FIFTH-AVENUE
de distingué, et beaucoup de touristes qiii parlent de la société américaine n'ont pas poussé plus loin leurs observations. Mais il n'en est pas moins vrai que son invasion quotidienne gâte un peu le séjour des hôtels et compense pour l'étranger l'avantage de trouver sous la main tout ce dont il peut avoir besoin : télégraphe, journaux, revues, billets de spectacles, bille Is de chemins de fer, menus objets de fantaisie, sans parler des boutiques de coiffeurs, de chapeliers, de tailleurs, de fabricants de malles, qui, tout en ouvrant sur la rue, ont presque toujours une porte de communication intérieure avec l'hôtel . Il y a là, pour le voyageur nouvellement débarqué qui ne connaît pas la ville, une concentration très commode^ et je m'étonne que nos hôtels parisiens, qui sont en train de ^'américaniser sous tant de rapports ne donnent pas les mêmes facilités à leurs hôtes.
Le soir venu, les plus dispos d'entre nous font une assez courte promenade dans Broadway. Nous remarquons bon nombre de magasins éclairés à l'aide de lampes électriques, dont la lumière paraît beaucoup plus douce et plus égale que celle dont on nous gratifie en France. Mais l'animation cesse de bonne heure dans Broadway, et nous nous hâtons de rentrer pour ne pas perdre un spectacle qui nous a été annoncé comme très curieux : celui d'une exhibition du service d'incendie et des pompes à vapeur de la ville de New- York. Vers neuf heures et demie,.
on vient nous apprendre que cette exhibition ne saurait avoir lieu, un véritable incendie, qui a nécessité l'appel de plusieurs pompes, venant d'éclater dans un quartier voisin, et l'on nous propose d'aller voir fonctionner ces pompes pour de bon. Je me demande un instant si l'un des aimables membres du comité qui nous ont reçus le matin n'a pas poussé la galanterie jusqu'à mettre le feu à sa maison pour nous donner le plaisir de le voir éteindre. Mais cette supposition, à la réflexion, me paraît peu probable. Nous partons en voiture pour le lieu de l'incendie. Malheureusement ou heureusement, suivant le point de vue auquel on Veut se placer, lorsque nous arrivons le feu est éteint, et après avoir admiré pendant quelques intants une des gigantesques pompes qui ont contribué à ce résultat, nous n'avons qu'à regagner nos lits.
Le lendemain nous nous mettons, trois ou quatre, en campagne d'assez bonne heure pour courir la ville et profiter des quelques heures qui nous sont laissées avant les cérémonies officielles. Nous débutons par une visite qui n'est pas dans le programme tracé par ï Appleton-Guide, le Murray des Etats-Unis. Parmi nos compagnons de bord se trouvait un tout jeune Jésuite, parent de l'un d'entre nous, et dont le nom, connu de tous, joint à l'illustration de la noblesse celle de la science. Il a renoncé à tout, famille, fortune, position sociale, pour entrer dans les ordres, et il a été désigné pour aller prêcher