‹ A travers les États-Unis de lA̓tlantique au PacifiqueChapitre 26 sur 31 · LA RÉGION DES PLAGERS · texte numérisé non relu

LA RÉGION DES PLAGERS

sita la source d'eau gazeuse, acidulée, alcaline, que son heureux propriétaire appelait le Vichy de la Californie. Un autre jour on gravit la montagne au haut de laquelle sont situées les mines de mercure, el qui fait parti de la chaîne qu'on nomme Coast-Range ou Chaîne littorale.

Les filons de vif-argent de New-Almaden sont les plus riches qui existent. Le minerai est le cinabre ou vermillon natif (sulfure rouge de mercure). Les Indiens connaissaient ces mines, et avant Tarrivée des Espagnols, les exploitaient au moyen de galeries trèsétroites, creusées avec peine dans le sol. Après avoir broyé le cinabre entre deux pierres, ils s'en • tatouaient le visage. Le rouge est la couleur préférée des Indiens.

Les Mexicains, dès les premiers temps de l'occupation régulière de la Californie, exploitèrent à leur tour ces gîtes. Quand les Américains arrivèrent sur le Pacifique (1848), et que les placers furent découverts, l'exploitation des mines de mercure, reprise depuis 1846, fut continuée avec ardeur, car le vif-argent est indispensable à l'extraction de l'or. La possession des mines donna lieu à d'interminables procès. On prétendait que les titres des premiers exploitants étaient faux. Pendant plus de deux années (novembre 1858 à janvier 1861) New-Almaden fut mise sous séquestre et fermée, au grand détriment des mineurs californiens qui durent faire venir le mercure des mines' d'Amaden d'Espagne, Enfin le procès fut jugé en dernier ressort par la cour suprême de Washington en 1860, et l'exploitation reprise pour ne plus s'arrêter.

On extrait environ mille tonnes de minerai brut par mois. Il y a six cents ouvriers, dont quatre cents Mexicains. Les ouvriers gagnent de deux dollars et demi à trois dollars par jour. Us sont restés fidèles à quelques <unes des méthodes en usage dans les mines du Mexique. Ainsi, pour s*éclairer souterrainement, ils portent une chandelle au bout d'un bâton, divisé à cette extrémité en deux branches qui pincent le luminaire.

Les étais ne sont pas toujours placés avec soin. Comme nous visitions les travaux, un pont intérieur, jeté au milieu d'un puits incliné, s'écroula. Je disparus avec les poutrelles pourries, et faillis me rompre les os en roulant dans les déblais, d'où l'on me retira à grand'peine. On aurait mieux fait de me crier tout d'abord : Casse-cou !

Le filon est un amas irrégulier dans une roche verte serpentineuse. La direction est du nord au sud. L'épaisseur peut atteindre plusieurs- centaines de pieds, ou se réduire à. rien. Quelquefois des bandes rouges se suivent parallèlement comme si on les avait tracées au cordeau ; entre elles se trouve interposée une roche blancalcaire. Vue à la lumière des galeries, la coupe naturelle du filon produit un effet des plus pittoresques. C'est un décor de la nature dessiné à ces profondeurs il y a des milliers de siècles, et retrouvé tout à coup par les hommes. Sur quelques points le cinabre est massif, rouge sanguin, presque cristallisé, mêlé de paillettes brillantes.

11 y a dans la mine trois machines à vapeur pour le transport du minerai, l'épuisement de l'eau, la ventilation. Les chaudières sont à la surface, pour

Page 1