RUINES SUR LES HAUTEURS D'HOVENWEEP
lation américaine ? C’est là une question du plus haut intérêt, mais trop vaste et trop grave pour que nous la traitions ici. Bornons-nous à demander au Maître du ciel et de la terre d'éclairer Lui-même sur ses devoirs la race énergique et vigoureuse qui règne maintenant en souveraine de l’autre côté de l'Atlantique. Puisse-t-elle apprendre toujours mieux à faire la: volonté et à rechercher la gloire de cette sage Providence qui ‘a fait naître d'un seul sang toutes les nations du monde, et qui a déterminé les temps précis et les bornes de leur habitation.” *
? Actes des Apôtres, XVII, 26.
LE. PAYS DES MORMONS
Verne au printemps de 6/2 aien Égypte cbxen Palestine, je rencontrai toute une caravane de Mormons, ou Saints du dernier jour, comme ils se plaisent à s'appeler eux-mêmes. On croyait généralement qu'ils cherchaient un lieu convenable pour s'établir en Orient, et l’on disait même que leur choix s'était fixé sur la vallée du Jourdain. Du reste, cette vallée, aujourd’hui aride et inhabitée, présente une foule d'avantages au point de vue de la création d’une colonie: fertilité du sol, abondance des eaux, climat presque tropical. Quoi qu'il en soit, les Mormons se défendirent énergiquement de l'intention qu'on leur prêtait, et m'assurèrent à diverses reprises qu'ils voyageaient, comme moi et tant d’autres, en simples touristes, pour leur agrément. Dans les fréquents entretiens que nous eûmes ensemble, ils m'engagèrent à visiter leur 24e du Lac-salé, promettant de faire tout leur possible pour rendre mon séjour parmi eux intéressant et agréable. Deux ans plus tard, me trouvant en Amérique, je me souvins de cette invitation et me déterminai à l'accepter.
De Denver à Chayennes, la voie ferrée traverse encore une immense
étendue de prairies ondoyantes. Née d'hier, Chayennes est déjà une des
LE, PAYS DES MORMONS
principales stations du chemin de fer du Pacifique. La rapidité de son développement a étonné même les Américains; aussi l'ont-ls appelée: ‘la ville magique,” “la merveille des Prairies” Le fait est quelle s’est élevée comme par enchantement. Les maisons arrivaient en nombre de Chicago, toutes faites: les émigrants suivaient, par derrière, en files serrées. Pendant quelque temps, le chiffre de sa croissance fut d'un millier d'habitants par mois. Après Chayennes, on commence sérieusement l'ascension des Montagnes Rocheuses. C'est merveille de voir la locomotive gravir les pentes ardues, se faufiler dans les gorges étroites, et là, où naguère il n’y avait que le désert et l’âpre solitude des rochers, faire pénétrer, pour ainsi dire, à sa suite la civilisation et la prospérité. Enfin l’on franchit le Col d'Evans (Ævans's pass) et l'on se trouve à la station de Sherman, à une altitude de 2,520 mètres au-dessus du niveau de l'océan. C'est la plus grande hauteur qu'un chemin de fer ait jamais atteinte; c’est aussi la plus grande ligne de faite qu'un chemin de fer ait jamais franchie, puisque c'est celle qui sépare les eaux des deux plus grandes mers du monde” D'un côté du col, en effet, les fleuves et les rivières se dirigent vers l'Atlantique ou le golfe du Mexique, de l’autre vers le Pacifique. En certains endroits, les pentes sont fort raides; mais, sauf sur un espace de quelques centaines de mètres, cette chaîne a pu être franchie sans tunnel. Dès que l’on entre dans le Territoire d'Utah, la nature, qui jusque-là n'avait rien offert de bien frappant, devient tout à coup majestueuse et pittoresque. La ligne ferrée se déroule au fond de sauvages ravins, bornés de côté et d'autre par des parois granitiques. Des gorges, tantôt sombres et abruptes, tantôt fraîches et riantes, partent du pied des montagnes et vont se perdre vers les sommets. Ici, ce sont des cascades, aux gerbes éblouissantes, qui tombent avec fracas de hauteurs vertigineuses ; là, d'énormes blocs de roches qui semblent avoir été façonnées bien plutôt par le caprice de quelque Génie des montagnes que par le simple travail: de; la nature. : La: plus ‘remarquable peut-être" de ces “formations rocheuses est connue sous le nom de Gssoire du diable. Qu'on se figure un amas de rocs sabieux et friables, d'un rouge foncé, de 270 mètres de haut. Sur le flanc de cette éminence, de la base au sommet, se déroule, comme une large rayure, une couche parfaitement unie de pierre calcaire, bordée de chaque côté d'un mur dont la hauteur varie de trois à neuf mètres. Vue de quelque distance, cette sorte de couloir ressemble à s'y méprendre à un énorme ouvrage de maçonnerie; et même en l’examinant de près, il est difficile de découvrir à quel agent naturel on doit attribuer son existence. En traversant le magnifique vallon de Weber, nous voyons se dresser, sur la droite, un mur de rocs, aux proportions colossales et couronné de créneaux comme une puissante forteresse. C'est là qu'aux premiers jours de l'établissement des mormons sur les rives du Lac-Salé, un détachement de soi-disant “Saints” fut posté par Brigham Voung, leur chef, pour arrêter
1 L. Simonin, De Washington à San-Francisco ; Tour du monde, année 1874.
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EN
DEBCRANDe-LAC- SALE,
les troupes fédérales qui marchaient sur les rebelles. De grosses pierres furent roulées tout au bord des rochers, prêtes à être lancées dans le ravin en dessous, dès que les soldats paraïîtraient. Mais, heureusement pour ceuxci, des négociations ayant été entamées, la bande d’exaltés qui occupait la forteresse naturelle se dispersa et les pierres restèrent à leur place.
À Ogden, ville du territoire de l'Utah, située à 1,450 kilomètres de San- Francisco, on se trouve à l'entrée de la vallée que les mormons ont rendue mieu dans Mémonde entier Cette vallée, larse et ouverte, s'étend au