LA RÉGION DES PLAGERS
en dedans, sur toute la longueur, d*un cartilage d'animal qui fait corps avec lui : cela maintient Télasticité du bois. Le carquois est en peau de renard argenté du pays.
Cette tribu appartient à la race dite californienne ou des Diggers (piocheurs), ainsi nommés parce qu'ils se nourrissent principalement de racines qu'ils fouillent. Ils mangent aussi des sauterelles, des glands, des pignons de pin, des graines, des fruits sauvages, puis tout le gibier qu'ils peuvent chasser, perdrix, lièvres. Ils se livrent quelquefois à la pèche.
Ils écrasent les glands dans des mortiers en pierre, ou sur des rochers en place, qui finissent par s'user, sur les points de frottements, en forme de cavités demi-sphériques. On rencontre^beaucoup de ces rochers ainsi entamés le long des ravins et des rivières de Californie. Je demande à la tribu de me vendre son mortier en pierre pour le donner au Muséum de Paris ; je manque de me faire lapider à la suite de cette proposition déraisannable.
Les Indiens de ce pays ne se déplacent que sur de petites étendues. Us habitent sous des huttes en feuillage qu'ils recouvrent des mottes de terre en hiver. Us pratiquent la polygamie, brûlent leurs morts, en enterrent les cendres. On met sur le bûcher tout ce que le défunt avait de plus précieux, et l'on danse autour pendant que le corps brûle. Leur façon de porter le deuil est singulière : ils se couvrent la tête, la face et la poitrine d'une couche de poix ; cela ne s'en va point pendant plusieurs mois : bon moyen de garder son deuil. Ils croient aux songes, à la divination. Us prétendent
qu'Us sont nés dans le pays, et n'y sont point venus par migration. Us n'ont sur Dieu et l'autre vie que des idées fort peu nettes. Ils n'ont pas de légendes, de traditions, et ne savent rien sur les aborigènes qui ont taillé les armes en silex et en obsidienne et les mortiers de porphyre qu'on trouve sous le sol, non plus que sur ceux qui ont gravé à la pointe, sur les montagnes granitiques de la Sierra, les étranges inscriptions hiéroglyphiques qu'on y rencontre. Us sont taciturnes, graves, peu belliqueux, ne torturent pas leurs ennemis. Gomme tous les Indiens, ils sont fous des jeux de hasard. Les femmes tressent avec habileté des paniers dont le tissu est si serré qu'on y peut mettre de l'eau et même la faire bouillir, en y jetant des pierres exposées d'avance sur un grand feu. Us aiment, comme tous les peuples enfants, à entendre raconter des histoires, et quelques-uns de leurs devins passent les soirées à leur dire des contes.
Voici, comme spécimen, un de ces contes qui peutêtre ne vaut pas ceux de Perrault :
« Il y a longtemps de cela. Le Lion de Californie et son jeune frère le Chat sauvage vivaient dans la même hutte. Le Lion était fort et agile, le Chat prudent et rusé. Il avait une balle magique d'une grande beauté, au moyen de laquelle il dominait les deux animaux qui effrayaient le plus le Lion : l'ours gris et le serpent à sonnettes. Us chassaient ensemble, le Chat allant devant. « Voilà un ours, » dit le Lion ; le Chat le visant, dit : a Meurs î » et l'ours tomba mort. Ensuite ils rencontrèrent un serpent, qui fut tué de la môme manière. Us en prirent la peau, qui avait un pouvoir magique. Un peu plus loin, ils renco ntrèrent deux daims qui