CHAPITRE XIV
Aspect de la lamaserie de Tchogoptan. — Lamas contemplatifs. — Lamas bouviers.
— Le livFe des quarante- deux points d'enseignement. — Les tentes noires. — Mœurs des Si-Fan. — Bœufs à long- poil. — Aventure d'im Karba empaillé.
— Chronique lamaïque sur l'orig-ine des peuples. — Régime alimentaire. — Précieuses découvertes dans le règne végétal. — Fabrique de cordes de poil de chameau. — Nombreuses visites à Tchogortan. — Curieuse classification des argols. — Histoire de brigands. — Élévation de la Pyramide de la Paix. — La faculté de médecine à Tchogortan. — Aliments empruntés aux végétaux. — Médecins thibétains. — Départ pour la mer Bleue. — Supplément à notre caravane.
NE demi-heure nous sufi&t pour opérer notre déménagement de Kounboum à Tchogortan. Après avoir longé pendant quelque temps les flancs arides d'une haute montagne, nous descendîmes dans une grande vallée, au milieu de laquelle coulait un ruisseau dont les rives étaient encore bordées de glace. Le pays nous parut posséder d'assez bons pâturages; mais, à cause de la rigueur du climat, la végétation y est extrêmement paresseuse et tardive. Quoique nous fussions au mois de mai, les germes naissants qui sortaient de terre donnaient à peine à la vallée une teinte jaunâtre.
Un lama, d'une figure rouge et bien rebondie, \rint au-devant de nous, et nous conduisit à l'habitation que l'administrateur de la lamaserie nous avait fait préparer. Nous fûmes installés dans une grande chambre, qui, la veille encore, servait de demeure à quelques petits veaux, trop jeunes et trop faibles pour pouvoir suivre leurs mères sur les montagnes. On avait fait de grands efforts pour nettoyer l'appartement; mais le succès n'avait pas été tellement complet qu'on ne distinguât çà et là de nombreuses traces des anciens locataires ; on nous avait, du reste, assigné ce qu'il y avait de mieux dans la lamaserie. Tchogortan est, comme nous l'avons dit, la maison de campagne de la Faculté de médecine : l'aspect en est assez pittoresque, surtout pendant la saison d'été. Les habitations des lamas, construites au pied d'une grande montagne taillée à pic, sont ombragées par des arbres séculaires dont les épais rameaux servent de retraite aux milans et aux corbeaux. A quelques pas au-dessous des maisons coule un ruisseau abondant, entrecoupé de nombreuses digues, construites par les lamas pour faire tourner les tchukor ou moulins à prières. On aperçoit, dans l'enfoncement de la vallée et sur les coteaux voisins, les tentes noires des Si-Fan et quelques troupeaux de chèvres et de sarligues. La montagne rocheuse et escarpée, à laquelle est adossée la lamaserie, sert de demeure à cinq religieux contemplatifs, qui, semblables à des aigles, ont choisi pour bâtir leurs aires les endroits les plus élevés et les plus inaccessibles : les uns