‹ A travers les États-Unis de lA̓tlantique au PacifiqueChapitre 19 sur 31 · LE FILON I> ARGENT DE C0M8T0CK · texte numérisé non relu

LE FILON I> ARGENT DE C0M8T0CK

Découverte de la mine de Washoe. — Grande agitation. — Le coche pour VirgiDÎa-City. — Aspect de la route. — Physionomie d'une ville minière. — Un pionnier français. — Un jeu effréné. — Panique de i864. — Exploitation souterraine. — Le tunnel Sutro. — Mon cicérone. — Les broyeurs mécaniques. — La cuve américaine. — Le tonneau allemand. — Le p2tio mexicain. — Les briques d'argent. — L'établissement de Gould et Curry. — Production des mines de Nevada. — Les plus riches veines du monde.

Il nous faut revenir sur les mines d'argent du Nevada dont nous n'avons encore visité qu'un des districts, celui d'Austin.

Un jour du mois de juin i859, deux mineurs irlandais, en fouillant un placer aurifère de la sierra de Californie, trouvèrent par hasard sur ce placer, que depuis dix ans on exploitait sans grand profit, un minerai d'argent. La richesse de cette mine inattendue fut dès le début extraordinaire. On l'appela d'abord la « mine de Washoe, » du nom d'un lac qui se trouvait

dans le voisinage. A vrai dire, cette localité n'avait pas encore de nom, aucune ville n'y existait, et le territoire était celui d'Utah, occupé par les mormons ; mais ceux-ci vivaient au bord du Grand-Lac-Salé, à quelques centaines de lieues plus à Test. Des tribus errantes d'Indiens, des bandes nomades, appartenant aux nations des Pah-Yutes, des Bannocks et des Serpents, parcouraient seules ces régions en toute liberté. Les pionniers y étaient pour la première fois apparus en 1849, alors qu'une troupe d'orpailleurs californiens, mécontents du résultat de leurs recherches dans le pays de l'Eldorado et amoureux de Tinconnu, franchirent résolument les remparts de la sierra et vinrent planter leurs tentes autour des ravins tributaires de la rivière Garson. Jusquelà les blancs, se bornant au rôle d'explorateurs ou de trappeurs, ne s'étaient montrés dans ces parages qu'isolément et à de très rares intervalles.

La nouvelle de la découverte de la riche mine de Washoe se répandit bien vite en Californie, et y causa une émotion universelle. On avait expédié à San Francisco, à travers des sentiers de mules, longs et périlleux, plusieurs milliers de kilogrammes du précieux minerai ; les chimistes et les ingénieurs s'étudiaient à l'envi à en déterminer le meilleur mode de traitement. Sans attendre le résultat de ces expériences, mineurs et spéculateurs partirent en foule ; chacun voulut marquer sa concession, son claim, sur l'étendue du nouveau filon, et il sembla un moment que le métal blanc allait remporter sur le jaune. Presque partout les placers et les mines de quartz aurifères furent immédiatement délaissés. Pendant tout l'été, il y eut un grand mouvement,

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ce que les Américains appellent un excitment, ou encore un rush, une courte folle, et les Espagnols et furor minerOy la fièvre minérale. Ce fut comme un exode irrésistible, qui poussa les colons du Pacifique au delà des pics ardus de la sierra. On craignit un moment que la Californie n'en fût dépeuplée, tout comme elle avait failli l'être quelques années auparavant, lors de la découverte des trop fameux placers de Fraser-River, dans la Colombie britannique, près de Tîle de Van-Couver ; mais l'automne vint et avec lui les neiges, qui comblèrent les passes de la sierra. Il fut dès lors presque impossible de gagner la mine de Washoe, et chacun attendit le printemps suivant.

