CIMETIÈRE INDIEN
Quelques instants après, de succulents biftecks étaient à frire, à notre intentone du Matintavait aiouise notre appétit ;: aussi. fimes-nous pleinement honneur à ce déjeuner improvisé, digne, du reste, d’un épicurien. Errant à l'aventure pour passer le temps, nous montâmes sur une de ces éminences dont j'ai déjà parlé et qui donnent à la Prairie l'aspect d'une mer houleuse. De ce point, nous découvrimes le sommet d’un pic qui brillait à l'horizon, comme un diamant gigantesque. Ce fut ainsi qu'à une distance de 240 kilomètres au moins, je fis connaissance avec les Montagnes Rocheuses. Je ne saurais dire quel effet magique produisit sur moi cette cime neigeuse, baignée par la lumière du soleil levant, et se dessinant tout à coup au milieu de l'atmosphère transparente. Elle paraissait trop
SAINT LOUIS A DENPEN.
belle pour appartenir à la terre; et lorsque, plus tard, après une ou deux heures de marche, nous vimes toute une chaîne de montagnes, aux crêtes dentelées et éblouissantes de neige, se découper magnifiquement sur l’azur du ciel, il me sembla que j'étais sous l'empire de quelque vision ineffable, et qu'à moi, comme au prophète de Patmos, était apparue “la nouvelle Jérusalem descendant du ciel.”
La locomotive arriva plus tôt qu'on ne l'espérait, et le train reprit sa marche rapide. À mesure que nous avancions, la ligne des Montagnes Rocheuses se dessinait, toujours plus nette à l'horizon; les pics semblaient grandir comme des géants; enfin, à la tombée de la nuit, nous entrions à Denver. : |
Parmi mes compagnons de voyage, se trouvait un des premiers colons qui pénétrèrent dans le Colorado. Seize ans auparavant, c’est-à-dire en 1859, il avait lui-même construit la première maison de bois sur l’emplacement où s'élève maintenant la belle ville de Denver. Après une absence de quelques années, il revenait dans le pays; aussi qu'on juge de son étonnement quand il se vit dans une belle gare devant laquelle étaient rangés, comme en pleine civilisation, une demi-douzaine d'omnibus! Dans ce qui est maintenant la principale rue d’une ville de 30,000 Âmes, ïl nous montra le lieu où s'élevait naguère un grand arbre, auquel furent pendus, en une même nuit, sept voleurs, condamnés à mort par la loi de Lynch. Située au pied des Montagnes Rocheuses, et à l'entrée des districts aurifères du Colorado, Denver doit à sa position exceptionnelle son existence et son rapide développement. Elle possède aujourd'hui de nombreuses écoles, vingt éghses, dix maisons de banque, une Bourse, de beaux hôtels, des restaurants, des salles de concerts et de conférences. C’est le point de jonction de huit lignes de chemins de fer. Cinq journaux quotidiens et six journaux hebdomadaires s’y impriment. Plusieurs autres villes, de construction plus récente encore, lui ont enlevé une partie de son importance comme centre minier; mais Denver est restée, par l'élégance de ses édifices, le mouvement de ses rues, le chiffre de sa population, les mœurs douces et polies de ses habitants, la première ville du Colorado. Elle est visitée par un grand nombre de touristes et de chasseurs, les premiers attirés par les beautés de la nature, les seconds, par l'abondance du gibier. Les Cañons® du Colorado, qui n'étaient connus il y a quelques années que par les descriptions enthousiastes de quelque audacieux explorateur, sont maintenant d’un accès facile et justifient bien leur réputation. Il serait difficile d’exagérer la beauté du point de vue dont on jouit à Denver. L’œil plane d’abord sur une vaste étendue de Prairies, coupée par un ou deux cours d’eau; puis il rencontre la chaîne des Montagnes KRocheuses qui se déroule du Nord au Midi, sur toute la largeur de l’horizon. Les pics de cette chaîne grandiose
1 Allusion au XXI"*° chap. de l’Apocalypse, versets 1 et 2.— Vote du Traducteur. ? Cañon, mot espagnol, qui signifie gorge, ravin, vallon étroit.—Mofe du Traducteur.
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