désolé par de continuelles incursions de brigands. Quel pouvait être leur but? quel avantage leur présentait une position de ce genre? Nous avions beau chercher, beau faire des suppositions, le problème demeurait toujours insoluble. Pendant la première veille de la nuit, nous causâmes beaucoup avec l'aubergiste, qui nous parut avoir assez de franchise dans le caractère. Il nous raconta une foule d'anecdotes de brigands, toutes remplies de combats, de meurtres et d'incendies.
(( Mais enfin, lui dîmes-nous, que n'abandonnez-vous ce détestable pays?
— Oh! nous répondit-il, nous ne sommes pas libres. Nous autres, habitants de Kao-Tan-Dze, nous sommes tous des exilés. Nous sommes dispensés d'aller jusqu'à Ili, à condition que nous resterons ici sur la route, pour fournir de leau aux mandarins et aux soldats qui conduisent les exilés. Nous sommes obligés d'en donner gratis à tous les employés du gouvernement qui passent par ici. )) " ■
Aussitôt que nous sûmes que nous étions parmi des exilés, nous fûmes un peu rassurés. Nous inclinâmes à croire qu'ils n'étaient pas de connivence avec les brigands; car ils avaient parmi eux une espèce de petit mandarin chargé de les surveiller. Un instant, nous eûmes l'espérance de trouver des chrétiens à Kao-Tan-Dze ; mais l'aubergiste nous assura qu'il n'y en avait aucun. Il nous dit que les exilés pour la religion du Seigneur du Ciel allaient tous à Ili.
D'après tout ce que nous dit l'aubergiste, nous crûmes que nous pouvions sans inconvénient prendre un peu de repos. Nous allâmes donc nous coucher, et nous dormîmes d'un assez bon sommeil jusqu'à l'aube; grâce à Dieu, les brigands n'étaient pas venus nous rendre visite.
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