J'étais à cette époque en Californie, chargé de diriger Texploitation des gîtes aurifères dans le comté de Mariposa. Je quittai le pays de l'or au commencement du mois de décembre 1859, forcé de me rendre au Chili. Quand je revins à Paris au mois de mai 1860, je trouvai la France émue des découvertes de Washoe et de ces nouvelles exploitations d'argent. Tous les banquiers étaient en éveil. Le gouvernement français se préparait alors à abaisser, comme il l'a fait depuis, le titre de ses monnaies d'argent, afin de parer au défaut d'équilibre entre les deux métaux précieux, lequel avait été amené par une trop grande abondance de l'or. Avant d'accomplir l'opération qu'il projetait, le gouvernement, pour s'édifier complètement sur les récentes découvertes, dépécha sur les lieux un de ses ingénieurs des mines. Celui-ci vint à Washoe, annonça aux mineurs qu'ils étaient sur un filon d'or et non sur un filon d'argent, et rédigea son rapport sur ces conclusions. Ce fait est

reslé légendaire dans tous les États du Pacifique. Les pionniers de Washoe laissèrent dire le théoricien, et ils s'escrimèrent si bien sur leur filon qu'en dix ans, de 1860 à 1870, le Nevada produisit un poids de lingots d'argent estimé en moyenne à 70 millions de francs par année. En 1873, la production a même atteint 125 millions. Le Mexique tout entier, le plus riche des Etats argentifères du globe, ne fournit pas au-delà de 100 millions.

('e fut un soir du mois d'octobre 1868, qu'abandonnant pour un moment la Californie, où le lecteur vient d'entrer à ma suite, je pris, avec mon fidèle compagnon de voyage, le coche, ou stage\ à Reno pour me rendre à Virginia-Gity ; autour de cette ville se développent les plus riches exploitations du Nevada. Reno était alors, et c'est encore aujourd'hui, une des principales stations du chemin de fer Central-Pacifique*. Le coche était du même modèle que celui qui nous avait récemment voitures de Benton au pays mormon, une sorte d'énorme caisse de bois, aux formes archaïques, portée sur des ressorts de cuir. On entassait en dedans neuf voyageurs ; un nombre à peu près égal prenait place sur le devant du véhicule, à côté et au-dessus du postillon. Ce type de voiture monumentale est le vrai coche national américain : il est resté le même depuis le XVII® siècle, époque où il fut introduit dans le Nouveau-Monde lors de la fondation des colonies anglaises, et on le retrouve encore partout, de l'Atlantique au Pacifique. La ville de Concord, dans l'État de New-

^ Ud embraochement de voie ferrée unit oiaintenaat Reno à Virginia-Ci ty.

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Hampshire, s'est rendue célèbre par la fabrication de ces diligences, qu'elle livre presque exclusivement aux maîtres de poste des États-Unis.

La voiture dans laquelle nous étions montés était, suivant Fusage, traînée par six chevaux rapides, attelés deux par deux ; le postillon les conduisait d'une main assurée, sans jamais user du fouet. Il les interpellait par leur nom quand ils s'oubliaient, et cela suffisait. Nulle part les animaux ne sont mieux traités qu'aux États-Unis. En revanche, il est difficile de voir des chevaux plus, doux, plus maniables que les chevaux américains. Aussi les accidents de voiture sont-ils assez rares malgré l'aveugle témérité dont on fait preuve presque partout.

« AU aboardford Virginia-City, tout le monde à bord pour Virginia-City I » Dès que ces paroles ont été criées par le contrôleur de la diligence, chacun est monté en voiture. On appelle les voyageurs, qui payent leur place^ et fouette, cocher ! En deux heures nous franchissons les seize milles qui nous séparent de la capitale des mines d'argent. Le terrain, tout le long de la route, est triste et désert. Le chemin est ouvert à l'américaine, sans avoir été d'avance nivelé et régulièrement mesuré. La route est plus ou moins large, suivant les besoins ; lorsqu'il y a trop d'ornières d'un côté, on passe de l'autre. Les cahots vont leur train ; on est bousculé, projeté les uns sur les autres, et l'on n'en rit que plus volontiers.

