‹ A travers les États-Unis de lA̓tlantique au PacifiqueChapitre 6 sur 31 · LE NEBR>A8KA ET LE WYOMING · texte numérisé non relu

LE NEBR>A8KA ET LE WYOMING

musique à la maison. On serait noté dlnfapiie, et les voisins ne vous verraient plus. A Téglise, on chante, on joue de l'orgue ; au logis, point.

Omaha, ville sur les confins du désert, s'est relâchée un peu de ces coutumes puritaines, et je crois bien que quelques magasins y étaient ouverts, sous prétexte qu'ils étaient tenus par des israélites. Je ne sais pas aussi si quelques buvettes n'étaient pas également entre-baillées ; toutefois je sais d'autres villes où les buvettes sont strictement, religieusement fermées le dimanche, mais où l'on s*enivre à la maison. L'humanité est faible et il faut beaucoup lui pardonner.

Omahft ! rien qu'à entendrela façon dont les hommes de rOuest prononcent ce nom en ouvrant largement la bouche et mettant un act^ent circonflexe sur chaque syllabe, on devine que nous sommes ici en pays indien, on 9ent que le Peau-Rouge, hier encore, campait sur les rives boueuses du Missouri. Les Omahas, les Paunies, les Ottoes, les Winebagoes sont restés dans ces pararages, non plus à l'état de nations puissantes comme jadis, en guerre avec les Sioux, leurs voisins et leurs ennemis jurés, mais à l'état de tribus déchues, cantonnées dans les réserves ou enclaves imposées par le gouvernement fédéral. Ces réserves s'étendent ici le long du Missouri et de la rivière Plate, qui vient se jeter dans la grande rivière tributaire du Mississipi précisément à Omaha.

Pauvres Peaux-Rouges, derniers débris de nations autrefois si nombreuses et que nos pères, les Canadiens et les Louisianais, qui ont dès le XVIP siècle parcouru et colonisé ces parages, ont connues les premiers. Elles

vont disparaissant, parce que l'homme qui ne travaille pas succombe devant celui qui travaille, parce que la grande loi delà lutte pour Texistence trouve partout son application en histoire naturelle, même quand il s*agit de l'espèce humaine *.

D*Omaha à Ghayennes, au pied des Montagnes-Rocheuses, et de Ghayennes à Benton, la voie ferrée nous emporta en trente-six heures. Nous partîmes le soir, et le surlendemain matin nous étions à Benton, qui formait alors le terme de la voie ferrée, ou, comme on disait, terminus: les Yankees aiment à parler latin. Un an auparavant, le railroad s'arrêtait à Julesburg, au milieu des prairies, à trois cent soixante-dix -sept milles d'Omalm (le mille américain est égal à mille six cent dix mètres). Il avait marché depuis, de ce côté seulement, d'une longueur de deux cent dix-sept milles, car Benton est à six cent quatre-vingt-quatorze milles d'Omaha. 11 est vrai qu'on n'avait eu quelques obstacles à surmonter que dans la traversée des Montagnes-Rocheuses ; partout, ailleurs, la plaine horizontale, la plaine sans fin, où l'on n'avait à redouter d'autre danger que la rencontre des Indiens révoltés.

Au commencement, le Peau-Rouge avait apporté à la création de la voie ferrée toutes sortes d'oppositions. Ne passait-on pas sur ses terres, n'éloignait- on pas le buffle ou bison, le bœuf sauvage des prairies, et avec lui l'antilope, l'élan, le daim, que l'Indien chasse pour vivre, qu'épouvante le passage de la locomotive et des trains de chemin de fer ? Là où la civilisation s'avance, la barbarie ne peut subsister. Emu, inquiet de cette ir-

i Voir chapitre XVII, let Deméen Peaux Rouges,

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