‹ A travers les États-Unis de lA̓tlantique au PacifiqueChapitre 27 sur 31 · LA RÉGION DES PLAGBR · texte numérisé non relu

LA RÉGION DES PLAGBR

éviter toute chance d'incendie intérieur, comme il est quelquefois arrivé dans les mines d'argent de Nevada.

Au dehors le minerai est trié et enrichi ; le eassage au marteau en sépare les parties pauvres et stériles. Après quoi il est envoyé à Tusine de distillation, qui se compose de quatre hauts massifs rectangulaires comprenant chacun quatre fours. On chauflFe ces fours en dessous, comme certains fours à chaux. On y passe quatre-vingts tonnes de minerai en quatre jours. Sous riniluence de la chaleur, le mercure se sépare du soufre avec lequel il était combiné, se volatilise et se rend dans une chambre de condensation où il se liquéfie ; quant au soufre, il a disparu en brûlant à Tétat de gaz sulfureux.

Le rendement du minerai est de dix à douze pour cent. Le mercure coule dans le bas de la chambre de condensation goutte à goutte, lourd, métallique, étincelant. Une petite rigole conduit la rivière de vif-argent dans un bassin de réception. Enfin le métal liquide est versé dans des bouteilles en fer dont le bouchon est à vis.

On connaît les effets du mercure sur l'économie animale. Les ouvriers de Tusine de New-Almaden sont sujets à des salivations, à des tremblements, qui disparaissent s'ils quittent le travail pendant cinq à six mois. Quand ils transvasent le mercure, ils éprouvent une espèce d'enivrement produit par l'éclat de la lame liquide sur la rétine de l'œil. Dans la mine, l'influence mercurielle ne se fait pas sentir, sauf dans les endroits très-riches du filon, et dans ce cas il suffit de se préserver le nez et la bouche avec un mouchoir.

Les mines de New-Almaden, de Californie, ont fait à toutes les mines de mercure du globe une concurrence mortelle. Elles ont été cause de la fermeture de celles d'Italie (Ripa, Levigliani, en Toscane) ; de celles du Pérou (Huancavelica) ; elles ont fait baisser de moifié le prix du métal sur tous les marchés. Cela a tenu à deux raisons ; la richesse exceptionnelle du minerai qui s*y exploite, l'abondance de celui-ci, et par suite la grande production de vif-argent, qui peut presque suffire à elle seule à toutes les demandes. 11 n'y a plus que deux mines qui comptent : Àlmaden d'Espagne, qui appartient aux Rothschild, etNew-Almaden.de Californie. Londres et San Francisco sont les deux grands marchés du mercure.

La production mensuelle à New-Almaden est de deux mille bouteilles (la bouteille ou flasque étant de soixante-seize livres et demie). Les mines voisines, New-Idria, Redington, Guadalupe, produisent à peu près autant, toutes ensemble. Des cinquante mille flasques par an que fournit la Californie, douze mille sont expédiées en Chine, douze mille au Mexique et dans l'Amérique du Sud, et le reste dans les territoires et les divers Etats de TUnion. Le Mexique et la Chine sont les points extrêmes où se rencontrent et se font une concurrence à mort le mercure de Californie et celui d'Espagne. Celui de Californie a chassé le mercure d'Espagne, de Chine, et celui d'Espagne dispute vivement le Mexique à celui de la Californie. En Chine, on se sert surtout du mercure pour en fabriquer le vermillon, cette belle couleur rouge dont les Chinois sont si grands amateurs^ et qu'ils prodiguent dans leurs

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peintures et leurs porcelaines. Aux Etats-Unis et dans TAmérique espagnole, le mercure est surtout employé au traitement des minerais d'or et d'argent, et à la préparation de quelques produits pharmaceutiques, tels que le calomeL

Au point de vue de Tabondance et de la diversité des richesses minérales ; il y a peu de pays plus favorisés que la Californie ; elle ne contient pas seulement l'or et le mercure en quantités inépuisables, mais encore le charbon, le cuivre, * et môme le borax et le soufre.

Pour aller au lac de borax et aux solfatares, nous prenons le steamer de San Francisco à Vallejo sur la baie de San Pablo, et de là remontons la rivière de Lapa. Le chemin de fer nous porte à Calistoga, où sont des sources sulfureuses bouillantes. Pendant la belle saison, ce lieu est le rendez-vous du monde élégant, qui y prend ou n'y prend pas de bains. Les vapeurs minérales s'élèvent du sol, le matin, en hautes colonnes. Tout le pays est soumis à des phénomènes souterrains qui indiquent que le feu volcanique n'est pas loin, et expliquent peut-être les tremblements de terre auxquels la Californie est sujette.

Dans le comté voisin de Sonora, à Healdsburg, il y a des geysers. On appelle ainsi des colonnes de vapeurs minérales sulfureuses et alcalines ou siliceuses analo-

1 Les mines du charbon, situées sur la baie de Suisun, au pied du mont du Diable, ont fournî,en 1868, cent mille tonnes de combustible ; celles de cuivre, répandues en différents comtés ont produit trente mille tonnes de minerai. On a aussi découvert et exploité un moment des mines d'étain dans le sud de TÉtat.

gues à celles de l'Islande et du parc national de Wyoming, les pays classiques des geysers, — qui sourdent en cent endroits avec fracas et s'élèvent à une grande hauteur. Le matin, toutes ces colonnes s'unissent à quelque distance du sol,etcouvrcnt toute la vallée environnante comme d'un rideau de nuages. Mille sources minérales s'échappent de terre, et courent en ruisseaux à la surface. Le terrain est détrempé, noirâtre, boueux. Au point où les vapeurs émergent, il rappelle par son aspect la solfatare dePouzzoles, prèsdeNaples. Les Californiens ont donné à ces lieux des noms signifia catifs : la Source de Proserpine, la Rivière de Pluton^ le Moulin du diablerie Chaudron de la Sorcière. Un jet, qui fait plus de bruit que les autres, a été nommé le Bateau à vapeur, parce que la vapeur, qui s'en dégage, rappelle le bruit que feraient à la fois vingt soupapes de sûreté tout à coup ouvertes sur un steamer. Partout se font sentir les e&ets des émanations volcaniques et des feux souterrains*

Le lac de borax, situé dans le comté voisin de Lake, présente un égal intérêt. Il est à quarante-deux milles de Calistoga, où nous respirions tout à l'heure les vapeurs d'hydrogène sulfuré. C'est un fond de cratère, dont la surface peut avoir cent hectares, et la profondeur, au-dessous du niveau de l'eau, un mètre. Cette lagune communique avec le grand lac voisin de Clear- Lake ou le lac des Eaux-Claires. Une masse éruptive d'obsidienne ou verre volcanique sépare les deux lacs dont les eaux sont au même niveau.

Au fond du premier est un lit de boue, au milieu duquel sont des cristaux de borax, quelquefois trôs-gros.

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