. Sur toute l'étendue du parcours, on aperçoit à peine deux ou trois fermes. L'une d'elles sert de station ou de maison de poste : c'est là qu'on relaie. Le sol autour

est ondulé, moutonnant, formé de coteaux qui se succèdent et s*alignent sur des directions transversales à la route. La terre est grisâtre, privée d'eau, divisée en grosses mottes aux points où elle a été labourée. On y sème du blé, du maïs ; mais les récoltes sont pauvres, car on n'use pas d'engrais. Le climat est âpre, venteux, sec, très-frais. Nous sommes sur les hauts plateaux, sur le versant oriental de la Sierra-Nevada, à une altitude moyenne de plus de deux mille mètres.

Virginia-Gity, où nous entrons en triomphateurs, au grand galop, est construite partie en briques rouges, partie en pierre ou en bois. Dans la principale rue, quelques beaux magasins, deux ou trois grands hôtels, plusieurs restaurants, des bureaux d'essayeurs, des maisons de banque, des églises, un nombre incommensurable de buvettes. Les trottoirs sont de bois, aux planches branlantes ; partout s'étalent les enseignes les plus grotesques, comme les peintres badigeonneurs américains savent seuls en imaginer. La ville est tracée en damier ; de longues rues, parallèles à la rue principale, des rues transversales, coupant celles-ci à angle droit, forment l'espace où peut s'étendre à l'aise la cité de Virginia, qui renferme aujourd'hui plus de vingt mille habitants, est éclairée au gaz, et possède plusieurs imprimeries et journaux. Il n'est pas besoin de dire que les écoles ont été les premières fondées.

Sur un côté, la ville est limitée par la montagne métallifère où se dresse le pic Davidson, le point culminant de la contrée ; il domine de cinq cents mètres la ville, qui elle-même est à dix-neuf cents mètres audessus des eaux de l'Océan. De l'autre côté, le terrain

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descend, toujours montueux, coupé d'étroites vallées, qui vont s'unir à celle de Garson, la vallée principale de ce district. Les mines d'argent sont disséminées tout autour et au-dessus de la ville qui, vers le sud, se soude à des cités nouvelles, véritables faubourgs de la première, Gold-Hill ou la Montagne d'Or, American-City , et SUver-City ou la Ville de TArgent.

Le filon métallifère s'appelle, du nom du mineur qui en a délimité la première concession, le « filon de Comstock. » Les deux Irlandais, découvreurs de ce gîte, avaient noms Peter O'Reilly et Patrick Mac Laughlin. Comstock en marqua avec eux le périmètre que la loi américaine accorde à tout inventeur, et c'est ainsi que les nouveaux Colomb furent détrônés auprès de la postérité; par un autre Améric Vespuce. Le Comstock dresse sa tète à la surface comme une énorme muraille. La masse siliceuse, attaquée par les éléments, s'est divisée en blocs qu'on dirait empilés les uns sur les autres. Cela ressemble à une série de menhirs ou de dolmens juxtaposés, érigés par une race aborigène disparue. C'est la nature qui a fait cette œuvre, la nature toujours plus puissante que l'homme, car elle ne compte pas avec le temps, « patiente, parce qu'elle est étemelle I »

Si l'on gravit les pentes de la colline où se dresse la muraille de quartz, il est facile d'interroger la roche ; elle est dure, raie l'acier ; la couleur en est jaunâtre, rouiliée, trahit la présence de l'oxyde de fer. La texture est grenue, poreuse, caverneuse ; nulle part n'apparaît l'or, ni à l'œil nu, ni à la loupe. Il y existe cependant, puis(jue les déblais naturels, les terres provenant de la

désagrégation superficielle du filon de Gomstock, sont pulvérisés dans des établissements voisins, et ensuite amalgamés avec le mercure, qui dissout une certaine quantité d'or. Ce sont ces mêmes sables que lavaient en 1869 les deux orpailleurs californiens qui trouvèrent par hasard l'argent.

