‹ À travers les déserts de la Tartarie et les neiges du Thibet [microform]Chapitre 7 sur 114 · Piètre de Bou.ldl.a · texte numérisé non relu

Piètre de Bou.ldl.a

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retour, nous nous hâtâmes de terminer la rédaction de divers livres mongols.

Nos petits manuels de prières et de doctrine étaient prêts; mais notre jeune lama n'avait pas encore paru. Nous pensions pourtant qu'il ne pouvait guère tarder. Nous quittâmes donc la vallée des Eaux-Noires, pour aller l'attendre aux Gorges-contiguës . Ce dernier poste nous paraissait plus favorable pour faire les préparatifs de notre voyage. Cependant les jours s'écoulaient dans une vaine attente ; les fraîcheurs de l'automne commençaient à se faire piquantes, et nous redoutions beaucoup de commencer nos courses à travers les déserts de la Tartarie pendant l'hiver. Nous résolûmes donc d'envoyer à la découverte de nos chameaux et de notre lama. Un catéchiste de bonne volonté, intelligent et bon marcheur, se mit en route. Au jour fixé il fut de retour. Mais ses recherches avaient été à peu près infructueuses. Seulement il avait appris d'un Tartare que notre lama était parti depuis quelques jours pour nous ramener nos chameaux. Aussi, grande fut la surprise de ce courrier, quand il sut que personne n'avait encore paru... << Comment! disait-il, est-ce donc que j'ai le jarret meilleur qu'un chameau? Ils sont partis de Naiman avant moi..., et me voici arrivé avant eux! Mes Pères spirituels, encore un jour de patience ! je réponds que, chameaux et lama, tout sera ici demain... Plusieurs jours se passèrent, et nous étions toujours dans la même position. Nous renvoyâmes le courrier à la découverte, en lui recommandant d'aller sur les lieux mêmes où les chameaux avaient été mis au pâturage, et de tout voir de ses propres yeux, sans se fier aux rapports de qui que ce fût. »

Pendant ces jours de pénible attente, nous continuâmes d'habiter les Gorges-contiguës, pays tartare dépendant du royaume Ouniot \ Ces contrées paraissent avoir été bouleversées par de grandes révolutions. Les habitants actuels prétendent que, dans les temps anciens, le pays était occupé par des tribus coréennes. Elles en auraient été chassées et se seraient réfugiées dans la presqu'île qu'elles possèdent encore aujourd'hui, entre la mer Jaune et la mer du Japon. On rencontre assez souvent, dans cette partie de la Tartarie, des restes de grandes villes, et des débris de châteaux- forts assez semblables à ceux du moyen âge de l'Europe. Quand on fouille parmi ces décombres, il n'est pas rare de trouver des lances, des flèches, des débris d'ijistruments aratoires, et des urnes remplies de monnaies coréennes.

Vers le milieu du XVIP siècle, les Chinois commencèrent à pénétrer dans ce pays. A cette époque il était encore magnifique ;les montagnes étaient couronnées de belles forêts, les tentes mongoles étaient disséminées çà et là dans le fond des vallées parmi de gras pâturages. Pour un prix très modique, les

1. Malgré le peu d'importance des tribus tartares, nous leur donnerons le nom de royaume, parce que le chef <lo ces tribus est appelé Wang (Roi).

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Chinois obtinrent la permission de défricher le désert. Peu à peu la culture fit des progrès; les Tartares furent obligés d'émigrer avec leurs troupeaux. Dès lors le pays changea bientôt de face. Les arbres furent arrachés, les forêts disparurent du sommet des montagnes, les prairies furent incendiées, et les nouveaux cultivateurs se hâtèrent d'épuiser la fécondité de cette terre.

Par la suite ces contrées ont été presque entièrement envahies par les Chinois, et c'est peut-être à leur système de dévastation qu'on doit attribuer la grande irrégularité des saisons qui désole ce malheureux pays. Les sécheresses y sont fréquentes, presque chaque année les vents du printemps dessèchent les terres. Le ciel prend un aspect sinistre, les .vents redoublent de violence et durent quelquefois jusque bien avant dans la saison de l'été. On voit alors la poussière s'élever par tourbillons au haut des airs ; et souvent en plein midi on est environné d'une obscurité épaisse, palpable en quelque sorte, et mille fois plus affreuse que la nuit la plus sombre. Après ces ouragans, la pluie ne se fait pas longtemps attendre. Mais alors on la redoute plus qu'on ne la désire; car d'ordinaire elle tombe avec fureur; les champs et les moissons disparaissent sous une mer boueuse, dont les énormes vagues suivent la pente des vallées et entraînent tout sur leur passage. Le torrent s'écoule avec rapidité, et quelques heures suffisent pour que le sol reparaisse. Mais plus de moissons, presque plus même de terres végétales. Il ne reste que des ravins profonds, encombrés de graviers, oii il n'y a plus moyen de faire passer la charrue.

La grêle tombe fréquemment, et souvent elle est d'une grosseur extraordinaire. Nous y avons vu des grêlons pesant douze livres. Il suffit quelquefois d'un instant pour exterminer des troupeaux entiers. En 1843, pendant un grand orage, on entendit comme le bruit d'un vent terrible; et bientôt après il tomba dans un champ, non loin de notre maison, un morceau de glace plus gros qu'une meule de moulin. On le cassa avec des haches et, quoiqu'on fût au temps des plus fortes chaleurs, il mit trois jours à se fondre entièrement.

Sécheresses et inondations occasionnent parfois des famines qui exterminent les habitants. Celle de 1832, douzième du règne de Tao-Kouang ', est la plus affreuse dont on ait entendu parler. Les Chinois disent qu'elle fut partout annoncée par un pressentiment général dont on n'a jamais pu se rendre compte. Pendant l'hiver de 1831, il se répandit une sinistre rumeur. (( L'année prochaine, disait-on, il n'y aura ni pauvre ni riche ; le sang couvrira les montagnes ; les ossements rempliront les vallées. » Ces paroles étaient dans toutes les bouches, et les enfants les répétaient dans leurs jeux. On était dominé par ces appréhensions, quand commença l'année 1832. Le printemps et l'été se passè-

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