Gomme j'étudiais ces affleurements^ et qu'assis sur la crête quartzeuse je contemplais la ville de Virginia, que la découverte de ces roches avait fait naître, un homme vint à moi et me salua en français. Il était porteur d'échantillons d'argent des fameuses mines de White-Pine, qu'on venait de découvrir dans la partie du Nevada où nous sommes précédemment passés et qu'on citait alors comme les heureuses rivales de celles de Virginia. 11 avait aussi dans ses poches de fort jolis cristaux de rubis et de saphir, qu'il avait trouvés dans les sables des montagnes du territoire voisin d'Idaho. Get infatigable chercheur était venu en Californie dès les commencements de la découverte de l'or, et s'était montré des premiers en Nevada, où il avait contribué à l'exploitation du filon de Comstock. Depuis, il avait parcouru l'idaho, le Montana, toujours en quête de nouveaux filons. Cette classe de mineurs fantaisistes, irréguliers, est commune en Amérique. Ce sont comme les éclaireurs des entreprises métallifères. Sans eux, il n'y aurait le plus souvent aucune découverte. Quand ils ne trouvent pas eux-mêmes le filon, ils arrivent en hâte pour le travailler, puis ils en recherchent la continuation, les ramifications diverses. Beaucoup de Français se sont distingués dans ces œuvres difficiles, hardies, aventureuses, plus que chanceuses ; très-peu

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ont réussi à y faire fortune, car la poursuite des mines est un jeu, et Ton cite les heureux gagnants.

Le filon de Gomstock découvert, il fallait en assurer l'exploitation immédiate. D'après les règles en usage chez les mineurs de Californie, qui eux-mêmes les ont reçues des Hispano-Américains, il fut convenu, dès le premier jour, que chacum pourrait s'approprier à la surface deux cents pieds linéaires de filon, avec une étendue indéfinie en profondeur, en conservant souterrainement cette même largeur de deux cents pieds. Ces premiers daims ou locations, comme on les appelle encore, transférés plus tard à des compagnies, donnèrent naissance aux riches exploitations connues aujourd'hui sous les noms d'Ophù% Mexican, Gould and Curry^ Savage, Hall and Norcross, Impmal, Yellow^ Jacketj Crown-Point, etc.

Pendant ce temps, les villes de Virginia-City et Gold-Hill, qui n'en font plus qu'une, sortaient de terre comme par enchantement, la première ainsi appelée du sohriquet d'un mineur virginien, James Fennimore, ou par abréviation Finnëy, que ses camarades avaient surnommé, en souvenir de l'état qui lui avait donné le jour, Old-Virginiay Idi vieille Virginie. Dès le mois de février 1858, Finney avait découvert et clamé les afûeurements du filon de Comstock, alors appelé aussi de son nom Virginiay et que tout le monde regardait comme un filon de quartz aurifère analogue à ceux de Californie. Ceci explique, sans l'excuser, l'erreur de l'ingénieur français qui, deux ans après et malgré la découverte du mois de juin 1859, persistait à ne voir qu'un filon d'or dans la veine de Comstock.

Les produits de celte veine allaient bientôt étonner le monde et dépasser tous ceux des mines jusque-là citées comme les plus riches, au Mexique, en Bolivie, au Pérou, au Chili. N'oublions pas toutefois que c'est plus encore à la loi des mines américaine, d'application si prompte, puisque le premier venu peut marquer sur la partie inoccupée d'un filon deux cents pieds linéaires pour en commencer sur-le-champ l'exploitation, que c'est plus encore à cette loi si libérale, qu'à la richesse même de la veine argentifère de Comstock, qu'est dû le prodigieux développement des entreprises dont il va être parlé. C'est ainsi que tout aura concouru, les œuvres de la nature comme celle des hommes, pour faire de cet étonnant pays de Nevada, inconnu hier, la région du globe aujourd'hui la plus productive en argent.

Ce fut un Californien, James Walsh, homme expérimenté, venu des riches placers de Grass- Valley, qui fit connaître le premier aux mineurs de Washoe la véritable valeur de leur veine, que jusque-là ils travaillaient assez grossièrement. A la fin de 1861, il envoya environ trois mille kilogrammes de minerai à San Francisco, et les vendit quatre mille cinq cents dollars. Alors il acheta aux mineurs dix-huit cents pieds de filon au prix de quatorze dollars le pied. Quelques mois plus tard, le pied de filon valait jusqu'à mille dollars. Comment s'étonner après cela que la Californie presque toute entière ait fait dans le débit irruption sur les nouvelles mines d'argent? « Il fallait voir, me disait un témoin oculaire, les premiers temps de Virginia- Gity. Nous allions tous par les rues de la ville mis

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comme des mendiants. On prenait à peine le temps de se vêtir, de boire, de manger. On avait hâte, on courait, on allait sur les puits, dans les galeries, dans les excavations. Quand on se rencontrait, on ne se demandait point des nouvelles de sa santé ; on ne parlait ni de la pluie ni du beau temps, comme il est d*usage entre gens bien élevés qui ont ensemble un peu de temps à perdre, même en Amérique ; on ne causait que filons, essais, minerais d'argent. On allait nommer un nouveau président, la guerre civile allait peut-être éclater suivant le nom qui sortirait de Turne, et elle éclata en effet : de tout cela, on ne se souciait guère. On ne voyait que mines, mines, mines. On en causait le jour, on en rêvait la nuit, et les théories, les projets, les illusions allaient leur train. C'est à peine si le soir les maisons de jeu ouvraient un moment leurs portes, et si les joueurs s'y tiraient entre eux quelques coups de revolver ; c'était bon naguère en Californie 1 Cette fois on n'avait qu'une idée, qu'un but, courir aux mines d'argent, acheter, vendre, puis racheter et vendre encore des pieds et des pieds de filon. Toiis nous devions faire fortune, tous nous devions nous réveiller millionnaires. On appelait le pays de Washoe le paradis de l'homme pauvre, et souvent nous n'avions pas de quoi payer notre dîner ! »

Dès le printemps de 1860, des milliers de mineurs étaient accourus, suivis d'une bande de spéculateurs et de capitalistes. Une nuée de chercheurs se répandit par toute cette contrée, auparavant sauvage, et que le pas de l'homme blanc n'avait foulée que sur de très-rares endroits. Ce fut autour du filon de Comstock que ^

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s'agita de préférence Tessaim des travailleurs. Chacun voulait avoir au moins une part dans Tune des mines d'argent dépendant de ce riche filon. On achetait une mine sans la visiter, elle était souvent en un lieu où jamais n'était passée Tombre d'une veine métallique. On avait oublié toute prudence, on ne songeait qu'à acheter, et il suffisait de la nouvelle d'un succès inespéré obtenu sur un point pour encourager tout le monde. 11 semblait qu'il n'y eût que des mines riches, pas une pauvre, alors que c'est presque toujours le contraire. Les statuts de trois mille compagnies minières furent enregistrés à San Francisco, et trente mille personnes prirent des intérêts dans ces affaires *. Le capital nominal était d'un milliard de piastres ou plus de cinq milliards de francs ; mais la valeur réelle des actions n'excéda jamais cinquante millions de francs, car une à peine des compagnies sur cent possédait une concession de quelque valeur. Cependant l'organisation légale de chaque compagnie avait dû coûter en moyenne cent piastres, soit plus d'un million cinq cent mille francs pour les trois mille compagnies, et il avait bien fallu que quelqu'un fournît cet argent.

Le filon de Gomstock était situé dans ce qu'on appelait alors rutah occidental. Cette partie du pays des mormons fut bien vite organisée en territoire et détachée de rutah sous le nom de Nevada, emprunté à la sierra voisine. D'après la formule suivie en pareille matière, ce fut le peuple, c'est-à-dire l'assemblée des mineurs réunis en Convention le 2 mars 1861, qui

^ Voyez Ro88-Brown, Minerai ressources of the United-StateSt Washington, 1867.

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